Note : Et voilà le 14 pour une 14e fois un très heureux anniversaire à ma super acolyte (et auteur de génie), SomeCoolName !

Des milliers de bisous à Nalou pour sa bêta et à vous qui prenaient le temps de laisser une review !

Bonne lecture !


Paris est le genre de ville qui alimente tous les fantasmes. Tout le monde a déjà voulu, une fois dans sa vie, venir à Paris. C'est comme New-York. Quand on pense à une ville qu'on aimerait un jour visiter, Paris arrive souvent en tête. En tout cas, Eggsy a toujours rêvé d'y aller.

Alors, quand Harry lui a annoncé que sa mission de réinsertion se déroulait à Paris, Eggsy en aurait presque pleuré de joie. Après un mois passé dans les archives qui a couté à Harry une dizaine de séances chez le kiné, tout était bon à prendre. Eggsy a vraiment apprécié comment son mentor a donné de sa personne pour évacuer la frustration qu'il ressentait à chaque fois qu'il rentrerait à South Kensington après une journée à avoir rangé des dossiers. Alors, livrer une clé USB aux services secrets français et négocier la libération d'un anarchiste britannique, membre de l'aristocratie, c'était un cadeau tombé du ciel.

La mission s'est déroulée en un éclair, la présence d'Harry l'a bien aidé. Son mentor a tenu à l'accompagner, bizarrement. La mission était pourtant ultra simple et ennuyeuse au possible mais Eggsy n'a pas plus posé de questions, ravi de ce voyage à Paris.

Paris avec Harry, ça, c'est vraiment la classe.

Pourtant, il aurait dû.

Ça lui aurait évité de se retrouver en chemise noire et veste d'été à marcher dans les rues du huitième arrondissement en compagnie de son amant anxieux d'arriver en retard chez son frère. Harry, stressé d'arriver en retard. Son frère. Celui-là même dont il lui parlait pendant leur séjour dans les Highlands.

Oui, parce qu'Harry Hart, en plus d'un manoir en Ecosse et d'être un dieu au lit, a des origines françaises. Eggsy n'a jamais été ultra chanceux dans sa vie, mais là, ça commence à faire beaucoup. Pas qu'il s'en plaigne, bien au contraire, mais il aurait aimé être prévenu en partant de Londres qu'il rencontrerait le frère aîné de son mentor qui vit en France avec sa famille. Il aurait dû se douter que le voyage en Ecosse n'était qu'une première étape. Harry a toujours quelque chose derrière la tête quand il programme quelque chose. Pourtant, pour Eggsy, c'est à nouveau la confirmation que son mentor attache autant d'importance à leur relation que lui et c'est une bonne nouvelle.

« Et donc, rappelle-moi ce que t'as dit à ta famille, s'il-te-plaît ? » demande Eggsy pour la dixième fois depuis leur départ de l'hôtel.

Harry l'arrête d'un coup du parapluie Swaine Adeney, l'empêchant de traverser au feu rouge.

« Tout. Il n'y aura aucune surprise de leur côté, ni sur ton âge, ni sur notre différence de milieu social. Ils savent que nous travaillons ensemble chez le tailleur et que tu vis à South Kensington avec moi. »

« Ok. Attends. Ça veut dire que je risque d'être surpris ? »

Harry sourit mais ne répond pas. Evidemment. Eggsy grommelle et enfouit ses mains dans les poches de son jean. Il n'a jamais vécu assez de choses avec quelqu'un pour avoir déjà été confronté à ce genre de situation. La rencontre avec la belle-famille. Si les magazines féminins écrivent des pages et des pages là-dessus, c'est pas pour rien finalement. Il sait qu'Harry n'accordera pas d'importance à un refus clair de son frère, que ça ne changera rien pour eux (il lui a répété trois fois depuis qu'ils sont partis) mais Eggsy veut que ça se passe bien. Et puis, ça lui fait un entrainement pour quand il présentera officiellement Harry à sa mère.

Et à ses amis.

Oh putain.

Une main sur son coude l'arrête. Ils sont arrivés. Harry sonne au numéro 214 et une voix de femme les invite à monter. Ils s'engagent dans un escalier en colimaçon jusqu'au deuxième étage. Le couloir ne continent que deux portes et Harry se place devant celle de gauche. Le doigt sur la sonnette, il se retourne vers lui avec un sourire tendre.

« Reste toi-même et tout se passera bien. »

Et il sonne. Une femme élégante, blonde, une cinquantaine d'année, portant une robe blanche fluide, leur ouvre et pousse une exclamation ravie. Enlevant ses lunettes en écaille, elle plaque deux bises sonores sur les joues d'Harry qui semble lui rendre son étreinte avec le même plaisir.

« Olivia. Je suis ravi de te revoir. Laisse-moi te présenter Eggsy. »

La belle-sœur de son mentor se tourne vers lui, l'air espiègle. Eggsy lui tend la main qu'elle s'empresse de serrer en les invitant à entrer dans un Anglais parfait. L'appartement est immense, organisé autour du hall et d'un couloir central. Leur hôtesse les fait pénétrer dans un salon immaculé où la lumière du jour finissant se reflète dans les innombrables miroirs et cadres accrochés sur les murs blancs. Deux hommes se lèvent à leur entrée et Eggsy comprend de suite ce qu'Harry lui a caché.

Si William Hart est tel qu'il l'a imaginé, aussi grand et distingué que son frère avec des tempes blanches et des yeux presque noirs qui lui donnent un aspect plus sévère, Eggsy ne pensait pas que le neveu serait le portrait craché de son mentor jeune et qu'il aurait son âgé. Bordel. Eggsy affiche une moue crispée, mal à l'aise. Il n'aime le rôle que ça lui donne. Il s'est toujours amusé de leur différence d'âge, aimant dire à Harry qu'il l'entretient ou le traiter de suggar daddy. Mais, face à Alexandre Hart, 18 ans, qui ne le lâche pas des yeux depuis le début, il a l'impression, pour la première fois, de ne pas être à sa place.

Il serre la main des deux hommes et s'assoit à côté d'Harry, son genou cognant contre le sien dans un geste rassurant. Eggsy pousse un soupir discret afin de se donner tout le courage nécessaire dont il aura besoin, s'il a bien interprété le regard d'Alexandre.

« Que puis-je vous servir à boire ? Harry, un verre de whisky ? Réserve personnelle de ton frère évidemment. » demande Olivia.

Harry acquiesce et remercie sa belle-sœur qui lui tend son verre. D'un signe de tête, elle prie Eggsy de lui répondre.

« La même chose, s'il vous plait. »

« Je vois que mon oncle t'a initié au plaisir coupable des gentlemen. » s'amuse Alexandre, ouvrant la bouche pour la première fois.

« C'est exact. Mais il n'a toujours pas réussi à me faire virer la bière du frigo. »

« Un jour. Je ne désespère pas. Je suis bien arrivé à te faire ranger tes baskets dans l'entrée et à troquer, parfois, tes jeux vidéo pour une partie d'échecs. » dit Harry en lui faisant un clin d'œil. Sa main se pose sur le genou d'Eggsy qui frissonne et rougit.

Merde, Eggsy. Pas maintenant.

« Comme c'est mignon, Oncle Harry. Tu as enfin trouvé quelqu'un qui veut bien obéir à tes principes de vieux maniaque. »

Le sourire amusé de l'autre jeune homme ne lui plait pas. Il ne comprend pas également pourquoi sa répartie a décidé de foutre le camp le jour où il en a vraiment besoin. Mais quand il entend le rire d'Harry résonner dans son oreille, il décide de ne pas y prêter attention et se contente de reprendre une gorgée de whisky.

La conversation dérive vers le travail de courtier de William et les études de médecine d'Alexandre. Eggsy en profite pour découvrir que son amant est capable de décontraction et peut, dans un contexte familial, se laisser aller à être taquiné par quelqu'un d'autres que lui. Il en sait pas comment se sentir à propos de ça. A chaque remarque sur eux, sur son âge, Eggsy se tend et détourne le regard. Harry l'a sûrement remarqué car il s'applique à changer de sujet et n'a pas enlevé sa main de son genou. Mais c'est sans compter sur la famille de son mentor qui veut vraiment faire sa connaissance.

« Donc, Eggsy, comment avez-vous trouvé le manoir ? » l'interroge William.

« C'est une maison magnifique. Vraiment. On a pas eu le temps de visiter les jardins mais… »

« Trop occupés à tester la literie ? » coupe Alexandre, hilare. « Oncle Harry, à ton âge ! Mais je suis sûr que c'est uniquement pour ça que tu en as pris un aussi jeune. »

Les rires sont coupés par Eggsy qui se lève, bafouillant un Excusez-moi avant de se diriger vers la porte du salon. Il suit le couloir, l'esprit perturbé par ce qu'il vient d'entendre. Il sait que c'est une blague, une blague qu'il fait lui-même en plus, constamment. Mais, dans la bouche d'un membre de la famille d'Harry, il a tout à coup l'impression que sa relation avec Harry est anormale, presque malsaine. Et il déteste ça. Il se déteste aussi de penser ça. Il arrive enfin devant la porte vitrée qu'il a aperçue en arrivant et qui donne sur un immense balcon.

Ce 14 juillet n'est pas trop chaud, d'après ce que lui a dit son mentor. Le vent frais qui passe dans sa nuque le fait frissonner. Il s'accoude à la rambarde et contemple le paysage qui s'offre à lui. Si on en croit les films américains, chaque fenêtre de Paris donne sur la Tour Eiffel : en tout cas, cela s'applique à l'appartement des Hart. La Dame de fer se dresse fière dans le soleil couchant, attendant la nuit pour s'illuminer et célébrer la fête Nationale.

Il se passe une main sur le front, fatigué. Qu'est-ce qu'ils peuvent penser dans le salon ? Il n'aurait jamais dû se lever. Il aurait dû sortir une réplique assassine comme il le fait si souvent avec Charlie. Il aurait dû se défendre, dire qu'il aime Harry comme il l'est : autoritaire, expérimenté et sensuel. Il aurait dû faire tellement de choses. Il grogne, donne un coup de pied dans le béton et grimace de douleur.

« Eggsy ? »

Cette voix, grave et douce, il la connaît par cœur. Il entend Harry s'approcher, sent son parfum français qu'il ne porte que quand il n'est pas en service l'entourer puis le voit se mettre dans la même position que lui, leurs bras s'effleurant légèrement. Le silence les enveloppe. Eggsy sait qu'il doit commencer, qu'Harry attendra le temps qu'il faudra.

« Je suis désolé. Je sais pas ce qu'il m'a pris. » chuchote-t-il, cherchant enfin le regard de son amant.

« Tu n'as pas à être désolé, Eggsy. Alexandre n'est pas connu pour sa subtilité, comme William d'ailleurs, mais Olivia a dû le mettre en garde. »

Sa main vient trouver la nuque d'Eggsy qui ferme les yeux. Harry ne lui en veut pas.

« Je pensais que ça irait. » continue Harry. « Alex est un jeune homme vif. Son humour est proche du tien, par moment. Je pensais vraiment que ça ne te dérangerait pas, au contraire. C'est à moi de te demander de me pardonner, Eggsy. Je t'ai mis dans une situation gênante et je… »

« Non. Harry. C'est moi. » coupe Eggsy en se redressant. La main qui le caressait tombe sur le flanc de son propriétaire qui ne le lâche pas des yeux. « C'est juste que je viens de me rendre compte de ce que les autres peuvent penser de nous, en nous voyant. Ça me dérange pas quand on se promène à Londres ou quoi car je me fous des gens. Mais ta famille, Harry… » Il expire fort et commence à marcher de long en large. « Je veux dire, c'est des personnes importantes pour toi. Je voudrais pas qu'ils pensent que je suis avec toi pour l'argent ou que je suis ton toy boy ou je sais pas quoi. Je veux qu'ils comprennent qu'entre nous c'est sérieux et que je t'aime pour de vrai. »

Le regard que lui lance Harry à la fin de sa tirade le touche plus que tous les mots car Harry a compris. Il a compris de quoi a peur Eggsy, son envie de plaire et de faire partie d'une famille. Leur famille. Il franchit alors, en deux enjambées, la distance qui le sépare de son mentor et l'embrasse. Ses bras autour des hanches musclées le rapprochent encore plus près alors que leurs langues se mêlent, se retrouvant et se redécouvrant une nouvelle fois. C'est Harry qui arrête le baiser, en se reculant légèrement, ses pouces caressant ses pommettes.

« Je t'aime, Jeune homme. C'est tout ce qui compte. »

Eggsy hoche la tête et sourit, retrouvant son air insolent.

« Je crois que j'ai un peu flippé. »

« A peine. » plaisante Harry. « Es-tu prêt à retourner dans l'arène, désormais ? Alex m'a promis de te ménager mais je ne le crois pas une seconde. »

Eggsy lui fait un clin d'œil, sa langue claquant contre son palet. Cette fois, il est prêt et ça va péter.