Note : Merci à Clélia Kerlais pour sa superbe relecture.

Encore un joyeux anniversaire Some ! (oui, tu vas en avoir 26 ;) )


« On n'utilise pas le salon numéro deux le jour où on perd sa virginité. »

C'est à cette phrase, prononcée par Harry lors la confection de son premier costume, que repense Eggsy quand il entre enfin dans la salle d'essayage numéro 2 de la boutique Kingsman, sur Savile Row. Depuis son arrivée à l'agence, il n'a jamais pu y jeter un seul coup d'œil et s'est d'ailleurs toujours demandé ce qu'Harry avait bien pu entendre par là.

Le premier salon ne cache rien de spécial : c'est une salle d'essayage banale, comme il y en a chez tous les bons tailleurs qui se respectent, avec une estrade en son centre, entourée de trois miroirs, et un bureau en chêne encombré de rouleaux de tissus et de tout un tas d'attirail bizarre. La salle numéro 3, elle, une fois le crochet gauche de la patère tiré, renferme la fameuse armurerie. Mais le salon deux a toujours été un mystère pour Eggsy. C'est donc assez excité qu'il pénètre dans la pièce après que son mentor ait allumé une lampe à l'abat-jour jauni sur le mur de l'entrée, dévoilant le lieu tenu secret.

« Un stand de tir ? » s'étonne le jeune homme.

Il se place au milieu de la pièce et effleure de sa main le comptoir faisant face aux cibles alignées dix mètres plus loin, sur le mur du fond. La salle est étrangement spacieuse, décorée dans le même esprit que le reste de la boutique : tapisserie verte aux dessins très british, lambris en bois brut vernis et tableaux naturalistes. Comme dans la salle numéro 3, des armes sont accrochées dans des vitrines éclairées. Tout respire la sophistication, la classe et, heureusement, absolument pas la sueur comme c'est le cas au château où s'entraînent les recrues. Eggsy ne se serait jamais douté, même après ces huit mois passés chez Kingsman, que la boutique abritait une salle d'entraînement aussi grande.

« Seuls les agents gradés peuvent l'utiliser. Cela nous évite de nous rendre au château lorsque nous devons nous entraîner également. »

Harry s'approche d'un cadre de bois qu'il ouvre délicatement et dévoile ainsi la machinerie permettant de moduler la salle selon les besoins de son utilisateur. Certaines manettes contrôlent les lumières, la température ou la disposition de la pièce. D'autres, ceux qu'Harry préfère, génèrent des lasers ou des cibles mouvantes. Il n'a malheureusement pas tout cet équipement à Kensington, sa cave manquant cruellement de place pour un tel arsenal.

Il fait signe à Eggsy qui le rejoint, les mains dans les poches de son jean, conservant malgré tout son attitude délicieusement nonchalante. C'est cela qui a séduit Harry : quand ils ne sont pas en réunion ou en mission, Eggsy se contente de son « costume » de jeune homme de banlieue, préférant rester tel qu'il a toujours été, impétueux et arrogant. Seul son maintien droit et le Glock 17 qu'il porte sous sa veste de survêtement révèlent son statut d'agent. Et Harry aime ce savant mélange qui rend son amant unique.

Cela fait quelques semaines qu'ils se sont embrassés dans son hall d'entrée, amenant leur relation à un tout autre niveau. Eggsy se révèle aussi spontané et énergique au lit que sur le terrain, satisfaisant Harry sur bien des points, notamment sur sa volonté de lui offrir son corps d'éphèbe chaque nuit, inlassablement.

Une fois Eggsy à ses côtés, Harry lui expose le fonctionnement et l'utilité de chaque bouton, tout en essayant de ne prêter attention ni à la canine qui mordille la lèvre inférieure ni au sourcil qui se lève en accent circonflexe, preuves qu'Eggsy se concentre intensément afin de retenir toutes ces nouvelles informations. Depuis qu'il connait la saveur de ses baisers, Harry a de plus en plus de mal à résister au jeune homme. Ce dernier, parfaitement au courant, n'hésite jamais à user de ses charmes pour pousser le plus vieux à bout.

Comme en cet instant.

« Ouais, donc, le jour où on se battra ensemble, on le fera ici, c'est ça ? » demande Eggsy, et son sourire prévient Harry de la future bêtise qu'il va immanquablement sortir.

« Effectivement. La pièce est modulable. Nous pouvons aussi bien nous entraîner au tir qu'au combat rapproché. »

« Y a un équipement pour tous les types de corps à corps ? »

Voilà. Harry fronce légèrement les sourcils et grogne le prénom de sa recrue, le prévenant contre toute incartade. Pas ici. Pas maintenant. Il s'éloigne alors de ce corps si tentant et essaie, tant bien que mal, de continuer ses explications.

Cependant, Eggsy n'est pas homme à se laisser décourager aussi facilement. Il s'approche du panneau de contrôle et frôle de son épaule le torse d'Harry, dérangeant ainsi sa cravate bordeaux toujours bien mise. Son doigt se pose sur un loquet argenté au-dessus duquel est inscrit caméra, son regard azur planté dans celui légèrement désabusé de l'autre homme.

« Alors ? » propose Eggsy. Le ton est impertinent, il paraît extrêmement fier de lui et de l'effet qu'il a sur son mentor. Le jeune homme voit bien les pupilles dilatées et les pommettes rougies, signes qu'Harry le veut. Encore un détail à régler et il aura enfin ce qu'il désire depuis qu'il est entré dans cette salle. Et c'est le clac sonore qui résonne dans le silence, indiquant que les caméras sont définitivement éteintes, qui déclenche tout.

Harry tire sur la fermeture de la veste de jogging bleue alors que ses lèvres trouvent enfin celles d'Eggsy qui s'accroche désespérément à ses épaules. Il passe ensuite ses mains sous les cuisses du jeune homme, le portant à travers la salle jusqu'au large comptoir de bois. Il le dépose brutalement et retire sa veste, imitant Eggsy tandis qu'il abandonne son polo.

L'espion prend quelques minutes pour admirer le torse de son amant : ses clavicules, ses pectoraux et ses abdominaux sculptés par les heures d'entraînement sont toujours un pur délice pour ses yeux. Harry s'avance, se place entre les jambes ouvertes du plus jeune qui penche sa tête en arrière lorsque les lèvres fines trouvent son cou. Le pouce d'Harry vient effleurer la pomme d'Adam d'Eggsy qui déglutit bruyamment, dans un râle, quand la caresse s'intensifie, descendant sur son torse, trouvant un téton puis l'autre, pénétrant son nombril. Enfin, alors qu'Harry aspire la peau de son cou, la main entière trouve son sexe et l'entoure à travers le jean.

Harry n'a pas le temps de s'amuser des réactions d'Eggsy. Le temps joue contre eux et c'est justement ce qui rend la chose plus excitante encore. N'importe quel agent pourrait entrer dans la salle : ils n'ont pas verrouillé la porte. Par ailleurs, les caméras hors service ne vont faire qu'attirer l'attention de Merlin. Ainsi, après avoir une nouvelle fois goûté à la bouche d'Eggsy, Harry le fait descendre de la table et l'incite, d'un signe de tête élégant, à descendre son pantalon. Le jeune homme s'exécute sur le champ. Il ne rêve que de ça depuis qu'il a franchi la porte, c'est inscrit sur son visage.

Galahad le prend par la taille, le retourne, puis le penche sur le comptoir de tir. La vue qu'il a sur la chute de reins de sa recrue est imprenable. D'un coup d'Oxfords bien placé entre les pieds trop rapprochés, il écarte les jambes du jeune homme et l'installe au mieux afin de pouvoir le prendre plus aisément. Eggsy grogne son accord et s'accroche à ce qu'il peut. Il entend clairement Harry mouiller ses doigts avant de les sentir écarter ses chairs, le préparant. Puis, viennent le bruit d'une fermeture qu'on baisse et le frottement d'un tissu qui ne font qu'accroitre son impatience.

Harry crache dans la paume de sa main libre, oubliant l'espace d'un instant l'éducation qu'il a reçue, et étale sa salive sur son sexe pour l'humidifier un maximum. Aussi prêt que l'est son amant, il approche son gland de l'entrée encore serrée d'Eggsy dont tout le corps frissonne d'anticipation. Lorsqu'il sent enfin son mentor à l'intérieur de lui, le jeune agent lâche un gémissement de plaisir rapidement interrompu par une main qui le bâillonne. Ce qui ne fait qu'augmenter sa soif d'Harry.

« Pas un bruit, Eggsy. Sois sage. »

Harry laisse sa main sur la bouche d'Eggsy, étouffant les bruits que le jeune homme tente en vain de retenir, trop excité par le geste d'une audace et d'une sensualité folle. Il n'aurait pas pu demander mieux. Alors qu'Harry augmente ses coups, le prenant avec toute la force dont il est capable, Eggsy pense qu'il a une chance incroyable. Il embrasse cette main qui l'entrave, fermant les yeux pour ressentir plus fortement les différentes sensations qui l'assaillent. Quand Harry grogne derrière lui, proche de la jouissance, il courbe le dos plus encore et commence à se toucher. Il ne lui suffit que de quelques effleurements pour jouir, Harry avec lui.

Sa tête heurte le bois du comptoir dans un bruit sourd, la main sur sa bouche se retire et vient se poser sur sa colonne vertébrale en une caresse aérienne. Il entend la respiration rapide de son mentor derrière lui, alors qu'il reprend ses esprits. Eggsy se relève lentement, remonte comme il peut son pantalon puis s'adosse au torse toujours vêtu d'Harry qui le prend dans ses bras.

« J'comprends mieux pourquoi on est pas venu avant. » murmure Eggsy dans un souffle amusé.

Approuvant d'un signe de tête, Harry retourne son amant face à lui. Il récupère la veste de survêtement qui traîne au sol et la lui tend. Pendant que le jeune homme se rhabille, Harry remet de l'ordre dans la pièce, rallumant les caméras et ramassant ce qui a été brutalement jeté au sol lors de leurs ébats. Cela fait, il rejoint Eggsy et son sourire impétueux devant la porte puis, sans crier gare, et avant de de se faire rattraper par le monde réel au dehors, lui vole un dernier baiser.