Note : le titre vient du proverbe chinois : "Le courage est de tomber 7 fois et de se relever huit."

Encore merci à ma Clélialounette d'amour pour sa bêta.

Some, je sais, il est violent celui-là. Pardon. Vous êtes prévenu(e)s, ce chapitre n'est pas tendre.

Bonne lecture :) !


Pour la première fois depuis son entrée chez Kingsman, Eggsy a peur. D'habitude, les tests d'entraînement ne sont que des quasi-formalités pour lui ; enchaînant toujours les secondes places, puisque Roxy reste la meilleure, quoi qu'il arrive. Pourtant, cette fois-ci, il n'est plus très sûr de lui ni d'aucune de ses capacités en sport de combat. Il est même certain qu'il gérerait cent fois mieux une bagarre de rue improvisée avec des mecs vingt fois plus balèzes que lui, que ce qui l'attend une fois les portes de la salle numéro 2 franchies. Merlin, après avoir donné ses consignes, lui a fait un petit sourire qu'il a pris pour un sourire d'adieu. Et il est persuadé d'avoir vu une lueur désolée étinceler dans son regard quand il a suivi les autres jusqu'à leur mentor respectif.

Aujourd'hui a lieu le combat mentor-recrue et Eggsy sait qu'il n'en sortira pas indemne.

Harry ne le ménagera pas, de ça aussi il en est certain. De toute façon, il ne veut pas de traitement de faveur sous prétexte qu'ils couchent ensemble. Tout ce qu'il souhaite, c'est s'en sortir vivant (pour ça, il n'a aucun doute) et que sa mère le reconnaisse quand il ira manger chez elle dans deux jours (là, c'est moins certain). Eggsy pose sa main sur la poignée de porte de la salle d'entraînement. Il sent le regard de Charles sur lui et entend très clairement le Bonne chance murmuré. Putain, Harry a vraiment une réputation de malade (au sens propre comme au figuré).

Il souffle un bon coup, essayant de prendre une attitude nonchalante et assurée. C'est pourquoi, quand il pénètre dans la pièce transformée en ring, il porte comme la plus puissante des armures, son sourire impertinent. Il avance dans son costume sur mesure que Merlin l'a obligé à mettre, le regard sur le dos d'Harry qui panse ses mains avec des linges de coton.

« Enlève ta veste et ton holster. Dépose-les sur le crochet à ton nom dans les vestiaires. »

Harry ne s'est pas retourné et indique du doigt une pièce adjacente. Eggsy obéit alors que son mentor fait craquer ses omoplates, s'échauffant en suivant un rituel usé par les années. Le jeune espion entre dans les vestiaires : la petite salle est carrelée du sol au plafond et comprend deux cabines de douche, face à des portemanteaux surmontés d'une étiquette. Eggsy trouve son nom facilement : les affaires d'Harry sont déjà pendues impeccablement et il n'imagine pas sa place ailleurs qu'à côté de son mentor. Il se défait de sa veste, de ses armes dans leur étui de cuir et retrousse les manches de sa chemise blanche. Puis souffle.

Il revient dans le salon, l'air plus déterminé que jamais. Merlin est là, sa tablette à la main, prêt à tout prendre en note. Pour réussir l'épreuve, il doit tenir vingt minutes en combat singulier contre un espion surentraîné. Chaque fois qu'il tombe, il perd des points. S'il saigne, il perd des points. S'il déchire ses fringues, il perd des points. S'il reste à terre avant la vingtième minute, il est recalé. Et de ça, il en est hors de question. Il croise le regard d'Harry : concentré, prêt à l'assaut. Sexy. Mais, ils ne sont définitivement pas là pour ça.

Eggsy passe les cordes et entre sur le ring. Harry est lui aussi en bras de chemise, mais a gardé sa cravate. Un verre de Lagavulin est posé sur un tabouret à l'extérieur de la piste. Le jeune espion le pointe d'un signe de tête.

« J'ai pas l'droit moi aussi ? »

« Si tu passes le test avec brio, c'est pour toi. Et si tu réussis à battre le record, je t'offrirais même ma meilleure bouteille. »

« Tu sais comment me parler. »

Merlin toussote et arrête l'échange. Il tape quelque chose sur sa tablette, fait signe à Harry et lance le chronomètre à l'instant même où Galahad saisit Eggsy par le bras et le fait tomber au sol d'un croche-pied savamment placé. Surpris, sa recrue roule au sol pour se lever dans le coin opposé à Harry. Putain. Ça commence bien. Une fois.

« Sois réactif Eggsy. Personne ne t'attendra en combat réel. »

Eggsy ricane. Un coup de poing part, lui éclatant l'épaule. Il arrive à se dégager et à le rendre mais rate sa cible, Harry ayant anticipé son geste.

« Ah, parce que c'est pas réel là ? »

Sa meilleure attaque, c'est l'humour. Protégeant son visage de ses mains, il s'avance vers Harry qui semble aussi détendu que s'ils faisaient des courses. Il se prend tout dans le ventre et s'écroule sur le flanc, le souffle coupé. Deux fois.

Il envoie ses jambes crocheter celles de son mentor qui esquive en sautant mais y laisse tout de même sa cheville qui craque. Seule une légère moue déforme son visage montrant ainsi qu'il l'a touché. Lorsqu'Eggsy se relève, il ne laisse même pas le temps à ses poumons de se remplir à nouveau et saute sur Harry, tête la première. Il encercle la taille de son mentor qui lui assène un coup sur la nuque, de ses deux mains entremêlées. Il s'effondre, son nez tapant le tapis du ring. Trois fois.

« Putain... Tu m'as éclaté le nez. »

Eggsy se redresse sur ses genoux en prenant appui sur ses avant-bras, s'essuyant avec sa chemise blanche sous le regard désapprobateur d'Harry qui ne semble pas plus traumatisé que ça par son nez pété et le sang qui coule, tachant son torse. Connard.

« Ne laisse jamais tes points faibles à portée de poings. C'est toi qui doit choisir où ton adversaire doit frapper. »

Harry s'éloigne pendant qu'Eggsy se met debout. Il halète, son nez lui fait un mal de chien. Il jette un coup d'œil au chronomètre qui n'affiche que six minutes de combat. Fais chier. Son mentor lui tourne le dos, il peut en profiter, même si ce n'est pas franchement fair-play. Il se fout de suivre les règles maintenant qu'Harry lui a explosé le nez. Il s'élance en courant et décoche son pied à la hauteur des reins d'Harry qui se retourne, choppe sa cheville et fait craquer son genou avant de la relâcher. Quatre fois.

« Sois discret. Un sourd aurait pu t'entendre arriver. »

L'espion s'approche à pas de loup d'Eggsy qui recule en rampant, l'air effrayé. Ce mec n'est pas humain. Le léger sourire qu'affiche le plus vieux le fait paraître plus dangereux que d'habitude. Il se penche sur Eggsy.

« Tu abandonnes, jeune homme ? »

« T'aimerais bien. » lâche Eggsy en attrapant Harry par la nuque et en lui balançant son pied dans les côtes avant de s'éloigner en roulant sur le flanc. Il se lève et croise le regard de son mentor : une lueur de fierté brille derrière la douleur. Il lui offre un sourire insolent et se remet en position. Le combat devient enfin intéressant.

Harry se redresse, replace sa cravate et se rapproche d'Eggsy. Il allonge son poing qui est paré par Eggsy qui l'atteint à son tour à la poitrine. Ils échangent les coups à une vitesse incroyable, se touchant comme jamais ils ne se touchent, toute douceur oubliée. Le jeune espion essaie de dominer le combat, de frapper Harry comme s'il était un de ces mecs qu'il fracasse quasi quotidiennement. Mais Harry est le plus fort, c'est clair : il arrive à bloquer la tête d'Eggsy sous son aisselle et lui assène deux coups dans le ventre avant d'encore le laisser tomber au sol. Cinq fois.

« Allez, Eggsy. C'est tout ce qu'on t'a appris en formation ? »

C'est au tour de son mentor d'avoir un sourire insolent. Il lève la tête et le voit le surplomber de toute sa taille, son aura de puissance émanant de chacun de ses pores. Il banderait s'il n'avait pas aussi mal. Il se met debout. Il ne doit pas abandonner. Pas comme ça.

Eggsy s'avance à nouveau. Il ne veut pas laisser Harry attaquer. De toute façon, il se fera écraser alors autant faire semblant de garder l'avantage. Il lui lance un uppercut au visage avant de se baisser, esquivant la réplique d'Harry qui le frappe au flanc. Il entoure sa recrue dans ses bras, le serrant contre son torse avant de lui envoyer sa tête dans son nez déjà cassé. La douleur lui voile les yeux un instant et il s'écroule. Six fois.

« Putain... Tu fais chier... »

Eggsy est carrément en colère. Alors, il ne réfléchit plus, se met debout brusquement et se jette sur lui, envoie un coup vers son oreille, profitant qu'il esquive pour lui en redonner un dans les côtes flottantes. Mais Harry choppe son bras droit, le retourne, jouant avec l'articulation de son épaule qui fait un sale bruit, avant de le tendre pour l'envoyer par-dessus son épaule. Il s'étale par terre, à bout de force. Sept fois.

Eggsy ne sait plus quoi faire. Se relever pour en reprendre encore et encore ? Il n'en peut plus. Il a mal partout. Il veut juste fermer les yeux et ne plus les ouvrir jusqu'à ce que la douleur disparaisse.

« C'est bon, tu laisses tomber ? »

Il fait exprès. Clairement. Il veut Eggsy debout, devant lui, il ne veut pas qu'il échoue. C'est pour ça qu'il le branche, se fout de sa gueule, car il sait qu'Eggsy n'abandonnera jamais si on le met au défi. Ça le fait rire à lui en faire mal aux côtes (c'est pas bien difficile). Le jeune homme se redresse une huitième fois et fait face à son mentor qui a l'air aussi fier de lui que la fois où il a réussi à ramener sa première cible.

Et le gong sonne.

Le cri d'Eggsy est libérateur. Putain, il l'a fait. Il n'entend pas Merlin lui donner son score, il ne voit qu'Harry s'approcher de lui pour lui serrer la main plus longtemps que nécessaire, l'autre caressant son épaule torturée un peu plus tôt. Elle glisse, ensuite, en une caresse légère jusqu'à ses reins et Eggsy se sent pousser délicatement jusqu'au vestiaire.

Arrivés, l'espion fait asseoir sa recrue qui laisse tomber sa tête contre le mur. Il a mal dans chaque partie de son corps, même à des endroits qu'il ne connaissait pas. Harry revient avec une poche de glace qu'il lui pose doucement sur le nez non sans l'avoir embrassé sur les lèvres avant. Putain. Eggsy profite de ce baiser autant que du froid qui engourdit divinement sa blessure. Il adore la langue qui semble panser les blessures de ses lèvres, les mains qui le frôlent comme pour avoir un aperçu des dégâts qu'elles ont causé i peine quelques minutes. Il préfère définitivement ça aux coups.

« Bravo, Eggsy. » murmure son mentor à quelques centimètres de sa bouche. « Tu n'as pas battu le record mais tu as vraiment fait un bon combat. »

« J'aurais pas l'droit à ma bouteille alors ? » plaisante le plus jeune en grimaçant. Maintenant que l'adrénaline retombe, il se rend compte qu'Harry a bien joué avec lui.

Harry porte ses lèvres à son cou, voulant par ce geste guérir les égratignures. Il est doux, plus qu'il ne l'a jamais été. Eggsy soupire, essaye de récupérer une respiration normale. Il n'a pas l'impression d'avoir des côtes cassées, c'est déjà ça.

« Non. Mais je vais te soigner. Nous pouvons même partager un bain si tu le souhaites. »

« Deal. Je crois par contre qu'il va falloir que tu me portes jusqu'à la maison. Je suis pas sûr de pouvoir marcher. »

« Pardonne-moi, Eggsy. » dit Harry, l'air sincèrement désolé.

« Non mais t'inquiète. » répond précipitamment le jeune homme en posant sa main sur la joue de son mentor. « Je sais très bien qu'il le fallait. C'aurait été trop bizarre sinon. Et je me serais senti insulté. »

Harry l'embrasse à nouveau, faisant passer tous les sentiments qu'il ressent pour son partenaire dans un simple baiser. Eggsy, trop pris par l'échange passionné, ne se rend pas compte qu'Harry a déboutonné sa chemise.

« Je pense que nous allons profiter des douches ici avant de rentrer à South Kensington. Histoire de savoir quoi prendre à l'infirmerie avant de partir. »

Et lorsqu'Harry le porte dans ses bras afin de le mener jusqu'aux cabines au fond de la pièce, Eggsy se sent déjà beaucoup mieux.