« Intéressant, nota James en brandissant la liste devant lui. »
Lily descendait les escaliers de son dortoir, valises à la main, lorsqu'elle vit le jeune homme assis sur la table juste en face. Elle osa à peine lever les yeux vers lui, mais elle fut bien obligée de le faire lorsqu'il bondit pour aller à sa rencontre, un sourire pendu aux lèvres.
« Tu m'autorises à la garder, alors ? L'interrogea t-il les yeux pétillants. »
De façon prévisible, elle se mit à rougir tout en hochant la tête. Il y avait une raison. Si elle la lui laissait, c'était parce qu'elle avait envie qu'il la termine, et il le comprenait très bien. Les quelques élèves qui n'étaient pas en train de se préparer à partir les observait et cela rendait Lily légèrement nerveuse. James le remarqua, alors il écourta la conversation.
« Alice t'attend à l'extérieur. On se rejoint dans le Poudlard Express ? »
Encore une fois, Lily acquiesça sans prononcer un mot, puis elle fonça tête baissée vers sa meilleure amie à l'entrée de la salle commune. Elle discutait avec Frank, Rémus, Peter, et Sirius et ils se turent instantanément quand ils la virent arriver, se contentant de lui lancer un sourire qui ne trompait pas Lily. Ces cinq là avaient quelque chose en tête, et cela ne lui disait rien qui vaille.
Elle ne comprit de quoi il s'agissait que lorsqu'ils montèrent à bord du Poudlard Express et qu'Alice lui refusa l'entrée de leur compartiment sous prétexte qu'ils étaient déjà trop dedans et qu'ils n'avaient plus de place pour mettre leurs valises.
« Tu n'as qu'à te mettre dans celui là ! Lui avait-elle indiqué en pointant la porte d'en face. »
Lily roula les yeux en sachant très bien ce à quoi elle devait s'attendre, et effectivement, ce ne fut pas une immense surprise lorsqu'elle constata que James se trouvait déjà dans le compartiment que sa meilleure amie lui avait indiqué.
« Ils ont un gros problème de subtilité, non ? Se moqua James.
_ Alice n'a jamais compris le sens de ce mot, répondit Lily en souriant légèrement. »
Elle se laissa tomber en face du jeune homme mais garda les yeux posés sur la porte, s'attendant presque à ce que sa meilleure amie les enferme à double tours à l'intérieur. Elle ne le fit pas, car Daren Wayne apparut dans l'embrasure à peine une minute plus tard.
« Il y a de la pla... Il s'interrompit en voyant les deux personnes à qui il s'adressait, et referma la porte d'un coup sec.
_ Est-ce que ça peut encore devenir plus gênant, à ton avis ? Demanda James à Lily.
_ Fanny Drake pourrait venir s'asseoir à côté de moi, répondit-elle en haussant les épaules. »
James grimaça, pointa sa baguette sur la porte coulissante, et jeta un sort de verrouillage avant de reporter son regard sur Lily qui avait posé sa tête contre la vitre pile quand la locomotive avait commencé à démarrer. Elle aimait bien regarder le paysage dehors, c'était le genre de passe-temps qui l'apaisait, mais avec James dans les parages, elle pouvait difficilement être sereine.
« J'ai rattrapé 100 points cette semaine, reprit-il.
_ Je sais.
_ J'ai dû battre ton record, pointa t-il avec une certaine fierté qui fit soupirer Lily.
_ Les professeurs ont eu pitié de toi parce que tu n'en gagnes jamais d'habitude. C'est l'effet de surprise, c'est tout, répliqua t-elle.
_ Quelqu'un est jaloux.
_ Quelqu'un va te jeter un sort de mutisme.
_ Quelqu'un trouve que je parle trop ?
_ Exactement.
_ Bien reçu Evans. Moins de mot, plus d'action. »
Lily eut à peine le temps de réfléchir à sa phrase que James se retrouva à côté d'elle, il l'obligea à tourner légèrement la tête vers lui, et il l'embrassa furtivement. La jeune femme réalisa à ce moment précis que la situation était profondément dangereuse. Elle était enfermée dans un compartiment avec James Potter, ses hormones étaient en ébullition depuis qu'il lui avait dit qu'il était amoureux d'elle, et la dernière fois qu'il l'avait embrassée remontait à beaucoup trop longtemps à son goût pour qu'elle puisse rester impassible.
Et elle n'y parvint pas. Elle resta immobile devant ses lèvres à quelques centimètres de son visage pendant un instant avant de lui retourner la faveur. Ça n'avait rien à voir avec la fois où ils s'étaient embrassés dans l'infirmerie. Ce baiser là était lourd de sens, et Lily voulait qu'il le soit. Elle voulait que James sache que les mots qu'elle ne parvenait pas à prononcer étaient là, alors quand il rompit le baiser pour l'observer étrangement, elle se contenta de glisser sa main dans la sienne et de poser sa tête sur son épaule.
Elle ferma les yeux pour se concentrer sur les sensations. Le contact de ses doigts autour des siens, son pouce qui caressait lentement le côté de son index, sa respiration irrégulière, son odeur, divine et délicate, sa présence, simplement, et toutes ces choses qu'elle n'avaient jamais pu supporter.
« Dis moi qu'Alice t'a invité tous les jours de la semaine... Souffla t-elle. »
James eut un léger rire et sa main quitta la sienne pour aller s'enrouler autour de ses épaules et la serrer un peu plus contre lui. Il était étonné qu'elle lui dise une chose pareille. Lily n'était habituellement pas très communicative son désir de passer du temps avec lui.
« Mercredi, répondit-il simplement.
_ Mercredi ? Juste... Juste mercredi ?
_ Tu ne peux plus te passer de moi, Evans ? La taquina t-il.
_ Je peux très bien me passer de toi, crétin.
_ Non tu ne peux pas.
_ Si, je peux. C'est toi qui ne peut pas.
_ Ça, ce n'est un secret pour personne, répliqua t-il. »
Elle n'eut pas la force de se battre pour empêcher un sourire radieux, qu'elle savait pathétique, de filtrer sur son visage. Elle aimait entendre ce genre de chose. N'importe qui aurait aimé entendre ce genre de chose, même de la bouche d'un crétin, même si cela la faisait trembler d'effroi au fond, parce que c'était lui.
« Peut-être que toi, tu pourrais venir, reprit-il. »
Lily se mordit la lèvre, et elle remercia Merlin que James ne puisse pas avoir une vue parfaite sur son visage à ce moment précis parce qu'elle aurait parié qu'il aurait pu voir des étoiles dans ses yeux et la chose aurait été assez gênante. Elle dû attendre plusieurs secondes avant de répondre de peur d'émettre simplement un ridicule couinement.
« Venir ? Venir chez toi ?
_ Oui. Je n'habite pas si loin que ça de chez Alice, dix minutes en magicobus, répondit-il sur un ton léger.
_ Oh... Eh bien je... Il faudra juste que les parents d'Alice acceptent de me laisser sortir mais... J'aimerais bien. »
James resserra un peu son étreinte et ils restèrent silencieusement enlacés pendant le reste du trajet. C'était tellement agréable que Lily grogna de mécontentement lorsque la locomotive commença à ralentir, signe qu'ils arrivaient à destination, et elle n'avait aucune envie d'arriver à destination si cela signifiait lâcher James.
« Lily... »
Elle savait qu'ils devait partir, mais elle se demanda comment la simple élocution de son prénom pouvait la contrarier à ce point. Elle s'écarta tout de même de lui avant de pousser un profond soupir. Il allait lui manquer, et elle détestait l'admettre. C'était pourtant le cas. Il n'aurait pas pu en être autrement. Au château, ils se voyaient tous les jours. Ils ne s'étaient pas forcément beaucoup parlés ces derniers jours, mais ils s'étaient vus, et c'était quelque chose qui n'allait pas être possible pendant cinq jours.
Merlin, elle se serait tapée la tête contre la vitre si James n'avait pas été avec elle. Cinq jours, ce n'était rien. Ce n'était pas grand chose. Pourtant, ça lui semblait presque être la fin du monde, et elle détestait penser de cette manière. Il lui avait certifié qu'il lui écrirait comme s'il avait remarqué qu'elle était contrariée, mais ça n'avait pas suffit à la faire sourire.
Elle attendit qu'il déverrouille la porte pour s'élancer derrière lui dans l'allée de la locomotive la boule au ventre, et elle en descendit avec une petite appréhension. Ils s'observèrent un instant, sur le quai de la gare de King's Cross alors qu'Alice et sa famille faisaient de grands signes à Lily d'un côté, et Sirius à James de l'autre, et finalement, ils se lancèrent un sourire discret avant de se quitter.
« Le trajet s'est déroulé sans encombre ? Demanda Geneva à Lily en la serrant brièvement dans ses bras.
_ Ca a été, oui, répondit la jeune femme en s'efforçant de ne pas prêter attention au regard appuyé de sa meilleure amie.
_ Vous devez être exténuées, rentrons, nous avons préparé ta chambre Lily, déclara le père d'Alice en leur faisant signe de le suivre. »
Elle les suivit dans la gare en silence, détachée de la conversation. La dernière fois qu'elle avait passé les vacances hors de Poudlard, elle était rentrée chez ses parents. Elle ne pouvait plus, maintenant. Elle essuya hâtivement une larme de sa joue pour que la famille Wendall ne se rende pas compte de son désarroi.
Elle n'était pas retournée chez elle depuis le drame. Des aurors s'étaient chargés de transmettre ses affaires au professeur Dumbledore qui les lui avait rendues quelques jours après lui avoir annoncé le décès de ses parents. Elle ne se souvenait même plus de ce jour là. Elle se rappelait avoir été convoquée dans son bureau, et ce fut tout. Elle ne se souvenait même pas en être sortie, ni ce qu'il lui avait dit exactement, mais quelques jours plus tard, elle était debout avec sa soeur devant deux corps allongés dans des cercueils.
Elle se souvenait des larmes de Pétunia, et elle se rappelait ne pas en avoir versé à ce moment là. C'est peut-être pour cette raison que sa soeur s'était mise à lui hurler dessus dans la pièce même où leurs parents reposaient. Lily n'avait pas été capable de répondre, et elle s'était refusée à le faire. Ses parents ne méritaient pas ça. Ils ne les avaient pas éduqués de cette manière, ils leur avaient appris le respect, et s'insulter au dessus de leurs corps n'était pas respectueux, c'était déplacé.
Au fur et à mesure que Lily suivait les Wendall à l'extérieur de la gare et qu'elle se rendait compte qu'elle ne rentrerait pas chez elle, une idée se formait dans son esprit. Elle voulait retourner là bas. Juste pour voir à quoi ressemblait sa maison, si elle était toujours fidèle à ses souvenirs. Elle n'avait pas été vendue, les événements étaient trop récent et Lily et Pétunia n'étaient pas prêtes à prendre ce genre de décision.
Lily savait que l'idée était un peu morbide, que la plupart des gens n'auraient probablement pas voulu remettre les pieds sur les lieux d'une telle tragédie, mais cet endroit avait été sa maison pendant 17 ans, et elle n'avait pas pu lui dire au revoir. Peut-être que ça paraissait stupide, mais pour l'adolescente, ce n'était pas le cas. C'était un besoin presque vital. Un jour ou l'autre, il faudrait qu'elle avance, et pour le faire, il était nécessaire qu'elle y retourne, alors elle attendit d'être arrivée chez les Wendall pour en discuter avec eux.
« Je ne sais pas si c'est une bonne idée ma chérie, lui dit Généva d'une voix douce en jetant un coup d'oeil anxieux à son mari.
_ Je sais que c'est une demande particulière, mais... J'ai l'impression que ça m'aiderait. Vraiment, insista Lily.
_ C'est peut-être tôt... Poursuivit Roddy, le père d'Alice.
_ Peut-être, mais j'en ai besoin. »
Les trois Wendall s'observèrent un instant sans rien dire, puis le père d'Alice reporta son regard sur Lily.
« Nous ne pouvons pas prendre cette décision seuls. Je vais écrire au professeur Dumbledore pour lui demander ce qu'il en pense, il a pu garder un oeil sur toi au château, il saura mieux que nous si tu es prête ou non, trancha t-il. »
Lily hocha la tête. Elle était bien consciente que le directeur de l'école pourrait lui refuser cette requête, mais elle savait aussi que s'il le faisait, c'était parce qu'il avait une raison. Dumbledore était l'homme le plus sage qu'elle connaisse, alors elle se plierait à sa volonté parce que ce serait la chose la plus raisonnable à faire.
« Maintenant, Lily, nous allons aborder les règles de la maison.
_ Oh Merlin, vous n'allez même pas l'épargner, souffla Alice en levant les yeux au ciel. »
Lily laissa filtrer un petit sourire amusé tout en s'asseyant sur la chaise que Généva lui désignait. Les règles ne la dérangeaient pas, au contraire, elle était ravie d'être logée à la même enseigne qu'Alice parce qu'elle comprenait ce que cela signifiait. Généva et Roddy allaient s'occuper d'elle comme si elle était leur propre fille, et c'était vraiment aimable de leur part.
« Tout le monde doit être à table à midi. Pas midi 5, pas midi 10, midi. Chacun donne un coup de main à la maison, que ce soit pour le ménage, pour le jardinage, ou pour la cuisine. Pour le dîner, c'est 20h. Personne n'est invité sans notre consentement, et personne ne sort sans nous prévenir. Si tu souhaites aller faire un tour, tout ce que nous te demandons est de nous laisser un mot sur la table pour que nous sachions où tu es et que nous ne nous inquiétions pas comme des fous. »
Cette fois, Généva lança un regard appuyé à Alice qui soupira bruyamment.
« J'ai oublié une seule fois ! Protesta t-elle.
_ Et tu as de la chance que nous n'ayons pas prévenu la brigade d'auror pour aller te chercher ! Enfin bref. Les sorties après 19h ne se font pas sans l'accord d'au moins un de nous deux, et... Bien sûr, pas de garçon dans les chambres. »
Lily rougit violemment alors qu'Alice se prenait la tête dans les mains en murmurant des choses sur l'horreur que constituait cette conversation pour des filles de dix sept ans.
« Roddy et moi travaillons tous les deux cette semaine, mais nous vous faisons confiance. Vous êtes responsables maintenant.
_ J'avais les mêmes règles à la maison, je ne devrais pas avoir trop de mal à les suivre, reprit Lily.
_ Il n'y a pas que les règles Lily. Tu sais que si tu as besoin de nous parler, nous serons là pour t'écouter. Peu importe le sujet.
_ Merci, vraiment, c'est... C'est très généreux. »
Généva lui sourit et lui tapota affectueusement la main, puis sa fille attrapa Lily par le bras pour l'emmener dans la chambre qui lui avait été préparée. Elle était au rez-de-chaussée et Lily avait une vue directe sur le jardin. Tout ce qu'elle aimait. Elle se doutait bien que ce n'était pas par hasard, les Wendall connaissaient son amour des fleurs et ils avaient toujours été particulièrement attentionnés.
« Alors, avec James ? L'interrogea Alice en l'aidant à déballer ses affaires.
_ Quoi, avec James ?
_ Vous avez discuté ?
_ Je croyais que tu ne devais plus t'en mêler, répondit Lily, amusée.
_ Je sais, je sais, mais je ne peux pas m'en empêcher ! Je suis désolée. »
Lily laissa s'échapper un petit rire tout en rangeant ses vêtements dans l'armoire en acajou. Alice était incroyable, et elle savait qu'elle l'aurait sur le dos jusqu'à ce qu'elle lui raconte ce qu'il s'était passé pendant le trajet, mais pour pouvoir le faire, il fallait qu'elle lui dise tout le reste, et pour pouvoir lui dire tout le reste, il fallait qu'elle souffle un bon coup et qu'elle se répète que c'était simple. C'était aussi simple que d'arracher un pansement, seulement il fallait le faire d'un coup et sans chichi.
« On est ensemble, avoua t-elle rapidement. »
Elle se retourna quand elle entendit un bruit sourd suivit d'un hurlement aiguë. Alice avait lâché ses livres de cours qui lui étaient tombés sur les pieds et elle sautillait en mordant son poing pour taire ses plaintes.
« Oh Merlin, ça va ? Lui lança Lily en se ruant sur elle.
_ Je crois que je viens juste de me casser l'orteil. Qu'est-ce qui te prend de me lâcher une bombe comme ça à la figure sans prévenir ?! »
Lily bredouilla des excuses et s'empressa d'aller chercher les parents d'Alice quand les deux jeunes femmes virent le doigt de pied gonfler et prendre une teinte sombre qui ne leur disait rien qui vaille. Roddy dû concocter une potion d'emplâtre pour arranger la blessure de sa fille sous le regard confus de Lily qui n'arrêtait pas de s'excuser.
« C'est bon, Lily, ce n'est pas grave. Je suis contente pour James et toi, mais évite d'en parler à mes parents... Ils sont vraiment pénibles avec ça. Frank a subi un interrogatoire de 1h la première fois qu'il est venu à la maison, et crois-moi, ils feront vivre le même enfer à James même s'ils le connaissent déjà. »
Lily éclata de rire en imaginant Frank coincé en tête à tête avec Généva et Roddy le détaillant avec suspicion.
« Tu rirais moins s'ils demandaient à James s'il comptait avoir des « rapports sexuels » avec toi, souffla Alice en citant ses parents d'un air agacé.
_ Oh Merlin.
_ Comme tu dis. J'ai cru qu'ils allaient avoir ma mort, ce jour là. »
Lily ne s'esclaffa pas cette fois-ci, elle jeta simplement un regard horrifié à sa meilleure amie avant de continuer à ranger ses affaires. Elle avait presque terminé quand Alice décida de revenir sur la révélation qui lui avait coûté un orteil.
« Ça fait longtemps, avec James ?
_ Ça s'est plus ou moins fait le jour où Daren m'a jeté un sort de coupure, mais... Ce n'est pas... Je veux dire, on se connaît à peine, c'est... C'est juste... Je ne sais pas où ça va mener, répondit Lily en haussant les épaules.
_ C'est normal. On ne sait jamais où ça va mener.
_ Ce n'est pas très rassurant ça, Al', lui fit remarquer la jeune préfète.
_ Si tu veux mon avis, tu n'as pas de quoi t'inquiéter. »
Alice souriait comme si elle savait quelque chose que Lily ignorait, mais la préfète ne lui posa pas de question. Elle n'avait pas spécialement envie de parler de James. Il n'était pas là, et tout lui semblait un peu trop silencieux, trop paisible. Elle attendait mercredi avec impatience.
