Lily se tenait dans l'embrasure de la porte de la chambre de Mme Potter, et elle n'avait absolument aucune idée de comment elle en était arrivée là. Enfin, si. Sa curiosité était la seule responsable. Son père l'avait autorisé à rester chez Alice pendant la dernière semaine de vacances contre toute attente, mais la jeune femme était tombée de son balai en jouant au Quidditch avec ses petits voisins sorciers pendant que Lily avait été désigné comme étant l'arbitre malgré le fait qu'elle n'y connaisse absolument rien.

Les parents de sa meilleure amie n'étant pas là, Lily avait dû l'emmener elle-même à Sainte-Mangouste. Heureusement, elles étaient toutes les deux majeures. C'est ainsi qu'elle s'était retrouvée à attendre, anxieuse, dans une pièce aux murs blancs, dépourvus de tableaux, profondément angoissante. Alors elle avait décidé d'aller se promener dans les couloirs pour s'aérer un peu sans se douter une seule seconde que ce qu'elle verrait là serait beaucoup plus terrifiant que de rester une heure dans la salle d'attente.

Il y avait des gens atteins de toutes sortes de maladies étranges qu'elle n'avait jamais vu. Certains dont les membres n'étaient pas à leur place semblaient avoir été les victimes d'une métamorphose qui avait mal tournée, et d'autres étaient en pleine démence. La mère de James, elle, n'avait rien de tout cela.

« Bonjour, lui dit-elle. »

Lily, stupéfaite, ne sut trop quoi faire à ce moment là. Elle ne s'attendait pas à se faire surprendre de cette manière là, et, n'étant pas de nature intrusive, elle se trouva fortement gênée.

« Bonjour Mme Potter, répondit-elle malgré son embarras.
_ Est-ce que nous nous connaissons ?
_ Je... Non... Enfin je suis... Je suis Lily. Je suis dans la même classe que James, en fait, expliqua Lily dont les joues rougissaient à vu d'œil.
_ Oh. Eh bien entre, Lily. »

Joanne avait fait un signe de main en direction de la jeune femme qui ne savait pas trop si elle devait accepter la proposition. Elle regarda rapidement par dessus son épaule comme si elle s'attendait à voir surgir Alice ou James, mais il n'y avait personne, alors elle mit finalement un pied dans la chambre, puis deux.

La mère de James était âgée. Plus que ce que Lily ne s'était imaginée, probablement parce que ses propres parents l'avaient eue jeunes alors elle avait tendance à croire que ceux des autres avaient dans les mêmes âges. Cependant, l'âge de Mme Potter n'empêcha pas Lily de constater sa beauté. Elle avait de longs cheveux noirs qui descendaient jusqu'à sa poitrine, et de beaux yeux clairs comme la jeune préfète en avait rarement vu. Son nez était fin, tout comme son visage, et ses joues creusées étaient probablement le seul témoin physique de sa maladie.

« Assieds-toi donc, Lily, l'invita-t-elle gentiment en désignant le fauteuil qui se trouvait juste à côté de son lit. »

Encore une fois, la jeune femme hésita. James devait probablement s'asseoir sur ce fauteuil tout le temps, et après les derniers mots qu'elle lui avait prononcé, il lui semblât qu'elle n'était pas vraiment à sa place dans cette pièce. Pourtant, elle ne pût se résoudre à refuser l'invitation de Mme Potter, et son derrière termina inexorablement par s'écraser sur le fauteuil capitonné.

« Je... Je dois vous dire... James et moi ne sommes pas exactement en bons termes... Avoua la jeune femme qui n'avait pas envie de tromper de quelque manière que ce soit Mme Potter.
_ Oh ? Alors qu'est-ce qui vous a conduit ici ?
_ Je ne sais pas, à vrai dire. Je... Mon amie Alice est tombée de son balai et...
_ Alice ? Alice Wendall ?
_ Oui, elle-même, répondit calmement Lily.
_ Comment va-t-elle ?
_ Les médicomages s'occupent d'elle actuellement, ils disent qu'elle a sûrement un os du bras qui s'est fracturé lors de la chute. Ce n'est pas trop grave, d'après eux.
_ Je l'espère, Alice est une brave petite. »

Lily acquiesça, sans trop savoir si elle devait continuer de discuter ou non, craignant de fatiguer Mme Potter qui n'avait pas l'air d'être aussi mal en point que James le lui avait laissé entendre. Elle parlait, elle ne semblait pas souffrir, et elle avait toute sa tête. Lily se demanda même ce qu'elle pouvait bien faire à Sainte-Mangouste.

« Je devrais peut-être partir... Je ne veux pas vous déranger, reprit-elle après un long moment de silence.
_ Tu ne me déranges pas, ma petite. J'ai peu de visiteur et les soignantes ne sont pas causantes... James ne devrait pas venir avant ce soir, en plus, ajouta-t-elle avec une lueur de malice dans le regard. »

Lily se tortilla sur sa chaise, gênée. Cette petite lueur, elle la connaissait pour l'avoir fréquemment vue dans les yeux de James, et c'était comme si Mme Potter avait deviné la nature de leur relation, plus compliquée que réellement conflictuelle, bien qu'elle le fut aussi.

« Son père m'a dit qu'il menait la vie dure à une de ses camarades de classe, j'imagine que j'ai deviné que c'était toi lorsque tu m'as dit que vous n'étiez pas en très bons termes, s'expliqua-t-elle.
_ Je le lui rends bien, à vrai dire...
_ Tu as raison, Lily. »

Mme Potter esquissa un sourire et Lily le lui rendit. Comment une personne aussi charmante pouvait-elle être à l'origine de la catastrophe ambulante qu'était son fils ?

« Depuis que j'ai dû lui expliquer que je n'allais pas guérir, il a changé, continua Mme Potter, songeuse.
_ Il a de la peine, j'imagine, poursuivit Lily qui éprouvait plus de compassion envers son interlocutrice qu'envers son camarade de classe.
_ Il ne montre rien. Il ne vient pas souvent... Est-ce qu'il en a parlé avec toi ? Enfin... Sûrement pas... Si vous ne vous entendez pas... »

Encore une fois, Lily bougea nerveusement sur son fauteuil en se rappelant de ce jour là, sur les marches du dortoir des garçons, lorsqu'il lui avait confié que sa mère était en phase terminale et qu'elle avait été tellement bouleversé par le sursaut d'humanité qu'il avait montré à ce moment là qu'elle en avait pleuré.

« Un peu... Il n'est pas rentré dans les détails, il m'a seulement dit que vous et votre mari étiez malades... Et qu'il avait beaucoup de chance de vous avoir. »

Le sourire de Mme Potter s'étendit lorsque Lily prononça cette dernière phrase, et la jeune femme se détendit légèrement.

« C'est étonnant qu'il se soit autant confié à quelqu'un avec qui il n'est pas en bons termes, lui fit-elle remarquer.
_ Nous n'étions pas... Nous sommes... Il y a eu des hauts et des bas, souffla finalement Lily. »

Mme Potter hocha simplement la tête, mais Lily vit dans ses yeux qu'elle pensait bien plus que ce qu'elle ne disait. Elle se contenta de lui poser des questions sur ses parents, sur sa vie en général, et Lily y répondit bien volontiers, et avec encore plus de plaisir lorsque Joanne lui confia être passionnée par le mode de vie moldu.

« Ohlala, je n'ai pas vu l'heure défiler... Alice doit être sortie depuis un moment, il faut vraiment que j'y aille Mme Potter.
_ Je t'en prie Lily, Appelle moi Joanne. J'ai passé un très bon moment, n'hésite pas à revenir me voir, ça restera entre nous ! »

La mère de James fit un clin d'oeil à Lily et pressa doucement sa main avant de la laisser s'en aller rejoindre Alice qui l'attendait depuis un bon quart d'heure devant l'entrée de l'hôpital.

« Où étais-tu passée ? Demanda-t-elle à Lily.
_ J'ai fait un tour. Comment va ton bras ?
_ Bien, ce n'était pas si grave, c'était juste un déplacement finalement, ils m'ont tout remis en place. »

Lily laissa échapper un soupir de soulagement et se laissa guider à travers Londres par sa meilleure amie non sans avoir aperçu James se diriger vers l'hôpital pour sorciers au loin. Il était moins une, pensa-t-elle.

« Au fait, qu'est-ce qu'elle a, sa mère, à Potter ?
_ Elle a été piqué par une créature pendant un voyage pour le compte de l'Ordre. Ils ont d'abord cru à une acromentula, mais le venin n'aurait pas eu le même effet, alors personne ne sait trop de quoi il s'agit. Sûrement un autre type d'araignée, d'après les médecins, expliqua Alice.
_ Quel effet ?
_ Eh bien... La plupart du temps, Joanne va bien. Je veux dire, vraiment très bien, pour quelqu'un de son âge. Elle pourrait jouer un match de Quidditch sans aucun soucis... Mais le reste du temps, elle multiplie les arrêts cardiaques et son état se dégrade de façon brutale sans qu'ils ne puissent l'arrêter. C'est comme... Une sorte de saut à l'élastique.
_ Je ne comprends pas, avoua Lily en fronçant les sourcils, si une bête l'avait piquée, les médicomages n'auraient-ils pas enlevé le venin ?
_ Ils ont essayé, mais c'était trop tard, les dégâts étaient déjà faits.
_ Et son père ?
_ Je n'en sais rien. C'est incurable, en tout cas, répondit Alice en secouant la tête de dépit. James n'a vraiment pas une vie facile. »

Lily n'ajouta rien à cela. Sa meilleure amie n'avait pas tort, mais la jeune femme avait quand même du mal à éprouver de la compassion pour James Potter après tout ce qu'il lui avait fait subir. Ce n'était pas grand chose à côté de ce qu'il subissait, lui, mais finalement, ça ne la concernait pas. C'était sa vie, et elle n'avait pas à s'en mêler.

Pourtant, pendant ces vacances là, elle ne cessa de penser à Mme Potter et elle hésita même plusieurs fois à retourner lui rendre visite, mais elle ne le fit pas. Elle sût qu'elle avait eut raison quand, pour la dernière soirée avant la fin des vacances, Alice proposa aux maraudeurs de se retrouver aux Trois Balais et que James la salua avec ce stupide sourire arrogant qui ne le quittait jamais. Elle n'aurait pas supporté de le croiser à Sainte-Mangouste, et elle n'aurait certainement pas aimé lui devoir des explications sur sa présence dans la chambre de sa mère.

« Je sens de la tension, et ce n'est pas bon, décréta Sirius en faisant de grands gestes et en fermant les yeux pour se donner des faux airs de voyant.
_ Sérieusement, Black ? Tu vas déjà commencer à être fatiguant alors que nous ne sommes là que depuis cinq minutes ? L'interrogea Lily avec exaspération.
_ Laisse le, Lily, il aime bien penser qu'il est doué en Divination, lui dit Rémus en tapotant son bras.
_ Alors qu'on sait tout que le meilleur dans ce domaine, c'est moi, commenta James.
_ Il va me falloir de l'alcool pour survivre à cette soirée... Marmonna la jeune femme au serveur qui passait à côté de la table. »

Le jeune homme hocha la tête et lui apporta peu après un cocktail rouge qui n'eût pour effet que de la rendre plus hystérique qu'elle ne l'était déjà.

« Tu ne devrais pas boire aussi vite, Evans, tu ne vas pas tenir la cadence.
_ Fais attention Potter, parce que moi, contrairement à toi, je suis majeure.
_ Et ? Ricana-t-il.
_ Et rien ne m'empêche d'aller signaler au serveur que tes petits copains et toi utilisez de fausses cartes d'identité, riposta-t-elle avec fierté. »

James haussa un sourcil, laissa s'échapper un petite rire de mépris, et pointa sa baguette sur la carte d'identité de Lily, posée sur la table. Impuissante, la jeune femme le regarda modifier sa date de naissance avant d'essayer par tous les moyens d'annuler le sort, mais rien n'y fit. S'en suivit un règlement de compte haut en couleur, et au bout du troisième verre de cocktail, les sorts se mirent à fuser de la baguette de Lily vers James qui se retrouva successivement projeté d'un bout à l'autre de la pièce, suspendu au dessus du bar, et ligoté comme un vulgaire gigot.

Le propriétaire de l'établissement ne trouva qu'un moyen pour arrêter tout ce remue-ménage : propulser les deux protagonistes dehors pendant que leurs amis les pointaient du doigt en riant de l'intérieur du pub.

« Bien joué, Evans ! J'espère que tu es fière de toi !
_ De qui tu te moques, Potter ? Si tu n'avais pas changé la date sur ma carte d'identité, nous n'en serions pas là !
_ Tu veux jouer à ça ? Si tu n'étais pas venue me voir en début d'année pour me demander de te rendre approchable, nous n'en serions pas là ! Surenchérit-il.
_ Ah oui, c'est vrai, j'ai fait une erreur ! Tu ne m'as servit à rien !
_ Que veux-tu, on ne fait pas d'un âne un cheval de course, se moqua-t-il avec un sourire narquois. »

Cette fois, le visage de Lily se transforma. Sa bouche s'ouvrit en grand, ses yeux aussi, et la veine de son front tripla de volume pendant que ses joues rougissaient de rage.

« Tu me détestes, hein ? Lui dit-il en la regardant droit dans les yeux avec cette étincelle de malice qu'elle avait vu dans ceux de sa mère quelques jours plus tôt. »

Les dents serrées, Lily acquiesça. Pourquoi cette question ? Les choses semblaient claires. Ils n'avaient jamais pu s'entendre, même lorsqu'ils se voyaient régulièrement. Ils avaient réussi à rester cordiaux pendant un moment, mais c'était tout. Peut-être avait-elle cru qu'il y avait plus, l'espace d'un instant, mais l'admettre maintenant aurait été inconcevable.

« Ça ne me convenait pas, au début, mais j'ai changé d'avis. C'est plus intéressant, comme ça. Je préfère les défis, poursuivit-il après avoir sorti un vif d'or de sa poche, s'amusant à lancer et rattraper sans cesse. »

Lily, qui s'apprêtait à lui hurler dessus, referma la bouche, complètement perdue. Elle ne comprenait pas un mot de ce qu'il venait de dire, mais elle avait envie d'attraper cette fichue balle dorée pour qu'il arrête de se pavaner comme un roi.

« De quoi parles-tu ? L'interrogea-t-elle finalement.
_ De toi... Et de moi, répondit-il avec un sourire en coin. »

Lily songea qu'il ne pouvait pas être plus vague. Evidemment qu'il parlait d'elle et de lui, puisqu'ils étaient les deux seuls à s'être fait éjecter de ce bar.

« Tu ne comprends pas, n'est-ce pas ? »

Elle ne répondit pas à sa question et lui tourna le dos en croisant ses bras sur sa poitrine. Elle refusait d'admettre qu'elle ne voyait pas du tout où il voulait en venir, d'autant que cette situation semblait l'amuser énormément et qu'elle détestait le voir se moquer d'elle sans qu'elle ne puisse riposter. Lily Evans était intelligente, il y avait peu de choses dans la vie qui lui échappaient, à part peut-être celles qui concernaient les affaires de cœur. Là, elle n'était pas des plus brillantes.

« Il était une fois, un garçon et une fille qui ne pouvaient pas passer une minute dans la même pièce sans se jeter des insultes au visage... Commença sereinement James. »

Lily, ayant peur de comprendre où il voulait en venir, avala bruyamment sa salive sans se retourner vers lui. Pour la première fois depuis une semaine, elle se rappela de Daren. Daren, son petit-ami. Celui qui était gentil et calme, celui qui lui avait dit qu'il l'aimait et auquel elle n'avait pas su répondre. Daren qui n'avait plus de nouvelle d'elle depuis une semaine parce qu'elle avait été si occupée à détester Potter qu'elle l'avait presque oublié.

« Bonsoir. »

Lily sursauta. En face d'elle, deux hommes à la large carrure venaient de les saluer, et la jeune femme reconnut tout de suite leurs uniformes. Ils appartenaient à la brigade de police magique. Elle pensait que sa soirée était un échec, mais c'était pire que ça. C'était une véritable catastrophe.

« On nous a signalé deux jeunes gens en état d'ivresse sur la voie public, déclara l'un des deux hommes.
_ Ce doit être nous, décréta James avec légèreté.
_ Vos cartes d'identité s'il vous plaît. »

Lily soupira et tendit sa carte d'identité au policier avant d'essayer de se justifier sur sa date de naissance sous le regard amusé de James qui se promit de remercier Sirius le lendemain. Ils étaient trois à connaître la liste de Lily, et il voyait mal Alice envoyer la police à leur trousse, le calcul était simple.

« Je vous jure qu'il a modifié ma date de naissance. Demandez lui ! Protesta Lily.
_ M. Potter ?
_ Je ne vois absolument pas de quoi elle parle... Répondit James en feignant l'innocence. »

Hors d'elle, Lily se rua sur James sans même penser aux conséquences. Il se moquait d'elle. Il lui faisait la vie dure, il ne s'arrêtait jamais. Il était infatigable, et Lily n'en pouvait plus. Les deux policiers l'attrapèrent au vol alors qu'elle essayait de broyer le jeune homme avec ses mains qui tapaient frénétiquement sur son torse.

« Allez hop, ça suffit, on vous emmène, vos parents viendront vous chercher à la station ! Déclara l'un des deux hommes. »

James n'aurait pas pu rêver mieux. Il n'avait même pas eu besoin de pousser le vice pour se faire embarquer, Lily était entrée dans son jeu sans s'en rendre compte, et rien ne pouvait le satisfaire plus que cela. Il avait une deuxième ligne de la liste de Lily à barrer, à présent. Il ne lui suffisait plus qu'à terminer sa petite histoire que l'un des policiers avaient interrompue, et ensuite, il faudrait qu'il se démène pour que la jeune femme change d'avis à son propos.

Il doutait que Lily puisse lui dire oui un jour, au point où ils en étaient actuellement, mais c'était justement parce qu'elle le détestait autant qu'il voulait bien risquer de se faire rembarrer. Il ne pouvait pas tomber plus bas dans son estime, ce qui voulait dire qu'il ne pouvait qu'évoluer. Il n'avait rien à perdre.

« Pourquoi tu souris, idiot ?!
_ C'est comique, non ? Toi, ici...
_ Tu peux rire pour l'instant, mais j'espère pour toi qu'ils vont retrouver ma véritable date de naissance avant d'appeler mes parents sinon je peux t'assurer que cette année va être la pire que tu aies jamais passée à Poudlard. Bonjour les retenues, adieu la demie-heure supplémentaire de Quidditch.
_ Et bonjour les révélations sur la préfète en chef qui s'acoquine avec un maraudeur pour se trouver un mec, répliqua-t-il en souriant toujours aussi largement.
_ Peu m'importe, Potter. Dis leur. Dis leur à tous. Tu ne me tiendras plus en laisse, trancha-t-elle avant de garder le silence jusqu'à la fin du trajet. »

Lorsqu'ils arrivèrent à la station de police, on leur demanda de rester sagement dans la salle d'attente. Lily s'étant calmée et excusée de son comportement auprès des deux policiers, on la laissa utiliser l'un des hiboux des salariés pour contacter la personne qu'elle souhaitait. Elle ne pouvait pas parler de l'incident à ses parents, alors elle décida de contacter Alice en espérant très fort que sa famille ne soit pas mise au courant de son « arrestation ».

« Tu sais, Evans, je ne dirai rien à propos de notre arrangement, lâcha James qui trouvait le silence un peu trop oppressant. »

Lily ne répondit pas. Elle attrapa un prospectus sur la table qui se trouvait en face d'elle sans toutefois vraiment le lire.

« Tu as le droit de ne pas me croire, mais j'ai donné ma parole. C'est un peu sacré, pour moi, c'est le genre de truc que je ne peux pas trahir, expliqua-t-il. »

Encore une fois, elle n'eût aucune réaction. Elle se contenta d'ouvrir le prospectus sur les jeunes délinquants, le regard absent.

« En plus, je respecte plutôt ça... Le fait que tu aies eu le courage de me demander de l'aide alors qu'on ne s'est jamais entendu. C'était audacieux. »

Lily croisa les jambes, reposa le prospectus, et attrapa un magasine sur la mode sorcière avant de feuilleter une à une les pages en prenant un air particulièrement intéressé.

« Tu m'ignores ? L'interrogea James mi amusé, mi agacé. »

Pour toute réponse, Lily tourna une page du magasine avant de saluer poliment quelqu'un qui venait de pénétrer dans la salle d'attente.

« Tu te rappelles, tout à l'heure, quand je te racontais l'histoire de ce gars et de cette fille qui ne s'entendaient pas du tout ? Eh bien il se trouve qu'un jour, la fille est venue demander une faveur au garçon. Il a dit oui, bien entendu, parce que les défis, c'était son truc. Alors ils ont commencé à passer du temps ensemble, à apprendre à se connaître un petit peu. Pas trop, car dès qu'ils s'adressaient la parole, les choses risquaient de se gâter. Ils s'efforçaient de rester sympathiques l'un envers l'autre, mais c'était un peu comme demander à un géant d'entrer dans un magasin de porcelaine et de ne rien casser... »

Lily poussa un soupir d'exaspération mais garda les yeux vissés sur son magasine. Cela n'empêcha pas James de continuer à raconter sa petite histoire, loin de là.

« Un jour, le garçon a embrassé la fille. Il l'a fait trois fois, en fait, mais les deux premières ne comptaient pas pour des raisons techniques évidentes. La troisième, cependant, il la voulait. »

Cette fois, Lily se mit à rougir contre sa volonté. Elle déglutit en pensant comprendre où il voulait en venir, tout en se disant qu'il était impossible qu'il puisse envisager une telle chose.

« Qu'est-ce que tu racontes ?! S'exclama-t-elle en se retournant vivement vers lui, renonçant à son mutisme à cause de sa curiosité maladive. »

James ne put s'empêcher de sourire malgré la colère qu'il pouvait toujours lire dans le regard de la jeune femme. Elle avait l'air de comprendre, maintenant, mais le doute qui persistait toujours dans son regard était délectable. Elle était drôle et ne s'en rendait même pas compte.

« Evans... Le garçon veut la fille, lâcha-t-il en accrochant son regard. »

Figée sur sa chaise, Lily se repassait toute l'histoire dans la tête en se demandant si elle avait bien compris, et puis, elle réalisa que cela n'avait pas d'importance. Potter se moquait d'elle comme il l'avait toujours fait.

« Mademoiselle Evans ? L'appela l'un des policiers en pénétrant dans la salle d'attente.
_ Oui ! Répondit-elle en se levant brusquement, soulagée de pouvoir échapper au regard perçant de James.
_ Nous avons réussi à retrouver votre véritable date de naissance et votre amie est arrivée, tout est en ordre, vous êtes majeure, vous pouvez partir. »

Elle n'attendit pas qu'on le lui dise deux fois, et elle quitta la salle d'attente sans un regard vers James qui n'avait cessé de se demander à quel moment la jeune femme se rendrait compte qu'il était en train d'exécuter tous les points de sa liste un à un, et qu'il n'arrêterait pas avant d'avoir barré chacune des lignes qui s'y trouvait.