« Je le déteste, murmura Lily les dents serrées. »

Elle tenait étroitement entre ses mains la tasse de thé qu'Alice venait de lui tendre sans se rendre compte qu'elle était brûlante. Elle était tant focalisée sur James Potter et la haine qu'elle éprouvait envers lui qu'elle ne prêtait aucune attention à sa pauvre peau qui, d'ici peu, allait probablement être recouverte de cloques.

« Lily, c'est peut-être un peu excessif... Tenta de la calmer Alice.
_ Non, ce n'est pas excessif. Je déteste le détester, mais je le déteste. »

Cette fois, elle lâcha vivement sa tasse qui manqua de se renverser sur la table basse en bois, puis souffla de longues minutes sur ses mains douloureuses.

« Comment ça, tu détestes le détester ? »

Lily prit une profonde inspiration. Ce n'était pas comme si elle l'aimait ou quoi que ce soit... C'était juste... Elle n'avait pas envie de ressentir la moindre chose envers lui, et la haine étant malheureusement un sentiment, elle ne pouvait supporter d'en éprouver pour ce crétin.

« Ma mère m'a toujours dit que les gens méprisants ne méritent pas la haine et que l'indifférence a toujours été la plus belle arme, expliqua Lily.
_ Et tu considères James comme une personne méprisante ? L'interrogea Alice d'une voix douce.
_ Il est... Il est pire que ça. »

Elle n'arrivait pas à croire qu'elle en revenait toujours à ce point là. Elle se laissait berner par les beaux discours de Potter, par ses excuses, par les quelques discussions sérieuses et troublantes qu'ils avaient pu avoir, et puis il se moquait d'elle. Il lui faisait vivre les pires choses possibles juste pour se divertir.

« Alors ignore le, si l'indifférence est la plus belle arme, lui dit Alice en haussant les épaules. »

Lily s'enfonça dans le canapé de sa meilleure amie. Il était là, le problème. Peu importe les efforts qu'elle fournissait à essayer de ne pas penser à cet abject cafard, il était toujours là, quelque part, dans un coin de sa tête, à la narguer. Le pire était encore quand elle repensait à ce baiser contre le grand chêne. C'était dans ce genre de moment qu'elle aurait voulu tomber de son fichu balai, se faire une belle commotion cérébrale, et oublier cet incident.

« Tu te rends compte, quand même, qu'il est venu me chercher chez moi ? Qu'il est rentré par la fenêtre de la chambre de Pétu ? Qu'il m'a kidnappé ?! »

Alice grimaça légèrement. Elle aurait voulu dédramatiser la situation, vraiment, car elle était en partie fautive, mais Lily était si énervée qu'elle avait peur de dire le moindre mot de travers. Elle savait que dans ces moments là, le plus simple était encore de se ranger de son côté jusqu'à ce que la tempête passe et qu'elle puisse lui faire relativiser les choses.

James devait affreusement lui en vouloir. Elle lui avait donné la liste, elle lui avait conseillé d'essayer de la remplir, elle lui avait dit que cela ne pourrait que le rapprocher de Lily, et pourtant, voilà que tout l'inverse se produisait.

« Mes parents vont me tuer...
_ Je leur expliquerai Lily, je leur dirais que...
_ Que quoi ? Qu'un garçon de notre classe a débarqué en pleine nuit et que je l'ai caché dans ma chambre ? Laisse tomber Al'. »

Lily se leva, posa sa tasse dans l'évier de la cuisine d'Alice, et rejoignit directement la chambre de sa meilleure amie pour aller s'affaler sur le matelas qui l'attendait par terre. Elle ne voulait qu'une chose, que cette soirée cauchemardesque se termine.

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

« James Potter, peut-on savoir ce que tu fichais dehors à une heure pareille ? Le sermonna son père lorsque le jeune homme pénétra dans le manoir sans prendre la peine de fournir le moindre effort pour passer inaperçu. »

James soupira bruyamment, posa son balai dans un coin du salon, et vint s'asseoir sur le grand fauteuil qui faisait face à celui sur lequel Charles Potter était assis. Comme pour appuyer le cliché du riche homme d'affaire, M. Potter tenait entre ses doigts un cigare dont les volutes de fumée s'échappaient pour infester la pièce d'une odeur que James n'aimait pas particulièrement.

« Ce n'est pas bon pour toi, papa, lui fit-il remarquer.
_ Je pense que tu n'es pas en mesure de me faire des remontrances, jeune homme. »

James évalua la situation, et finalement, il acquiesça. Posant ses coudes sur ses cuisses et joignant ses mains devant lui, il savait qu'il allait devoir fournir une explication, et il n'appréhendait pas le moins du monde parce qu'il y avait une chose dont il était certain : son père comprendrait. Ça avait toujours été le cas.

« Alors ? L'interrogea Charles.
_ C'est cette fille... Lily Evans. Elle est... Elle est vraiment insupportable, papa. Vraiment. Pourtant, il faut toujours que je sois après elle. »

Charles Potter esquissa un sourire. C'était la première fois que son fils lui parlait d'une fille. Il savait qu'il aimait bien leur tourner autour parce qu'il l'avait entendu parler avec Sirius plusieurs fois, mais jamais ils n'avaient mentionné un nom en particulier alors Charles sut que cette fois-ci, il y avait quelque chose de spécial.

« Et quel est le rapport entre Lily Evans et le fait que tu quittes la maison la nuit tombée ?
_ J'allais la chercher pour l'emmener chez Alice Wendall, répondit James en omettant volontairement les détails.
_ Hmm... Je suppose que le voyage ne s'est pas passé comme prévu, vu ta tête ?
_ Non, effectivement. Elle a une trouille bleue des balais, et je n'en avais aucune idée. Je me suis pris la plus grosse soufflante de toute ma vie... »

Le père de James éclata bruyamment de rire. Si son fils ne s'était jamais donné de mal pour séduire une fille avant, il ne faisait aucun doute qu'il avait essayé ce soir là, et que son plan n'avait pas tourné à son avantage. Charles avait toujours été maladroit avec la gente féminine, et il avait souhaité que son fils n'hérite pas de ce trait. Malheureusement, les choses étaient ce qu'elles étaient, les hommes de la famille Potter étaient de vraies billes en affaires de cœur, et il n'y avait aucun remède à ce genre de maux.

« Elle s'en remettra, lui confia son père avec certitude.
_ Tu ne la connais pas, papa. Elle est terrible.
_ Tu devrais pouvoir te défendre, se moqua gentiment Charles.
_ Bien sûr que je le peux ! Répondit James avec fierté. Ce n'est pas une question de se défendre ou pas, c'est qu'elle m'a dit que j'étais une horrible personne. »

Cette fois-ci, Charles Potter quitta des yeux son cigare pour observer son fils. James se donnait toujours un genre, il prétendait constamment être au dessus de tout, mais son père, qui avait appris à vivre avec Joanne Potter, sa femme, en connaissait un rayon sur les sentiments refoulés. Si son fils lui avait rapporté ce que Lily Evans lui avait dit, c'était pour une raison. Elle l'avait touché.

« Tu n'es pas une horrible personne, James, alors elle ne pense pas un mot de ce qu'elle t'a dit.
_ Le fait que tu ne me trouves pas horrible ne prouve pas que je ne le suis pas, argumenta James.
_ Non, c'est vrai, mais les gens ne disent jamais ce qu'ils pensent vraiment quand il s'agit de ce genre de choses. Nous savons tous complimenter les autres, mais la plupart du temps, nous sommes incapables d'être sincère sur ce qui nous déplaît chez eux.
_ La plupart du temps, papa. Et encore une fois, tu ne connais pas Lily, reprit James sur un ton las.
_ Certes, mais il n'y a aucune raison pour qu'elle pense une chose pareille de toi. A moins que... »

Charles s'interrompit et fixa son fils avec attention en fronçant les sourcils. Il lui avait toujours dit de bien se comporter avec les autres, Joanne et lui avaient mis un point d'honneur à lui inculquer le respect depuis son plus jeune âge, alors il lui semblait improbable que son fils ait pu être incorrect avec ses camarades de Poudlard, mais pourtant...

« Tu ne l'as pas maltraitée, n'est ce pas ? L'interrogea-t-il.
_ Maltraitée ?! Papa, pour qui tu me prends ? S'indigna James.
_ Quand je dis maltraitée, je ne veux pas forcément dire violentée, James. Il y a d'autres manières de maltraiter quelqu'un. Avec les mots, par exemple. »

James déglutit et ses yeux se figèrent sur ses chaussures. Il n'avait jamais vu les choses de cette manière, il n'avait jamais réalisé que ses plaisanteries pouvaient être considérées comme de la maltraitance, ce mot était si lourd de sens...

« James... ?
_ J'ai... Je n'ai pas toujours été très sympa... Répondit-il avec embarras. »

Charles se perdit dans ses réflexions avant d'écraser son cigare dans le cendrier qui lui faisait face et de décroiser ses jambes.

« Tu t'es excusé ?
_ Bien sûr !
_ Tant mieux.
_ Ça ne change plus rien, les excuses, au point où nous en sommes, expliqua James avec agacement.
_ Alors remets toi en question. Réfléchis avant d'agir. Si Lily Evans ne veut pas te pardonner, ce n'est sûrement pas parce que ça l'amuse. »

La réflexion cloua James sur son fauteuil. Le problème venait bien de lui, pas d'Evans, et même son père était capable de s'en rendre compte. Pourtant, il n'avait aucune idée de la façon dont il devait s'y prendre pour changer les choses. Il aurait pu chercher des idées, il aurait pu se creuser la tête, il aurait pu se demander pendant des jours et des jours quel mot pourrait l'aider à remonter dans l'estime de Lily, mais il renonça.

Rien ne se passait jamais comme prévu lorsqu'il se retrouvait dans la même pièce qu'elle. C'était comme si ses neurones se déconnectaient un à un dès que les deux yeux verts de la jeune femme se posaient sur lui, actionnant au passage un interrupteur qui le faisait devenir complètement stupide, alors à quoi bon chercher à se rattraper ? Il n'y arriverait pas.

« Elle est dans la douche, murmura Alice à l'adresse de James avant de le tirer dans le jardin.
_ Ecoute, je sais qu'on avait prévu de manger ensemble ce midi, mais je ne crois pas que ce soit une bonne idée. »

Alice comprenait parfaitement la décision du jeune homme, même si elle voulait penser que Lily ne réagirait pas comme une mégère en constatant sa présence. A leur réveil, ce matin, son amie lui avait confié qu'elle y avait peut-être été un peu fort avec James, qu'elle l'avait qualifié d'horrible personne et que la haine qu'elle éprouvait à présent envers lui ne justifiait pas une telle attaque. Alice avait acquiescé lourdement, et avait profité de cette petite brèche pour signaler à sa meilleure amie que les maraudeurs étaient tous invités à venir manger chez elle ce midi-là.

Seulement, la nouvelle n'avait pas été accueillie de la meilleure façon qui soit par Lily qui avait immédiatement décrété devoir retourner chez ses parents. Alice avait finalement réussi à la convaincre de rester en lui disant qu'elle ne serait pas obligée de parler à James, et qu'il ne lui adresserait même pas la parole si elle le souhaitait.

« James... Je suis vraiment navrée... Je ne pensais pas qu'elle réagirait de cette façon. J'aurais dû te dire qu'elle avait peur de voler, mais reste, s'il te plaît.
_ Non. C'était stupide. Je ne sais pas à quoi je pensais quand j'ai pris cette liste, répondit-il en sortant le morceau de parchemin de sa poche et en le tendant à la jeune femme. »

Les yeux d'Alice jonglèrent un instant entre la liste de Lily et le visage de James. Elle, elle savait à quoi il pensait quand il avait prit la liste, et, bien qu'elle eût toujours été réticente à se mêler des affaires des autres (mais qu'elle l'ait tout de même fait à chaque fois), elle prit une profonde inspiration, et elle s'immergea totalement dans ce qui lui semblait être un débat nécessaire à avoir.

« Ce n'était pas stupide, James. Tu l'aimes bien, c'est évident, mais c'est plus dur que tout ce que tu as toujours connu et c'est la première fois que ça t'arrive, alors j'imagine que c'est terrifiant pour quelqu'un comme toi, mais ne renonce pas, tu m'as habitué à mieux.
_ Pour quelqu'un comme moi ? Nota-t-il en esquivant délibérément le reste de la tirade d'Alice.
_ Tu sais ce que je veux dire. Quelqu'un qui a toujours tout réussi, quelqu'un devant qui toutes les portes se sont toujours ouvertes...
_ Si Evans est une porte, il me semble parfaitement clair qu'elle est fermée à clé, là. Alors pourquoi je m'obstinerais à rester devant une porte close quand dix autres sont ouvertes devant moi ? »

Alice soupira bruyamment et donna un rapide coup de poing sur l'épaule du jeune homme dont le raisonnement ne lui plaisait guère.

« Espèce d'abruti, Potter ! Lily t'intéresse, que tu veuilles bien l'admettre ou non, alors sois un Gryffondor, et ne choisis pas la solution de facilité ! »

James leva les yeux au ciel et replongea le morceau de parchemin dans sa poche puisqu'il était à présent assez évident qu'Alice ne le reprendrait pas. Il ne renonçait jamais, habituellement, et il n'avait pas particulièrement envie de le faire cette fois-ci, mais les événements récents l'avaient tellement découragés qu'il avait envisagé de laisser tomber. Cependant, Alice venait de le piquer dans son orgeuil. Il était un Gryffondor, et même si cela lui faisait mal de l'admettre, il voulait Lily.

Personne n'avait le droit de lui dire non. Il ne pouvait pas rester sur un échec, pas avec elle, pas contre elle. Il ne pouvait pas perdre face à Evans. Des maladresses, il en avait fait, et il en ferait d'autres, mais peu importe, Lily Evans allait finir par lui dire oui parce qu'il était hors de question qu'il accepte de rester sur une fausse note. Il avait toujours eu ce qu'il voulait, et cela continuerait.

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Lily sursauta lorsqu'elle pénétra dans le salon d'Alice après avoir pris une longue douche et qu'elle aperçut James et sa meilleure amie s'étreindre brièvement derrière la baie vitrée. Ses affaires sales dans les mains, elle se rua dans la cuisine sans trop savoir pourquoi. Peut-être avait-elle eût l'impression d'avoir été témoin de quelque chose qu'elle n'aurait pas dû voir, ou peut-être n'avait-elle simplement aucune envie de se retrouver nez à nez avec Potter après ce qu'il s'était passé la veille... En tout cas, elle souhaitait passer inaperçue.

Cependant, quand son regard tomba sur la petite culotte qu'elle avait faite tomber sur le carrelage blanc du salon dans la précipitation, et qu'elle entendit simultanément la baie vitrée coulisser, elle sut que ce n'était encore pas aujourd'hui qu'elle allait réussir à éviter Potter.

Dans un mouvement de panique, elle se précipita sur le morceau de tissu avant que ses deux camarades de classe n'entrent et s'empressa de tout balancer négligemment dans sa valise qui trônait non loin du canapé. Quand elle entendit la voix de James s'adresser à Alice derrière elle, elle se retourna vivement sans pour autant avoir l'intention de s'immiscer dans la conversation.

« De toutes façons, j'ai promis à ma mère que j'irai manger avec elle ce midi.
_ Elle est toujours à Sainte-Mangouste ? Demanda Alice d'une voix compatissante.
_ Oui, répondit-il, sombre.
_ Et ton père ?
_ Il est à la maison en ce moment, il est stable, c'est plutôt positif.
_ Alors c'est déjà une bonne chose... Tu passeras le bonjour à Joanne de ma part, et tu lui diras que j'ai réussi à ensorceler mes aiguilles à tricoter comme elle me l'avait montré. »

Ce n'est qu'à ce moment là, quand James se retourna pour marcher jusqu'à la porte d'entrée, qu'il remarqua la présence de Lily. La jeune femme le regardait fixement. Elle ne le salua pas, et il ne le fit pas non plus, mais ses lèvres s'étendirent très légèrement pour former un sourire discret auquel elle ne répondit pas.

« Tu pourrais vouloir cacher ça avant que les garçons n'arrivent, lui signala-t-il en pointant son index vers la petite culotte qu'elle avait rangé à la hâte et qui dépassait légèrement de la valise à côté d'elle. »

Les joues de Lily devinrent écarlate alors qu'elle s'empressait de tasser ses vêtements dans le bagage, et elle rumina pendant cinq bonnes minutes après qu'il soit parti, répétant inlassablement à quel point elle le trouvait insupportable, ce qui amusa Alice plus que cela ne la découragea.

« Et puis qu'est-ce qu'il faisait là, en plus, si il ne vient même pas manger ?
_ Il fallait que nous discutions un peu tous les deux, répondit Alice tout en disposant des assiettes sur la table.
_ Je suis là, moi, si tu as besoin de discuter, ajouta amèrement Lily.
_ Je sais, mais c'était quelque chose entre lui et moi. »

Lily s'engouffra dans la cuisine pour commencer à faire à manger en songeant que cela détournerait ses pensées de sa meilleure amie et de son meilleur ennemi, mais ce fut loin d'être un succès. Alice lui cachait des choses et elle n'aimait pas cela.