Lily tripotait nerveusement le coin de son parchemin, le tordant dans tous les sens tout en mâchouillant sa plume pendant que le professeur Binns racontait tout un tas de choses probablement très intéressantes sur l'économie du dix huitième siècle. James n'était toujours pas venu en cours depuis plusieurs jours, et les seules fois où elle l'avait croisé, ils s'étaient contentés de se saluer platement.
Lily en était venu à détester cela. Les « Salut » sans saveur, qui ne menaient à rien et qui ne voulaient plus rien dire. C'était le seul mot qu'il prononçait en sa présence, et cela la rendait folle. Elle n'avait pas eu un moment avec lui depuis ce soir là où elle l'avait vu rentrer avec Fanny Drake, et elle savait pourquoi. James n'attendait rien d'elle et il était trop bouleversé par la mort de sa mère pour chercher à se prendre la tête avec leur relation. Il avait abandonné, il avait arrêté d'essayer de la comprendre, et Lily, aussi surprenant que cela puisse lui paraître, se sentait misérable.
Elle n'arrivait même pas à se souvenir de la dernière fois où elle l'avait haït, ni de la date exacte à laquelle elle était tombée amoureuse de lui. Elle n'avait aucune idée du moment à partir duquel elle avait commencé à s'attacher autant à lui, mais il y avait une chose dont elle était certaine : Elle l'avait dans la peau et elle ne pouvait plus faire comme s'il était le crétin qui l'avait toujours insupportée. La seule chose insupportable à présent était son absence.
Elle attendit la fin du cours pour se rendre dans la Salle Commune, et elle monta les escaliers du dortoir des garçons puis frappa quelques coups à la porte du dortoir des maraudeurs. Elle attendit une petite minute, et juste quand elle pensait redescendre, la porte s'ouvrit à la volée devant elle. James avait l'air de s'être réveillé quelques minutes plus tôt, ses cheveux étaient en bataille et il se frotta les yeux pendant quelques secondes avant de les planter sur elle.
« Je peux entrer ? »
Il s'écarta légèrement pour la laisser passer, et elle constata que tous ses livres de cours jonchaient le sol, ouverts aux pages sur lesquelles ils devaient travailler. Il y avait plusieurs boulettes de papier froissées un peu partout dans la chambre, et Lily devina qu'il n'avait pas réussi à terminer un seul de ses devoirs.
« Tu as besoin d'aide ? L'interrogea t-elle tout en connaissant pertinemment sa réponse. »
Comme elle s'y attendait, il secoua la tête de gauche à droite et rassembla ses affaires avant de les ranger dans sa commode. Il avait l'air tellement abattu que les entrailles de Lily se serrèrent dans sa poitrine quand il se retourna vers elle.
« Tu ne viens pas en cours ? »
Encore une fois, il secoua la tête. Les mains appuyées sur la commode qui se trouvait derrière lui, il la fixait sans rien dire et Lily commençait à suffoquer. Son regard pesait une tonne sur elle, et cela faisait tellement longtemps qu'il ne l'avait pas touché qu'elle avait l'impression qu'il n'allait plus jamais le refaire et cette simple pensée la mettait dans un état de panique catastrophique.
« James, il faut que je te dise quelque chose, commença t-elle en s'approchant de lui. »
Il attendit impatiemment qu'elle continue, mais quand elle se retrouva à quelques centimètres de lui et que ses yeux noirs épinglèrent les siens, tout se mélangea à l'intérieur de sa tête et elle ne retrouva pas le moindre mot. Elle s'était pourtant préparée mentalement, elle s'était écrit tout un discours dans sa tête pour lui dire à quel point il comptait pour elle, mais elle ne put le lui réciter. Il en avait pourtant besoin.
Il avait l'air tellement triste, tellement abattu, tellement épuisé qu'elle avait du mal à supporter de le regarder. C'était douloureux, et elle ne pouvait plus gérer cette souffrance. Elle en avait déjà trop ressentie et elle en avait déjà trop vue, alors elle passa sa main dans sa nuque, et elle l'obligea à se pencher légèrement vers elle pour l'embrasser, pour lui faire oublier juste un instant qu'il était perdu et qu'elle l'était aussi.
Elle soupira de bonheur dans sa bouche quand ses lèvres retrouvèrent enfin les siennes et qu'il répondit à son baiser. Elle ne s'y attendait pas, à vrai dire. Elle avait commencé à se persuader elle-même qu'il avait tourné la page et qu'il ne voulait plus la voir tant qu'il faisait son deuil, qu'il ne pouvait plus gérer leur relation, mais ce n'était pas du tout l'impression qu'elle avait, là, alors que sa bouche bougeait lentement sur la sienne et que sa langue cherchait désespérément la sienne.
Elle sentit peu à peu le besoin urgent de toucher sa peau, et quand il devint trop fort pour qu'elle puisse le stopper, elle lâcha sa bouche et recula d'un pas léger vers la porte, son regard figé dans celui de James lorsqu'elle tourna le verrou et que le « clac » qui indiqua au jeune homme qu'elle venait de les enfermer donna une toute nouvelle teinte à ses yeux.
Il déglutit lorsqu'elle s'avança de nouveau vers lui, déposa un nouveau baiser sur sa bouche, et s'écarta pour poser ses mains sur le col de sa chemise. Il ne réalisa qu'elle était en train de la déboutonner que lorsqu'elle arriva au troisième bouton. Elle posa ses deux mains sur son torse avant de faire glisser la chemise le long de ses épaules, le long de ses bras, de la laisser tomber sur le sol sans plus se soucier de quoi que ce soit à part de lui.
Elle ne l'avait jamais touché comme ça. Elle n'avait jamais osé, à vrai dire, mais maintenant qu'elle sentait sa peau sous ses doigts, il lui semblait insupportable de devoir arrêter de le caresser un jour. Elle attrapa de nouveau ses lèvres et se serra un peu plus contre lui, frottant inconsciemment son corps contre le sien, ressentant de plus en plus fort le désir qu'elle avait toujours refoulé, l'acceptant comme elle ne l'avait jamais fait. Elle avait autant besoin de lui qu'il avait besoin d'elle.
« Qu'est-ce que tu fais ? L'interrogea t-il quand elle s'écarta pour défaire sa propre chemise.
_ Tu sais ce que je fais, répondit-elle en levant les yeux vers lui. »
Elle se mordit timidement la lèvre quand sa chemise atterrit également à ses pieds et qu'elle se trouva en soutien-gorge devant lui mais James ne prêta pas immédiatement attention à sa tenue, il était trop occupé à être choqué par le regard qu'elle lui lançait. Celui qui le suppliait de faire tout ce qu'il voulait d'elle, celui qui lui montrait qu'elle avait confiance, entièrement confiance. Celui qu'il n'avait jamais vu sur son visage.
« Tu es sûre ? Lui demanda t-il, un peu sonné. »
Elle hocha la tête et l'embrassa encore. Il avait presque oublié qu'embrasser Lily lui faisait perdre les pédales à ce point là, et sentir sa peau nue était encore pire. Son soutien-gorge était le seul morceau de tissu qui frottait encore contre son torse et il l'enleva d'un geste habile qui la fit sourire tout contre sa bouche. Il se demandait comment il allait réussir à tenir alors qu'elle essayait d'ignorer le frisson qui la parcourut quand elle sentit ses mains chaudes passer là où l'attache de son sous-vêtement se trouvait avant qu'il s'échoue lamentablement par terre, mais elle réalisa pendant que ses mains continuaient de la caresser que ce n'était pas la peur qui la faisait frémir, c'était l'envie.
Elle ne pouvait pas certifier qu'elle n'appréhendait pas, parce que c'était le cas, elle appréhendait vraiment, mais elle était avec lui et aussi longtemps qu'il serait là, elle savait que tout irait bien. Elle tiqua à peine quand il dirigea sa main vers sa jupe, et elle l'encouragea d'un simple regard à la faire glisser sur ses cuisses après avoir prit une profonde inspiration pour essayer de ralentir son rythme cardiaque.
Elle n'y parvint pas. James l'embrassait comme il ne l'avait jamais fait et si elle avait pensé avant qu'il était doué, elle réalisait maintenant qu'elle l'avait sous-estimé. Elle sentait la chaleur de son baiser dans tout son corps et c'était presque insupportable. Elle fit descendre ses mains le long de son dos, sentant avec satisfaction ses muscles se tendre sous ses doigts, puis elle bifurqua dans le bas de son ventre et déboutonna son pantalon en lâchant sa bouche pour embrasser son cou qu'elle ne délaissa pas, même quand elle l'entraîna vers son lit.
« A partir de là, tu dois tout m'apprendre, murmura t-elle contre son cou quand ils tombèrent tous les deux sur le matelas.
_ La base. Juste la base pour cette fois-ci, répondit-il à bout de souffle avant de l'embrasser de nouveau. »
En temps normal, elle aurait laissé ses mains se perdre dans ses cheveux, mais elle le voulait tellement qu'elle ne pouvait s'empêcher de le serrer contre elle alors qu'il s'obstinait à rester appuyé sur son coude pour ne pas l'écraser. Il céda quand elle enroula ses jambes autour de ses hanches et elle poussa un soupir de bien-être quand son corps s'écrasa contre le sien et qu'elle réalisa qu'il était prêt à passer à la vitesse supérieure.
Elle se tortilla un instant sous lui, savourant la sensation, la douceur de sa peau contre la sienne, son envie de lui sur elle qui devenait incontrôlable et qui augmentait à chaque fois que l'un d'eux bougeait ne serait-ce qu'un doigt. Elle frissonna violemment quand son index effleura le long de son corps jusqu'à atteindre sa petite culotte qu'elle l'aida à retirer bien qu'il ne sembla pas le moins du monde avoir besoin d'aide.
Il essaya de garder son sang froid quand elle lui enleva son caleçon mais il n'avait jamais été aussi prêt de lui faire l'amour et il y avait pensé tellement de fois qu'il dut faire preuve du plus grand self control qu'il eut jamais exigé de lui-même pour ne pas lui faire écarter les cuisses directement et s'enfoncer en elle sans plus de cérémonie. C'était exactement ce qu'il ne voulait pas faire, alors il souffla un coup et arrêta de l'embrasser sans pour autant retirer sa bouche de la sienne. Il se demanda un instant si ce n'était pas presque pire de sentir ses lèvres frôler les siennes inlassablement, mais il reprit ses esprits juste le temps de vérifier qu'il n'agissait pas comme un crétin impatient qui avait mal interprété ses intentions, même s'il lui semblait que Lily avait été plutôt claire.
« On peut toujours arrêter si tu ne le sens pas, lui assura t-il.
_ Je n'ai pas envie d'arrêter. »
Il lui sourit et le coeur de Lily fit une pirouette dans sa poitrine. Cela faisait des jours et des jours qu'elle n'avait pas vu ce sourire et c'était comme une bouffée d'air frais un matin d'été, un bonheur intense qui se poursuivit quand il bougea au dessus d'elle et qu'elle resserra ses jambes autour de lui.
« Je te veux tout de suite. »
Elle avait lourdement insisté sur les trois derniers mots et James s'était immobilisé au dessus d'elle. Il aurait voulu faire durer le plaisir un peu, mais l'entendre prononcer ces six mots l'avaient mis dans un tel état d'urgence qu'il dut fermer les yeux pour se reprendre et éviter de passer pour le pire amant du monde sorcier, ce qui était loin d'être le cas, mais avec Lily, il fut forcé de constater qu'il avait beaucoup de mal à avoir de l'autorité sur lui-même.
Elle passa son index le long de sa mâchoire et lui intima d'ouvrir les yeux. Elle était fébrile sous lui, ses joues étaient rouges et quand il posa ses lèvres dans le creux de son cou et qu'il entra en elle, il sentit les pulsations de son coeur s'accélérer brutalement. Elle eut un petit sursaut et ses doigts se crispèrent sur ses épaules et dans ses cheveux noirs alors qu'elle avait bruyamment inspiré sous le coup de la douleur.
« Je suis désolé, murmura t-il à son oreille quand il vit une larme s'échapper de ses yeux verts. »
Il s'immobilisa en elle pour la laisser s'habituer à la sensation, ses yeux s'étaient fermés et il ne s'autorisa à bouger que lorsqu'elle les rouvrit et qu'elle les planta dans les siens. Ils étaient embués de larmes, et cela perturba profondément James l'espace d'un instant, juste avant qu'elle plaque ses mains de chaque côté de son visage et qu'elle prononce les mots qu'il pensait ne jamais l'entendre prononcer.
« Je t'aime. »
Elle lui lança un sourire qui le rassura largement, et il ne put faire autrement que de l'embrasser encore et encore, de bouger en elle, de savourer ses soupirs de plaisir, de la toucher partout où il le pouvait, de la respirer en essayant d'imprimer ce moment dans son cerveau pour se souvenir de toutes les sensations qu'elle lui procurait quand elle ne serait plus dans son lit.
Lily, elle, n'en menait pas beaucoup plus large. Elle devait avouer que la première impression n'avait pas été des plus agréables, mais finalement, c'était beaucoup moins douloureux que tout ce qu'elle s'était imaginée. C'était peut-être parce que c'était lui et qu'elle était tellement occupée à l'embrasser et à effleurer son corps avec chaque partie du sien qu'elle n'avait plus le loisir de se focaliser sur la douleur.
Elle appréciait le symbole, lui à l'intérieur d'elle, mais bientôt, elle commença à apprécier encore plus la sensation. Elle se surprit à vouloir accélérer la cadence, à refermer ses doigts sur ses fesses pour lui intimer de ne pas se retenir d'avantage, et quelques minutes plus tard, elle irradia. Elle se sentit partir loin, et James ne s'autorisa à la rejoindre que quand il sentit son corps frêle se tendre sous lui, se contracter de manière incohérente, et se relâcher en tremblant.
Il retomba sur elle avant de rouler pour intervertir leur position, et elle nicha la tête dans le creux de son cou, frémissant encore à chaque fois qu'il bougeait sous elle. Ils restèrent dans cette position un long moment, savourant la chaleur que leur corps se renvoyaient mutuellement, le bonheur éphémère de ne faire toujours qu'un, d'être l'un pour l'autre plus que qui que ce soit n'avait jamais été, plus qu'ils ne pouvaient l'imaginer eux-même.
« Ça va ? L'interrogea t-il finalement. »
Elle frotta son visage contre le sien pour seule réponse, déposa un baiser sur sa joue, sur son front, puis sur sa bouche avant de rouler sur le côté, les yeux clos. Elle n'avait pas envie de les rouvrir. Elle n'avait pas envie d'oublier une seule seconde de ce qu'il venait de se passer ici, elle voulait se rappeler de tout, même de la douleur qui la tiraillait encore. Elle remonta les draps sur son corps nu, ils sentaient comme lui, le parfum sucré de l'insouciance.
Elle se retourna pour s'allonger sur le ventre et quand elle passa sa main sous l'oreiller, elle sentit quelque chose sous ses doigts, comme un emballage. Elle fronça les sourcils et se mit à sourire quand elle sentit la bouche de James sur son dos. Cela ne l'empêcha pas de se redresser pour soulever l'oreiller sur lequel elle avait posé sa tête, et elle éclata de rire quand elle se trouva nez à nez avec une dizaine de Chocogrenouilles.
« Merlin, on est fait l'un pour l'autre ! S'exclama t-elle avec une lueur espiègle dans les yeux alors qu'elle déballait une friandise qu'elle enfourna aussitôt dans sa bouche.
_ C'est ma réserve que tu es en train de décimer, Evans, lui dit-il tout contre sa peau quand elle en déballa un deuxième.
_ Je viens de te donner ma virginité, tu peux me donner quelques chocogrenouilles en échange, lui fit-elle remarquer en haussant les sourcils.
_ En échange ? Non, ça me paraît un peu bizarre, mais je suppose que je peux te laisser piocher dedans par simple générosité, lui expliqua t-il avec un petit sourire. »
Elle acquiesça vigoureusement et lui glissa une sucrerie dans la bouche avant de laisser sa tête retomber sur l'oreiller et de le regarder fixement. Il était appuyé sur son coude et la contemplait aussi comme si elle était la plus belle personne qu'il ait jamais vu. Il avait toujours cet air triste imprégné sur le visage, mais il était accompagné de son sourire et c'était mieux que tout ce à quoi il l'avait habitué ces derniers jours.
« J'ai envie que tu retournes en cours avec moi cet après-midi, James. »
Il resta silencieux un moment, passa sa main sur son visage las, évitant le regard appuyé de la jeune femme qu'il venait de débarrasser de son innocence. Il ne savait pas s'il pouvait. Il ne savait pas s'il pouvait sortir de cet agréable cocon pour retrouver sa vie, sa vie sans sa mère, sa vie complètement changée, sa vie effrayante.
« J'ai peur, avoua t-il en gardant les yeux rivés sur le matelas.
_ Je sais. Moi aussi, j'ai eu peur. J'étais toute seule, et tu es venu m'aider. Laisse moi t'aider, laisse Sirius t'aider, laisse Alice t'aider. On est là, James. »
Elle entremêla ses doigts aux siens et les rapprocha de sa bouche pour y déposer un baiser en continuant de le regarder avec attention.
« Mon père est à Sainte-Mangouste, la mort de ma mère l'a fait rechuter. Il va mourir. Il n'y aura plus personne bientôt, Lily. Je n'aurais plus de famille, reprit-il la voix tremblante. »
Elle déglutit et se rapprocha de lui pour le serrer dans ses bras. Il se laissa bercer plusieurs minutes dans la chaleur réconfortante du corps de Lily, profondément reconnaissant pour les mots qu'elle savait qu'il ne fallait pas prononcer et qu'elle ne prononçait pas. Tous les « ça va aller » et autres stupidités qu'il avait entendu jusque là. Il aurait dû se douter qu'elle ne les lui dirait pas, elle savait ce qu'il vivait mieux que quiconque.
« Tu as une famille ici. Tu m'as moi. Tu sais ce que je ressens maintenant, je te l'ai montré et je te l'ai dit, et moi, je sais que tu as besoin de moi, alors je resterai collée à toi jusqu'à ce que tu n'aies plus peur et je t'aiderai à surmonter tout ça, murmura t-elle à son oreille.
_ Merci, répondit-il simplement, incapable de prononcer un mot de plus.
_ Non. Ne me remercie pas pour ça. C'est normal. »
Il ne trouvait pas cela normal du tout. Rien ici n'était normal. Lily Evans était la seule personne au monde qu'il n'aurait jamais cru câliner dans son lit un jour, elle était la seule personne au monde qu'il n'aurait jamais cru aimer autant, elle était la seule personne au monde qu'il n'aurait jamais cru entendre le rassurer, et elle était également la seule personne au monde à réussir. Le monde était fou. La vie était complètement tordue, elle prenait des virages inattendus, et il n'avait pas vu venir celui-ci. Il était bien avec elle.
« Tu as raté le cours de métamorphose... Nota t-il quand elle desserra son étreinte et que ses yeux se posèrent sur l'horloge au dessus de la porte de la salle de bain.
_ Ce n'est pas grave. Mon petit-ami est un prodige et il ne saura pas me refuser un cours particulier, répondit-elle en lui lançant un sourire.
_ Ton petit-ami a aussi raté le cours, lui fit-il remarquer.
_ Qui te dit que je parlais de toi ? Le taquina t-elle en enroulant le drap autour d'elle pour récupérer ses vêtements par terre. »
Cette fois, il s'esclaffa et Lily lui balança ses vêtements à la figure quand elle eut fini d'enfiler les siens et qu'elle eut fait un petit détour rapide par la salle de bain. Elle ne voulait pas qu'il reste ici, elle savait que le laisser se morfondre dans son dortoir n'était pas une solution. C'était difficile de sortir, c'était compliqué d'affronter les regards dégoulinants de pitié, mais ça ne durait qu'un temps. Les gens se désintéressaient assez rapidement d'après l'expérience de Lily, et ce n'était pas plus mal car elle doutait que James ait les nerfs pour supporter les murmures très longtemps.
« Il faut se dépêcher sinon on va aussi rater le repas. Tu viens avec moi. On va manger avec tes amis, même si Black me déteste.
_ Sirius te déteste ? L'interrogea t-il, étonné.
_ Ne fais pas comme si ça te surprenait, tu le sais très bien. Il croit que je me moque de toi, mais je suppose que je m'en fiche du moment que toi tu sais que ce n'est pas le cas.
_ Il ne te déteste pas. Il est protecteur, c'est tout. Il a peur que tu me voles.
_ Hmm, votre relation est très bizarre. Il va sûrement crever de jalousie quand il va savoir ce que nous venons de faire, non ? Ça me donne presque envie de le lui dire, plaisanta t-elle en souriant. »
James pouffa encore une fois tout en reboutonnant sa chemise, et il se dirigea vers sa commode pour en sortir sa cravate rouge et or qu'il noua à la va vite. Il s'arrêta brutalement quand il se retourna vers son lit complètement défait.
« J'ai oublié le sort de contraception, lâcha t-il avec stupeur.
_ Je prendrai une potion, le rassura t-elle en lui tendant son sac qui était à ses pieds.
_ Tu sais la faire ? S'étonna t-il.
_ Je suis aussi douée en potion que tu l'es en métamorphose, je devrais m'en sortir. »
Il hocha la tête et se plaça derrière elle pendant qu'elle refaisait sa queue de cheval, posant ses mains sur ses épaules, se délectant du fait qu'elle n'ait aucune réaction de recul et qu'elle n'en ait pas eu non plus quelques minutes plus tôt.
« A quoi tu penses ?
_ A la gifle que tu ne m'as pas mise, répondit-il avant de lâcher ses épaules.
_ Je sais. C'est dingue, hein ? Je crois que mes mains ont compris qu'elles pouvaient s'occuper autrement qu'en te frappant. »
Il se mit à sourire face au sous-entendu et il resserra son élastique dans ses cheveux avant de la retourner face à lui et de placer ses quelques mèches rebelles derrière son oreille.
« Merci de m'avoir choisi.
_ J'aurais été stupide de ne pas le faire, lui confia t-elle, regonflant largement son ego au passage. »
Il l'embrassa brièvement et ouvrit la porte en lui faisant signe de passer devant lui. Le regard confiant et encourageant qu'elle lui lança quand ils franchirent le portrait ensemble le conforta largement, et il devait avouer que l'heure qu'ils avaient passée dans son dortoir l'aidait considérablement à affronter toute l'appréhension qu'il aurait pu avoir.
« Pousse toi, Black ! Lança Lily pour s'asseoir à côté d'Alice. »
Elle n'attendit pas que le jeune homme réagisse, elle l'obligea à se décaler pour faire assez de place pour elle et James qui s'assit à côté de son meilleur ami en ignorant les quelques Gryffondors qui avaient tendu le cou pour mieux le regarder.
« Quelqu'un a séché la Métamorphose, constata Alice en souriant. »
Lily ne répondit pas, elle se contenta de se servir un verre d'eau en priant pour qu'elle ne se mette pas à rougir, feignant d'écouter attentivement la discussion des maraudeurs et de Frank sur le match de Quidditch de ce samedi qui opposait Serdaigle à Gryffondor, et elle se souvint qu'elle avait toujours le livre de James en sa possession.
De l'autre côté de la table, Lily entendait Fanny Drake et ses amies parler du bal. James ne l'avait pas encore invité, et elle avait commencé à douter sur son envie d'y aller avec elle, mais c'était stupide. Il avait d'autres choses en tête que le bal de fin d'année, et elle ne pouvait pas lui en vouloir pour ça. Par contre, elle pouvait fusiller Drake du regard, et c'est ce qu'elle fit quand elle osa jeter un coup d'oeil dans leur direction. Immédiatement, la jeune femme brune plongea les yeux dans son assiette, et Lily ne lui accorda plus la moindre attention.
« Tu as pu discuter avec James ? L'interrogea Alice alors qu'elles marchaient en direction de leur prochain cours. »
Lily leva les yeux vers le groupe de maraudeurs qui marchait juste devant elles, et elle acquiesça en souriant légèrement. Alice passa son bras autour de ses épaules pour la rapprocher d'elle et lui dire qu'elle était heureuse qu'elle ait réussi à le faire sortir de son dortoir une bonne fois pour toutes. Elles s'assirent l'une à côté de l'autre en Enchantements, derrière James et Sirius, et quand Lily se laissa péniblement tomber sur sa chaise, sa meilleure amie l'observa avec une pointe de suspicion.
« Quoi ? L'interrogea Lily, un peu gênée par l'insistance d'Alice.
_ Comment tu as fait pour le faire sortir ? »
Lily haussa les épaules et fit signe à sa meilleure amie de se taire quand le professeur entra dans la salle de classe, mais le regard d'Alice jonglait perpétuellement entre James et elle, et quand la préfète la vit se caler au fond de sa chaise, elle cru à tort que sa meilleure amie avait renoncé à avoir une réponse à sa question.
« Vous avez couché ensemble, lâcha t-elle assez fort pour que Sirius et James entendent. »
Ce dernier ne se retourna pas, et Lily, écarlate, le vit faire rouler pensivement sa plume sur ses doigts pendant que Sirius le fixait comme s'il attendait un démenti, ahuri. Alice s'apprêtait à en rajouter une couche quand Lily lui fit signe de se taire.
« Tu as réussi l'impossible ?! Plaisanta Sirius à l'adresse de James qui lâcha un petit rire. »
Lily balança la moitié du contenu de son sac sur le meilleur ami de James dès que le professeur eut le dos tourné avant de se cacher la tête entre les mains. Merlin, elle avait oublié à quel point Alice manquait de discrétion.
« Est-ce que vous connaissez le terme « privé » ?! Les interrogea t-elle avec sarcasme.
_ Moi non, répondit très franchement Sirius.
_ J'en ai vaguement entendu parler un jour, ajouta distraitement Alice. »
Lily secoua la tête et marmonna des bribes de phrases à peine cohérentes dont Alice ne retint pas grand chose, trop occupée à continuer à la taquiner, mais au bout d'un moment, la préfète ne l'écouta même plus. Elle parvint à se concentrer sur le cours, et puis son esprit dériva peu à peu vers le bal qui approchait à grands pas, se demandant si James allait l'inviter ou s'il avait envie d'y aller.
Cela pouvait paraître vraiment stupide, mais elle tenait à s'y rendre. Cette année avait été tellement triste, tellement marquée par des événements tragiques qu'elle avait besoin de relâcher la pression, et elle savait qu'elle regretterait si elle ratait sa dernière fête à Poudlard. Peut-être qu'elle en parlerait avec James plus tard, peut-être qu'elle amènerait discrètement le sujet, ou peut-être l'inviterait-il avant même qu'elle ait le temps de le faire, elle n'en savait rien, mais elle commençait à penser sérieusement à faire le premier pas.
