Celui qui fait fuir la mort…

POV Externe

Max se remémora de nouveau le plan alors qu'elle observait la maison de Dhul. Ce chef de gang avait fait sa renommée en détournant certains bateaux de transport d'armes. Visiblement il n'avait pas volé sa réputation. Il agrandissait son influence en refourguant sa marchandise volé au marché noir. Mais son accession rapide dans le milieu soulevait bien des questions. Et visiblement le client d'Max voulait se renseigner sur les sources de Dhul.

-Sein ! Tu me le paieras ! murmura la jeune fille en scrutant avec ses jumelles. Un, deux….cinq… dix… dix-sept

« Une vingtaine d'hommes armés, Merde ! Il avait dit seulement une dizaine ! »

Bien décidée à lui en faire baver si elle revenait vivante, Max descendit de son perchoir et prit la direction de la maison, du côté où la sécurité était plus faible d'après ses informations.

POV Max

« J'hallucine, il doute de rien ce salaud de Sein !».

Tout en ruminant intérieurement, je marchais silencieusement à petites foulées rapides à travers la jungle bordant la baraque de Dhul. J'arrivais près du jardin lorsque je ralentis ma marche. Un homme armé faisait des allers retours entre le mur sud de la maison et la clôture. Je calculais approximativement le temps de son trajet et celui que mettait la camera la plus proche à scruter dans ma direction puis dans l'autre. L'objectif tournait environ toutes les quatre-vingt secondes et lui, oscillait entre 1 minute 30 et 2 minutes.

« Merde, je ne suis pas un ninja ! »

Je mordillais ma lèvre tout en réfléchissant. Il fallait que j'éloigne la sentinelle d'ici. Finalement, il me restait cette bonne vieille ruse.

« Comme si un truc pareil allait fonctionner ! »

Je me rapprochais un maximum sans qu'on puisse me voir et ramassais une pierre traînant par terre. Je prenais une grande bouffée d'air et la balancer le plus loin possible à l'opposé de ma direction.

« Si, ça marche, je ne critiquerais plus jamais les James Bond ! »

En entendant le bruit sourd provoqué par la chute du caillou, l'homme se retourna vivement et se dirigea vers sa source l'air irrité.

« C'est mon jour de chance on dirait que je suis tombé sur un imbécile ! »

Alors que la camera était tournée, je me dirigeais le plus rapidement et discrètement possible vers la clôture que je grimpais en l'espace de quelques secondes. Le garde fouillait toujours les buissons et ne m'avait pas vu. Je me précipitais vers le mur le plus silencieusement possible. Une trappe d'aération était bien présente.

« Comme quoi, toutes les infos de Sein ne sont pas fausses ! »

Je dévissais les écrous avec un tournevis électrique et pénétrais par la petite ouverture. Je refermais derrière moi tandis que l'homme s'arrêtait de fouiller et revenait dans ma direction l'air blasé.

L'espace était étroit et m'empêchait de progresser rapidement. Je crus même étouffer mais je fini par atteindre le vestiaire des vigiles qui comme prévu était désert à cette heure-ci. Je pris le temps de reprendre ma respiration et de me calmer. La panique était la dernière chose dont j'avais besoin.

Je sortis de ma cachette et ouvris la porte prudemment. Comme l'autre l'avait dit, le plus dur était d'entrer car une fois à l'intérieur, il n'y avait quasiment plus de caméras et de gardes. Je progressais rapidement et sans problème vers la salle de surveillance. La porte entrebâillée, laissait voir deux hommes. Je soupirais discrètement. Il fallait que je les prenne par surprise car je n'avais aucune chance face à eux. Je sentais la sueur couler le long de ma nuque alors que je me concentrais.

« Quand faut 'y aller ! »

J'ouvris la porte d'un grand coup de pied et je fonçais sur le premier qui affichait une expression ahurie. Je le neutralisais d'une bonne châtaigne.

« Et oui, des milliers de volts ça fait mal, hein ! »

Avant que le second ne se remette de la surprise, je lui balancer mon taser à la figure et me jeter contre lui. Sa tête cogna violemment contre le mur et il tomba inerte au sol.

« Ah, ah, je suis trop balaise… ou j'ai beaucoup de chance.».

Je lâchais un rire nerveux alors que je prenais soin de les attacher et de les bâillonner avec du gros Scotch.« Vive le Chatterton ! »

« Bon Sein, c'est à toi de travailler ! » Je sortis l'ordinateur qu'il m'avait confié pour me connecter à la console de contrôle. Je lançais son petit programme qui se chargea de neutraliser le système de sécurité et laissa un petit virus en prime.« Je vois que tu as toujours un sens de l'humour miteux mon pauvre Sein !»

Un personnage de dessin animé représentant un pirate était apparu sur les écrans. Il dansait le kazatchok. Et comme si ce n'était pas suffisant, il chantait !

"Fifteen men on the dead man's chest.

Yo-ho-ho-ho, and a bottle of rum!

Drink and the devil had done for the rest.

Yo-ho-ho-ho, and a bottle of rum!"

Je levais les yeux au ciel et un sourire étira mes lèvres à l'entente de la chanson écrite par R.L Stevenson.

Ne perdant plus un instant, je rangeai l'ordinateur et récupérai une arme sur un des deux gorilles. Il ne me restait plus qu'à atteindre le bureau de Dhul. Je rabattis ma capuche pour couvrir mon visage et m'élançais dans le couloir. Le chemin me parut interminable et, j'étais tellement tendue, que la seule chose que j'entendais était les battements de mon cœur ! « Tu es rouillée, ma vieille ! »

La porte du bureau n'était pas gardé puisque deux cameras scrutaient en temps normal les environs. Restait à savoir s'il y avait des gens à l'intérieur. « Va falloir être convaincante ma fille ! ». Je prenais une grande bouffée d'air et entrais violement dans la pièce révolver à la main.

-Bonsoir…. Dis-je d'une voix glaciale.

Finalement…. la pièce était vide.

« Quelle déception ! » J'eu un petit rire cynique, un peu soulagée quand même.

Je rangeais mon arme et me dirigeais vers le bureau. Je n'eus pas à chercher longtemps, le coffre était dessous dans le double fond du tiroir.

« Comme c'est prévisible ! »

L'avantage de travailler avec des types comme Sein c'est qu'ils fournissent un matériel de premier ordre ! Je n'avais plus qu'à utiliser le décodeur électronique pour l'ouvrir. Quelques minutes et le tour était joué ! « C'est bien trop facile ! » Je fronçais un sourcil soudain angoissée. Pourtant tout se passait bien !

A l'intérieur du coffre se trouvait le fameux livret ainsi que des liasses de billets d'euros, des dollars et bien d'autres monnaies locales. Il y avait également un collier en or gris incrusté de ce qui semblait être des diamants rouges. Ce bijou était tout simplement sublime. « Et un joli cadeau pour Max ! » Je saisis tout le contenu du coffre pour le mettre dans mon sac. C'est à ce moment que je remarquais une chose insolite. Un tas de petits bouts de parchemins carrés empilés et maintenus par un élastique. Sur le premier on pouvait lire, écrit à la plume :

Dhul, comme promis par notre accord,

« Contre ta volonté, un visiteur viendra voler tes secrets,

Jours pour jours, deux semaines suivant le solstice d'été

Si personne ne l'arrête, fuir durant un an tu devras.

Ou ton empire, vers sa fin, se précipitera.

Car si tu le sous-estime tu paieras pour tes torts,

Personne n'attrape Celui qui fait fuir la mort »

S.T.

Je le saisis, furieuse. Dhul était au courant pour ma visite. D'où le nombre de gardes supplémentaires. « S.T., soit Sein Tatsuo !» Je n'en revenais pas, cet abruti m'avait trahi. « Tu vas le payer Sein ! ». Je m'apprêtais à refermer le coffre lorsqu'un homme, vraisemblablement Dhul, ouvrit la porte. Il était accompagné par deux gaillards armés jusqu'aux dents. « Là, je suis mal ! »

- Attrapez-le ! hurla-t-il hystérique Je le veux vivant !

« Vivant ? Quelle aubaine ! » Mais pourquoi ? Il savait déjà pour mon employeur. Je me précipitais sur la fenêtre qui se brisa en mille morceaux alors que je sautais dans le vide. Heureusement, je n'étais qu'au premier étage. Je me relevais d'une roulade et courrais précipitamment vers la forêt les hommes de Dhul à mes basques. La chance m'avait abandonnée si bien que je ne fis que quelques mètres avant de me prendre les pieds dans une racine et de m'étaler de tout mon long. Les mercenaires m'encerclaient déjà, armes pointées sur moi. « Là, je crois que je suis dans la merde totale, ma pauvre Max ! ». Dhul força le passage et s'avança sourire cruel aux lèvres.

-Alors, comme ça personne n'attrape « Celui qui fait fuir la mort » !

J'avais écopé de ce surnom à force de me tirer de situations mortelles de façon inexpliquée mais cela faisait presque un ans que je n'avais pas fait parler de moi.

-Dis-moi qui te paie !

-Comme si tu ne le savais pas !

-Tiens ! « Celui qui fait fuir la mort » est une femme.

Il rit.

-J'avais prévu de te tuer mais finalement je vais te vendre aux plus offrants. Tu vas me rapporter gros ! Ne t'inquiète pas, je finirais par te faire avouer qui t'emploie. Attrapez-la !

Tout se passa au ralenti comme dans un film. Je les regardais se précipiter vers moi et au moment même où un des hommes s'apprêtait à me saisir le bras, il se produisit l'une des choses inexplicables auxquelles je dois mon surnom. Le paysage se troubla autour de moi et l'instant d'après je n'étais plus dans la jungle mais dans ma chambre.

Je clignais des yeux complètement ahurie. Je lâchais un rire nerveux presque hystérique. « C'est quoi ce bordel ! ».Je restais là à trembler pendant une bonne vingtaine de minutes quand je décidais d'appeler Sein, il me devait des explications. Mais pour ça, il me fallait un téléphone. Je sortis de ma chambre et me dirigeais vers le bar de Bassim. Après tout j'avais également besoin d'un remontant.