Note : Et voici le 17 ! En espérant qu'il vous plaise (surtout à toi, ma SCN, à qui je souhaite une nouvelle fois un bon anniversaire !)

Nalou, merciiiiiiiiiiiiiiiiiii !


Eggsy replace sa cravate comme il faut, ferme le premier bouton de sa veste à fines rayures et frappe à la porte vitrée où le nom de son mentor est inscrit en lettres dorées stylisées. Habituellement, il entre sans s'annoncer, s'amusant de l'air blasé d'Harry face à ce qu'il juge être de l'impolitesse. Mais, cette fois-ci, la convocation semble trop sérieuse pour chercher à emmerder Harry. Il a eu droit au papier à en-tête de l'agence, c'est pour dire.

Il entend la voix chaude de son amant lui ordonner d'entrer. Il pousse la porte et pénètre dans la pièce, trouvant Harry debout à son bureau en train de remplir un attaché-case de documents. Sans lever le regard de sa tâche, il lui fait un signe de tête vers le fauteuil en cuir brun. Eggsy s'y assoit, croisant les jambes comme on lui a appris, la cheville droite sur son genou gauche.

« C'est quoi cette convocation officielle ? On va rencontrer la Reine ou un truc du genre ? » lâche-t-il après cinq minutes de silence inhabituel.

« Presque. Pas celle à laquelle tu penses, en revanche. »

Harry se redresse et lui fait un clin d'œil.

« Nous allons protéger une princesse iranienne pendant son déplacement à Londres. En étant les plus discrets possibles, évidemment. »

« Elle a pas assez de thunes pour se payer des gardes du corps à elle ? »

« Sa famille a reçu des menaces de mort et ils ont peur qu'elles proviennent de l'intérieur. Par conséquent, c'est à nous d'agir. Je te brieferai dans le taxi. Nous allons passer à l'armurerie avant de partir. »

Sa mallette fermée, Harry se dirige vers la porte. Exagérant, il la lui tient le temps qu'Eggsy se lève de son fauteuil et sorte du bureau à son tour. Ils parcourent côte à côte le long couloir où les portraits des anciens agents les regardent de la même manière, comme si les peintres avaient voulu fixer l'expression hautaine de supériorité des Kingsman. Il lève les yeux au ciel. Plutôt mourir que de devenir comme ça.

En bas de l'escalier de bois, Charles est derrière son comptoir, son mètre de couturier autour du cou, pendant sur son chandail noir. Autre point fixe dans l'univers Kingsman. Charles ne bouge que lorsqu'il doit faire le costume d'un agent. Pour les autres clients, ceux qui entrent vraiment que pour se faire un costume, il y a Henry et Tim, les deux aides tailleurs qu'il n'a fait que croiser. Eggsy ne reste jamais bien longtemps dans la boutique. Harry fait un léger signe de tête à Charles, demande si la salle 3 est libre et pousse sur la poignée laquée.

Seuls face au grand miroir, Eggsy tire sur le crochet du porte-manteau et suit Harry dans l'armurerie. Il est toujours impressionné par cette salle où chaque arme est exposée comme dans un magasin de luxe, les vitrines de chênes attirant l'œil du client vers un stylo-plume Conway Stewart contenant une neurotoxine létale, un briquet grenade ou une Bremont aux multiples fonctions.

Il s'approche des Oxfords, se demandant s'il pourrait en redemander une paire pour remplacer celles qu'il a pourri dans le Gange lors de sa dernière sortie avec les autres recrues. Les nouvelles ont des lacets extensibles et incassables. Pratique.

« Sors ton Glock 17, s'il-te-plaît, et viens le déposer ici. »

La voix d'Harry le tire de ses réflexions. Il serre la mâchoire. L'ordre est étonnant. Comment peut-il protéger qui que ce soit sans arme ? Pensant à une nouvelle épreuve concoctée par Merlin, il déboutonne sa veste et retire son flingue de son holster, hésitant une micro-seconde avant de se rappeler qu'Harry ne le mettrait jamais volontairement en danger. Il le met sur le plateau en argent et se recule d'un pas. Il se sent nu, désarmé comme ça. Malgré les autres gadgets qu'il porte sur lui, son flingue a un côté vachement rassurant.

Il regarde Harry traverser la pièce jusqu'au mur du fond.

« Le pistolet Kingsman est unique, basé sur un TT-30 russe. En plus des munitions traditionnelles, il tire des cartouches de fusils pour des situations à bout portant. Tu n'as qu'à charger une des 5 balles différentes, selon l'effet escompté. Les rouges sont des cartouches normales. Les jaunes et les oranges ne sont pas mortelles mais peuvent blesser très fortement. Les vertes sont remplies de plombs qui peuvent transpercer de part à part un mur en béton armé. Les violettes sont chargées d'un gaz qui attaque les voies respiratoires et tuent en trois minutes. Je te conseille d'avoir toujours deux cartouches de chaque couleur sur toi, ainsi qu'un chargeur de rechange. Pour la personnalisation de la crosse, nous verrons cela en rentrant. »

« Attends deux secondes. J'ai droit à un K ? »

Dire qu'il est sur le cul est loin de la vérité. Aucune recrue n'a le droit de porter un pistolet K. Ils ont appris à tirer avec seulement il y a deux semaines et c'était, encore, sans les balles spéciales. Il se rapproche d'Harry pour le regarder dans les yeux, cherchant une lueur qui lui indiquerait qu'il se fout en fait de sa gueule. Mais rien. Harry a cet air bienveillant, patient, comme s'il attendait qu'il se remette de sa surprise pour enfin de se mettre au travail.

Harry attrape une arme et la lui tend. La crosse légèrement plus fine s'adapte parfaitement à sa main tremblante. Il n'arrive pas à comprendre pourquoi ni comment. Il veut poser toutes ces questions à Harry mais ce dernier a déjà récupéré ce dont il avait besoin et l'attend près de l'évier dans le sas.

Il regarde une fois de plus le pistolet et le range dans son holster en souriant comme un idiot. Il faut absolument qu'il appelle Roxy. Il traverse l'armurerie presque en courant. Sans prévenir, Harry le plaque contre le mur en carrelage blanc, dans le point aveugle de la caméra. Et il embrasse, mord ses lèvres, désorganise sa coiffure qu'il a passé un temps fou à faire ce matin. Le baiser est affamé, comme si ça faisait des mois qu'ils ne s'étaient pas embrassés. Eggsy sent ses jambes le lâcher alors il s'accroche aux épaules puissantes de l'autre homme qui prend et reprend sa bouche encore et encore. Quand les lèvres fines le relâchent enfin, Harry lui offre un sourire fier.

« Bienvenue chez Kingsman. »