« Pitié James, dis moi que ce n'est pas toi qui a remplacé tous les manuels de potion par des revues érotiques. »

Lily Evans se trouvait à la bibliothèque, devant la table des maraudeurs qui semblaient tous étudier bien trop sagement pour que la jeune femme ne les suspecte pas de cette plaisanterie douteuse qui faisait pester la bibliothécaire depuis une bonne demie-heure.

Son petit-ami resta silencieux, et, tout sourire, il jeta un regard en coin à Sirius qui lui fit un clin d'oeil. Lily soupira bruyamment, prenant à juste titre son mutisme pour une confession, et elle attrapa le livre de Quidditch qu'il feuilletait juste avant qu'elle n'arrive, le referma, et le frappa violemment avec.

« Tu es un gigantesque crétin ! Pesta t-elle.
_ Hé ! N'abîme pas mon livre ! Il n'y en a que cinq exemplaires dans le monde ! Protesta t-il en essayant de le lui extirper.
_ Il fallait y penser avant d'agir comme un abruti ! Trancha t-elle avant de s'enfuir avec l'ouvrage sous le bras. »

Il lui ordonna de revenir pendant quelques secondes, ignorant les moqueries de ses camarades lorsqu'elle l'ignora superbement, puis il se hissa hors de sa chaise avant de trottiner pour la rattraper juste quand elle posait ses affaires à la table où étaient assis Alice et Frank.

« Rends-moi ça, Evans, lui dit-il en essayant de lui arracher le livre des mains.
_ Non. Tu as de la chance que nous n'ayons pas perdu de points sur ce coup là, et je ne vais pas te dénoncer pour cette même raison, mais je ne vais sûrement pas te laisser t'en tirer à bon compte, déclara t-elle en tirant sur le livre et en s'asseyant sous le regard amusé de leur deux amis.
_ Avec les dix points que le professeur Binns m'a donné aujourd'hui, j'ai récupéré tous les points que j'avais fait perdre comme je te l'avais dit, alors rends-moi mon livre. »

Lily devait bien l'admettre, il avait été d'une efficacité remarquable en faisant remonter le sablier de Gryffondor plus vite qu'elle ne l'avait jamais fait, et cela la rendait très légèrement jalouse parce qu'elle déployait tous les efforts du monde depuis sept ans pour essayer d'obtenir le plus de points possibles, et en à peine deux semaines, il avait presque dépassé son record. C'était vexant.

« Tu n'auras pas ton stupide livre de Quidditch, Potter, un point c'est tout. Tu es puni. Et si tu essaies de me le prendre de force, je supprime tes entraînements, reprit-elle en sortant machinalement ses parchemins de son sac. »

James attrapa la chaise qui se trouvait juste à côté d'elle, se demandant comment cette fille pouvait, au juste, être sa petite-amie, et il la regarda aussi gravement qu'il le put.

« Lily, je dois absolument étudier des techniques de défense pour le dernier match, et j'ai besoin de ce livre pour ça, expliqua t-il.
_ Je m'en fiche.
_ Je crois que tu ne comprends pas que...
_ Je comprends très bien, le coupa t-elle.
_ Par la barbe de Merlin je te jure que tu commences à m'énerver ! S'exclama t-il alors qu'elle commençait à rédiger son parchemin de Divination comme si de rien n'était.
_ Il y a des limites, James, et s'il n'y a qu'en touchant au Quidditch que je peux te les montrer, eh bien je toucherai au Quidditch, répliqua t-elle avec fermeté. »

Il soupira bruyamment, mais il resta assis à côté d'elle, suppliant silencieusement Alice d'intervenir, mais la jeune femme ne le fit pas, elle le regarda simplement comme s'il avait mérité cette torture. En temps normal, il aurait fait payer Lily pour ça, mais il sortait avec elle maintenant et tout était différent.

Il secoua la tête d'un air désapprobateur quand elle passa son bras autour de ses épaules et qu'elle lui massa doucement la nuque tout en continuant d'étudier la Divination. Il n'y avait qu'elle pour faire ça. Se disputer avec lui et se mettre à le câliner comme si rien ne s'était passé, comme si elle n'avait pas pris en otage son livre favoris.

Le plus malheureux dans tout cela, c'était qu'il n'arrivait pas à penser clairement quand elle devenait affectueuse, et il la soupçonnait de s'en être rendue compte parce qu'elle était de plus en plus tendre avec lui et c'était vraiment déstabilisant.

« Arrête, lui dit-il en retirant sa main de sa nuque.
_ Toi arrête, riposta t-elle en posant finalement les yeux sur lui. »

Elle était énervée par son comportement, il le voyait bien, mais il était tout aussi contrarié par le sien. Et puis il y avait cette fichue façon qu'elle avait de le regarder, comme si elle se souciait vraiment de lui, comme si elle pensait vraiment lui rendre service, et il y avait aussi ce dernier truc, ce truc au fond de lui qui lui hurlait que c'était exactement ce qu'elle faisait et qu'il avait besoin de ça.

Pourtant, pour être tout à fait franc, il ne savait pas si Lily lui portait un réel intérêt ou s'il n'était qu'un garçon parmi d'autres. Elle ne lui avait jamais rien confié sur ses sentiments, et de temps en temps il se disait qu'il était possible qu'elle arrête tout soudainement, comme elle l'avait fait avec d'autres avant lui. Parfois, il se disait qu'elle avait l'air vraiment attaché à lui, mais à d'autres moments, il n'en était plus très sûr. C'était compliqué de savoir, avec elle. Elle ne lâchait rien.

Il aurait aimé savoir, pourtant, parce qu'à chaque fois qu'un jour passait, il se sentait un peu plus proche d'elle et c'était horrible parce qu'il ne savait pas vraiment où il mettait les pieds, et il n'avait aucune façon d'empêcher ses sentiments de se développer. Si elle partait, ce serait la pire rupture de sa vie, il le savait pertinemment, et il essayait d'y penser le moins possible parce qu'il était certain que si elle savait toute la vérité sur lui, c'était ce qu'elle ferait, et il serait brisé.

« Monsieur Potter ? »

James et Lily se retournèrent tous les deux. Le professeur Dumbledore se trouvait devant eux dans sa longue robe de sorcier, et il avait interpellé James d'une voix tremblante qui lui ressemblait peu. Ses yeux étrangement hésitants jonglaient entre le sol et le jeune homme qu'il avait en face de lui et Lily comprit à ce moment là que quelque chose de grave s'était passé. Elle reconnut le regard désolé et peiné, celui qu'il avait quand il lui avait annoncé le décès de ses parents. Son coeur se mit à battre à tout allure dans sa poitrine quand elle entendit le directeur demander à James de le suivre.

Elle se leva également de sa chaise mais resta devant la table quand Dumbledore lui fit signe de ne pas les suivre. Elle demeura là plusieurs secondes, figée, pâle. Elle savait. Elle savait ce qu'il venait de se passer, et elle ne pouvait rien faire. C'était horrible. Elle plaqua ses deux mains sur son visage avant de se retourner vers Alice.

« C'est ses parents, souffla t-elle.
_ Tu... Tu es certaine ? Bafouilla sa meilleure amie. »

Lily ne répondit pas, elle se laissa simplement retomber sur sa chaise, se demandant dans quel état elle allait retrouver James, et espérant du plus profond d'elle-même avoir tort.

Ce ne fut pas le cas. Son petit-ami demeura introuvable toute la journée et Sirius aussi. Le lendemain fut également marqué par leur absence, tout comme le surlendemain et le jour suivant. Lily avait surveillé la Gazette du Sorcier mais elle n'avait pas eu besoin de lire le nom de Joanne Potter dans la rubrique décès pour savoir qu'elle n'était plus de ce monde. Elle s'en doutait, et Rémus le lui avait confirmé juste après le cours de sortilèges du jeudi soir.

Sirius refit son apparition à Poudlard le vendredi en soirée, et Lily s'arrêta net dans l'escalier menant à son dortoir lorsqu'elle l'aperçu sur un fauteuil près du feu avec Peter et Rémus. Elle hésita un instant à aller le voir, et quand son regard gris dévia sur elle, elle prit sa décision. Elle redescendit les quelques marches qu'elle avait monté et s'approcha de lui sans trop savoir quoi dire ni quoi faire.

« Il faut que je parle à Evans, les gars, on se retrouve dans le dortoir dans deux minutes, déclara t-il. »

Peter et Rémus hochèrent la tête et quittèrent la Salle Commune alors que Sirius observait Lily comme si elle avait commit une faute grave, comme s'il lui en voulait, et la jeune femme se sentit complètement perturbée par ce regard. A sa connaissance, elle n'avait rien fait qui pourrait mériter qu'on lui en veuille.

« Je te jure que si tu fais du mal à mon meilleur ami maintenant, tu vas le payer cher Evans, siffla t-il entre ses dents. »

Complètement perdue, Lily ouvrit la bouche puis la referma, incapable de comprendre ce qu'il se passait. Sirius et elle n'avaient jamais été en très bons termes, mais depuis qu'elle sortait avec James, leur entente était plutôt cordiale. Là, c'était glacial.

« De quoi est-ce que tu parles ?
_ De toi et de lui. Ne déconne pas. Tu sais ce qu'il ressent pour toi, et je sais que c'est un abruti et qu'il fait des conneries sans arrêt, mais si tu penses le quitter, ne le fais pas maintenant.
_ Mais je... Qu'est-ce que tu racontes ?! S'exclama t-elle, les yeux ronds comme des soucoupes.
_ Il pense que tu ne l'aimes pas, qu'il est juste une transition avant quelque chose de mieux, et soyons honnête, c'est ce que je pense aussi. Tu n'as jamais été claire avec lui et ce n'était pas grave jusque là, mais sa mère est... Sa mère n'est plus là. Il est mal, il n'est pas lui même, alors si tu ne l'aimes pas, ne lui dis pas maintenant. »

Le coeur de Lily battait de plus en plus vite dans sa poitrine et elle sentait des larmes de rage commencer à lui monter aux yeux. Comment osait-il ? Comment osait-il venir la sermonner sur ses sentiments envers James alors qu'il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il en était ? Comment osait-il penser qu'elle le laisserait maintenant alors qu'il avait été là pour elle quand elle en avait eu besoin ? Comment osait-il sous-estimer leur relation à ce point ?

« Ne reviens plus jamais me parler, articula t-elle avec difficulté avant de monter dans son dortoir à toute allure. »

Elle s'allongea dans son lit et étouffa un cri de rage dans son oreiller. Alice n'était même pas là pour qu'elle puisse déverser sa colère, et c'était insoutenable. Elle n'avait plus de nouvelle de James depuis des jours, et la seule personne qui lui en avait donné avait remit toute leur relation en question. Sirius Black ne savait rien, il n'avait aucune idée de ce qu'elle ressentait pour son meilleur ami, et le fait qu'il pense qu'il n'était qu'une transition la faisait trembler de colère.

Il se passa deux jours avant que James ne revienne. C'était un dimanche et Lily avait fait monter tous les étudiants dans leur dortoir depuis une bonne demie-heure. Elle avait fait sa ronde, puis elle s'était allongée dans le grand canapé, la Gazette du Sorcier à la main. Elle venait de tourner l'avant dernière page lorsqu'elle entendit la voix du professeur McGonagall derrière le portrait qui pivota quelques secondes plus tard.

Elle se redressa légèrement, juste assez pour voir James rentrer. Il ne posa les yeux sur elle que lorsqu'elle contourna le canapé. Tout ce qu'elle redoutait se trouvait dans les deux abysses noires qui la scrutaient. Il était anéanti, et elle voyait qu'il essayait de se retenir d'avoir une réaction incontrôlée devant elle, elle le sentait, mais il se passa ce qu'elle n'avait pas anticipé. Il se rua dans ses bras.

Elle eut un hoquet de surprise et de panique quand elle le sentit éclater en larmes contre elle, ce fut comme si on venait de lui mettre un coup dans le ventre. Sa respiration s'était coupée sous le choc, et elle n'avait pu empêcher les larmes de dévaler son visage aussi tant elle était frappée par la douleur qu'il ressentait. C'est à ce moment là qu'elle prit conscience des choses, qu'elle réalisa à quel point Sirius Black avait tort. Elle aimait James Potter, il était tout ce qui comptait.

Elle enroula ses bras autour de sa taille et le serra contre elle aussi fort qu'elle le put, complètement bouleversée de le voir aussi terrassé, de le voir pleurer devant elle alors qu'il y avait quelques temps, elle aurait parié sa main à couper que James Potter ne verserait jamais une larme devant qui que ce soit.

« Je suis tellement désolée, murmura t-elle avant de déposer un baiser sur sa joue. »

Il ne répondit pas, mais elle sentit ses bras l'étreindre un peu plus. Elle comprit à ce moment là qu'il avait besoin d'elle, vraiment, et elle se jura de faire attention à lui et de ne pas le laisser sombrer dans ses vieux travers. Elle allait être là pour lui, elle allait lui rendre tout ce qu'il lui avait donné jusque là, elle allait lui faire comprendre qu'il n'était pas seul et qu'elle ne le laisserait pas tomber.

« C'était sur sa table de chevet, souffla James en s'écartant de Lily. »

Elle lui lança un regard interrogateur et il ouvrit son sac pour en sortir une petite bourse qu'il lui tendit. Elle avança la main, un peu hésitante, et il lui fourra le sachet dedans avant de l'observer attentivement pendant qu'elle défaisait le cordon brun qui le tenait fermé. Elle jeta un coup d'oeil à l'intérieur et elle se souvint instantanément de la dernière conversation qu'elle avait eue avec la mère de James quand elle vit une dizaine de graines à l'intérieur. C'était les fleurs si jolies dont elle lui avait parlé, elle en était certaine.

Elle retint la larme qui perlait au coin de son oeil et elle referma soigneusement la bourse avant de poser son regard sur James qui lui souriait timidement. Même dans ces moments là, il trouvait la force, mais Lily n'était pas dupe, il venait de pleurer dans ses bras et son épaule était encore humide, douloureux rappel de sa souffrance.

Elle se rapprocha assez pour essuyer les larmes sur ses joues et elle garda ses mains sur son visage avant d'inspirer profondément et de le regarder dans les yeux. Il fallait qu'elle lui montre qu'il n'était pas rien pour elle, même si c'était difficile à avouer, même si elle n'avait jamais voulu ça, il fallait qu'elle range sa fierté de côté pour une fois et qu'elle oublie toutes les poussées d'allergie qu'il lui avait provoqué.

« Je sais que je suis dure parfois... Je sais que je ne te dis rien et que je ne suis pas toujours très affectueuse, mais tu comptes beaucoup pour moi et je serai toujours là pour toi. »

James ne cilla pas, ses yeux sombres étaient vissés aux siens, impassibles, et Lily eut l'impression qu'il ne comprenait pas jusqu'à ce qu'elle réalise qu'il ne la croyait pas. Elle avala sa salive avec difficulté et se mordit la lèvre avant de laisser ses mains retomber le long des bras du jeune homme et de glisser ses deux mains dans les siennes.

« James, je suis sérieuse. Je prends mon rôle de préfète trop à coeur parfois, je le sais, mais tu pourrais brûler le château que je serai toujours là pour toi. »

Il hocha la tête sans savoir que Lily aurait aimé dire plus, que les mots étaient coincés dans sa gorge et ne voulaient pas sortir, puis il lui souhaita bonne nuit avant de monter dans son dortoir et elle resta là, les yeux vissés à l'escalier, à se demander comment elle allait l'aider à vivre tout cela.

Le lendemain matin, elle ne le croisa pas en cours de Potion. Il ne fut pas non plus en Botanique, ni au déjeuner dans la Grande Salle quand le professeur annonça que le bal de fin d'année approchait et que les invitations étaient à présent ouvertes. Elle cru l'apercevoir l'après-midi près du lac, mais elle dut régler un litige entre un Poufsouffle et un Serdaigle et quand elle retourna dans le parc, il n'y avait plus personne.

Elle profita de sa pause du midi pour aller frapper à la porte de son dortoir, mais elle n'obtint aucune réponse alors elle redescendit les escaliers en songeant qu'il devait déjà être parti en Divination. Quand elle pénétra dans la salle de cours, elle se rendit compte qu'il n'était pas là non plus. Elle déglutit quand elle réalisa que Drake manquait également à l'appel, et elle lança un regard grave à Alice.

« Est-ce que tu l'as vu aujourd'hui ? L'interrogea t-elle.
_ Non. Peter m'a dit ce matin qu'il était trop fatigué pour venir en cours, mais c'est tout, répondit Alice en haussant les épaules. »

Lily s'efforça de se concentrer sur la Divination sans trop s'inquiéter, mais c'était impossible, et elle ne retint pas un mot de ce cours là, ni de ceux qui suivirent, également marqués par l'absence de James et de Drake. Dès que la journée fut terminée, elle fit le tour du château en long, en large, et en travers à leur recherche. Passant en revue l'infirmerie, toutes les salles de classe vides, la volière, et même une petite parcelle de la forêt interdite. Elle ne le trouva pas.

Alors elle attendit. Elle resta dans la Salle Commune pendant une partie de la soirée, une partie de la nuit, et quand elle s'apprêtait à aller se coucher, le portrait pivota. James et Drake riaient ensemble devant elle, et Lily n'eut pas besoin de réfléchir beaucoup pour constater qu'ils n'étaient pas dans leur état normal.

James était trempé. Il portait sa veste bleue foncé assombrie d'avantage par la pluie qui tombait dehors, et il n'enleva sa capuche que lorsqu'il remarqua que Lily se tenait devant eux et qu'elle les dévisageait. Drake laissa s'échapper un « Oups » avant de se figer sur place, et le sang de Lily ne fit qu'un tour lorsque son regard descendit jusqu'à la fiole presque vide qui se trouvait dans la main de la jeune femme.

Elle parcourut les quelques mètres qui la séparaient d'eux à grandes enjambées et arracha la potion des mains de Drake avant de la pousser brutalement jusqu'à l'escalier du dortoir des filles. Elle était dans un état si lamentable qu'elle tenait à peine debout, et Lily dut l'aider à monter. Elle la lâcha devant sa porte, mais avant que Fanny n'ait eu le temps de l'ouvrir, Lily posa sa main sur la poignée et planta ses deux yeux menaçants dans les siens.

« Si je te revois près de lui une seule fois, je te fais renvoyer de cette école, lui souffla t-elle avant d'ouvrir la porte. »

Elle se reconnut à peine tant elle bouillonnait de rage. Jamais, jamais elle n'avait été aussi en colère de sa vie. Jamais elle n'avait ressenti autant de haine traverser son corps, jamais elle n'avait menacé qui que ce soit avant cette nuit là, et jamais elle n'avait eu aussi peur pour quelqu'un que pour James quand elle redescendit les escaliers du dortoir et qu'elle le vit trembler violemment sur le canapé de la Salle Commune.

Elle se rua sur lui pour lui retirer sa veste trempée, attrapa sa baguette dans sa poche, et le soutint jusqu'à le faire sortir de la Salle Commune. Il était gelé et il avait probablement bu tellement de cette potion qu'il avait du mal à marcher à côté d'elle. Elle songea à l'emmener à l'infirmerie, mais elle savait que l'infirmière se rendrait vite compte qu'il avait consommé quelque chose d'interdit et qu'il se ferait renvoyer de l'école, alors elle essaya simplement de se souvenir de tout ce qu'elle avait lu sur les effets indésirables des potions et elle l'emmena jusqu'à la Salle de bain des préfets.

Elle tourna tous les robinets et lui retira ses couches de vêtements mouillés jusqu'à ce qu'il se retrouve en caleçon devant elle, et elle le traîna jusque dans l'immense baignoire de marbre sans penser le moins du monde à être embarrassée par la tenue dans laquelle il se trouvait. Elle ouvrit ensuite plusieurs placards qui se trouvaient dans la pièce avant de trouver enfin ce qu'elle cherchait : de l'essence d'Asphodèle, calmante et maîtrisant les effets indésirables des potions et sortilèges interdits lorsqu'elle se transformait en vapeur.

Elle vida le flacon dans le bain et s'assit sur le bord, surveillant attentivement James que l'eau chaude semblait faire redescendre petit à petit sur terre. Il s'éclaboussa le visage une première fois avant de l'enfouir dans l'eau un long moment pendant lequel Lily hésita à sauter toute habillée pour aller le faire émerger, mais avant qu'elle n'ait bougé, il réapparut devant elle.

Elle posa sa main sur sa joue et le regarda en secouant la tête. Ce que James prit pour de la déception était en fait de la compassion. Ils se fixèrent longuement sans rien dire, et Lily devina que l'essence d'Asphodèle avait dû faire son effet lorsqu'il sortit du bain et emprunta sa baguette qui se trouvait sur le rebord en marbre pour sécher ses vêtements qu'il enfila lentement en lui tournant le dos.

« Pourquoi est-ce que tu as fait ça ? Lui demanda t-elle. »

Sa voix résonna dans la pièce et James s'immobilisa un instant avant de passer son tee-shirt, puis il soupira. Lily savait ce que c'était de perdre ses parents, elle savait que c'était douloureux, elle savait que c'était comme perdre tous ses repères, elle savait qu'il y avait un passage à vide, un moment pendant lequel on se disait que la vie ne valait plus rien et que l'on voulait juste envoyer la sienne en l'air, mais James avait été là pour l'empêcher de faire des stupidités, et elle serait là pour l'empêcher d'en faire aussi.

« J'étais là pour toi, lui rappela t-elle.
_ Je n'ai jamais voulu que tu me vois comme ça, souffla t-il sans se retourner. »

Le coeur de Lily manqua un battement. Elle savait qu'ils s'apprêtaient à avoir la grosse discussion, celle qu'il avait toujours évité, celle qu'Alice avait survolée, celle qu'elle ne voulait plus avoir et elle n'avait aucune idée de la façon dont il allait s'y prendre, elle ne savait pas ce qu'il allait faire, il était encore sous l'influence de la potion qu'il avait prise avec Drake et il était imprévisible.

« Tant pis, maintenant tu sais. C'est moi. Je suis comme ça, Lily.
_ Tu fais ça quand on est ensemble ? Tu prends des potions ? L'interrogea t-elle en se levant du rebord en marbre. »

Cette fois-ci, il se retourna vers elle, visiblement offusqué par la question, et il secoua vigoureusement la tête alors qu'elle s'avançait vers lui d'un pas hésitant.

« Je n'ai pas besoin de ça avec toi, affirma t-il.
_ Alors reste avec moi. Je me fiche de ce qu'il s'est passé entre Drake et toi dans le passé, je ne veux même plus savoir. Je veux juste que tu restes avec moi et que tu ne retouches plus jamais à ça, lui dit-elle en sortant la fiole de sa poche. »

Il déglutit quand son regard se posa sur le liquide qui se balançait à l'intérieur et que Lily le versa dans la baignoire. Elle laissa le flacon tomber par terre et s'avança jusqu'à se retrouver juste en face de James.

« Je sais que c'est dur, mais je suis là pour t'aider.
_ Comment veux-tu que je te crois alors que je ne sais même pas ce que nous sommes, que tu ne m'as jamais dit ce que tu ressentais pour moi, et que je sais que tu n'as même pas confiance en moi ? »

La question ne trouva aucune réponse tant Lily ne s'y attendait pas. Elle resta interdite, la bouche à moitié ouverte, et elle regarda James quitter la Salle de bain des préfets sans faire un geste pour le retenir. Elle sentit quelque chose se casser à l'intérieur d'elle-même. Une partie d'elle aurait voulu qu'elle le rattrape, mais une autre en était incapable. Elle venait de le laisser partir, et elle avait une impression horrible. L'impression qu'il ne reviendrait jamais, l'impression que son indécision l'avait enterrée, que sa fierté causait sa perte, que son incapacité à avouer qu'elle l'aimait venait de lui coûter cher. Elle avait l'impression de tout perdre.