Like real people do
John Watson et Greg Lestrade ont la même opinion sur les non-dits : ils sont le poison d'une relation et entraînent des situations impossibles, là où tout est censé être simple et limpide. C'est pourquoi ils se sont promis de se dire les choses. À leur façon bien maladroite et embarrassante, certes, mais qui leur est exclusive et parfaitement compréhensible.
Voici donc trois des nombreuses choses que John et Greg arrivent à se dire.
D'un commun accord, et déjà au tout début de leur relation, ils ont posé les bases que jamais de la vie ils ne devaient se séparer fâchés. La fois où l'on dit au revoir à quelqu'un pourrait toujours être la dernière et aucun d'eux ne peut, ne veut imaginer le drame que ce serait si la toute dernière entrevue avec l'être aimé se concluait par une dispute, même minime. L'expérience a amené l'un et l'autre à reconnaître et à apprécier le fait que tous les moments passés avec une personne, surtout ceux qui paraissent anodins, sont uniques et irremplaçables.
Ce principe établi, le respect de cette ligne de conduite entraîne souvent des situations assez cocasses, voire même surréalistes. Comme ces fois où, au milieu des tons qui montent et des ressentiments qui fusent, l'un des deux antagonistes, se rendant compte de l'heure, d'un rendez-vous urgent, de Sherlock qui le réclame, arrive à s'écrier : « Stop ! Je dois y aller » et où la dispute s'arrête, le couple s'embrasse et se murmure des « Salut » énamourés. D'aucuns (Sherlock) déclareraient que c'est « Totalement absurde ! », mais c'est un dogme, leur dogme : personne ne doit se séparer fâché. Ainsi, malgré leur sacré caractère, malgré leurs petites manies et mauvaises habitudes qui leur hérissent le poil, malgré leurs désaccords sur les équipes à soutenir, John et Greg arrivent à se souhaiter au revoir en souriant, le cœur léger.
John Watson arrive à déclamer son amour à Greg Lestrade au moins une fois par jour. C'est quelque chose dont il ne se serait jamais cru capable, même dans ses meilleurs jours. Le matin dès le réveil, en plein milieu d'une conversation, quand il rigole aux blagues débiles du lieutenant, quand il lui fait découvrir les vidéos compromettantes du grand Sherlock Holmes stockées précieusement dans son téléphone, à la fin d'une conversation téléphonique, avant de se coucher… Son cœur fait de ridicules pirouettes de joie chaque fois qu'il le dit. Son petit plaisir consiste même à admirer discrètement le regard plein d'incrédulité et la voix perplexe de Greg après sa déclaration. Il sait qu'ils prennent tous deux de l'âge, que ce vieil idiot, son grand idiot n'arrive toujours pas à se convaincre de la réciprocité de leur amour/obsession/fanatisme mutuels, alors il n'hésite pas à le lui rappeler à chaque occasion. John n'avait rien du tout avant Sherlock, mais en le rencontrant, il a gagné une nouvelle vie, un incroyable cadeau, d'innombrables raisons de vivre, et pour ça, il ne l'en remerciera jamais assez. Il a surtout appris que mettre son âme à nu est très facile, quand on s'adresse aux bonnes personnes ; que l'amour est loin d'être effrayant, au contraire, c'est une merveilleuse promesse. Être avec Greg l'a transformé en une meilleure personne, plus sentimentale, mais qu'importe. John n'aura de cesse de dire « Je t'aime ».
Greg Lestrade l'affirme à John Watson, car il le pense réellement : Sherlock Holmes sera toujours la priorité. En d'autres termes, selon l'homme aux cheveux gris, John pourra à tout moment choisir de le laisser tomber au nom de Sherlock Holmes. Malgré les protestations de son partenaire et les regards excédés face à tant d'imbécillité, Greg continuera à soutenir cette assertion quoi qu'il lui en coûte. Le sujet est très délicat mais inévitable. Étant très pudique, ne pouvant pas avouer à quel point il ne comprend pas pourquoi John reste avec lui, et qu'il est hanté par la peur, il a prévu cette clause dans leur relation pour protéger l'homme qu'il aime, veiller sur un grand ami, et aussi défendre son misérable cœur d'un nouveau rejet dont il sait ne pouvoir jamais se relever. En plus, en étant sincère, on peut dire qu'il ne se considère pas comme maladivement jaloux en amour, à cause de sans doute trop de confiance ou de naïveté. Cela étant, ses craintes et ses certitudes que rien ne dure, ne l'empêchent pourtant pas de jouir de l'union exceptionnelle qu'il partage avec le médecin. Jamais il ne s'est senti autant chez lui, plein d'espoir, et heureux que dans les bras de son dieu blond. Alors, peu importe s'il doit affronter les menaces de John en déclarant ce genre de paroles insensées, la vie lui a appris à envisager le pire pour savourer le meilleur. John Watson étant la récompense qu'il n'a même pas osé imaginer, Sherlock Holmes passant en priorité n'est finalement pas cher payé comme contrepartie. Greg le dit sans rancune pour maintenir les pieds sur terre.
