« Bon, et cette danse alors ? L'interrogea t-il pour détendre l'atmosphère. »
Elle s'esclaffa et lui donna une petite tape sur le torse tout en se détachant de son étreinte. Elle jeta un coup d'oeil distrait en direction de la maison dans laquelle ils s'étaient invités, se demandant comment elle en était arrivée là, à parler de confiance avec James Potter à une fête où elle ne connaissait absolument personne à part lui.
« Hé ! Tu avais dit qu'on partagerait ! S'exclama t-elle quand il vida son verre juste devant ses yeux.
_ TU avais dit qu'on partagerait, lui rappela t-il, et on peut toujours, ajouta t-il en rapprochant son visage du sien, un sourire pendu aux lèvres. »
Elle n'eut pas le temps de protester qu'il l'avait déjà embrassé et elle fut tellement prise au dépourvu qu'elle mit bien deux ou trois secondes avant de lui rendre son baiser. C'était bon, c'était grisant. Le goût de l'alcool persistait dans la bouche de James, c'était chaud et fruité, et il y avait aussi l'autre chose. Cette deuxième saveur, celle de la confiance et de l'envie, celle qui la mettait dans un drôle d'état.
« Ok, c'est une très bonne manière de partager, avoua t-elle après avoir rompu le baiser. »
Il acquiesça en souriant et lui tendit la main pour retourner à l'intérieur. Elle y glissa la sienne et une minute plus tard, elle était de nouveau en train de se trémousser avec lui sur la piste de danse. Elle sursauta lorsqu'elle sentit quelqu'un lui tapoter l'épaule, et elle se retourna pour faire face à un jeune homme brun qui n'eut pas le temps de lui dire quoi que ce soit parce que James l'avait déjà tirée un peu plus vers lui.
« Tu es sérieux, là ? Lui demanda t-elle en haussant les sourcils.
_ Quoi ?
_ Tu es jaloux, constata t-elle.
_ Je suis possessif, c'est différent, corrigea t-il l'air contrarié. »
Elle éclata de rire et déposa un rapide baiser sur ses lèvres qui le laissa complètement perplexe. Elle recommençait. Elle recommençait avec ses fichus gestes affectueux qu'il n'arrivait pas à anticiper et qui le désarçonnait totalement. Il n'allait pas s'en plaindre, cependant, mais la voir agir de cette manière avec lui devant tous ces gens était tellement inhabituel qu'il n'arrivait pas à se dire que c'était réel.
Pourtant, ça l'était, et ils passèrent une soirée complètement démente. Jamais il ne l'aurait cru si on lui avait dit un an plus tôt qu'il s'éclaterait autant avec Lily Evans, jamais il n'aurait pensé qu'ils arriveraient à s'entendre aussi bien, à rire autant ensemble, à s'amuser comme ils le faisaient, aisément et sans retenue ou presque.
« Je n'en peux plus, gémit Lily alors qu'ils quittaient la maison.
_ Arrête de te plaindre, Evans.
_ J'ai mal aux pieds... C'est de ta faute. Tu voulais que je danse avec toi. C'est toi qui m'a fait ça. »
Il secoua la tête en rigolant, longeant lentement le chemin qu'ils avaient emprunté quatre ou cinq heures plus tôt, sa baguette diffusant suffisamment de lumière pour qu'ils sachent où ils marchaient tout en restant discrets. Il s'arrêta quand il entendit Lily se plaindre pour ce qui lui sembla être la cinquantième fois depuis qu'ils avaient quitté la soirée, et il se plaça devant elle tout en agitant les mains dans son dos pour lui faire signe de monter.
« Grimpe, lui ordonna t-il.
_ Quoi ?
_ Grimpe sur mon dos, et arrête de pleurnicher.
_ Mais...
_ Fais-le, la coupa t-il. »
Elle hésita quelques secondes, jusqu'à ce qu'il se retourne pour lui lancer un regard menaçant, puis elle prit un peu d'élan et sauta sur son dos, s'appuyant sur ses épaules pour se hisser un peu plus haut. Elle sentit ses mains passer sous ses jambes pour la maintenir, et elle poussa un petit soupir de satisfaction en sentant ses pieds revivre.
« Juste pour rétablir la vérité, je ne pleurnichais pas, reprit-elle.
_ Tu pleurnichais et c'était insupportable, Evans.
_ Hé ! C'est méchant ! S'offusqua t-elle.
_ Je te porte sur mon dos comme si j'étais un canasson, alors j'ai le droit d'être méchant. Tu as une idée du nombre de filles avec qui j'ai fait ça ?
_ Heu... Six cent vingt deux ? Tenta t-elle narquoisement.
_ Très drôle, Evans. La bonne réponse était zéro, et la leçon d'équitation s'arrête ici, répliqua t-il en lâchant ses jambes. »
Elle encercla sa taille pour ne pas glisser et se hissa un peu plus haut sur son dos en nouant ses bras autour de son cou alors qu'il continuait de marcher comme si de rien n'était, attendant patiemment qu'elle glisse, ce qui allait être le cas d'ici peu.
« Je rigolais, ne me lâche pas, s'il te plaît, j'ai vraiment mal, l'implora t-elle. »
Il ne répondit pas, se contentant de pousser un petit soupir insolent. Aux grands maux, les grands remèdes, pensa t-elle en déposant un baiser dans son cou. Quelque chose changea dans la respiration du jeune homme, et un léger sourire surgit sur le visage de Lily.
« James... S'il te plaît... Retiens moi. Je suis désolée, souffla t-elle contre sa peau.
_ Tu peux faire mieux.
_ Je retire tout ce que j'ai dit. Je pleurniche et je suis insupportable. Tu as raison.
_ Ce n'est pas ce que j'attends, lui dit-il tout en continuant à marcher. »
La maison des Wendall se rapprochait et Lily n'avait absolument aucune envie d'y arriver. Même s'ils étaient en train de se quereller comme deux gamins, même s'il était vraiment susceptible et que cela lui faisait lever les yeux au ciel, elle ne voulait pas rentrer.
« Il faut que tu l'avoues, Lily, reprit-il sur un ton détaché. »
Ses lèvres quittèrent son cou, et elle plissa les yeux, réfléchissant assidûment à cette phrase qu'elle avait l'impression d'avoir déjà entendue. Elle se mit à sourire quand elle réalisa ce à quoi il faisait allusion. Leur première soirée ensemble. Il avait une mémoire d'éléphant, ce n'était qu'une petite conversation déplaisante sur les marches d'un escalier.
« J'ai besoin de toi, lâcha t-elle sans se faire prier d'avantage.
_ Bien, répondit-il simplement avant de replacer ses mains sous ses jambes. »
Elle colla sa tête à la sienne et ferma les yeux, un seul murmure s'échappa de ses lèvres avant qu'ils n'arrivent à la maison des Wendall : « plus que tu ne peux l'imaginer », mais elle ne fut pas certaine de l'avoir prononcée, et il ne fut pas certain de l'avoir entendue.
« On dirait que tu vas t'en tirer sans problème cette fois-ci, déclara James en constatant que personne n'attendait Lily dans sa chambre, les bras croisés et le regard sévère. »
Elle hocha la tête sans réaliser qu'il ne pouvait pas la voir étant donné qu'elle était toujours sur son dos et que toute volonté d'en descendre l'avait quittée. James lui avait fait passer une bonne soirée, mais elle ne savait pas comment le lui dire. Il lui avait presque fait oublier son après-midi désastreux, son excursion dans son ancienne maison et les visions morbides qu'elle avait eu pendant qu'elle parcourait les pièces.
« Il va falloir que tu descendes, lui dit-il. »
Il lâcha ses jambes et se baissa légèrement jusqu'à ce que ses pieds touchent terre. Là, elle grimaça et détacha son étreinte à contre coeur avant de pousser légèrement sa fenêtre, qui était restée entrouverte, pour se frayer un chemin dans sa chambre. James la suivit pour récupérer son balai, et Lily ne put que constater le changement d'ambiance entre eux. Le silence était oppressant, elle avait l'impression que quelque chose la serrait très fort d'une manière absolument désagréable alors qu'elle le regardait déplier sa cape d'invisibilité pour partir. C'était comme si une enclume venait de lui tomber sur le crâne et l'écrasait, elle ne pouvait plus respirer.
« Reste. »
Il tourna la tête vers elle, pas trop sûr d'avoir comprit ce qu'elle venait de lui dire, mais il réalisa qu'il avait bien entendu quand elle se rapprocha de lui, lui pris sa cape des mains, et la posa délicatement sur le bureau qui était à présent le sien.
« Lily... Je ne crois pas que... »
Elle réalisa à ce moment là qu'il n'y avait rien de très raisonnable dans sa proposition et qu'ils risquaient tous les deux de passer un sale quart d'heure s'il y répondait favorablement.
« Je sais. Merlin, je sais. Je n'aurais pas dû te demander ça. Tu en as déjà fait assez et ton père va te tuer, oublie, le coupa t-elle. »
Elle avait passé la main sur son visage et s'était mise à faire les cent pas devant lui. Elle priait pour qu'il parte sur le champ, qu'il s'en aille avant qu'elle n'ait le temps de prononcer le moindre mot visant encore à le retenir, mais il restait planté dans sa chambre, devant sa fenêtre, à l'observer silencieusement.
« Tu as besoin de moi, souffla t-il. »
Elle s'arrêta pour le regarder dans les yeux, se demandant s'il attendait une réponse ou s'il s'agissait juste d'une constatation. Elle refusa d'acquiescer parce qu'elle ne voulait pas le contraindre à rester et qu'elle n'avait aucune idée de ce qu'il se passerait si elle le faisait. Ce qu'elle savait, cependant, c'était que s'il partait maintenant, elle ne pourrait pas dormir de la nuit parce qu'elle serait confrontée une fois de plus à sa solitude. Elle avait besoin de lui, indéniablement.
« Tu veux que je reste ? »
Elle s'assit sur son lit et se prit la tête entre les mains, sachant pertinemment qu'il ne fallait pas qu'elle lui réponde. Il fallait qu'elle se débrouille toute seule, qu'elle s'assume, qu'elle affronte sa peine, mais elle n'y arriverait pas, pas encore, parce que Dumbledore avait raison, elle n'était pas prête à ça. Elle ne l'avait pas écouté, et maintenant, elle était en train de se faire manger par ce qu'elle avait vu l'après-midi même et par les douloureuses images que son imagination avait créé.
« Lily... Je peux rester. Je rentrerai tôt demain, mon père ne le saura même pas. Dis-moi juste oui ou non. »
Encore une fois, elle ne répondit pas, alors il posa son balai, s'assit à côté d'elle et attendit patiemment. Ce simple fait apaisa Lily. Elle sentit la noirceur s'échapper doucement, et c'est à ce moment là qu'elle sut qu'elle devait le retenir. Juste pour ce soir, juste pour cette fois-ci, parce qu'elle avait vécu quelque chose de difficile et qu'elle n'était pas prête à se retrouver seule.
« Tu n'auras pas de problème avec ton père ? L'interrogea t-elle en se redressant.
_ Non, répondit-il simplement en la regardant droit dans les yeux.
_ Pourquoi tu voudrais rester avec une pleurnicheuse insupportable ? Reprit-elle en plissant les yeux. »
Cette fois, les lèvres de James s'étirèrent en un sourire, et sa main se posa sur l'épaule de Lily avant de descendre le long de son bras pour finir sur sa taille.
« Parce que j'ai une solution pour ça, répliqua t-il. »
Elle s'apprêtait à répondre lorsqu'elle sentit ses doigts se mettre à pianoter sur elle avant de la chatouiller franchement. Elle se crispa et se laissa tomber en arrière sans pouvoir retenir un rire qui persista jusqu'à ce qu'il mette un terme à cette douce torture.
« Je préfère ça, lui dit-il en frôlant sa bouche souriante de ses doigts. »
Elle se mordit légèrement la lèvre, ses yeux jonglant entre la bouche de James et son regard affectueux, celui qu'il n'avait que quand ils étaient seuls tous les deux, et elle empoigna le col de son sweat pour le tirer sur elle et être en mesure d'atteindre sa bouche. Il ne se fit pas prier, s'appuyant de chaque côté de son corps en s'efforçant de garder des pensées parfaitement innocentes.
Ce n'était pas simple. Elle était allongée sous lui et elle l'embrassait tout en s'agrippant à lui, et James songea que s'il y avait un dieu, il existait vraiment, parce qu'il n'aurait jamais pu se retrouver dans cette position à la fois inconfortable et planante avec Lily Evans sans ça.
Elle poussa un soupir de plaisir dans sa bouche quand sa langue trouva la sienne, et, les yeux fermés, elle essaya de se concentrer sur les sensations qu'il lui provoquait parce qu'il n'y avait plus qu'à ça qu'elle pouvait penser. Tout le reste n'était que brume et brouillard, tous les détails qu'elle n'aurait pas dû oublier avaient disparu. Tous, même le fait qu'elle l'ait ramené dans sa chambre et qu'elle lui ait demandé de rester dormir avec elle alors que si les Wendall apprenaient une chose pareille, elle perdrait leur confiance. Tout ce qui aurait dû avoir de l'importance n'en avait plus.
Elle ne put retenir ses propres mains lorsqu'elles lâchèrent son sweat pour aller se fondre dans ses cheveux noirs, le rapprochant d'avantage. Elle le voulait plus près qu'il ne l'était, mais paradoxalement, ce baiser était déjà plus que ce qu'elle pouvait supporter. La position délicate dans laquelle ils se trouvaient aurait dû la faire revenir sur terre, mais c'était impossible. Elle l'embrassait encore et encore, et elle ne voulait pas s'arrêter de le faire.
Ses doigts descendirent lentement sur ses épaules, dans son dos, sur sa taille, elle le serra encore plus, elle protesta quand sa bouche lâcha la sienne, mais lorsqu'elle dériva le long de sa mâchoire pour s'arrêter dans son cou, elle écarquilla les yeux sous la surprise. Merlin, elle aimait vraiment ça. Son coeur battait si fort que c'en était presque douloureux, et il n'y avait aucun doute, James pouvait ressentir ses pulsations contre ses lèvres. Le mal qu'ils s'étaient fait les six dernières années était toujours là, intense et violent, mais il s'était déguisé en bien. Il s'était transformé en plaisir, en chaleur, et en béatitude, et le sentiment d'allégresse qu'elle ressentait était tellement agréable qu'elle avait l'impression de ne se définir plus que par cela. Le bonheur et l'ivresse.
Cependant, ses craintes refirent surface quand elle sentit la main de James s'aventurer le long de sa cuisse et remonter dangereusement jusqu'à ses fesses, là, sous le coup de la surprise elle le repoussa brutalement et sans qu'elle ne puisse contrôler sa main, elle s'abattit sur sa joue. Quand elle réalisa qu'elle venait juste de le gifler elle se confondit en excuse, gênée, complètement abasourdie par son propre geste, mortifiée par son comportement.
« Ça faisait un moment, j'en devenais presque nostalgique, commenta t-il simplement en se redressant.
_ Excuse moi, c'est... Je te jure que je n'ai pas fait exprès.
_ C'est bon, c'est bon, je suppose que je n'aurais pas dû poser ma main là de toutes façons, mais la prochaine fois, pitié, contente toi de me dire d'arrêter, lui dit-il en grimaçant de douleur.
_ Je suis vraiment, vraiment désolée, répéta t-elle en pouffant et en caressant affectueusement sa joue rougie par le coup qu'elle venait de lui asséner.
_ Tu as vraiment l'air de l'être, ironisa t-il en la fixant d'un air mauvais.
_ Je le suis ! Je t'assure que je le suis ! Insista t-elle en essayant d'arrêter de rire.
_ Tu te payes ma tête. Tu aimes me frapper, et c'est inquiétant.
_ Je ne me paye pas ta tête ! Je me moque de moi-même. C'est nerveux, excuse moi, c'est juste que, je ne m'attendais pas à faire ça, reprit-elle. »
Il secoua la tête, peu convaincu par cette explication, mais elle le regardait avec tellement de tendresse qu'il dut éventuellement la croire. Elle aurait voulu reprendre là où ils s'étaient arrêtés, mais la gifle qu'elle lui avait envoyée en pleine figure était incontestablement un signe, alors elle se redressa à son tour, légèrement embarrassée, légèrement refroidie, profondément désolée.
« Je crois que je ne suis pas prête pour ça, expliqua t-elle, un peu gênée.
_ Ça n'a pas d'importance, répondit-il en haussant les épaules.
_ Si, justement. Peut-être que... Je ne sais pas. Tu m'as déjà appris à gérer tant de choses... Peut-être que tu peux m'apprendre à gérer ça aussi. »
Assise en tailleur, elle replaça une mèche de cheveux roux derrière son oreille, osant à peine lever les yeux vers lui. Il souriait et cela n'eut pour effet que de la faire rougir un peu plus. Ils en étaient là, à avoir une discussion d'adulte sur un sujet plus qu'intime, et Lily n'en revenait toujours pas de lui avoir demandé une chose pareille.
Ça n'avait rien de similaire avec la requête qu'elle lui avait soumise au début de l'année scolaire. Cette fois-ci, elle lui demandait clairement de l'habituer à ses mains sur elle, à sa bouche sur sa peau, à ces sensations étranges qu'elle ressentait quand ils étaient tous les deux l'un contre l'autre, à ce désir qu'elle ne savait pas comment gérer et qui l'effrayait tout autant qu'il lui faisait du bien.
« Réfléchis, je vais me mettre en pyjama, déclara t-elle avant de quitter la pièce en prenant bien soin de refermer la porte derrière elle. »
Elle trottina sur la pointe des pieds jusqu'à la salle de bain et enfila son short rouge et son débardeur gris perle avant de croiser son reflet dans le miroir. Elle était rouge, complètement rouge. Elle se pencha vers le lavabo pour se jeter de l'eau froide au visage, prit une profonde inspiration, défit sa queue de cheval, et rejoignit sa chambre.
James s'était allongé dans son lit, dos à elle. Il lui sembla qu'il s'était endormi alors elle se contenta de sourire, et de se coucher à côté de lui non sans avoir longuement hésité. Elle prit soin de ne pas frôler le moindre de ses membres tout en constatant qu'il avait retiré son sweat et son tee-shirt, et que la vue était particulièrement plaisante, mais elle garda les yeux rivés sur le plafond pendant de longues minutes, incapable de les fermer.
« Tu dors ? L'interrogea t-elle finalement.
_ Non.
_ Tu fais semblant depuis tout à l'heure ?! S'exclama t-elle, offensée.
_ Non, je réfléchissais simplement. Dis moi que tu ne portes pas le short rouge.
_ Je porte le short rouge... »
Il se retourna tout en sachant qu'il ne devrait pas, et leva légèrement la couverture pour vérifier qu'elle disait bien la vérité. Elle remarqua à ce moment là qu'il était en caleçon, et elle s'efforça de rester totalement impassible, mais elle constata qu'il n'y arrivait pas lui même, cela la rassura profondément.
« Ce foutu short rouge va avoir ma mort, Evans, lâcha t-il avant de laisser retomber sa tête contre son oreiller.
_ C'est toi qui va avoir ma mort, Potter. Remets ton tee-shirt, lui ordonna t-elle. »
Il obtempéra en ricanant, ravi de lui faire au moins un peu d'effet, et il se recoucha près d'elle. Il avait pensé à ce qu'elle lui avait proposé avant, mais il ne savait pas comment s'y prendre. Il ne pouvait pas se contrôler quand il commençait à la toucher et il craignait d'aller un peu plus vite que ce qu'elle lui demandait.
« A propos de ce que tu m'as dit tout à l'heure... Je ne sais pas si... Je ne sais pas si je peux t'apprendre ça, reprit-il.
_ Pourquoi ? C'est comme quand tu m'as appris à tenir la main de quelqu'un, ou à laisser quelqu'un m'embrasser.
_ Je ne sais pas. Je me demande si je t'ai vraiment appris ça, ou si ça s'est simplement fait parce que c'était toi et moi, et que c'était dans un contexte particulier. »
Lily ne voyait pas trop où il voulait en venir malgré toute la bonne volonté qu'elle mettait à essayer de se concentrer sur ce qu'il lui disait.
« Pour toi, c'est une question de confiance tout ça, et je ne sais pas si je peux faire quelque chose pour ça. Tu es tellement... Méfiante. Ce n'est pas une critique, c'est juste que... J'aimerais comprendre, reprit-il. »
Elle déglutit. Elle ne savait pas pourquoi elle était comme ça. Aussi loin qu'elle s'en souvienne, elle l'avait toujours été. Il n'y avait pas de raison. Ou peut-être qu'il y en avait des milliers qu'elle n'avait même pas remarquées. Peut-être que c'était juste parce que ses parents ne l'avaient jamais vraiment habitués aux contacts physiques, peut-être que c'était parce que sa soeur l'avait rejetée, peut-être que c'était parce que dès qu'elle était arrivée à Poudlard, on lui avait fait comprendre que l'impureté de son sang l'empêcherait d'accomplir de grandes choses, peut-être que c'était juste tout un tas de détails qui l'avaient empêchés d'avoir confiance en elle et en les autres comme elle aurait dû.
« Je ne sais pas. Je suis désolée. J'aimerais vraiment te donner une raison, te dire que j'ai vécu une expérience traumatisante, ou n'importe quoi, mais ce n'est pas le cas. Je suis juste comme ça, et je sais que c'est bizarre d'être comme ça sans raison, mais c'est moi, je suis bizarre, répondit-elle simplement. »
James ne répondit pas. Il réfléchissait. Lily avait éteint la lumière et elle pouvait à peine le voir maintenant, mais elle entendait sa respiration à côté d'elle, et c'était rassurant. Elle n'était pas seule.
« Est-ce que ça te dérange que je sois comme ça ? L'interrogea t-elle au bout d'un moment.
_ Bien sûr que non. Tu rigoles ou quoi ? Tu sais ce que je ressens pour toi Lily ! Répliqua t-il avec véhémence.
_ Alors pourquoi tu ne veux pas m'aider ?
_ Je n'ai pas dit que je ne voulais pas, j'ai juste dit que je ne sais pas si je le peux parce qu'il faudrait que tu aies entièrement confiance en moi pour ça, et ce n'est clairement pas le cas. »
Lily resta interdite. Elle se creusait les méninges sans arrêt pour trouver une solution, et c'était stupide parce qu'elle savait très bien ce qu'il fallait qu'elle fasse. Elle fallait qu'elle veuille avoir confiance en lui, pour une fois dans sa vie, il fallait qu'elle se l'autorise, mais c'était difficile.
« Peut-être que ça viendra avec le temps, reprit-il. »
Elle hocha la tête dans le silence de la chambre, songeant que même s'il n'avait pas toute sa confiance, il en avait tout de même une partie, sinon elle n'aurait pas pu accepter qu'ils se retrouvent là, tous les deux dans le même lit à discuter aussi sérieusement. Peut-être qu'il avait raison, peut-être que les choses se feraient naturellement au fur et à mesure, peut-être qu'ils n'avaient pas besoin de se prendre la tête avec tout cela maintenant. Après tout, tout vient à point à qui sait attendre.
