« Quelle rangée ? L'interrogea t-elle sur un ton provocant en parcourant les allées de la bibliothèque en marche arrière, ses mains glissées dans celles de James qui la regardait avec amusement.
_ Métamorphose... Ou Quidditch.
_ Métamorphose. Le Quidditch, c'est stupide.
_ Ce n'est pas une chose à dire au capitaine de l'équipe de Gryffondor, Evans, lui fit-il remarquer en continuant de la suivre.
_ Je ne crois pas qu'il m'en tienne rigueur une fois qu'il saura ce que j'ai en tête.
_ Je crois qu'il a déjà une petite idée de ce que tu as en tête, sur-enchérit-il avec un sourire en coin. »

Elle le lui rendit et le tira brusquement dans la rangée de livres sur la Métamorphose avant de le pousser contre l'étagère pour l'embrasser à pleine bouche. Le samedi matin, il n'y avait personne dans la bibliothèque, et cela arrangeait bien Lily qui n'avait pas trouvé le moyen de se retrouver seule avec James depuis le début de la semaine.

Elle sentit la vague de chaleur commencer à la submerger quand il passa ses mains sous sa chemise et qu'elle glissa les siennes dans ses cheveux pour lui faire baisser la tête et approfondir le baiser qui sous-entendait déjà bien plus. Merlin, ils étaient en train de se peloter dans la bibliothèque, et Lily avait beau avoir un plan, elle commençait à croire qu'ils allaient faire un peu plus que prévu, perdus dans l'odeur des vieux romans. Puis elle trouva la force de le repousser, et attrapa un livre dans son sac avant de le lui caler contre le torse sous son regard hébété. C'était celui qu'elle lui avait confisqué quelques jours plus tôt.

« Tu auras plus quand tu auras gagné ton match et que tu nous auras fait remporter la coupe, lui lâcha t-elle avec un petit sourire dément qui le cloua sur place.
_ Tu es la pire personne que je connaisse, articula t-il.
_ Tu ne croyais quand même pas qu'on allait faire ça ici ? L'interrogea t-elle en riant.
_ Ça m'a traversé l'esprit... Répondit-il en essayant de se reprendre. »

Elle croisa les bras devant sa poitrine et s'appuya contre la rangée opposée à la sienne, l'observant en se mordant la lèvre, se demandant comment elle pourrait amener le sujet du bal sans avoir l'air de l'inciter à quoi que ce soit. Cela faisait des jours qu'elle essayait de le mettre sur la piste et qu'il semblait ne rien comprendre, et elle commençait à perdre patience.

« Je n'ai pas le temps. Je dois aller à Pré-Au-Lard m'acheter une robe, reprit-elle.
_ Ta vie est palpitante, se moqua t-il, s'attirant son regard noir.
_ N'est-ce pas ? »

Elle secoua la tête en soupirant, et quitta la rangée de livres pour aller rejoindre sa table sur laquelle quelques une de ses affaires étaient encore posées, et elle les rassembla pour les mettre dans son sac.

« Tu as l'air contrariée, remarqua t-il en la regardant s'acharner sur son livre de divination qui ne voulait pas rentrer dans son sac.
_ Non, tout va bien, excuse moi, c'est juste que... Je suis stressée. Nous avons encore les oraux des ASPICs à passer et Dumbledore veut aussi que tous les préfets s'occupent du bal.
_ Ah, dit-il simplement. »

Lily se retourna vers lui, et ils s'observèrent quelques secondes sans rien dire. Elle pensait que son regard était assez explicite pour qu'il lui demande enfin de venir avec lui, mais il ne le fit pas, alors elle rompit le contact visuel pour sortir de la bibliothèque, James sur ses talons avec son livre de Quidditch sous le bras.

« Tu seras au match tout à l'heure ? L'interrogea t-il, leurs épaules se frôlant à chaque pas qu'ils faisaient.
_ Je t'ai dit que je serai toujours là où tu auras besoin que je sois, répondit-elle simplement.
_ C'est que... Je joue mieux quand je sais que tu me regardes, expliqua t-il. »

Un sourire incontrôlé traversa le visage de Lily qui commençait à se demander comment elle avait pu passer tant d'années à le trouver insupportable.

« Je serai là... Mais ce n'est pas une raison pour faire toutes sortes de figures dangereuses et inutiles juste pour frimer, le sermonna t-elle gentiment alors qu'ils pénétraient dans la Salle Commune.
_ Ce n'est pas du tout mon genre, répliqua t-il en souriant largement.
_ Non, pas du tout, ironisa t-elle en levant les yeux au ciel, maintenant du balai ! Alice m'attend à l'entrée du château et tu as des techniques ou je ne sais quoi à peaufiner. »

Elle n'attendit pas qu'il acquiesce, elle lui confia son sac de cours et elle rejoignit Alice dans le parc pour prendre la direction de Pré-Au-Lard. Sa meilleure amie était en train de lui raconter quelque chose mais elle ne l'écoutait que d'une oreille. C'était puéril et stupide, mais elle était vraiment perturbée par cette histoire de bal. Elle ne comprenait pas pourquoi James ne lui avait toujours pas proposé de l'accompagner alors qu'elle lui avait tendu la perche plusieurs fois. N'avait-il pas saisi ses allusions ?

« Lily ? Il ne t'a toujours pas demandé, c'est ça ? L'interrogea Alice qui voyait bien que sa meilleure amie était à l'ouest.
_ C'est bête. Je ne sais pas pourquoi je me focalise là dessus. Sa mère vient de mourir, évidemment qu'il n'a pas envie d'aller au bal, répondit Lily en donnant des petits coups de pied dans les cailloux qui se trouvaient sur leur chemin. »

Alice ne répondit pas immédiatement, réfléchissant un peu à la situation. Le décès de la mère de James était bien la seule raison pour laquelle elle pensait qu'il aurait pu ne pas vouloir aller au bal avec Lily, parce qu'elle l'avait vraiment soutenu ces derniers temps et cela étonnait chaque jour Alice de voir à quel point James réussissait à remonter la pente.

« Peut-être que tu devrais le lui proposer, toi.
_ Je ne sais pas... Je ne veux pas lui en demander trop. Peut-être qu'il n'a pas envie de ça et qu'il essaie simplement de me le montrer en ne m'invitant pas.
_ Tu devrais lui en parler, Lily.
_ J'essaie. J'ai amené le sujet plusieurs fois, mais c'est comme s'il ne réagissait pas.
_ C'est un garçon, ils ne comprennent rien à ces trucs là. Et puis Peter, Rémus, et Sirius ont déjà trouvé une cavalière, ça m'étonnerait que James veuille passer sa soirée seul dans son dortoir, sans ses amis, ajouta Alice.
_ Il y a bien passé plusieurs jours, répondit Lily. »

Alice haussa les épaules et attrapa le bras de Lily pour l'emmener de boutiques en boutiques, et elles trouvèrent plusieurs robes à leur goût. Sacrée ironie quand on a pas de cavalier, pensa Lily, mais elle en acheta quand même une et la fourra dans son sac avant de regarder sa montre en pestant bruyamment. Si elles ne se dépêchaient pas, elles allaient toutes les deux être en retard pour le match et James ne serait vraisemblablement pas très content que sa petite-amie ait kidnappé l'une des meilleures joueuses de son équipe pour le match décisif de l'année.

Elles atteignirent le terrain de Quidditch une demie-heure avant le début du match, juste le temps pour Alice de se rendre dans les vestiaires pour écouter le discours d'avant match du capitaine, et juste le temps pour Lily d'aller se trouver une place. Elle vit Rémus Lupin et Peter Pettigrow lui faire signe alors elle s'assit à côté d'eux, frottant frénétiquement ses mains sur ses cuisses.

« Stressée ? L'interrogea Rémus.
_ Un peu. Il a vraiment besoin de gagner ce match, répondit Lily, les yeux vissés sur le terrain.
_ Il le gagnera, lui certifia Peter. »

Lily hocha distraitement la tête, surveillant l'entrée des joueurs sur le terrain. Les Serdaigles n'avaient pas remportés la coupe depuis longtemps, mais ils n'avaient aucun mauvais joueur dans leur équipe et c'est ce qui les rendait si redoutables. Non pas que Gryffondor en ait, bien que la gardienne ne soit pas une flèche, mais les batteurs étaient tous des cinquième années et ils avaient moins d'expérience que ceux de l'équipe adverse.

Lily s'était surprise à s'intéresser au Quidditch, à vrai dire. Elle ne l'aurait jamais avoué à James, même sous la torture, mais il se trouvait qu'elle avait lu son livre et qu'elle l'avait réellement trouvé intéressant. Les techniques de défense et d'attaque étaient très élaborées, c'était vraiment un sport intellectuel, chose qu'elle avait ignorée jusqu'à présent. Ce n'était pas étonnant que James soit si doué, il brillait dans toutes les matières.

« Ne me dis pas qu'il va faire une feinte de Wronski, murmura Lily quand les Gryffondors pénétrèrent sur le terrain en faisant toutes sortes de figures sous les acclamations. »

Les deux maraudeurs qui étaient assis à côté d'elle tournèrent instantanément la tête vers elle, ahuris qu'elle connaisse ce genre de terme, alors qu'elle se cachait les yeux pendant que James descendait en piqué vers le sol. Elle sut qu'il était remonté quand elle entendit toute la tribune applaudir, alors elle s'autorisa à retirer ses mains de son visage, mais elle leva les yeux au ciel quand elle le vit la tête en bas, se tenant à son balai uniquement par les pieds.

« Merlin, il ne peut pas s'en empêcher, marmonna t-elle. »

Rémus et Peter souriaient à côté d'elle, arrêtant d'applaudir les pitreries de Sirius et de James que lorsque les Serdaigles arrivèrent à leur tour sur le terrain. En bas, James serra la main du capitaine et l'arbitre lança le coup d'envoi du match. Lily ne quitta pas son petit-ami des yeux, se demandant comment il pouvait faire preuve d'une telle aisance à tant de mètres du sol, reconnaissant de temps à autre une figure qu'elle avait vu dans son livre, applaudissant vigoureusement dès qu'il marquait sous les regards amusés des deux autres maraudeurs.

Alice fit son plus beau match de la saison, enchaînant les buts avec une facilité déconcertante. Cela n'étonna pas Lily le moins du monde. L'équipe des Serdaigles n'était composée que de garçon et ce n'était pas pour rien, leur capitaine était persuadé que les filles étaient faibles, et la préfète était bien contente qu'Alice leur donne une bonne leçon.

James n'avait jamais eu ce genre de réserve, mais Lily l'avait plusieurs fois entendu dire des choses qui lui avait fait lever les yeux au ciel. La gardienne de Gryffondor, par exemple, devait moins sa place à ses prouesses sportives qu'au sang de vélane qui coulait dans ses veines. Lily devait bien l'avouer, c'était assez rusé de la part de James de mettre Océane Branstone devant les buts, mais quand elle l'avait entendu établir sa théorie à Sirius Black selon laquelle ce n'était pas grave si elle jouait comme un pied du moment qu'elle était belle, elle n'avait pu s'empêcher de lui administrer un violent coup de livre sur le haut du crâne. C'était en sixième année.

Océane s'était améliorée depuis, mais Lily était forcée de constater que ses efforts ne changeaient pas grand chose. Les Serdaigles visaient à côté des buts parce qu'ils ne pouvait pas s'empêcher de la regarder, pas parce qu'elle était particulièrement douée. Ce fut en partie la raison de l'écart de points si conséquent qu'il y eut entre les deux équipes quand l'attrapeur de Gryffondor referma enfin sa main sur le vif d'or, mettant fin au match sur un score de 650 à 120.

Lily sentit la tribune trembler sous ses pieds, et elle se surprit à crier de joie en prenant successivement Peter et Rémus dans ses bras, sautillant comme une folle furieuse au milieu des confettis rouges et ors envoyés par une multitude de baguettes pointées vers le ciel. Toute l'équipe des Gryffondors se sautaient dans les bras au centre du terrain et le professeur McGonagall eut bien de la peine à réussir à se frayer un chemin jusqu'à eux pour leur remettre la coupe. Ils avaient gagné tous leurs matchs cette année, c'était un sans faute, et Lily cru voir son professeur de Métamorphose essuyer une petite larme de joie.

Elle applaudit d'avantage lorsque toute l'équipe se mit à brandir la coupe devant la tribune de Gryffondor, chacun une main posée dessus, et c'est à ce moment là qu'elle réalisa qu'elle ne voyait plus ni James ni Sirius. Elle les chercha du regard pendant plusieurs secondes jusqu'à ce qu'elle les aperçoivent enfin près des vestiaires. Ils étaient en train d'agiter leur baguette vers un objet étrange.

« Oh non... Non, non, non, non, répéta t-elle frénétiquement en essayant de descendre à toute vitesse les gradins. »

Malheureusement, elle ne fut pas assez rapide. Une gigantesque fusée s'éleva dans les airs avant d'exploser au dessus du château. Elle reconnut immédiatement celle qu'elle avait vu dans la vitrine de chez Zonko lors de leur premier rendez-vous, la fusée 3000 qui garantissait des feux d'artifice pendant vingt-quatre heures.

Elle baissa les bras de dépit quand elle arriva en bas des tribunes incapable de faire autrement que de profiter des éclats de couleur au dessus d'elle qui étaient bien visibles malgré le ciel encore bleu. Elle devait admettre que c'était grandiose et que c'était un véritable soulagement de voir James redevenir aussi inconscient qu'il l'était avant que sa mère ne décède, mais Merlin, McGonagall allait être folle furieuse quand elle allait découvrir que le feu d'artifice était interminable.

Elle devina que James et Sirius pensaient la même chose puisqu'elle les vit se dépêcher d'entrer dans les vestiaires pour prendre leur douche. Elle soupira, partagée entre l'amusement et la consternation, et elle s'avança vers le centre du terrain pour féliciter Alice. Elle discuta avec elle pendant un long moment, ne tournant la tête que lorsqu'elle entendit le professeur McGonagall interpeller James sur un ton sec.

« Potter ! Stoppez moi ça tout de suite ! »

Le jeune homme, trophée à la main, fit semblant de ne pas l'entendre et se mit à marcher à vive allure vers le château, accélérant à chaque fois qu'il voyait que son professeur de Métamorphose se rapprochait de lui, et Lily éclata de rire quand elle le vit finalement se mettre à courir, suivit de près par Minerva McGonagall qui levait sa robe de sorcier pour ne pas se prendre les pieds dedans.

« Il va se faire tuer, gloussa Alice.
_ Vous avez gagné la coupe, elle ne sera pas dure avec lui, commenta Lily en souriant. »

Cependant, Lily dut avouer qu'elle avait probablement tort quand James ne réapparut qu'à la fin de la journée, contrarié. Le professeur McGonagall lui avait fait récurer de fond en comble la salle des trophées avant qu'il n'ajoute le sien dans la seule vitrine où il n'y en avait aucun autre.

« Un discours ! Un discours ! Un discours ! Scandèrent en choeur les Gryffondors lorsque le capitaine mit les pieds dans la salle commune décorée pour l'occasion. »

Il pouffa puis se fraya un chemin jusqu'au centre de la pièce où se trouvait le canapé sur lequel Lily et Alice avaient dansé quelques mois plus tôt. Il monta dessus pour que tout le monde puisse le voir, et se mit à sourire quand sa petite-amie lui lança un regard consterné. Il savait très bien ce qu'elle pensait, et s'il avait été juste à côté d'elle, elle lui aurait demandé pourquoi il avait systématiquement besoin de se faire remarquer. Il lui aurait répondu qu'il avait juste besoin qu'elle le remarque.

« Merci à tous pour vos encouragements. On peut dire qu'on a eu une grosse année. C'était compliqué, mais je suis fier de dire que tout le monde a progressé et que nous avons ramené la coupe à ce bon vieux Godric qui nous a accueilli dans sa maison. »

Il s'interrompit pour attraper un verre que Peter lui tendait, et il le leva au dessus de lui en même temps que les autres Gryffondors.

« Merci à mes coéquipiers qui se sont montrés à la hauteur et qui ont supporté mes entraînements intensifs toute l'année sans broncher... »

Cette fois, il fut coupé par les applaudissements de ses camarades qui montèrent successivement sur le canapé à ses côtés pour trinquer avec lui avant de le laisser poursuivre son discours.

« Merci à notre chère McGo de ne pas avoir trouvé de contre-sort à ce superbe feu d'artifice, poursuivit-il en faisant un geste vers la fenêtre. »

Une vague d'éclats de rire submergea la Salle Commune. Des étincelles de toutes les couleurs jaillissaient près de la tour de Gryffondor dans un vacarme assourdissant que les élèves apprécieraient un peu moins quand ils iraient se coucher.

« Et merci surtout à la préfète la plus parfaite que Gryffondor ait jamais connu. »

Lily déglutit quand le regard de James se posa sur elle, suivit d'une cinquantaine d'autres paires d'yeux qui la firent rougir des pieds à la tête. Elle avait beau se concentrer pour essayer de devenir invisible ou de se métamorphoser en fourmi, en mouche, ou en une autre bestiole trop petite pour susciter l'attention de tout ce monde, elle parvint juste à rester parfaitement immobile.

« Elle est pour toi, cette victoire, conclut-il avant de sauter du canapé pour la rejoindre. »

Lily entendit plusieurs élèves siffler quand il la serra brièvement dans ses bras, et en un instant, il retrouva sa place à côté de ses amis pour trinquer dans chacun des verres des élèves qui se trouvaient autour de lui. C'était la tradition, quand on gagnait la coupe.

La jeune femme resta appuyée au mur près de l'entrée, l'observant avec un sourire, ravie de voir qu'il lui restait un peu d'insouciance, qu'il savait encore être heureux. Elle ne quitta la pièce que lorsqu'elle dut aller faire sa ronde, prévenant Alice qu'elle sortait d'un simple signe de main. Il n'y avait personne dans les couloirs, c'était parfait.

Elle descendit plusieurs escaliers quand elle eut enfin vérifié tous les couloirs du septième étage, et s'arrêta au rez-de-chaussée. Elle longea les salles de classe pendant un moment, priant pour ne pas se faire surprendre par le concierge, et elle soupira de soulagement quand elle parvint enfin à sortir dans le parc. Elle déambula pendant quelques minutes, baguette à la main, quand elle termina enfin par atteindre son but. Le terrain de Quidditch vide et silencieux.

Elle s'assit sur le banc des joueurs et attendit, les yeux rivés sur l'horizon et sur la forêt derrière laquelle le soleil se cachait partiellement, assombrissant de plus en plus le terrain. C'était une chaude soirée de printemps et le ciel semblait être en feu. Il était marqué par des nuances de violet, vestiges du bleu profond qu'ils avaient eu toute la journée, et de rouge, jaune, et orange qui semblaient chacun vouloir prendre l'ascendant les uns sur les autres.

Il y avait aussi les feux d'artifice qui éclataient sans arrêt au dessus de sa tête et qu'elle observa pendant un long moment, se demandant comment il était possible de créer quelque chose d'aussi somptueux. Elle fut interrompu dans sa réflexion par un bruit de pas qui venaient dans sa direction. Elle n'eut même pas besoin de baisser la tête pour savoir que c'était James.

Sa démarche était assurée, elle reconnut même le frottement caractéristique de ses mains qu'il retira de ses poches quand il ne fut qu'à quelques mètres d'elle. Elle se leva du banc sur lequel elle s'était assise, et elle posa son regard sur lui, le rejoignant au milieu du terrain. Il était plus beau que le ciel.

« Tu as mis du temps, lui fit-elle remarquer alors qu'il rangeait sa carte dans sa poche.
_ Je pensais que tu m'attendrais dans la Salle Commune, répondit-il simplement.
_ Non. Je devais seulement y repasser pour déposer ma robe dans mon dortoir, alors je me suis dit que j'allais rester un peu pour surveiller le retour du héros. »

Il hocha lentement la tête, un sourire se dessinant sur son visage. Encore une fois, Lily fut dépitée de voir qu'il ne saisissait pas l'allusion au bal, et puis elle l'observa un peu plus attentivement. Ses yeux pétillaient, et ce n'était pas le feu d'artifice qui s'y reflétait.

« Tu le fais exprès, n'est-ce pas ? L'interrogea t-elle avec une pointe de suspicion.
_ De ?
_ De faire comme si tu ne comprenais pas.
_ Qu'est-ce qu'il faut que je comprenne ? Reprit-il sans pouvoir empêcher son sourire en coin de venir troubler son impassibilité.
_ Ma robe ! Le bal ! Toi et moi ! Lâcha t-elle finalement en faisant de grands gestes.
_ Oh, ça ! »

Il feignit ne pas y avoir pensé un seul instant alors que c'était tout ce qui traversait son esprit depuis quelques jours. C'était la seule chose, à vrai dire, qui pouvait entrer en compétition avec le décès de sa mère pour faire pencher la balance, pour qu'il se sente un peu mieux, et il avait prit un malin plaisir à faire semblant de ne pas comprendre une seule des allusions plus ou moins subtiles de Lily qui semblait à présent désespérée, et c'était particulièrement amusant.

Cette fois encore, elle resta figée devant lui, à le fixer avec insistance en attendant qu'il l'invite, et il ne le fit pas. Il dut réprimer un rire quand il constata qu'elle essayait de se retenir de le secouer comme un cocotier et de lui hurler dessus, mais quoi qu'elle fasse, il ne lui proposerait pas d'aller à ce bal pour une raison qui lui était évidente mais qui ne le semblait pas le moins du monde pour Lily.

« Je comprendrais que tu ne veuilles pas y aller avec tout ce qu'il s'est passé, avec tout ce qu'il se passe en ce moment, poursuivit-elle finalement, et James discerna une pointe de déception dans sa voix qu'il était sûr qu'elle avait essayé de cacher.
_ Ce n'est pas ça, Lily. »

Elle le regarda avec incompréhension, puis ses yeux s'écarquillèrent un peu, et James jura qu'elle avait enfin comprit où il voulait en venir avant que le « oh... » douloureux qu'elle prononça ne remette tout en question.

« Tu veux y aller avec quelqu'un d'autre, souffla t-elle. »

James fronça les sourcils et secoua vigoureusement la tête de droite à gauche, se demandant où elle avait pu trouver cette idée farfelue.

« Alors... Tu veux y aller avec moi ? Lui demanda t-elle finalement. »

Il poussa un profond soupir de délivrance avant de fermer son poing devant lui dans un geste victorieux qui dérouta Lily qui était complètement larguée.

« Merlin, j'ai cru que tu n'allais jamais poser la question ! S'exclama t-il avant de sortir un morceau de parchemin de sa poche.
_ C'est... C'est un oui, ou pas ? Bafouilla t-elle, prise au dépourvu. »

Il la fixa avec un petit sourire, et le temps qu'il mit à acquiescer parut une éternité à Lily qui ne comprit pas où il voulait en venir avant qu'il ne lui brandisse sa liste devant les yeux. Elle l'observa avec incompréhension pendant une petite minute avant que ses yeux ne tombent finalement sur le point numéro 11 « Inviter le garçon que j'aime au bal de fin d'études ».

« C'est toi qui devait m'inviter, expliqua t-il. »

Elle leva les yeux vers lui, à la fois perplexe, euphorique, et furieuse. Il l'avait fait tourner en bourrique juste pour ça ?! Juste parce qu'elle avait écrit sur cette fichue liste qu'elle voulait inviter le garçon qu'elle aimait au bal ?! Elle se prenait la tête depuis des jours et des jours juste à cause d'une simple phrase griffonnée à la va vite sur un parchemin déchiré lors d'une soirée entre filles ?!

« Tu te moques de moi, articula t-elle en lui lançant un regard qui ne disait rien qui vaille à James.
_ Non, pas du tout.
_ Qu'est-ce que tu aurais fait si je ne te l'avais jamais demandé ? »

James devait avouer qu'il n'avait pas pensé à cette éventualité. Il haussa les épaules et Lily lui administra une petite tape sur le torse en le traitant d'abruti, ce qui le fit éclater de rire plus que cela ne le contraria.

« J'aurais fini par te le proposer, mais c'était important que ça vienne de toi, finit-il par lui dire en bloquant ses deux mains.
_ Tu vas vraiment terminer cette liste, hein ? L'interrogea Lily dont la fureur avait laissé place à l'amusement.
_ J'y compte bien. Tiens, je te laisse l'honneur de barrer cette ligne, lui dit-il en faisant quelques pas pour aller déposer sa plume et son encrier sur le banc de touche.
_ Montre moi ce qu'il reste, dit-elle en la lui prenant des mains. »

Elle griffonna un « impossible » devant la première mention « Se réconcilier avec Pétunia » et la modifia par autre chose qu'elle n'autorisa pas James à voir tant qu'elle n'aurait pas terminé sa lecture. Toutes les lignes suivantes étaient rayées jusqu'à la neuvième « M'assurer que le monde se souviendra de moi en faisant quelque chose de grandiose. » Elle songea qu'à dix-sept ans, elle avait encore bien assez de temps pour accomplir ce neuvième point, et elle continua de lire à voix haute les lignes qui n'étaient pas encore barrées.

« Numéro 13 : Sauver la vie de quelqu'un... »

Elle était en train de songer qu'elle n'était pas prête d'accomplir une chose pareille quand, sans un mot, James lui retira la plume qui lui avait servi à barrer le point numéro 11 des mains, et il fit un trait sur toute la longueur de la ligne numéro 13.

« Je considère que c'est ce que tu as fait pour moi, expliqua t-il devant son regard interrogateur. »

Elle le regarda un instant avec tendresse, lui caressa la joue, puis déposa un baiser sur ses lèvres avant de passer à la suite. Le point numéro 14 était déjà barré, et quand Lily lut le numéro 15, elle ne put s'empêcher de rougir jusqu'aux oreilles avant de murmurer un léger « on va attendre un peu pour ça. »

« Je vais le faire un de ces quatre, alors prépare toi, la taquina James en souriant.
_ James Potter... Ne me demande pas en mariage juste parce que je l'ai écrit là dessus ! Le sermonna t-elle.
_ Je ne le ferai pas pour ça. Ce sera juste un plus, et on en profitera pour barrer la vingtième ligne au passage .
_ Merlin, on va vite, là. Je vais me contenter de barrer « être heureuse » pour l'instant, et on verra pour le reste plus tard, trancha t-elle, écarlate. »

A peine eut-elle terminé que James lui retira la liste des mains pour regarder ce par quoi elle avait modifié le point numéro 1. Ahuri, il éclata de rire en lisant la phrase silencieusement pendant que Lily le dévisageait avec un sourire timide qui n'avait absolument rien à voir avec ce qu'elle avait marqué là dessus.

« Ne fais pas comme si tu étais surpris, je t'avais dit ce matin que tu aurais plus si tu gagnais la coupe, lui rappela t-elle.
_ Je pensais qu'on se contenterait de mon dortoir ou de la salle sur demande, je n'avais sûrement pas imaginé que tu avais la folie des grandeurs.
_ J'avais pensé à aller dans la salle des trophées, à vrai dire, je m'étais dit qu'on pourrait baptiser ta coupe mais après réflexion, tes trois choses favorites se trouvent ici. Le Quidditch, les feux d'artifice, et moi... Termina t-elle en souriant. »

Il hocha la tête et la regarda lancer des sorts d'invisibilité autour d'eux avant de revenir se planter devant lui, puis de barrer la mention qui disait « faire l'amour avec James Potter sur le terrain de Quidditch. » et de l'embrasser. Il se retint de lui dire qu'il préférait Sirius aux feux d'artifice car pour une raison évidente, il aimait mieux que son meilleur ami ne soit pas là à ce moment précis.