« Potter ! Lâche cette baguette tout de suite ! S'exclama Lily Evans de l'autre bout du couloir. »

James se retourna brièvement pour voir la jeune femme courir vers lui, et il abaissa immédiatement sa baguette. De toutes façons, son méfait était accompli. L'élève de Serpentard qui était, une minute plus tôt, en train de dénigrer un Pouffsoufle né moldu de première année, venait d'être changé en poney.

« Expelliarmus ! »

La baguette du jeune homme quitta sa main pour se retrouver dans celle de Lily qui venait de s'arrêter à deux mètres de lui, essoufflée. Un cinquième année était venu la trouver dans la Salle Commune pour la prévenir qu'un Serpentard était en train de s'en prendre à un élève de Pouffsoufle, elle ne s'attendait pas à trouver les maraudeurs sur la scène du crime.

« Bon sang Potter ne me dis pas que tu... Tu as transformé un élève en poney ?! Cria-t-elle.
_ Il l'avait cherché, répondit-il simplement en haussant les épaules.
_ Il l'avait... Oh Merlin... »

Elle ne savait même plus quoi dire tant elle était énervée. L'animal la regardait avec ses grands yeux paniqués derrière les poils de sa crinière brune, et Lily n'avait aucune idée de la façon dont il fallait s'y prendre pour lui redonner sa forme humaine alors elle décida de faire la seule chose raisonnable à faire, elle envoya un élève chercher le professeur McGonagall.

Le professeur de Métamorphose réprimanda sévèrement James devant un groupe d'élèves qui pointaient le poney du doigt en riant, mais Lily la soupçonnait d'être réellement impressionnée par les capacités du jeune homme. Cela ne l'empêcha néanmoins pas de lui donner des retenues jusqu'à la fin de l'année scolaire et d'envoyer une lettre à ses parents pour les prévenir de son comportement complètement irresponsable.

« Tu te rends compte de ce qu'il serait arrivé si tu avais raté ton sort ?! Le sermonna Lily dans la première salle de classe vide qu'elle avait pu trouver.
_ Je ne l'ai pas raté, répondit-il très calmement. »

Elle soupira et fit les cent pas devant lui, tenant toujours sa baguette entre ses doigts. Il l'énervait quand il était comme ça, arrogant. Elle avait envie de le changer en poney, lui aussi, mais elle n'était certainement pas assez douée en Métamorphose pour réussir une telle prouesse, alors elle se contenta de le regarder avec animosité.

« Je déteste quand tu es comme ça, Potter, grommela-t-elle.
_ Quand je défends les opprimés ? Répliqua-t-il avec son habituel sourire en coin.
_ Quand tu te prends pour Dieu ! Tu n'as pas à défendre qui que ce soit ! Tu ne fais pas les règles ici !
_ Et toi non plus, si je ne m'abuse, rétorqua-t-il.
_ Moi, je suis chargée de les faire respecter.
_ Qui se prend pour Dieu, maintenant ? « Je suis Lily Evans, je suis préfète-en-chef, je suis chargée de faire respecter les règles, et je suis une véritable emmerdeuse ! », la parodia-t-il en prenant une voix suraiguë. »

Lily s'arrêta brutalement de marcher pour venir se planter devant lui. Il pouvait presque voir des éclairs dans ses yeux, et il regrettait un peu de s'être moqué d'elle de cette manière, mais c'était plus fort que lui, il fallait toujours qu'il la pousse à bout.

« Qu'est-ce que tu as dit, Potter ? L'interrogea-t-elle sur un ton menaçant.
_ Que tu es une véritable emmerdeuse, répéta-t-il, parfaitement décontracté. Rends-moi ma baguette maintenant.
_ Parce que tu crois que je vais te la rendre après ça ? Alors là, Potter, il faudra me passer sur le corps. »

Elle regretta cette phrase aussitôt qu'elle l'eut prononcée car le jeune homme lui lança un sourire débordant de sous-entendus qui la déstabilisa profondément. Il s'avança vers elle, elle recula jusqu'à buter dans un bureau, et elle cacha sa baguette derrière son dos comme si ce simple geste allait lui permettre de l'empêcher de la prendre. Si elle n'avait pas tant été perturbée par son regard espiègle, elle aurait peut-être pensé à lui jeter un sort pour l'empêcher de s'approcher.

Elle arrêta de respirer quand il se pencha sur elle et que ses deux bras passèrent autour de sa taille et se refermèrent sur les deux mains qui agrippaient solidement sa baguette. Elle se tortilla pour essayer de se défaire de son étreinte mais le jeune homme n'avait aucune envie de repartir de cette salle sans sa baguette alors il se mit à la chatouiller en espérant que cela suffirait à la faire lâcher prise.

Elle gloussa sans pouvoir faire autrement, tentant désespérément de ne pas lâcher sa baguette, mais ce fut peine perdue, elle dû capituler rapidement sous le regard amusé de James qui fit habilement rouler sa baguette entre ses doigts avant de la rentrer dans la poche de son pantalon. Stupide crétin, pesta-t-elle intérieurement.

« Ça fait plaisir de te voir rire, Evans. »

Elle essuya la larme qui perlait au coin de ses yeux et qui n'avait rien à voir avec une peine quelconque, et James se rappela de rayer une ligne de plus de sa liste lorsqu'il remontrait dans son dortoir. Voilà, il l'avait fait rire aux larmes, et sans préméditation cette fois-ci. Il songea qu'il aurait dû le faire plus tôt en voyant le sourire persistant sur son joli visage. Lily Evans était beaucoup plus belle lorsqu'elle souriait.

« Allez, viens, tu ne voudrais pas être en retard en Enchantements, n'est-ce pas ? »

Il posa doucement sa main sur son épaule et la guida jusqu'à la sortie de la salle de classe. Elle réajusta brièvement son pull qui avait dû se froisser quand elle s'était tordue en deux pour essayer d'échapper à James Potter et lorsqu'elle releva la tête, son regard croisa celui de Fanny Drake. Merlin. Il ne manquait plus que cela. Elle se mit à rougir violemment en réalisant ce à quoi la scène pouvait ressembler.

Elle venait de sortir d'une salle de classe vide, souriante, avec James Potter dont la main était posée sur son épaule, et comme si cela ne suffisait pas, elle avait tiré sur son pull pour ne pas avoir l'air de sortir juste d'une partie de jambe en l'air... Mais c'était ce à quoi cela ressemblait, et elle le savait. Fanny Drake les observait tous les deux comme si on leur avait jeté un sort qui les avait fait changer de couleur, et il sembla à Lily que la situation ne pouvait pas être pire.

« James. Evans, les salua-t-elle en passant devant eux.
_ Drake... Répondirent-ils simultanément.
_ J'imagine qu'on va tous en Enchantements, poursuivit James.
_ J'imagine, répondit Fanny sur un ton neutre. »

Lily n'avait aucune envie de poursuivre le chemin avec Fanny Drake, mais elle n'eut pas le choix. Elle aurait eu l'air plutôt stupide si elle était partie dans la direction opposée alors qu'ils assistaient au même cours. Pourtant, elle hésita à le faire plusieurs fois tant le couloir menant à la salle d'Enchantements ne lui avait jamais paru aussi interminable. Fanny Drake, qui était la reine des ragots, était en train de s'imaginer que Potter et elle venaient de se peloter dans une salle de classe vide, et elle avait envie de disparaître.

« Après vous, leur intima James en ouvrant la porte devant les deux jeunes femmes. »

Fanny passa en première, et Lily suivit en lançant un regard appuyé au jeune homme qui répondit par un petit sourire. Il savait que Drake était probablement déjà en train de répéter dans sa tête ce moment où elle raconterait à toutes les filles de son dortoir ce qu'elle avait vu, et il était amusé par la situation, sachant pertinemment ce qu'il en était. Lily, elle, ne l'était pas le moins du monde. Ses parents étaient décédés, son petit-ami (ou ex petit-ami) s'était fait renvoyer, et tout le château allait bientôt croire qu'elle couchait avec son meilleur ennemi en cachette.

Cela ressemblait à un pétage de plomb de premier ordre. Clairement. Lily Evans allait donc abandonner son titre de préfète parfaite pour passer à celui de préfète girouette, celle qui passait d'un garçon à un autre en un battement de cil. Ce n'était pas ce qu'il s'était produit, n'est-ce pas ? Non... c'était plus complexe que cela. James Potter et elle remontaient à bien plus longtemps que ces deux derniers jours.

Elle soupira en se laissant tomber péniblement sur sa chaise, et elle enfouit sa tête dans ses bras jusqu'à ce que quelqu'un la secoue. Elle releva les yeux sur Alice qui l'interrogeait du regard. Un geste négligé de la main suffit à clore la conversation silencieuse, et Lily se cacha à nouveau le visage tout en essayant de se concentrer sur son ouïe au cas où Drake déciderait de lancer la rumeur en plein cours.

Elle n'entendit rien, cependant, à part un bruit de papier froissé. Elle releva la tête juste à temps pour voir James Potter lancer une boulette de parchemin en direction de Fanny Drake et elle ressentit cette chose qu'elle avait déjà ressenti avant, ce pincement désagréable qu'elle avait autrefois identifié à tort comme étant de la haine. C'était de la jalousie.

Et ce sentiment persista toute la journée. Il persista quand elle les aperçut ensemble près de la serre, et quand elle les entendit brièvement discuter devant la salle de Métamorphose. James Potter prétendait ne pas aimer Fanny Drake, mais il se retrouvait toujours en sa compagnie, bizarrement, et Lily n'avait aucune envie de rivaliser. Elle n'avait pas la force de mener une quelconque compétition, pas en ce moment. Alors elle ignora James Potter autant qu'elle le put, jusqu'à la fin des cours, jusqu'à la fin de sa ronde, jusqu'à ce qu'il se plante devant elle pour l'empêcher de monter dans son dortoir alors qu'elle était réellement épuisée.

« Tu es fâchée contre moi, constata-t-il simplement.
_ Je ne le suis pas, répondit-elle sur un ton las.
_ Si, tu l'es. Est-ce que c'est à cause de ce matin ? Est-ce que c'est parce que j'ai transformé ce Serpentard en poney ?
_ Oui... Non... Potter, je... Vraiment je suis fatiguée. »

Il avança sa main vers elle pour lui caresser la joue et elle recula avant de le contourner pour essayer de rejoindre son dortoir. Elle ne voulait pas jouer à son petit jeu maintenant, à ce jeu stupide auquel ils avaient toujours plus ou moins joué. Elle n'avait pas envie de se disputer avec lui une énième fois, et elle n'avait pas non plus envie de se laisser amadouer, elle voulait juste retrouver son lit, s'endormir un peu, oublier à quel point elle était paumée, oublier à quel point sa vie était instable.

« C'est à cause de Drake, alors. C'est parce qu'elle nous a vu sortir de cette salle de classe vide, n'est-ce pas ? Poursuivit-il. »

Elle s'arrêta sur la première marche de l'escalier pour se retourner vers lui, et finalement, elle acquiesça. Potter était du genre persistant, et la meilleure façon pour elle de pouvoir aller se coucher tranquillement était de lui dire ce qu'il voulait entendre. C'était aussi la vérité, et elle savait qu'elle dormirait mieux si elle déballait tout. Alors, elle déballa tout.

« Je sais que je t'ai dit oui Potter... Je... Je sais ce que je t'ai dit mais... Je n'arrive pas à... Je n'arrive pas encore à comprendre tout ça, et je... Je ne veux pas que qui que ce soit le comprenne avant moi. Et Fanny Drake, elle est... Elle raconte tout, à tout le monde, et elle est toujours autour de toi, et tu es toujours autour d'elle et je ne sais pas... J'ai juste... Je suis fatiguée de faire de ma vie une compétition. Je ne veux plus rayer des noms de garçon dans mon stupide carnet. Je ne veux plus être avec quelqu'un juste pour que ma vie me paraisse un peu moins pathétique. Je veux être sûre. »

Ses bras étaient tombés le long de son corps à la fin de son explication et ses yeux étaient figés sur James sans vraiment le regarder. Elle en avait dit un peu plus que ce qu'elle prévoyait initialement, mais ce n'était pas grave. James Potter la fixait avec un mélange d'inquiétude et de culpabilité, et cela la faisait se sentir encore plus faible qu'elle ne l'était déjà.

« Je... Je n'avais pas réalisé que tu t'inquiétais par rapport à Drake et moi, avoua-t-il, un peu perdu.
_ Potter... Elle est belle, et je sais que tu as couché avec elle avant. Comment pourrais-je ne pas m'en inquiéter ? Répliqua-t-elle d'une voix douce en frottant son visage, éreintée.
_ Je ne pensais pas que... Je croyais que tu t'en fichais. En plus, ce n'était pas comme ça, Lily. J'ai vu la tête que tu faisais quand nous l'avons croisé en sortant de la salle de classe. Je savais que tu t'inquiétais sur ce qu'elle pourrait dire, que tu ne voulais sûrement pas que tout le château se fasse des idées sur nous, alors je lui ai demandé de se taire. »

Elle passa sa main dans ses cheveux et se balança nerveusement d'un pied sur l'autre pendant que son autre main s'était refermée sur la rambarde de l'escalier. Premièrement, James Potter l'avait appelé par son prénom, et deuxièmement, il avait essayé de lui sauver la mise. C'était nouveau. C'était étrange et c'était gênant. En fait, elle n'avait aucune idée de la façon dont elle devait se comporter avec lui depuis leur discussion à l'infirmerie. Il y avait cet espèce de mur invisible entre eux qu'elle avait nommé Daren dans sa tête pour des raisons évidentes, et il l'empêchait de traiter James comme la personne qu'elle avait accepté qu'il soit, son petit-ami. Elle n'avait jamais apprécié les contacts physiques, mais là, ce n'était même pas une question de les apprécier ou pas, c'était juste qu'elle ne savait pas comment s'y prendre. Potter l'intimidait, et elle devait bien l'admettre, elle avait toujours peur qu'il lui fasse un sale coup.

« Fanny Drake n'est pas du genre à se taire quand on le lui demande, commenta-t-elle pensivement.
_ Non, c'est vrai. J'ai dû me montrer inventif...
_ Inventif ? Répéta-t-elle.
_ J'ai... Je l'ai menacé de révéler à McGonagall qu'elle a utilisé une plume à encre correctrice aux BUSES. C'est le genre de truc qui pourrait la faire renvoyer. Elle ne dira rien. »

Lily soupira de soulagement, et elle jeta un regard d'excuse à James. Elle n'avait pas pensé une seule seconde au fait qu'il puisse être en train d'essayer de la tirer de ce mauvais pas quand elle l'avait vu tourner autour de Fanny Drake, elle s'était simplement dit qu'il était toujours intéressé. Probablement parce que Daren Wayne, aussi gentil soit-il, n'avait jamais fait ce genre de chose pour elle. Il n'avait même que rarement remarqué que quelque chose n'allait pas quand c'était le cas. Rien ne semblait échapper à James Potter, en revanche.

Alors elle redescendit la marche sur laquelle elle se trouvait puis elle s'avança lentement vers le jeune homme, et l'entoura de ses bras avant de poser sa tête contre son torse sans qu'il ne s'y attende le moins du monde. Lily Evans n'était pas du genre à se laisser câliner d'après ce qu'elle lui avait montré jusque là, alors il avait tout simplement imaginé qu'elle n'était pas du genre à câliner de son plein gré non plus.

Mais elle était là, contre lui, et elle serrait ses petits bras autour de sa taille. Alors peut-être qu'il s'était trompé. Peut-être qu'elle était de ce genre là. Ou peut-être justement qu'elle n'était d'aucun genre et qu'elle se contentait d'agir sur l'impulsion du moment. Un peu perturbé, il hésita à refermer ses bras autour d'elle. Il savait qu'elle n'aimait pas toujours les contacts physiques, mais elle était contre lui et il ne lui sembla pas juste que son câlin n'obtienne pas de réponse. Alors il la serra à son tour.

« Merci, souffla-t-elle. »

Il ne trouva rien à lui répondre. Il était fier de lui. C'était stupide, vraiment stupide, mais il était fier de lui. Il avait fait la chose qui lui semblait juste, et Lily Evans venait de le remercier. Il lui avait remonté le moral, il avait dissipé une partie de ses inquiétudes. Peut-être que ce n'était pas grand chose, mais pour lui, c'était déjà beaucoup. S'il avait seulement su avant que l'aider était plus satisfaisant que de la faire hurler, il l'aurait fait beaucoup plus tôt.

« Je... Je vais aller me coucher maintenant, Potter, annonça-t-elle en desserrant son étreinte. »

Il la lâcha contre sa volonté, mais elle ne s'écarta pas pour autant. En fait, elle leva la tête vers lui et il pensa un instant qu'elle allait l'embrasser, mais non. Elle ne le fit pas. Elle se contenta de lui jeter un regard complice, un sourire à lui en faire oublier son prénom, et puis elle disparut dans le tourbillon de marches. Juste comme ça. Merlin, il fallait qu'il arrête d'attendre qu'elle fasse le premier pas parce qu'il avait la sensation que cette relation platonique pourrait durer bien trop longtemps s'il ne se bougeait pas un peu.

Il resta en bas un long moment juste à fixer les marches menant au dortoir des filles en se demandant comment il allait faire quand Wayne reviendrait, en se demandant ce qu'elle lui dirait, si elle lui dirait seulement. Elle n'avait pas l'air d'en avoir la force, elle semblait juste effrayée, alors il l'était aussi.

Parce que si elle ne disait rien à Wayne, il serait forcé de la regarder être avec lui sans bouger le petit doigt et la chose lui paraissait hautement inconcevable. C'était trop tard. Il s'était beaucoup trop attaché à elle. Ce n'était plus juste l'étincelle des disputes, c'était tout le reste. Cette douceur qu'il ne lui avait jamais connue et cette fragilité qu'elle essayait perpétuellement de dissimuler. C'était en train de devenir plus que ce à quoi il s'attendait.

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« Bonjour, le salua-t-elle lorsqu'il se pencha pour attraper le pichet de jus de citrouille qui était à côté d'elle. Tu es levé tôt, aujourd'hui. »

Il balaya la pièce du regard et quand il constata qu'il y avait peu d'élèves dans la Grande Salle, il s'autorisa à s'asseoir à côté d'elle.

« Ça fait trois jours que je règle mon réveil à des heures différentes pour essayer de prendre le petit déjeuner avec toi, expliqua-t-il sur un petit ton moqueur qu'il ne destinait qu'à lui-même.
_ Tu aurais juste pu me demander à quelle heure je me lève, lui fit-elle remarquer, amusée.
_ J'aurais pu, mais ça aurait été moins drôle que d'essayer de deviner, répondit-il en haussant les épaules. »

Elle secoua la tête tout en s'esclaffant avant de mordre de nouveau dans son toast. Cela faisait un moment qu'elle n'avait pas mangé un petit déjeuner, en fait. D'habitude, elle se contentait de s'asseoir pendant un quart d'heure, juste le temps de boire un jus de citrouille avant de retourner dans son dortoir pour s'allonger dans son lit avant le début des cours, mais elle avait retrouvé l'appétit récemment.

« Je pensais que tu mangeais avec Alice.
_ Non. Elle se lève bien trop tard.
_ Ne le prends pas mal, Evans, mais en fait, je crois que c'est toi qui te lève bien trop tôt, lui fit-il remarquer en attrapant une part de gâteau au chocolat.
_ Je me lève à l'heure où je me lève, répondit-elle en haussant les épaules.
_ C'est d'une logique implacable, commenta-t-il avec un sourire narquois.
_ Tes sarcasmes ne sont pas appréciés si tôt, Potter.
_ A partir de quelle heure le sont-ils, alors, Evans ? »

Il avait lâché sa fourchette et s'était accoudé sur la table pour poser sa tête sur son poing et la regarder avec le sourire le plus charmant qu'il lui ait jamais lancé. Elle lâcha également ses couverts, bien que son geste ne soit pas aussi délibéré que celui du jeune homme et elle bafouilla brièvement qu'ils n'étaient jamais appréciés en essayant de se focaliser sur son verre de jus de citrouille plutôt que sur la débordante attention que Potter lui portait. Ce petit jeu ne cesserait jamais.

« C'est bien ce que je pensais, souffla-t-il en lâchant un petit rire. »

Ils poursuivirent le repas en silence, et Lily se surprit à trouver cela agréable. Etre assise à côté de lui, juste être assise, sentir sa présence, entendre le tissu de son sweat frotter légèrement contre le bord de la table à chaque fois qu'il tendait la main pour attraper son verre et sentir son bras frôler le sien. Ce n'était rien, mais c'était aussi beaucoup. Elle doutait qu'il fasse attention à tout cela tant il agissait de façon totalement naturelle, mais elle le faisait pour deux alors ce n'était pas grave.

« Où tu vas ? L'interrogea-t-il lorsqu'elle se leva du banc.
_ On a Métamorphose tout à l'heure... Répondit-elle simplement.
_ Dans une heure et demie, lui fit-il remarquer après avoir jeté un coup d'oeil furtif à l'horloge.»

Elle resta debout devant la table de Gryffondors à rougir, embarrassée. Merlin, elle allait passer pour une abrutie, elle allait vraiment passer pour une incapable si elle lui disait. Il allait se moquer d'elle, certainement. Elle n'avait aucune envie qu'il la voit en difficulté une fois de plus, mais son regard la sondait tellement qu'elle sut que si elle ne lui répondait pas, il allait la suivre dans tout le château en la martelant de questions, et Merlin, il était insupportable quand il se comportait de cette manière.

« C'est le... L'hippogriffon... La Métamorphose... Je... Ne sais pas faire, admit-elle en se flagellant mentalement de ne pas réussir à former une phrase correcte.
_ Ah... Constata-t-il simplement. »

Elle se demanda un instant quand est-ce qu'il allait éclater de rire, pointant le fait qu'il y avait enfin une chose qu'elle ne parvenait pas à effectuer et qu'il allait encore une fois obtenir une meilleure note qu'elle, mais il se contenta de poser ses couverts et de se lever du banc à son tour.

« Qu'est-ce que tu fais ? Lui demanda-t-elle.
_ Eh bien, je vais t'aider. »

A partir de ce moment là et jusqu'à la fin de ce cours de Métamorphose improvisé qu'il lui avait donné ce jour là, elle s'interrogea sur l'identité de la personne qui était face à elle. James Potter était un vil crétin, il n'était pas un adorable jeune homme altruiste comme il semblait vouloir le lui faire croire.

« C'est bien, tu as réussi. Bon, tu n'auras clairement pas une meilleure note que moi, mais je suppose que tu t'es habituée à ce genre de détail maintenant, se moqua-t-il finalement. »

Et voilà. Chassez le naturel, il revient au galop, pensa-t-elle en levant les yeux au ciel. Elle n'avait plus à se demander où il était passé. James Potter était bel et bien devant elle, il n'y avait plus de doute à avoir. Il était seulement aussi vil qu'adorable, et aussi crétin qu'altruiste. L'un n'empêchait pas l'autre.