Note : en ce jour de match du top 14, voilà un nouveau chapitre toujours pour Some et pour fêter son anniversaire et de nouveau relu par Nalou que j'embrasse fort.

Le rugby est le plus beau des sports (pour moi) et c'est un des chapitres qui m'est venue en premier.

Bonne lecture !


Il vérifie une dernière fois qu'il a mis assez de bières au frigo et que les pizzas sont en train de décongeler quand la cloche de l'entrée retentit dans toute la maison. JB se redresse dans son panier, grognant en direction de la porte. Il le calme d'une petite tape sur la tête et va ouvrir à ses amis d'enfance qui s'impatientent s'il en croit le deuxième coup de sonnette plus appuyé.

« Putain, les gars ! Pas besoin de réveiller toute la baraque. »

Jamal, un grand noir au visage fin, ricane et entre, frappant dans l'épaule d'Eggsy en passant devant lui alors que Ryan, son autre ami d'origine irlandaise, s'excuse d'un haussement d'épaules.

« On avait peur que t'aies pas entendu la première fois tellement c'est grand. »

Eggsy serre la main de son ami avant de le prendre dans ses bras. Ca fait trop longtemps. Derrière eux, Jamal est en train de s'extasier devant la décoration de snob d'Harry.

« Bordel, Eggsy. C'est trop classe. Ton coloc est un aristo ou quoi ? »

« Presque. » répond Eggsy en fermant la porte derrière le rouquin. « J'ai de la chance. »

« Il dira rien qu'on vienne chez lui comme ça ? »

« Non non. Il est cool. »

Ryan siffle son approbation et se dirige vers la cuisine en hurlant un « bière ? » tonitruant tandis que Jamal entre dans le salon et se jette sur le canapé. Ses amis se sentent à l'aise chez lui, c'est déjà ça. Reste plus qu'à expliquer le reste. Heureusement qu'Harry est en mission à l'autre bout du monde, ça va lui faciliter les choses. Il rejoint en même temps que Ryan, Jamal dans le salon où l'écran plat est déjà allumé sur le match de rugby. Irlande-Angleterre, à Twickenham, ça ne se rate pas.

« Faut qu'on vous explose. Ca permettra aux gars de bien attaquer la Coupe du Monde. » s'exclame l'Irlandais en tombant sans grâce sur le Chesterfield d'Harry. Une goutte de bière tombe sur l'assise, tâchant le cuir élimé alors que Ryan passe ses jambes au-dessus de l'accoudoir. Eggsy grimace : si Harry était là…

Eggsy est heureux d'avoir ses potes avec lui. Après leur week-end parisien, il a décidé d'enfin leur dire qu'il sort avec Harry. Ça ne sert plus à rien de le cacher et il a envie de le partager avec ses deux plus proches amis qui ont toujours été là pour lui. Jamal l'a hébergé quand Dean le jetait de chez sa mère sans poser aucune question. Quand il déclenchait une baston, Ryan était toujours à ses côtés pour l'aider. Ils ont vécu, ensemble, des choses qu'aucun parent souhaite pour ses enfants mais qui est la réalité de leur quartier. Jusqu'à ce qu'Eggsy s'en sorte grâce à Harry. Ils ne peuvent que bien réagir…

Le match commence, mise en jeu côté Anglais. Aux premiers échanges, Ryan sort un billet de dix livres et le pose sous le sachet de chips qu'il a ramené de la cuisine.

« Dix balles sur un écart de 7 points pour nous. »

« Je te suis mais pour 15 de plus pour l'Angleterre. » répond Eggsy.

« Vu comme c'est parti, je vais aussi miser sur les Trèfles. » grimace Jamal en sortant également un billet de son portefeuille.

Eggsy fait semblant d'être blessé, donne un coup sur l'épaule du grand noir qui ricane en se protégeant avec un coussin.

« Traitre. Heureusement que t'as jamais fait ça chez les flics. »

La blague les fait rire tous les trois. Ils retournent leur attention sur le match, commentant chaque action, criant leur joie lorsque des points sont marqués. A la mi-temps, l'Irlande mène pour son plus grand malheur. Il se lève pour aller chercher d'autres bières. C'est le meilleur moment pour leur avouer. Ils vont en parler un peu et le match recommencera. Ca évitera les questions en trop. Ryan et Jamal sont au courant (ils ont été les premiers) pour ses préférences et ça ne les dérange pas. Ils s'en foutent mais veulent pas connaître les détails. Il ne leur a jamais présenté personne, Harry sera donc un choc, il en est certain.

Il prend le temps de respirer, ses mains à plat sur le plan de travail. Il fait rouler ses épaules, étire sa nuque. C'est une des missions les plus difficiles qu'il ait jamais eu. Récupérant les boissons et mettant les pizzas au four, il revient au salon où ses amis se foutent joyeusement de sa gueule lorsqu'ils voient ses jeux de PS4 à côté des romans classiques d'Harry. Eggsy pose les bouteilles sur la table basse, n'oubliant pas les sous bock, et les rejoint.

« Eh vieux ! T'as été obligé de les lire ces bouquins ? Même Mrs Teminston a jamais essayé. »

« Tu ranges aussi tes caleçons par couleur du coup ? » ajoute Jamal.

« Ce serait du plus mauvais goût. » commente une voix derrière eux.

Eggsy se retourne d'un seul mouvement. Harry se tient dans l'encadrement de la porte, droit, un sourcil élégamment levé, clairement en attente d'explications. Il regarde son mentor, une moue désolée sur le visage et fait rapidement les présentations.

« Harry, c'est Jamal et Ryan, mes potes. Les gars, voilà Harry Hart. »

Harry pince ses lèvres fines. Evidemment, il a remarqué qu'il n'a pas précisé la relation qu'ils entretiennent. Ca ne semble pas déranger ses amis plus que ça car ils s'approchent afin de serrer la main au propriétaire des lieux, le remerciant de les accueillir. Eggsy sourit. Harry a souvent cet effet-là : son charisme de gentleman force les gens à plus de politesse.

Les mecs se rassoient à leur place, prenant une nouvelle bière. Eggsy est toujours debout, cherchant comment parler à Harry sans être trop flag. C'est pourquoi il accueille le ding du four comme un signe de dieu. Il traverse le salon alors que le match reprend et profite que l'attention de ses potes soit fixée sur la télé pour prendre la main de son mentor jusqu'à la cuisine. Harry se laisse faire. Etrangement, son amant semble s'amuser de la situation alors que, selon lui, il devrait être plutôt en rogne de trouver deux gars de l'East End en train de tâcher son mobilier.

« Mais qu'est-ce que tu fais déjà là ? » chuchote Eggsy une fois dans la pièce. Il sort les pizzas du four tandis que son mentor s'adosse au mur. Les bras croisés sur sa poitrine, sa position autoritaire est tellement sensuelle que si les mecs n'étaient pas là, Eggsy serait déjà à genoux.

« La mission s'est terminée plus tôt. Je pensais que ça te ferait plaisir. »

« Evidemment que je suis content que tu sois rentré avant. » souffle-t-il. « On a juste un problème de timing. »

« Tu ne leur as pas encore annoncé ? »

« On parle pas d'autre chose pendant un match de rugby, Harry. J'attendais la fin. »

Il s'approche doucement, jette un coup d'œil dans le salon pour voir si ses amis sont toujours aussi concentrés et embrasse enfin son amant. L'échange est tendre, délicat.

« Tu m'as manqué. » murmure-t-il se reculant. « Je suis désolé de ne pas pouvoir plus te le montrer. »

« Plus tard. » propose Harry avant de reprendre ses lèvres quelques secondes. « Veux-tu que je vous laisse ? »

Eggsy secoue la tête. Ce sera la meilleure façon que ses potes rencontrent son amant. Ça devait pas se passer comme ça mais il est un agent Kingsman, il sait improviser et s'adapter à n'importe quelle situation.

« Si passer la soirée avec du rugby, de la bière, des pizzas et trois mecs qui ne se sont pas vus depuis des siècles ne te dérangent pas, tu peux rester. »

« Cela me rappellera mes jeunes années à l'Université. »

« T'as fait du rugby ? » Harry hoche la tête et Eggsy grogne. « Putain. Trop sexy. Viens, je vire les gars et tu me montres ce que tu sais encore faire dans la chambre ? »

Harry s'écarte en riant.

« Va. Je me prends un verre de Lagavulin et j'arrive. »

Eggsy soupire exagérément et prend les pizzas. Au salon, ses potes l'acclament comme une star et se jettent sur la nourriture sans détourner leur regard de l'écran, lui refaisant le match. Harry arrive quelques minutes plus tard, cravate et veste délaissées, un verre à la main. Il prend place à côté de lui, posant un bras sur le dessus du canapé, derrière lui. Même pris dans le match, il sent très bien les doigts de son mentor dans ses cheveux à chaque fois qu'il se laisse tomber dans le dossier. Ça lui plait, le fait trembler d'excitation malgré ses amis à côté qui ne remarquent rien. Il oublie tout, se concentrant sur les picotements que produisent le contact de sa peau avec celle de son mentor.

C'est pour cela que lorsque son équipe marque un essai décisif, les faisant revenir au score à trois minutes de la fin, annonçant ainsi la victoire quasi certaine de l'Angleterre, il ne se retient plus et embrasse Harry dans un cri. Il prend son visage en coupe, enfouit sa langue dans la bouche de son amant qui grogne son accord et pose complétement sa main sur sa nuque. Quand il revient à lui, se redressant avec rapidité, ses deux amis le regardent stupéfiés, figés dans une posture ridicule, la bière à mi-chemin entre leurs lèvres et les yeux grands ouverts.

Il cherche de l'aide chez son amant, espérant qu'il lui donne une explication plausible à tout ça. Sauf qu'Harry semble vraiment amusé par la situation et le regarde par-dessus son verre de Scotch, l'air de dire Voyons comment tu vas te démerder avec ça.

Puisqu'il n'aura rien d'Harry, il boit une gorgée de bière pour se donner du courage. Qu'est-ce qu'il y a de plus à dire de toute façon ?

« Bon. Ben. Voilà… Je crois que vous avez compris les gars. Moi et Harry, on sort ensemble. Sérieux. Et c'est pas juste comme ça. C'est pour de vrai. »

Nouvelle gorgée de bière avec laquelle il s'étouffe lorsqu'il voit Ryan sortir à nouveau son portefeuille et tend un billet de 5 à l'autre jeune homme.

« On te connait, mec. On savait très bien que si tu créchais chez ton type de mec, tu arriverais à te le faire. Sauf votre respect, M'sieur, mais personne résiste longtemps à Eggsy. » dit Ryan.

Harry approuve d'un signe de tête.

« Et vous avez parié quoi donc ? »

« Que tu nous le dirais aujourd'hui. Enfin, j'ai parié que tu nous le dirais et Ryan que t'y arriverais pas. J'avoue, c'était facile. On s'est pas vu depuis des mois et tu nous invites dans ton palace pour un match qu'on pourrait voir au pub ? Pas à nous, mate. » continue Ryan.

Le sourire qu'il offre à ses meilleurs amis en dit beaucoup plus que les mots. De toute façon, on dit jamais ces choses-là dans son quartier. Harry se lève, sa main trouvant sa place sur son épaule.

« Voulez-vous rester diner, Messieurs ? Je suis certain qu'Eggsy serait ravi de vous avoir encore un peu avec lui. »

Et, alors que ses potes approuvent à grand renfort d'adjectifs, Eggsy se dit qu'il a vraiment de la chance.