Note: En numérologie, le chiffre 6 représente le foyer.
Bravo à Clélia Kerlais pour sa bêta qui tue ^^
Je tenais à remercier celles et ceux qui prennent le temps de laisser des reviews, c'est toujours un plaisir de recevoir le mail de notifications et de voir vos commentaires. Alors, MERCI. Ceux qui n'osent pas ou qui sont timides, même un simple " :) ", fais toujours un réel plaisir.
Bonne lecture ! (et Some, bon anniversaire.)
Le feu crépite dans la vieille cheminée en pierre créant ainsi une atmosphère calme et sereine. La chaleur et la lumière qui se dégagent de l'âtre donnent à la pièce un aspect particulier, presque hors du temps. Eggsy n'a jamais eu la chance de pouvoir faire un feu chez lui. L'appartement d'Oven Lane où il vivait avec sa mère, puis avec sa sœur était petit et toujours froid. Parce que le chauffage ne marchait qu'une fois sur deux et parce que Dean prenait souvent l'appart pour son dortoir.
Le jour où Dean est entré dans leurs vies, ils auraient mieux fait de se péter une jambe chacun et les deux bras avec. Mais sa mère n'avait pas vraiment eu le choix. Dans ces quartiers, c'est souvent la seule solution quand on est une femme seule avec un garçon énergique et que l'on veut protéger sa famille. Et sa mère voulait le protéger à tout prix. Non, ils n'avaient pas eu le choix. C'est pourquoi, les premiers temps, Eggsy avait accepté Dean, abandonnant l'école et ses activités extrascolaires pour aller dealer sa came, et d'une certaine façon, pour faire plaisir à sa mère. En grandissant, son caractère fort et affirmé avait pris le dessus et c'est uniquement à coup de poing que Dean se faisait respecter. Mais il savait qu'en s'opposant constamment à Dean, il brisait le cœur de sa mère. Alors Eggsy avait tenu, serrant la mâchoire pour éviter de sortir une réplique insolente et continuant à trafiquer pour lui. Pour elle.
Finalement, la seule chose de bien qu'ait jamais faite Dean Anthony Baker est Daisy. Eggsy le reconnait facilement : sans ce connard, il n'aurait pas sa petite sœur. Bien sûr, Dean ne s'en était pas occupé. Pour lui, elle n'était juste qu'un moyen de garder sa mère en son pouvoir. Ça aussi, Eggsy le savait. Mais pour lui, Daisy est un véritable rayon de soleil, son soleil. Et il ferait tout pour elle. Cette gamine aussi blonde que leur mère a toujours su lui remonter le moral, même quand il avait envie de buter tout le monde. Quand il a un peu de temps libre entre deux missions, il court jusqu'à leur nouvel appartement (qu'il paie avec une partie de son salaire) et passe des heures à jouer avec sa soeur, pendant que sa mère prend un peu soin d'elle. C'est vrai, il doit remercier Dean pour Daisy. Seulement pour Daisy.
Et putain, il déteste ça.
Il soupire et fixe à nouveau le feu. Une main passe doucement dans ses cheveux, alternant les frôlements légers et les caresses plus appuyées qui lui massent le cuir chevelu. Il a posé sa tête sur les genoux d'Harry qui lit encore un de ses bouquins d'Hemingway, un verre de Lagavulin posé sur la table de chevet, seule raison pour laquelle il ralentit parfois ses gestes tendres.
Quand Eggsy pense à Harry, il se demande toujours à quel moment son mentor est devenu aussi important pour lui. Lorsqu'il a posé la première fois sa main sur son épaule ? Quand il lui a adressé son premier sourire fier ? Après leur premier baiser ? Il n'arrive jamais à se décider. La seule chose dont il est certain aujourd'hui, c'est qu'il est en train d'en tomber amoureux. Et il ne sait pas quoi faire de cette information. Parce que bon, on parle de Harry Hart là, le super espion sur-gradé de l'agence internationale et inter-gouvernementale Kingsman, capable de vous tuer avec un cure-dent. C'est pas encourageant tout ça.
Il n'est jamais vraiment tombé amoureux avant, et personne ne lui a appris comment faire quand ça arrive. Il n'a pas assez de souvenirs de sa mère et de son père ensemble pour pouvoir les prendre pour modèle. Le seul amour qu'il n'a jamais reçu est celui de sa famille. C'est tout. Il se pose des milliards de questions qui ne trouvent pas de réponses. Mais surtout, il a peur de tout gâcher.
« À quoi penses-tu ? »
La voix grave le fait sursauter légèrement. Il se retourne vers Harry qui a toujours le nez plongé dans son livre.
« Hein ? »
Sa réplique, tout sauf distinguée, fait hausser les sourcils de son mentor qui arrête ses caresses et pose sa main droite dans le cou de sa recrue, le serrant légèrement. Eggsy comprend.
« Pardon, Harry. Comment ? »
Harry sourit et lève les yeux de sa page afin de trouver ceux du jeune homme.
« Ton nez est plissé, tes bras croisés et tu sembles peu réceptif à mes attentions alors que nous savons tous les deux que tu adores ça. Il ne faut pas être Sherlock Holmes pour savoir que quelque chose te trouble. »
Eggsy lève ses mains jusqu'à son visage et se frotte les yeux en grognant. Harry le connait trop bien.
« C'est rien, t'inquiète. Je repensais juste à tout ce que t'as fait pour moi cette année. » dit-il, le son de sa voix étouffé par les mains qu'il a gardé sur ses joues, espérant cacher leur soudaine rougeur.
« Ce n'est pas rien alors. Veux-tu qu'on en parle ? »
Le plus jeune secoue la tête de gauche à droite, rabaisse ses avant-bras et croise à nouveau le regard bienveillant de son amant. Il lui sourit, gêné et se replace confortablement. Les minutes passent, seule la bûche qui se consume rompt le silence tranquille.
« Harry ? »
« Oui, Eggsy ? »
Le jeune homme se redresse. Harry dépose son livre à côté de son verre presque vide puis, adoptant la même posture, se place face à lui. Eggsy baisse les yeux sur ses doigts entremêlés par l'angoisse. Il n'y arrivera pas s'il regarde son amant directement.
« Juste… Voilà. Je... Merde. » souffle-t-il. Ça ne devrait pas être aussi difficile.
Il sent la main d'Harry prendre son visage en coupe, sa main glissant sur sa joue rêche. Des lèvres douces se posent sur les siennes et bougent avec une lenteur exaspérante. Et Eggsy envoie le reste du monde aller se faire foutre car les baisers d'Harry veulent tout dire. C'est tout ce qui compte.
