Mardi fut le pire jour des vacances de Lily. Tout simplement parce qu'il précédait mercredi et que la jeune femme commençait à mourir d'anxiété à l'idée de revoir James, et aussi parce qu'il suivait le jour du refus de Dumbledore. Il n'avait pas accepté qu'elle retourne dans son ancienne maison, et cette nouvelle avait été particulièrement déplaisante pour la jeune femme.

Elle avait passé la nuit de lundi à mardi à se tourner et à se retourner dans son lit en se demandant quand on l'autoriserait finalement à y remettre les pieds, et elle en était venue à la conclusion que la chose ne se ferait probablement pas avant qu'elle ait quitté Poudlard. Voir même pas avant qu'elle n'ait quitté le domicile des Wendall, donc pas avant Septembre si elle ne trouvait pas rapidement un travail et un appartement.

Il lui était apparu qu'elle ne pouvait pas attendre aussi longtemps. Tout aurait changé, et sa visite n'aurait plus aucun sens. Pourtant, elle s'était dit qu'elle écouterait le professeur Dumbledore peu importe son opinion, elle savait que c'était plus sage, mais maintenant qu'elle connaissait son avis sur la question, elle n'avait plus envie de lui accorder du crédit.

« J'y vais, Alice. Je ne peux pas faire autrement. Je ne pense qu'à ça, confia t-elle à sa meilleure amie en plein après-midi. »

Généva et Roddy étaient partis travailler tôt le matin et ne reviendrait que dans la soirée, ce qui lui laissait largement le temps de faire l'aller-retour en bus. Elle s'en voulait un peu d'enfreindre les règles et de trahir leur confiance de cette manière, mais c'était incontrôlable. C'était l'amour qu'elle avait pour ses parents qui parlait, et c'est le genre de chose qu'on ne peut pas contrer.

« Mes parents vont être tellement en colère s'ils l'apprennent, commenta Alice en suivant Lily hors de la maison.
_ Ils ne l'apprendront pas Al', lui certifia Lily en passant la porte. »

La préfète s'arrêta sur le trottoir et fit un signe de baguette. Une minute plus tard, le magicobus s'arrêtait devant elle. Elle jeta un regard à Alice par dessus son épaule pour lui demander silencieusement si elle la suivait, et sa meilleure amie se hâta à l'intérieur du bus. Lily indiqua l'adresse de son ancienne maison au conducteur du magicobus qui les déposèrent vingt minutes plus tard près de l'impasse du tisseur.

La boule au ventre, Lily s'avança dans la rue jusqu'à arriver dans le lotissement dans lequel elle habitait. Chaque pas était plus difficile à faire que le précédent, et quand elle arriva finalement devant sa maison, ce fut pire que tout ce qu'elle s'était imaginée. Sa respiration se coupa net, et elle manqua de tomber à genou devant le portillon vert foncé.

Rien n'avait changé à l'extérieur en dehors de l'herbe un peu haute, et c'était comme si ses parents étaient encore là, comme si elle avait toujours la même vie que quelques semaines plus tôt. Elle s'attendait presque à les voir sortir pour l'accueillir, la prendre dans leur bras, tout en sachant que c'était impossible, et c'est ce qui la bouleversa

Elle ne s'attendait pas à un tel choc. Dumbledore avait raison. Elle n'aurait jamais dû revenir. Elle ne s'était pas imaginée que ce serait aussi compliqué, elle n'avait pas vu le contre-coup venir, pas maintenant, pas après avoir pleuré non-stop pendant une semaine, pas après avoir passé des dizaines et des dizaines de nuits blanches.

Pourtant, elle ne pouvait pas reculer, pas maintenant qu'elle était là, alors elle poussa le portillon en prenant une profonde inspiration lorsque son grincement familier lui rappela toutes ces fois où elle se ruait à la fenêtre pour voir ses parents rentrer du travail.

Elle sentit la main d'Alice se poser sur son épaule, elle lui jeta un regard qui se voulait rassurant mais qui ne convint pas la jeune femme blonde qui la laissa pourtant continuer son chemin jusqu'à la porte blanche qu'elle ouvrit d'un coup de baguette. Dès qu'elle mit un pied à l'intérieur de la maison, elle sentit son estomac se tordre. L'odeur familière était à la fois euphorisante et meurtrière.

Tout était à sa place dans le couloir. Le parapluie rouge de sa mère était posé contre le mur près de la porte, son trench était sur la patère à côté du manteau de son père, et les deux porte-clés étaient entrelacés dans la petite boîte ronde dans laquelle ils mettaient habituellement tout leur bazar. Tout semblait parfaitement normal, si normal que Lily eut un hoquet de terreur.

Elle avança lentement dans le couloir et tourna la tête sur la gauche pour apercevoir la cuisine. La table du petit déjeuner était mise. Trois bols vides attendaient qu'on les remplissent depuis des semaines. Un couteau était tombé par terre, ce fut le seul élément de désordre que Lily pointa dans cette pièce ci. Il n'y avait rien dans l'évier, rien sur le gaz, et pas une miette de brioche sur la nappe. Tout était propre.

Elle pivota sur sa droite pour entrer dans le salon. C'était là que tout s'était passé, mais si on ne le lui avait pas dit, elle ne l'aurait pas deviné. Tout comme la cuisine, la pièce était dépourvue d'indice lui permettant de s'imaginer comment la scène s'était déroulée. C'était peut-être mieux comme ça, mais Lily ne pouvait pas s'empêcher de chercher quand même.

Alors elle fit le tour de la pièce sous le regard attentionné d'Alice. Ses pas la menèrent jusqu'au buffet sur lequel elle passa lentement le doigt. Son regard s'arrêta sur une photo de famille qui datait de leurs dernières vacances. La seule où Pétunia souriait. C'était comme réussir à dompter un loup-garou pendant la pleine lune, alors Lily se souvint sans étonnement que c'était la préférée de ses parents.

Le collier de perles de sa mère était posé à côté, et Lily la revoyait faire son chemin habituel machinalement. Rentrer à la maison, longer le couloir, passer ses mains dans sa nuque, défaire son attache, poser le collier, et regarder si elle avait du courrier. Quelques lettres étaient empilées les unes sur les autres comme si elles avaient été négligemment jetées là, et Lily pu apercevoir son propre parchemin un peu plus loin, seul sur la table du salon, en évidence comme si c'était l'unique courrier qui avait de l'importance.

Elle décida de ne pas marcher sur le tapis, ni de s'asseoir sur le canapé, parce qu'elle redoutait que les corps se soient trouvés à ces endroits là, alors elle monta les escaliers suivie d'Alice. La première porte était celle de sa chambre. Elle y entra un instant, l'observa sans rien dire comme si elle voulait en imprimer chaque détail dans sa tête, et en ressortit. Il n'y avait plus rien qui lui appartenait à l'intérieur.

Elle ne s'attarda pas dans la chambre de Pétunia, songeant que sa soeur lui en voudrait amèrement si elle mettait un pied à l'intérieur, et elle redescendit. Elle retrouva le couloir qu'elle longea jusqu'à atteindre la chambre de ses parents qu'elle n'eut pas la force d'ouvrir, puis elle bifurqua et se retrouva dans le jardin.

Les rosiers n'étaient pas encore en fleurs. Ce fut la seule chose qu'elle remarqua quand elle s'arrêta devant le parterre. Elle y resta un certain temps, la tête vide, ou pleine, sans savoir trop ce qu'il se passait à l'intérieur d'elle même, et puis elle se laissa tomber par terre et se mit à arracher les mauvaises herbes qui avaient poussées autour des rosiers sans être consciente que si les voisins la voyaient, ils la prendraient pour une folle.

Alice, elle, ne la jugea pas. Elle s'accroupit à côté d'elle, et l'aida en silence. Une heure passa avant qu'elles réussissent à faire le tour du jardin. Lily observait ses mains pleines de terre, cette même terre qu'elle avait remuée plusieurs fois avec sa mère, et elle se laissa tomber sur le sol, les yeux humides.

Elle vit Alice se rapprocher d'elle, elle l'entendit brièvement lui parler, elle sentit sa main se poser sur son épaule, mais c'était comme si tout cela était loin. Elle ne sut combien de temps elle resta par terre, incapable de bouger, mais Alice fut obligée de l'aider à se relever tout en la soutenant, et peu de temps après, elle était de nouveau dans le magicobus.

Quand elles débarquèrent au domicile des Wendall, Alice la conduisit jusqu'à la salle de bain et lui nettoya le visage et les mains avant de faire de même avec ses tennis. Elle demanda à Lily si elle voulait qu'elle l'aide à nettoyer aussi ses vêtements, pointant le fait que ses parents poseraient sûrement des questions s'ils voyaient l'étendu des dégâts, mais elle refusa.

Elle attendit qu'Alice sorte pour se déshabiller et faire couler de l'eau dans la baignoire sans se soucier de l'heure qu'il était. Il pouvait bien être trois heures de l'après-midi qu'elle s'en fichait royalement. Les yeux rivés sur le mur de carrelage blanc face à elle, elle s'efforçait de taire le hurlement qui résonnait à l'intérieur de son corps.

Dumbledore avait raison. Elle n'était pas prête. Elle était trop fragile, et c'était difficile à admettre. Elle savait qu'elle n'aurait pas dû y aller, et elle aurait aimé revenir en arrière, mais ce n'était pas possible. Elle y était allée, et tout était parfaitement ordonné. Tout était à l'opposé de ce qu'était sa vie maintenant. La charmante maison de lotissement était la même que lorsqu'ils y avaient emménagé, elle était accueillante et c'était morbide.

Lily commença à faire lentement glisser son corps dans l'eau jusqu'à immerger entièrement son visage. Les yeux fermés, elle savoura un instant ce monde à part, le monde du silence troublé seulement par les battements réguliers et rapides de son coeur. Si elle avait pu, elle aurait aimé y vivre. C'était tellement apaisant...

« Lily ! Tu as une lettre de James ! Je la glisse sous la porte ! S'écria Alice. »

Sa voix était lointaine mais la jeune préfète l'entendit quand même. Elle hésita un instant à quitter le délicat cocon dans lequel elle s'était réfugiée pour aller lire la lettre en question, et puis elle parvint à un compromis. Elle s'essuya les mains, quitta la baignoire et se déplaça sur la pointe des pieds jusqu'à l'enveloppe qu'elle attrapa avant de retourner se caler dans l'eau chaude. Elle sortit le parchemin en prenant soin de ne pas le faire tomber et elle se surprit à sourire quand elle aperçu l'écriture de son petit-ami.

Ce fut ce jour là qu'en totale honnêteté avec elle-même, elle dut admettre que si James Potter parvenait à la faire sourire à ce moment précis, c'était parce qu'elle ressentait pour lui des sentiments bien plus forts que ceux qu'elle avait bien voulu s'avouer. Il était là au bon moment, et ce même quand il n'était pas présent.

« Lily,

Pendant que tu lis cette lettre, je voudrais que tu gardes en tête certaines choses, notamment ce que je t'ai dit dans les couloirs avant d'entrer en cours de potion, et aussi ce qu'il s'est passé dans le placard à balai près de la Grande Salle. Je n'argumenterai pas sur ce dernier point au cas où Alice tomberait sur ce parchemin et le lirait tout en sachant qu'il NE LUI AI PAS DESTINE, mais j'imagine que tu vois de toutes façons ce à quoi je fais allusion.

Comme tu le sais, je devais vous rejoindre chez les Wendall demain. Malheureusement, il s'est passé quelque chose à la maison. Rien de grave. Enfin, je veux dire, rien d'alarmant. Sirius pense que je ne devrais pas t'en parler (ne me tue pas, je lui ai dit que nous étions plus ou moins ensemble), mais je sais très bien que tu finiras par l'apprendre d'une façon ou d'une autre, alors je préfère te le dire. (Si l'envie te prend de m'envoyer une beuglante, de m'étrangler, de me jeter dans un lac entièrement ligoté, ou de m'assassiner d'une quelconque autre manière, repense au placard à balai.)

Tu sais que mes parents sont habituellement cléments avec moi, ce qui est véritablement compliqué à gérer puisque je n'ai aucune idée des limites qui me sont fixées, alors c'est tout naturellement que Sirius et moi avons décidé de prendre les motos volantes de mon père pour aller faire un tour, mais franchement, on s'est vite ennuyé. Ça sert à quoi de se promener ? Pas à grand chose, on est d'accord, hein ? Alors on s'est dit : pourquoi pas s'amuser un peu ? On a ouvert ma malle de Quidditch pour se faire une petite partie... Je n'avais pas prévu de lancer un cognard dans la moto sur laquelle Sirius se trouvait. Enfin... Si, mais je ne pensais pas que ça ferait autant de dégâts. Soyons clairs, ces machines avaient vraiment l'air solides.

Tu imagines la tête de mon père quand il a vu que j'avais ruiné l'engin... Il avait mis des années à la retaper... Il a littéralement pété un câble, je ne l'avais jamais vu comme ça. Enfin, bref, tout ça pour dire que Sirius et moi sommes condamnés à réparer les dégâts avant la fin des vacances, ainsi qu'à nettoyer la maison de fond en comble, et je ne sais pas si Alice t'a déjà parlé de ma maison, mais... Ce n'est pas exactement minuscule. Comme tu peux le deviner, je ne pourrai donc pas venir demain. Ne t'énerve pas. Je suis désolé. Mon invitation tient toujours, cependant. Je suis sûr que tu prendras plaisir à me regarder travailler...

Affectueusement,

James. »

Les yeux de Lily restèrent posés sur la lettre pendant un long moment avant qu'elle ne soupire finalement et la plie pour la remettre dans son enveloppe. Finalement, il n'était peut-être pas là au bon moment. Il n'allait pas être là tout court, et la mauvaise nouvelle n'aurait pas pu tomber plus mal. Elle n'était pas en colère, elle était simplement déçue, alors elle posa le parchemin sur le meuble le plus proche de la baignoire et elle ferma les yeux avant de s'immerger une nouvelle fois.

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« Ce n'est pas bon... Ce n'est pas bon du tout, souffla James, un parchemin entre les mains. »

Sirius et lui étaient en train de ranger chaque livre de la bibliothèque des Potter par ordre alphabétique comme le leur avait demandé le père de James quand le hibou du jeune homme était revenu taper à la fenêtre avec la réponse de Lily.

« Au moins, ce n'est pas une beuglante, nota Sirius plein d'optimisme.
_ C'est justement ça qui m'inquiète. Pas de beuglante, et pas de menace de morts. Pas d'insulte non plus. Ce n'est pas bon, Patmol, répéta James.
_ Qu'est-ce qu'elle dit ?
_ Juste « Tant pis pour demain, bonne chance pour le ménage et les réparations, à bientôt. Lily. »
_ Eh bien, c'est concis, commenta distraitement Sirius.
_ C'est bizarre...
_ Réjouis-toi mon vieux, elle n'est pas énervée. »

Sirius donna une petite tape amicale à James et lui fit un signe de tête vers l'étagère poussiéreuse qui se trouvait au fond de la pièce. Le jeune homme essaya de suivre le conseil de son ami pendant une partie de l'après-midi mais il n'y parvint pas. Le parchemin qu'il avait reçu ne ressemblait pas à ce à quoi il s'attendait, il ne ressemblait pas à Lily.

Il s'était attendu à devoir renvoyer au moins une dizaine de lettres comprenant uniquement des excuses en tout genre, mais il n'en avait pas besoin, Lily n'avait même pas l'air de se soucier de son absence du lendemain. Peut-être qu'elle s'amusait trop avec Alice pour y penser, peut-être qu'elle se fichait éperdument de le voir. Pourtant, ce n'était pas ce qu'il lui avait semblé lorsqu'ils avaient pris le Poudlard Express ensemble.

Il fit malencontreusement tomber l'étagère sur le crâne de Sirius en confondant le sortilège de dépoussiérage avec celui de décollage et son meilleur ami pesta contre lui en se tenant le crâne. La réponse simpliste de Lily monopolisait son esprit et il ne parvenait pas à focaliser son attention sur une chose aussi simple que du rangement.

« Bon sang, réécris lui si ça peut t'aider à te concentrer, mais fais quelque chose avant de me tuer ! Le sermonna Sirius. »

James hocha vigoureusement la tête puis s'assit brièvement au bureau de son père pour écrire un nouveau parchemin à Lily. Il se détestait mentalement de faire une chose pareille parce qu'il n'avait jamais été le genre de garçon à s'inquiéter pour qui que ce soit, et qu'il lui semblait maintenant qu'il en était là. Presque à ses pieds, et pour James Potter et son ego, c'était compliqué à gérer.

« Lily,
Comment se passent tes vacances chez Alice ?
James.
»

C'était ridiculement court. Il avait pensé écrire autre chose. A vrai dire, il avait des dizaines de questions en tête, mais il n'avait pas envie d'avoir l'air de lui faire passer un interrogatoire, alors il s'était contenu en se disant qu'une fois qu'il aurait la réponse à cette lettre là, il serait rassuré. Tout allait bien, tout était normal, Lily n'était actuellement pas en train de penser (encore) que leur relation était une erreur, elle n'était pas furieuse contre lui pour avoir dû annuler leur journée ensemble, et elle n'était pas en train de se dire qu'elle le détestait.

Il s'efforça de penser à autre chose lorsque son hibou s'envola et il poursuivit son rangement avec son meilleur ami. A l'allure à laquelle ils allaient, ils n'auraient pas terminé avant les vacances d'été. C'est à ce moment là qu'il se souvint qu'ils avaient des elfes de maison, et que son père avait seulement mentionné que le ménage devrait être fait, pas qu'il devrait être fait par James Potter et Sirius Black, alors il mit les petits êtres au travail dans les autres pièces tout en continuant à ranger la bibliothèque.

Il n'eut aucune réponse de Lily avant plusieurs heures. Il n'y pensa pas tant que cela, à vrai dire, car Sirius avait eu l'idée brillante d'ensorceler une encyclopédie pour la faire voler, et d'essayer de tenir debout dessus le plus de temps possible. James le battit de deux secondes, et il plaisanta sur le fait d'être beaucoup plus équilibré que lui aussi bien mentalement que physiquement.

« Plus équilibré que moi ? Pff. Une lettre d'Evans et tu te transforme en idiot, se moqua son meilleur ami. »

James lui balança l'encyclopédie à la figure et décacheta l'enveloppe pour pouvoir lire le parchemin de Lily qui venait d'arriver.

« James,
Tout se passe bien, merci. Les parents d'Alice sont assez cool avec moi, mais je ne suis pas sûre que je pourrais les convaincre de venir chez toi. Je suis désolée, j'imagine qu'on se verra après les vacances.
Lily.
»

Le jeune homme relut la lettre plusieurs fois en fronçant les sourcils. Cette fois, il en était sûr, quelque chose clochait. Soit elle était en colère contre lui et ne voulait pas le lui dire pour une raison qui lui était totalement étrangère puisqu'elle n'avait jamais semblé réticente à l'idée de lui hurler dessus, soit il s'était passé quelque chose chez Alice. Que ce soit l'un ou l'autre, il allait rapidement le découvrir.

Alors ce soir là, il attendit que son père rentre du travail, le regarda gagner sa partie d'échec version sorcier contre Sirius qu'il avait largement encouragé à perdre en lui glissant quelques gallions discrètement, sachant pertinemment qu'il n'y avait rien de mieux qu'une victoire du clan Potter pour que son père soit prêt à envisager une forme de négociation, et quand il lui sembla que la bonne humeur était de mise, il se lança.

« Papa, tu sais à quel point nous sommes désolés pour la moto, n'est-ce pas ?
_ Je le saurai quand vous l'aurez réparée, répondit son père en dépliant la gazette du sorcier devant lui.
_ Oui, bien sûr... »

James se tut l'espace d'un instant. Visiblement, son père n'était pas d'humeur à lâcher du lest, alors il songea à faire le mur. Puis il se ravisa. S'il se faisait prendre, il aurait de sérieux problèmes. Il avait eu droit à toute une tirade sur la confiance le midi même, et cela l'avait largement refroidi.

« A propos de cette interdiction de sortie...
_ Non, James. Pas de Pré-Au-Lard ce soir, pas de Rémus, et pas de Peter, le coupa fermement Charles. »

Sirius ricana à côté d'eux, songeant que ce n'était pas du tout le type de soirée que James avait en tête.

« Il me faudrait juste une heure... Une petite heure, lui demanda James en dégainant son regard de miséreux qui faisait habituellement des miracles.
_ C'est une question de vie ou de mort ?
_ Non mais...
_ Alors non, trancha une nouvelle fois son père.
_ Je regrette, c'est une question de vie ou de mort. Si vous ne le laissez pas sortir d'ici, je vais devoir l'écouter parler d'Evans toute la nuit, et je risque de me jeter par la fenêtre avant l'aube, ajouta Sirius.
_ Evans ? La terrible Lily Evans qui a peur des balais et qui pense que tu es horrible ? L'interrogea son père, soudainement très intéressé par la conversation.
_ Oh, elle ne pense plus qu'il est horrible, maintenant... »

James jeta un regard noir à son meilleur ami avant de hocher la tête. Son père resta silencieux un moment, tournant les pages de son journal tout en réfléchissant, peu conscient que son mutisme était un vrai supplice pour James.

« Tu voulais te rendre chez Lily Evans ce soir ?
_ Non, pas chez elle. Elle habite chez les Wendall.
_ Ses parents sont morts il y a quelques temps, ajouta distraitement Sirius.
_ Merlin ! Je n'en avais aucune idée ! James, pourquoi ne me l'as tu pas dit ?! »

Le jeune homme bafouilla en haussant les épaules. Il n'avait absolument pas eu envie de jeter ce genre de bombe à la figure de son père malade qui devait bien se rendre compte que son fils se retrouverait dans la même situation tôt ou tard. Et puis, déballer la vie privée de sa petite-amie à son père ne lui paraissait pas particulièrement élégant.

« Eh bien ! Vas donc voir Lily Evans au lieu de rester planté là comme un abruti ! S'exclama son père en lui faisant signe de partir. »

Il se leva hâtivement de peur que son père change d'avis, ignora le « de rien » de Sirius qui souriait malicieusement, et s'efforça d'essayer de se rappeler de ne pas dire à Lily qu'il avait réussi à s'échapper de chez lui en utilisant la carte « parents décédés » quand il se retrouverait devant elle.