« Oh Merlin ! S'écria Alice en plaquant ses mains sur ses yeux comme si elle avait vu quelque chose qu'elle n'était pas censée voir.
_ Je porte encore mon pyjama et ma vertue, Al', commenta Lily d'un ton monocorde en levant les yeux au plafond. »
Elle se rua sur la porte pour la refermer derrière la jeune femme blonde avant de se planter à côté d'elle au milieu de la pièce, les yeux vissés sur James Potter qui dormait toujours dans son lit. Dans son lit... ! Elle se mit à sourire alors qu'Alice lui donnait des coups de coude comme pour demander confirmation de la vision qui s'étalait face à elle.
« Tu as pu te retenir ?! S'étonna Alice à voix basse.
_ Pour qui est-ce que tu me prends ? Bien sûr que je me suis retenue ! Répliqua Lily, un peu offensée.
_ Il y a quelques mois, tu étais prête à te jeter sur le premier venu, alors permets moi d'avoir des doutes ! Riposta Alice sur le ton de la plaisanterie. »
Lily la pinça pour la faire taire et sa meilleure amie bondit sur le côté en lançant un « Aïe » sonore qui fit légèrement grogner James. Elles se figèrent alors, l'observant, attendant le moindre geste de sa part, mais il semblait toujours profondément endormi, alors elles reprirent leur querelle.
« Ne me dis pas qu'il s'est tenu, lui, poursuivit Alice en désignant James du menton.
_ Il s'est tenu, affirma Lily en s'efforçant de ne pas penser au moment où sa main était remontée jusqu'à ses fesses.
_ Hmmm... Sans vouloir t'offenser, James n'est pas du genre à se tenir. Peut-être qu'il n'avait juste pas envie de ça avec toi. »
Alice titillait volontairement Lily pour qu'elle lui dise ce qu'elle avait envie de savoir, et la chose semblait fonctionner car cette fois, le visage de Lily vira au rouge. Pas parce qu'elle était embarrassée, mais parce qu'elle était contrariée.
« Je suis sûre qu'il en avait envie ! Protesta la préfète.
_ Je ne crois pas... S'il avait vraiment voulu, il aurait tenté quelque chose...
_ Mais tu... Tu n'en sais rien !
_ J'en connais un rayon, en fait. C'est un de mes meilleurs amis. Ce n'est pas grave, Lily, peut-être qu'il était juste fatigué après tout.
_ Oh tais toi espèce de sale comère ! Il a tenté quelque chose, ok ?! Et je l'ai repoussé. Sans faire exprès ! Trancha Lily en haussant la voix. »
Alice éclata de rire et sautilla autour de sa meilleure amie qui la fusillait du regard. C'était bien trop facile d'obtenir des confessions de sa part, et Lily se haïssait d'être si manipulable.
« Tu es vraiment la pire meilleure amie du monde, marmonna t-elle.
_ Je sais, mais tu m'aimes et tu ne peux rien y faire. En attendant, tu ferais bien de le réveiller avant que papa ou maman ne débarque dans ta chambre pour te dire que le petit déjeuner est prêt car s'ils le trouvent ici, tu es morte. »
Lily acquiesça et regarda sa meilleure amie quitter sa chambre avant de reposer les yeux sur James. Elle s'avança vers son lit et s'arrêta à côté de lui, debout, les bras croisés, elle n'avait absolument aucune idée de comment elle devait s'y prendre, alors elle l'appela simplement. Quand elle constata qu'il ne répondait pas, elle se pencha et le secoua un peu. Il roula sur le dos mais n'ouvrit pas les yeux pour autant, alors, à court de solutions, elle lui administra de petites gifles et cette fois-ci, il se réveilla.
« Pire. Réveil. Du. Monde, articula t-il en écartant ses mains de son visage.
_ Excuse moi. Je n'ai pas l'habitude de faire ça.
_ Je te montrerai comment on s'y prend, un jour, murmura t-il en se redressant. »
Il se frotta les yeux et Lily eut envie de lui sauter dessus pour le réveiller définitivement, il était mignon. Elle retint ses pulsions, cependant, et s'éloigna légèrement pendant qu'il se rhabillait, surveillant la porte avec anxiété.
« Quand est-ce que tu viens chez moi ?
_ Tu es puni, Potter, lui rappela t-elle.
_ Merlin, j'avais oublié ça. Ça veut dire qu'on se voit à Poudlard ? »
Elle déglutit en prenant conscience de cette réalité, puis elle hocha la tête. Ce n'était rien, une semaine et demie, ce n'était rien du tout, pourtant, elle eut l'impression de n'être plus qu'une coquille vide, tout à coup. Elle avait besoin de lui. Il la faisait rire. Il la faisait rire tout le temps, peu importe l'humeur dans laquelle elle était, il y parvenait, et elle adorait ça.
« Merci d'être venu. C'était... C'était vraiment bien, lui confia t-elle alors qu'il attrapait sa cape d'invisibilité. »
Il s'apprêtait à refermer sa main sur son balai mais il s'arrêta dans son élan pour regarder Lily. Elle essayait de le cacher, mais il voyait bien qu'elle était triste. Il ne savait pas trop si c'était parce qu'il partait, ou à cause de cette chose qu'il s'était passé la veille et qu'elle n'avait pas eu la force de lui raconter. Peut-être était-ce un peu des deux, quoi qu'il en soit, il n'aimait pas cela.
« Tu peux m'écrire s'il y a quoi que ce soit, lui dit-il très sérieusement.
_ Je sais.
_ Bien. »
Il se pencha vers elle et déposa un baiser sur sa tempe avant de s'enfuir par la fenêtre, et à ce moment précis, on frappa à la porte de sa chambre.
« Entrez ! S'exclama t-elle avant même d'avoir le temps de reprendre ses esprits.
_ Le petit déjeuner est prêt si tu veux, Lily. Je pars au travail, bonne journée ! Lui lança Généva, la tête dans l'embrasure de la porte.
_ Merci, bonne journée à toi aussi. »
Elle soupira de soulagement lorsque la porte se referma et elle se laissa tomber sur sa chaise de bureau. C'était moins une. Elle posa ses yeux sur la fenêtre entrouverte par laquelle James venait de s'en aller, les souvenirs de la veille revenant la narguer. Elle était insouciante quand elle était avec lui, et elle aimait qu'il la fasse sentir aussi légère. C'était un peu un monde parallèle.
Il y avait celui dans lequel elle se trouvait actuellement, celui du manque indéniable de tout. De ses parents, de sa soeur, de son ancienne vie qui était partie en fumée, et du futur qu'elle croyait avoir avec eux et dont elle avait dû faire le deuil. Il y avait la solitude, l'isolation, cette impression persistante d'être seule malgré le monde qui l'entourait, et puis cette sensation oppressante d'être abandonnée.
Il y avait celui dans lequel elle se trouvait la veille au soir, celui du bonheur pur, de l'oubli, de l'extase. Juste James Potter et elle dansant ensemble, s'enlaçant, s'embrassant sans penser à rien d'autre, sans penser qu'ils ne pourraient pas rester collés l'un à l'autre éternellement, sans penser que toutes les bonnes choses avaient une fin, et que cette fin là était pour Lily semblable à une chute qui l'amenait à se cogner la tête, et à se rappeler de tout.
Elle se rappelait que sa vie n'était pas une danse hasardeuse dans une soirée d'adolescent, ni une étreinte chaleureuse avec un garçon séduisant, et encore moins une embrassade passionnée dans un lit qui n'était pas le sien. Sa vie était une succession d'échecs, une succession d'erreurs et de mauvaises décisions, sa vie était d'une imperfection sans nom.
« Tu viens manger ? L'interrogea Alice en passant sa tête par l'embrasure de la porte. »
Lily acquiesça, et alors qu'elle sortait de sa chambre, elle se rappela qu'elle avait une mission a accomplir pendant cette semaine et demie qu'il lui restait à passer chez les Wendall : Elle devait trouver la fichue planque dans laquelle son crétin de petit-ami cachait ses chocogrenouilles. Elle savait qu'elle y arriverait. Elle le savait parce qu'elle ne pouvait pas perdre face à lui, pas plus qu'elle ne l'avait déjà fait.
Elle sentait déjà le sol se dérober sous ses pieds à chaque fois que son stupide visage se dessinait dans son esprit, et elle avait également beaucoup de peine à ignorer tout le reste. Son sang qui filait dans ses veines à une allure démentielle, sa tension qui crevait le plafond, et ses mains qui tremblaient de façon incontrôlée. Merlin, elle n'osait même pas mettre des mots sur les sentiments qui pouvaient se dissimuler derrière tout ça. Alors elle allait trouver cette cachette, juste par vengeance, juste parce que ses réactions face à lui la contrariaient.
Alors Lily chercha. Elle chercha longuement. Elle interrogea même Alice, mais sa meilleure amie lui assura qu'elle ne savait pas où était la cachette bien qu'elle en eut également entendu parler. La chambre fut examinée en long, en large, et en travers pendant toutes les vacances, en vain, et James refusa de donner à Lily le moindre indice à chaque fois qu'elle lui écrivait pour en obtenir.
Ce fut le dimanche matin de la fin des vacances, quelques minutes avant son départ pour la gare, qu'elle localisa finalement la planque. Exténuée d'avoir cherché, exténuée de n'avoir pas trouvé, elle se laissa tomber sur son lit, les yeux vissés vers le plafond. C'est à ce moment là qu'elle la remarqua, la nuance de blanc au plafond qui n'était pas la même que celle des murs.
Elle se redressa de façon à se retrouver debout sur son matelas, et examina un peu plus attentivement le plafond avant d'essayer de l'atteindre. Elle était trop petite pour y parvenir, et Potter l'était probablement aussi, mais il avait un balai, lui. Aveuglée par son envie de pouvoir se vanter d'avoir trouvé sa cachette, elle pointa sa baguette au dessus d'elle, persuadée d'avoir résolu son problème de hauteur.
« Ascencio ! »
Elle savait que c'était stupide, elle le savait, mais Potter lui faisait perdre tous ses neurones même quand il n'était pas là, et elle pesta violemment contre lui quand son crâne percuta le plafond un peu plus brutalement que prévu et qu'elle retomba sur son lit avant de glisser par terre dans un fracas sans nom. La cachette, elle, avait bien été découverte. Le coup de tête involontaire de Lily avait ouvert une trappe qui laissa s'échapper une quantité déraisonnable de bonbons en tout genre, et sans grande surprise pour la préfète, quelques fioles d'alcool absolument interdites à Poudlard.
Recroquevillée sur la moquette de sa chambre, se tenant le crâne en geignant et en insultant intérieurement Potter plutôt que d'admettre qu'elle n'avait décidément pas fait le bon choix de sort pour arriver à ses fins, elle mit quelques secondes à parvenir à se relever, juste le temps d'apercevoir quelque chose parmi les friandises. Une photo.
Étourdie par le coup qu'elle venait d'infliger à son pauvre crâne, elle dut s'y reprendre à plusieurs fois avant de réussir à refermer ses mains sur le morceau de papier. Sa vision était floue et elle dut cligner des yeux pendant un moment avant de reconnaître le jeune homme qui déposait un rapide baiser sur la bouche d'une jeune fille.
« Lily ? Ca va ? On a entendu du bruit, déclara Alice en rentrant dans la chambre. »
Lily glissa la photo dans la poche arrière de son jean à la hâte pour que sa meilleure amie ne la voit pas et hocha vigoureusement la tête. C'était sans compter sur la goutte de sang qui dévala son visage jusqu'à tâcher la moquette beige, ni le vertige qui la saisit à ce moment là.
« Merlin, tu saignes ! Il faut t'emmener à Sainte-Mangouste ! Papa ! Maman ! Lily saigne ! Lily saigne ! Paniqua Alice sans accorder la moindre importance à l'amas de sucreries qui s'étalait sur une bonne partie du matelas. »
La jeune préfète porta la main à son front, et elle constata avec étonnement que ses doigts étaient recouverts de la substance rouge. Elle s'était fait mal, certes, mais elle n'avait même pas remarqué qu'elle s'était ouverte. Elle blêmit à la vue de son sang et eut juste le temps de confier à Alice qu'elle ne se sentait pas très bien avant de s'échouer lamentablement à ses pieds.
Quand elle rouvrit les yeux, elle était allongée dans une pièce dont les murs étaient d'un blanc immaculés, profondément angoissants. L'odeur l'était aussi, d'ailleurs. Celle des potions désinfectantes et soignantes, celle de Sainte-Mangouste. L'odeur du stress, pure et dure, saisissante et bien distincte.
Quelqu'un s'affairait autour d'elle, mais elle ne le remarqua que quelques minutes plus tard, quand la personne s'arrêta devant son lit en lui souriant et qu'elle l'aida à se redresser.
« Comment vous sentez-vous, mademoiselle Evans ? L'interrogea la médicomage. »
Lily tâta son visage un instant puis brandit sa main devant elle pour vérifier qu'elle ne saignait plus. Elle poussa un petit soupir de soulagement quand elle constata que ses doigts étaient secs, puis elle réfléchit à la question de la médicomage. Elle se sentait plutôt bien compte tenu du choc qu'avait subi sa tête.
« Je n'ai plus mal, répondit-elle simplement.
_ C'est normal. C'était superficiel. Nous avons nettoyé la plaie à l'aide d'une lotion et la bosse a disparu immédiatement. Vous avez dû perdre connaissance à la vue du sang, c'est impressionnant parfois, commenta la jeune femme.
_ Je vais pouvoir retourner à Poudlard, alors ?
_ Bien sûr. Il y aura juste quelques papiers à signer, Monsieur et Madame Wendall m'ont expliqué que vous étiez majeure alors vous n'aurez qu'à vous rendre à l'accueil. Vos amis vous attendent dehors, vous pouvez partir dès maintenant. Ne vous levez pas trop rapidement, cependant.
_ Mes amis ? Répéta Lily.
_ Mademoiselle Wendall est allée visiter Madame Potter pendant que vous étiez inconsciente, elle y a croisé son fils, expliqua la médicomage. »
Lily hocha silencieusement la tête, bien sûr, James allait régulièrement voir sa mère le dimanche. Elle attendit que la médicomage quitte la pièce pour plonger la main dans la poche arrière de son jean, histoire de vérifier qu'elle ne s'était pas cognée la tête si fort qu'elle avait développé des hallucinations visuelles, mais non, ce n'était pas le cas. Sur la photo qu'elle tenait entre ses mains, Alice et James s'embrassaient brièvement avant de faire un signe de main vers la personne qui prenait la photo.
Elle resta sans réaction pendant plusieurs minutes, hébétée et perplexe. Cette photo datait de trois ans. Lily le savait parce qu'elle reconnaissait la coupe de cheveux d'Alice, beaucoup plus courte que d'ordinaire. Elles avaient fait une expérience qui avait mal tournée l'été qui précédait leur cinquième année, et la jeune préfète se souvenait clairement avoir fait prendre feu les cheveux d'Alice dans un mouvement de baguette maladroit. Elles avaient éteint la flamme avant qu'elle ne fasse trop de ravage, mais sa meilleure amie avait été obligée de se couper les cheveux plus courts que d'ordinaire.
Quand elle eut terminé d'être troublée par la photo, Lily devint amère. Elle savait que trois ans, c'était du passé, et elle savait qu'Alice aimait profondément Frank, mais là n'était pas la question. A chaque fois qu'elle pensait savoir quelque chose, elle se trompait. Ou plutôt, elle se rendait compte qu'elle ne savait rien. Bizarrement, Alice avait oublié de lui parler de sa relation avec Potter.
C'était peut-être un peu hypocrite de lui en vouloir pour cela alors qu'elle avait mis un certain temps avant de lui avouer qu'elle fréquentait James, mais elle, au moins, elle l'avait fait, et il lui semblait inconcevable qu'Alice n'ait pas pensé une seule seconde à lui parler de tout cela depuis qu'elle savait que quelque chose se tramait entre eux. Pour Lily, c'était un peu comme une violation du code de l'amitié, et c'était peut-être particulièrement puérile de sa part d'être en colère pour une histoire qui était terminée depuis longtemps, mais elle n'avait jamais prétendu être mature.
Elle quitta sa chambre d'hôpital pour se rendre droit vers l'accueil afin de remplir les papiers relatifs à sa sortie et au règlement des soins en s'efforçant de ne pas jeter un seul coup d'oeil vers la salle d'attente lorsqu'elle passa devant. Cependant, Alice se trouva bien vite à côté d'elle. James la suivait de près, et pour la première fois depuis un moment, Lily n'eut aucune envie de le regarder.
Lui non plus n'avait rien dit. Peut-être qu'ils ne se devaient pas ce genre de vérité mais elle ne pouvait s'empêcher de ressentir un petit picotement au fond d'elle, quelque chose de désagréable qui lui disait qu'elle lui en voulait de ne pas avoir pensé qu'elle pourrait tomber sur cette photo. Pourtant, s'il lui avait parlé de la cachette, c'était qu'il devait avoir oublié l'existence de cette preuve de « trahison ultime » de la part d'Alice, et s'il l'avait oublié, c'était que tout cela était sans importance. Lily aurait dû s'en réjouir, mais là, bizarrement, elle avait juste envie de passer sa main gauche derrière le crâne d'Alice, sa main droite derrière celui de James, et de les assommer l'un contre l'autre le plus violemment possible.
« Salut Evans. »
Elle parvint à articuler un « Salut Potter. » un peu plus froid qu'elle ne l'aurait souhaité, et essaya de se calmer en se concentrant sur les papiers qu'elle avait à signer. Elle ne savait pas encore si il fallait qu'elle parle ou qu'elle se taise, mais elle sentait que de toutes façons, elle n'arriverait pas à garder le silence toute la journée. Elle allait devoir voyager avec eux pendant des heures dans un minuscule wagon, et elle allait exploser.
« Eh bien, les retrouvailles sont enflammées, commenta ironiquement Alice.
_ J'éviterais les commentaires de ce genre si j'étais toi, décréta Lily en déchirant maladroitement le papier sous sa plume.
_ Qu'est-ce qu'il y a ? S'inquiéta Alice. J'ai fait quelque chose de mal ? »
Lily marmonna des propos incohérents avant de lâcher le tas de paperasse sur le bureau de la secrétaire, puis elle se retourna vers les Wendall qui les attendaient à la porte de la salle d'attente.
« Nous sommes en retard. Mr. Potter a gentiment accepté de vous amener à King's Cross, soyez correctes, expliqua Généva avant de déposer une bise sur chaque joue des filles.
_ Lily, tu es certaine que ça va mieux ? Cette bosse était si énorme que tu ressemblais à une licorne, ajouta Roddy en l'observant attentivement.
_ Oui, merci Roddy, la médicomage dit que c'était très superficiel, il n'y a pas de quoi s'inquiéter, répondit-elle après avoir lancé un regard assassin à James et Alice qui ricanaient de la comparaison. »
Les parents d'Alice vérifièrent tout de même avec la médicomage en question que tout était en ordre, et quand ils furent rassurés, ils amenèrent les adolescents jusqu'à la chambre de Mme Potter. Alice et Lily restèrent sagement à attendre à l'extérieur pendant que James et ses parents discutaient à l'intérieur, puis la porte s'ouvrit d'un coup devant le jeune homme.
« Papa lui a dit que nous te ramenions... Maman te réclame, déclara James sur un ton neutre.
_ Oh, je... Je ne sais pas si... Enfin, je veux dire... Ça ne te dérange pas ? Bafouilla t-elle, gênée. »
Ce n'était pas comme si James et elle se fréquentaient depuis longtemps. Ce n'était pas non plus comme si les choses étaient officielles, ou comme s'ils en avaient parlé. Ce n'était pas comme si elle s'était avouée avoir des sentiments pour lui, ce n'était pas non plus comme si elle avait envie de se l'avouer. Leur avait-il seulement parlé d'elle ? Joanne Potter ne lui était pas étrangère puisqu'elles s'étaient déjà rencontrées, mais connaissait-elle la nature de la relation qu'elle entretenait avec son fils ? Lily n'avait aucune idée de ce que James leur avait dit.
« Est-ce que ça te dérange, toi ? L'interrogea t-il en retour, son regard perçant posé sur elle. »
Elle déglutit. Pour être totalement sincère, elle était complètement paniquée. Sa relation avec James était en dents de scie et elle n'avait aucune idée de l'endroit où tout cela les menait, alors se retrouver devant ses parents maintenant lui semblait précipité, mais d'un autre côté, de quoi aurait-elle l'air si elle répondait à James que cela la dérangeait ? Quel genre de personne serait-elle si elle refusait de voir Mme Potter, malade et alitée ? Indéniablement le genre qu'elle n'aimait pas.
« Non, non ça ne me dérange pas. Juste... Est-ce qu'ils savent pour...
_ Nous ? Non. Enfin... Je pense que mon père le suspecte, et si mon père le suspecte, on peut être certain qu'il en a parlé à ma mère vu qu'il ne sait pas se taire, mais je n'ai rien dit. J'aurais dû ? »
Lily secoua la tête, puis haussa les épaules, ne sachant pas trop ce qu'elle devait répondre à ça, et quand James ouvrit la porte devant elle et lui fit un petit signe de tête vers l'intérieur, elle avança timidement. Elle trébucha maladroitement à l'entrée et se retrouva à quatre pattes devant Mr. Potter qu'elle n'avait jamais vu auparavant. Ça, c'était une sacrée première impression.
Rouge de honte, elle se confondit en excuses en attrapant la main que lui tendait Charles alors que James ricanait derrière elle. Elle réalisa à ce moment là qu'elle n'avait aucune raison de s'excuser, et cela la fit rougir d'avantage. Merlin, dès qu'elle se retrouvait dans une situation qui sortait de l'ordinaire, elle devenait une telle gourde qu'elle avait pitié d'elle-même.
« Alors c'est vous, la terrible Lily Evans ? A écouter James, je m'attendais à des écailles, des griffes acérées, et à de la fumée qui sort des narines... Commenta Charles Potter en serrant la main qu'il avait gardé dans la sienne. »
Lily se tourna instantanément vers son petit-ami qui fixait son père avec une expression de panique notable. Il avait parlé d'elle à ses parents, finalement, mais pas de la façon dont elle s'y attendait. Elle plissa les yeux et le vit nettement déglutir d'embarras, c'était quelque chose qui n'était pas commun, et cela la réjouit.
« Tu ne m'avais pas dit qu'elle était si jolie ! Poursuivit Charles. »
Lily s'empourpra d'avantage si c'était possible, et cette fois, James eut un petit rire sarcastique. Il se réjouissait de la gêne de la jeune femme qui, elle, avait envie de le traîner hors de la pièce par sa stupide touffe de cheveux noirs pour lui faire ravaler ses moqueries.
« Merci, Monsieur Potter. Je suis enchantée de vous rencontrer, répondit-elle en souriant. »
James s'était rapproché de la fenêtre, et elle l'entendit nettement l'imiter en prenant une petite voix ridicule. Les Potter ne firent pas attention, cependant. La mère de James était trop occupée à demander à Lily ce qui l'avait conduite à l'hôpital.
« C'était stupide, je... Je me suis cognée dans le plafond de la chambre, expliqua Lily en grimaçant.
_ Dans le plafond ? Répéta James, lui accordant toute son attention.
_ Dans le plafond, répondit-elle avec un petit sourire.
_ Eh bien... C'est une façon étonnante de se blesser, commenta Joanne Potter.
_ Vraiment étonnante... Souffla James. »
Lily discuta quelques minutes avec Joanne et Charles Potter pendant que James restait en retrait, écoutant distraitement la conversation, à la fois stupéfait et amusé que Lily ait trouvé sa cachette. Il l'observa silencieusement pendant qu'elle parlait avec ses parents, et il réalisa que c'était la première fille qu'il leur présentait. Enfin... Il ne la leur avait pas vraiment présenté de manière officielle, mais elle était là, elle était plongée dans la conversation, et elle avait l'air de bien s'entendre avec eux.
Ce fut un soulagement pour lui, mais il ne comprit pas immédiatement pourquoi. Après tout, la voir s'étaler au milieu de la pièce l'avait fait rire, et il y avait une partie de lui-même qui aimait la voir s'embarrasser de cette manière, mais il y en avait une autre qui aimait juste la vision qu'il avait maintenant. Elle et ses parents, bavardant, plaisantant presque ensemble, s'appréciant tout simplement.
« Nous allons y aller Jo, les enfants vont rater leur train. Je reviendrai ce soir, déclara le père de James en déposant un baiser sur le front de sa femme.
_ Reviens me voir quand tu auras le temps, Lily, je vais demander à ma médicomage de me trouver ces magnifiques fleurs dont je t'ai parlé, s'exclama Joanne Potter.
_ Merci, j'adorerais les voir. Au revoir Madame Potter. »
Joanna lui répondit par un simple sourire, et Lily lui fit un signe de main avant de faire quelques pas vers la porte derrière Charles Potter. Elle se retourna quand elle réalisa que James ne les suivait pas, et elle le vit penché sur le lit de sa mère, sa main serrée dans la sienne. Elle distingua un léger mouvement de ses lèvres près de l'oreille de Joanne dont le visage s'illumina sous les mots que son fils venaient de prononcer. Lily n'avait aucune idée de ce qu'il lui avait dit, et ça n'avait pas tant d'importance que cela. Ce qui en avait, en revanche, c'était cette proximité qu'il y avait entre eux qui la frappa.
Elle n'avait jamais pensé que James était du genre affectueux avec ses parents, alors le voir aussi gentil avec sa mère la troubla légèrement. Il déposa un baiser sur sa joue avant de la laisser, et Lily sentit son coeur battre à toute allure quand son regard épingla le sien. Il avait quelque chose de grave et de mature, là, quelque chose qu'elle n'avait jamais vu, et elle eut l'impression d'être brutalement rentrée dans son intimité. Là, elle voyait ses failles, et c'était les plus belles failles qu'il lui ait été donné de voir.
