Lily avait passé deux jours à l'infirmerie quand elle se décida finalement à en sortir. Sa fièvre était tombée mais elle n'était pas rétablie pour autant, et cela l'énervait considérablement. Elle n'aimait pas rater les cours parce qu'elle avait toujours peur de manquer quelque chose d'important, et elle réalisa qu'elle avait justement dû manquer une certaine quantité de choses importantes lorsqu'en chemin vers la bibliothèque, ses yeux se posèrent sur les sabliers des quatre maisons représentant le nombre de points que les élèves avaient réussi à gagner.
Pour Gryffondor, Lily constata bien vite qu'il s'agissait en fait d'avantage du nombre de points qu'ils avaient perdu que de ceux qu'ils avaient gagné. Il ne restait qu'un unique grain de sable dans leur sablier et elle dû s'approcher pour vérifier qu'il n'y avait pas un problème technique tant elle ne comprenait pas comment une chose pareille pouvait être possible.
Lorsqu'elle avait rejoint l'infirmerie, ils étaient au coude à coude avec Serpentard pour la première place, comment avaient-ils pu perdre 200 points en 48h ? Elle se posa la question, mais la réponse vint tout naturellement à elle en même temps qu'un cri dans le couloir adjacent. Elle s'y précipita pour voir ce qu'il se passait et ce fut sans surprise qu'elle se retrouva nez à nez avec James Potter. Elle fut cependant un peu plus étonnée quand elle constata qu'un énorme trou s'étendait entre eux sur plusieurs mètres. Elle ne pouvait même pas en établir la profondeur tant tout était sombre à l'intérieur.
Une élève de deuxième année était au bord du gouffre, au sens propre comme au sens figuré, et elle hurla jusqu'à ce que Lily la tire par un pan de sa robe de sorcière pour l'écarter du gigantesque trou. Potter et Pettigrow se tenaient tous les deux à l'autre extrémité, qu'elle ne pouvait pas atteindre à moins de se jeter un sort de propulsion, et il ne faisait aucun doute qu'ils étaient responsables de ce remue-ménage.
« Oups... Lâcha James, baguette à la main, alors que Peter Pettigrow se cachait légèrement derrière lui.
_ Potter... Commença Lily en essayant de contenir sa rage. Qu'est-ce que c'est que ça?! Cria t-elle en détachant chaque mot.
_ C'est un trou, Evans, répondit-il simplement.
_ Je sais que c'est un trou, espèce de crétin ! Ce que je veux savoir, c'est pourquoi il est là ! »
James mis plusieurs secondes à répondre. Pettigrow et lui se chuchotaient des phrases que Lily ne parvenait pas à entendre de là où elle se tenait, et elle ne pouvait décemment pas se rapprocher sans tomber dans la fichue cavité que son stupide petit-ami (elle l'appelait comme ça dans sa tête en se disant qu'elle arriverait à s'y faire un jour) venait de créer au beau milieu du couloir.
« Pourquoi il est là ? C'est une question intéressante, Evans. Tout a commencé ce matin. Quand je me suis réveillé, j'ai constaté en regardant par la fenêtre que le ciel était étrangement couvert. Alors je me suis dit « James, rappelle-toi, qu'est-ce que tu as lu dans la gazette hier ? Est-ce qu'il va faire beau, ou est-ce qu'il va pleuvoir ? ». On pourrait me reprocher de me poser des questions sans importance, mais elles le sont pour le Quidditch, car comme tu le sais, je suis le capitaine de l'équipe depuis de nombreuses années maintenant. D'ailleurs, peut-être faudrait-il que je commence l'histoire par là...
_ Potter, arrête de te moquer de moi, le prévint-elle en sortant sa baguette de son sac à dos.
_ Ah ! Un autre sujet intéressant ! Je ne me moque pas de toi, Evans. Si je voulais même être précis, j'ajouterais que je suis on ne peut plus sérieux parce que tu vois, quand je me suis levé ce matin, je me suis aussi dit « Comment pourrais-je égayer la journée d'Evans aujourd'hui ? » mon cher ami Peter à côté de moi m'a directement répondu « Peut-être que tu pourrais simplement ne rien faire et t'éviter tout un tas d'embarras par la même occasion. » Intelligent, ce Peter, mais l'idée me paraissait un peu ennuyeuse, sur le coup. Alors, j'ai décidé que j'allais me lancer un nouveau chal...
_ Viens en aux faits sinon je peux t'assurer que je te jette un maléfice de saucisson et je te lance moi même dans ce trou ! Vociféra t-elle en serrant les dents.
_ Là, je suis curieux Evans. J'aimerais bien savoir comment tu t'y prendrais, sachant qu'il y a bien une dizaine de mètres entre nous et que j'aurais le temps de faire trois fois le tour du château avant que ton sort n'arrive à destination, se moqua t-il. »
Il avait croisé les bras sur sa poitrine, et son petit sourire en coin qui allait de paire avec son regard narquois donna à Lily l'envie de l'étrangler. Elle se contenta d'essayer de le pétrifier mais son sort n'eut même pas le mérite de le faire cligner des yeux tant il passa loin de lui.
« Tu sais qu'il ne reste plus qu'un grain dans notre sablier ?! Hurla t-elle, folle de rage.
_ J'ai cru entendre, oui, répondit-il nonchalamment.
_ Alors tu sais que tu vas payer pour ça.
_ La présomption d'innocence Evans, tu connais ? Réfléchis-y et trouve aussi une solution pour ce trou, je ne sais pas qui a fait ça, mais c'est absolument scandaleux, ricana-t-il avant de lui tourner le dos.
_ Ne t'avise pas de quitter ce couloir Potter ! Ne fais pas un pas de plus ! Ne... »
Il était déjà parti, le veracrasse ! Elle se surprit à brutalement remettre en doute ses goûts personnels, parce qu'elle ne pouvait décemment pas éprouver la moindre affection pour ce crétin, ce n'était pas possible. Et pourtant, c'était le cas, et c'était tout particulièrement exaspérant quand il agissait comme le l'être le plus immature que la terre ait portée.
« Présomption d'innocence, présomption d'innocence, et puis quoi encore ?! Marmonna t-elle tout en faisant demi tour pour aller trouver un professeur qui pourrait arranger le problème. »
Potter avait intérêt de bien se cacher parce que lorsqu'elle le trouverait, il passerait un très, très mauvais moment. Elle allait se venger, et il allait regretter de s'être moqué d'elle, et aussi de profiter de son absence pour passer ses journées avec Fanny Drake comme Daren le lui avait dit. Elle attendait impatiemment ses explications. Ou plutôt, elle se préparait largement à lui hurler dessus depuis deux jours. Il devait le suspecter puisqu'il n'était pas retourné la voir à l'infirmerie. Mufle.
Elle avait réussi à trouver le professeur Flitwick en chemin et lui avait indiqué le lieu du crime avant de repartir vers la bibliothèque où elle rejoignit Alice. Elle entreprit de rattraper une partie de ses leçons mais les gloussements à la table d'à côté la déconcentrèrent. Fanny Drake était avec plusieurs de ses amies et elles discutaient visiblement garçons. Potter, très exactement.
« On a une relation particulière lui et moi, expliqua Fanny.
_ Mais... Vous êtes ensemble ou pas, au final ? Lui demanda Emmeline Vance.
_ Pas officiellement, répondit Fanny en souriant.
_ Et officieusement ? Gloussa Emmeline. »
Cette fois, Drake ne répondit pas, elle lança simplement un regard suggestif à son amie et les cinq filles autour de la table se mirent à pouffer. Lily n'avait pas l'habitude de croire tout ce qui sortait de la bouche de Drake, mais c'était la deuxième fois qu'on la faisait douter en deux jours, et ça commençait à faire beaucoup. En plus, on ne pouvait pas dire qu'elle connaissait Potter sur le bout des doigts, ni qu'elle avait une confiance aveugle en lui.
Il avait confiance en elle puisqu'il lui avait confié son secret, mais il savait que Lily était une personne droite et loyale, il devait bien se douter que peu importe ce qu'il se passait entre eux, elle ne l'enverrait pas à Azkaban. Elle n'était pas si méchante que cela, elle était généreuse, même envers les gens qu'elle méprisait, et à ce moment là, l'on pouvait dire qu'elle le méprisait.
Elle le méprisait parce que lui et ses amis avaient fait perdre 200 points à leur maison et parce qu'il s'était moqué d'elle un peu plus tôt, elle le méprisait parce qu'il n'avait pas l'air de comprendre que ses actes avaient des conséquences, et elle le méprisait parce que parfois, elle avait l'impression qu'il n'aspirait qu'à lui compliquer la vie.
« Ah, James ! Entendit-elle. »
Fanny Drake avait levé sa main en l'air et faisait signe au jeune homme qui venait d'entrer. Il s'avança vers sa table, mais quand son regard croisa celui de Lily à côté, il s'arrêta immédiatement. La jeune préfète ne s'était même pas embêtée à rassembler ses affaires, elle avait littéralement bondit de sa chaise pour se ruer sur James qui lui même s'était élancé vers la porte de la bibliothèque pour en sortir avant qu'elle ne le rattrape.
Elle poussa un juron et se mit à courir pour essayer de réduire la distance sous les regards indifférents de tous les autres élèves. James Potter et Lily Evans qui se faisaient la guerre, c'était un peu une tradition. Ainsi, elle le poursuivit pendant plusieurs minutes jusqu'à ce qu'il disparaisse au détour d'un couloir.
« Espèce de lâche ! Retire ta cape tout de suite ! Cria t-elle. »
Elle entendit un rire étouffé à quelques pas qui confirma ses soupçons. Potter se cachait, et elle détestait ça. Elle voulait avoir une conversation avec lui, une conversation d'adulte, elle ne voulait pas de ces enfantillages, de cette chasse qui ne menait jamais à rien, de ces hurlements qu'il la forçait à adopter, elle était épuisée de tout cela.
Pile au moment où elle soupira, las, que ses bras tombèrent le long de son corps en guise de résignation et qu'elle tourna les talons, James apparut devant ses yeux. Par pure précaution, il lui confisqua sa baguette, mais il n'eut pas le réflexe d'éviter la gifle qu'elle lui flanqua, pour une fois. Il avait pensé, visiblement à tort, que ce genre de chose ne se reproduirait plus.
Il se massa douloureusement la joue alors qu'elle entamait une tirade haineuse contre lui qu'il entendait mais qu'il n'arrivait pas à écouter. Elle lui hurlait dessus, et il ne pouvait se concentrer que sur sa jolie bouche, sur les traits réguliers de son visage, et sur ses yeux verts qui lui manquaient à chaque fois qu'ils n'étaient pas posés sur lui.
« … Tu devrais grandir un peu ! Termina t-elle en colère.
_ Je... Quoi ? L'interrogea-t-il.
_ Tu vois ! Tu n'écoutes même pas ! C'est notre dernière année, Potter, et je comptais gagner la coupe des quatre maisons, pour une fois, mais tu sembles tout faire pour m'en empêcher, alors que c'est vraiment important pour moi. J'ai des choses à prouver, contrairement à toi.
_ Toi ? Qu'est-ce que tu pourrais bien avoir à prouver ? Se moqua t-il en poussant un petit soupir.
_ Figures toi, Potter, que nous ne sommes pas tous nés dans une famille de sorciers. Certain d'entre nous sont arrivés ici en tant qu'enfant de moldu, certain d'entre nous se font insulter tous les jours dans les couloirs et cer...
_ Qui t'insulte ? La coupa t-il avec intérêt.
_ Ça n'a pas d'importance. Ce qu'il faut retenir, c'est que certain d'entre nous ont été nommé préfets, et d'autres n'ont pas apprécié qu'ils le soient à cause de leur descendance car selon eux, un enfant de moldu n'est pas à la hauteur de ce genre de responsabilités. Réfléchis, maintenant. »
Lily se cachait derrière ce « certain » qu'elle utilisait sans cesse pour que James ne se monte pas trop la tête, mais il se la montait, bien entendu. Il voulait connaître tous les noms de ceux qui avaient insulté Lily, et il voulait leur faire regretter d'avoir pu remettre en cause ses capacités. Il n'avait jamais réalisé qu'elle devait se battre pour se faire une place, et il n'avait jamais compris jusqu'à ce moment précis pourquoi elle était aussi à cheval sur les règles.
Ce qu'elle lui raconta ce jour là lui fit presque regretter de l'avoir rendu un peu plus flexible ces derniers temps. Indéniablement, il éprouva des remords face à toutes les stupidités qu'il avait faites avec ses trois amis pendant que Lily était à l'infirmerie. Ils n'auraient pas dû faire perdre tous ces points à Gryffondor, et maintenant, il se sentait véritablement comme le plus gros crétin de la terre. Il s'était dit qu'elle voulait juste lui hurler dessus parce qu'elle adorait ça, il n'avait pas pensé qu'il pourrait y avoir plus. Quel abruti.
« Je suis...
_ Désolé, termina t-elle en levant les yeux au plafond. Evidemment, tu l'es.
_ Tu es en colère ?
_ Bien sûr que je suis en colère. J'ai envie de t'étrangler. J'ai envie de te frapper ! S'exclama t-elle en joignant le geste à la parole. »
Il la laissa faire une minute ou deux, songeant qu'il pouvait bien tolérer trois ou quatre minuscules petites tapes après toutes les imbécillités qu'il avait fait depuis deux jours, et puis il bloqua ses deux mains pour la stopper.
« Je vais regagner les deux cent points, déclara t-il sur un ton solennel. »
Elle soupira d'exaspération en pensant qu'il se moquait d'elle, et quand elle réalisa qu'il était très sérieux, elle éclata de rire. James trouva cette attitude particulièrement vexante mais il s'efforça de ne pas le montrer.
« Je vais les regagner Lily, répéta t-il avec aplomb.
_ On en reparle à la fin de l'année, répliqua t-elle en tournant les talons.
_ Je suis sérieux ! »
Il l'avait rattrapé pour essayer de la convaincre, mais elle roulait les yeux quand elle ne soupirait pas, et secouait la tête d'un air las et dépité quand elle ne roulait pas les yeux. Elle ne le pensait pas capable de faire remonter leur maison dans le classement, et cela contrariait profondément James.
« Laisse moi un mois et je te récupère tous les points, répéta t-il à l'entrée de la bibliothèque.
_ Pourquoi est-ce que tu ferais ça ? L'interrogea t-elle en fronçant les sourcils, perplexe.
_ Pour toi, répondit-il comme si c'était la chose la plus évidente du monde. »
Encore une fois, elle éclata de rire. Un rire jaune. Un rire qui sonnait aux oreilles de James comme une véritable offense. Lily Evans était en colère contre lui, et il avait l'impression qu'elle ne lui disait pas tout, alors quand elle ouvrit la porte de la bibliothèque, il la referma d'un coup sec devant elle.
« Tu ne me crois pas ? Lui demanda t-il.
_ Non. »
La réponse était sèche, mais elle avait au moins le mérite d'être honnête. James la prit en pleine figure. Il avait pensé qu'elle lui faisait un peu plus confiance depuis quelques temps, mais là, il réalisa que ce n'était pas du tout le cas, et cela le blessa profondément.
« Pourquoi ?
_ Parce que je ne suis rien pour toi. Je ne te le reproche pas, je l'accepte, mais s'il te plaît, ne me prends pas pour une abrutie. Si tu veux voir Drake, préviens moi plutôt que de faire ça derrière mon dos, et on s'arrête là, c'est aussi simple que ça, lâcha t-elle en vérifiant autour d'elle que personne ne les entendait. »
James eut l'impression de se prendre un violent coup sur la tête. Il ne comprenait plus rien. A chaque fois qu'il pensait que Lily avait saisi l'importance qu'elle avait pour lui, il se rendait compte que ce n'était absolument pas le cas. Le pire était probablement le fait qu'elle ait prononcé cette phrase si calmement qu'elle semblait avoir accepté la chose, et il ne voulait pas qu'elle soit capable d'accepter qu'il puisse en fréquenter une autre.
« Tu n'as aucune idée de ce qu'il se passe avec Drake, dit-il un peu abruptement.
_ Non, effectivement, je n'en ai aucune idée, reprit-elle en le défiant du regard.
_ Ce n'est pas ce que tu crois.
_ Ce n'est pas grave. Tu n'as pas à te défendre, c'est de ma faute. J'ai voulu garder secret ce truc entre nous, j'aurais peut-être dû y réfléchir et te considérer un peu plus. »
Elle haussa les épaules et s'engouffra dans la bibliothèque. Cette fois, il la laissa passer, un peu hébété par la conversation qu'ils venaient d'avoir. Il ne croyait pas qu'elle apprendrait qu'il avait passé du temps avec Drake, et cela l'énervait profondément qu'elle soit au courant. Pas parce qu'il sortait avec Fanny, ni parce qu'il en avait envie, mais parce que Lily n'avait pas besoin de savoir ce qu'il se passait.
« James est malaaaade ! Chantonna Alice en faisant claquer la porte du dortoir derrière elle.
_ Et on peut savoir pourquoi ça te rend si joyeuse ? L'interrogea Lily. »
Elle était allongée sur son lit et avait abaissé son livre sur son ventre pour observer sa meilleure amie qui avait l'air particulièrement ravie d'une nouvelle qui aurait dû la contenter, elle. Elle n'avait pas parlé avec James depuis la veille, et elle n'en avait pas ressenti l'envie, au contraire. Elle l'évitait tant qu'elle le pouvait. Elle devait l'admettre, le fait de l'imaginer avec Fanny Drake la tuait.
« Parce que tu étais malade, toi aussi, reprit Alice les yeux pétillants.
_ Et alors ?
_ Et alors... Vous vous êtes bécotés dans tout le château et tu lui as refilé tes microbes ! S'exclama t-elle en sautillant et en poussant des petits cris aigus.
_ N'importe quoi ! La moitié des filles du château sont malades, n'importe laquelle a pu lui refiler le virus... S'il ne l'a pas contracté de lui même, bien sûr, s'empressa t-elle de répondre.
_ Bien sûr !
_ Fanny Drake est malade, continua Lily. »
Elle grimaça quand elle réalisa qu'elle n'avait pas pu s'empêcher d'être amère, et Alice se mordit la lèvre avant de sauter sur le lit de sa meilleure amie.
« Est-ce que je détecte une pointe de jalousie ?
_ Tu détectes une pointe de dégoût, Al'. »
Cette fois, Lily releva son livre pour reprendre sa lecture, ou plutôt pour l'utiliser comme un bouclier anti meilleure amie intrusive, parce qu'elle s'obstinait à relire la même phrase sans la comprendre.
« James n'est pas intéressé par Drake. Il ne l'apprécie même plus. »
Même plus ? Qu'est-ce que c'était censé vouloir dire ? Lily soupira. Pourquoi Alice avait-elle trouvé nécessaire de lui expliquer une chose pareille ? Elle avait pourtant l'impression d'avoir su se cacher et d'avoir réussi à dissimuler ses sentiments à l'égard de Potter, mais c'était comme si sa meilleure amie savait tout sans même qu'elle lui ait expliqué quoi que ce soit.
« Lily... Je t'ai déjà dit ce qu'il ressentait pour toi, reprit Alice. »
Elle ne répondit pas, les yeux toujours vissés sur son livre, elle tourna la page simplement pour avoir l'air désintéressée, mais elle ne l'était pas. Elle avait beau ne pas croire ce que sa meilleure amie lui disait, l'envisager seulement était apaisant.
« Je sais que vous étiez ensemble à Pré-Au-Lard, que vous ne vous êtes pas croisés par hasard, et je sais qu'il se passe quelque chose entre vous. C'est évident. »
Le coeur de Lily s'emballa et elle sentit ses mains devenir moites. Elle ne voulait pas avoir cette discussion maintenant. Elle ne voulait pas avoir à expliquer à Alice que Potter ne s'était pas satisfait d'elle et était allé voir du côté de Drake dès qu'elle avait eu le dos tourné parce qu'elle savait que sa meilleure amie irait chercher James pour lui hurler dessus et ce n'était absolument pas dans ses intentions.
« Mais je suppose que si vous gardez ça pour vous, c'est qu'il y a une bonne raison, alors j'essayerai de ne plus m'en mêler, reprit-elle. »
Lily retint un soupir de soulagement, mais en même temps, elle fut forcée de se poser des questions. Avait-elle eu raison de vouloir garder leur relation privée ? N'aurait-elle pas dû accepter qu'ils s'affichent ? Etaient-ils seulement encore quelque chose ? Elle n'en avait aucune idée. Elle ne pouvait pas répondre à une seule de ces questions, mais elle savait que son coeur semblait peser une tonne. Ce simple fait aurait dû l'aider à y voir plus clair, mais elle n'eut même pas envie d'y réfléchir.
