Note : Avant-avant dernier chapitre donc avant-avant dernier merci à Nalou pour sa bêta et avant-avant dernier joyeux anniversaire à mon acolyte de rêve, SomeCoolName.
En espérant que ce chapitre vous plaise, bonne lecture !
Le dîner de la veille avait été une victoire mitigée : Michelle et lui avaient réussi à échanger des paroles aimables et cordiales mais ils étaient loin de la franche conversation qu'Eggsy aurait souhaitée. La mère de son amant l'avait, cependant, invité à nouveau pour le dimanche suivant, augurant un réchauffement de leurs rapports. L'effort doit venir des deux parties de toute façon. C'est à cela qu'il pense quand Merlin entre dans son bureau après un léger coup frappé à la porte. Harry lève le nez du dossier qu'il n'a pas pu finir la veille sous peine d'être encore plus en retard et croise le regard étonné de son ami au-dessus de son bureau.
« Tu es toujours sur le compte-rendu R-430 ? Je pensais que tu l'avais envoyé à Berlin hier soir. »
« Je n'ai pas eu le temps de le finir. J'étais déjà bien en retard pour un dîner avec Eggsy. »
Harry retourne à son travail tandis que Merlin s'assied dans le siège en cuir peu confortable, le seul de libre, servant à mettre mal à l'aise les visiteurs. Il remonte ses lunettes et s'installe comme il peut, regardant Harry mettre le point final à son dossier.
« Dis ce que tu as à dire, Merlin. » ordonne Harry sans lever les yeux de la feuille qu'il complète de son écriture serrée. Il connait son ami : lorsque ses doigts s'agitent dans ce rythme infernal, c'est qu'il a quelque chose de déplaisant à annoncer. Il l'entend remuer, se racler la gorge avant de lâcher.
« Je suis au courant de tout. »
Harry ferme les yeux un instant. Il n'a pas besoin de plus pour comprendre qu'ils vont enfin avoir la conversation qu'il veut éviter depuis toute cette dernière année. Il se redresse, se laisse tomber contre le dossier de son fauteuil et ancre son regard sombre dans celui réprobateur de Merlin.
« Que veux-tu que je te dise si tu sais tout ? »
« Ne joue pas à ça avec moi, Harry. »
« Je ne joue pas. C'est toi qui as commencé avec ta phrase sibylline. »
« Je sais qu'Eggsy et toi vous couchez ensemble. »
Silence. Harry n'aime pas le ton qu'a pris Merlin, il n'aime pas les émotions qui brillent dans ses yeux. Il n'aime pas lire ce qu'il y lit, il ne veut pas savoir ce que son ami pense de sa relation avec Eggsy. Elle n'appartient qu'à eux et à eux seuls. Il se penche, pose ses mains sur le bureau. Ses sourcils se froncent, son front se plisse. Menaçant.
« Cela ne te regarde pas. »
« Au contraire. »
« Non. Tu veux juste satisfaire ta curiosité malsaine. »
Il sait toujours comment faire mal et voit qu'il a touché juste.
« Vous avez 24 ans de différence. Tu as formé son père. Il a l'âge d'être ton fils, putain, Harry. » grogne Merlin.
« Ce n'est pas un problème si ça ne l'est pas pour nous. Ce ne sont, de toute façon, pas tes affaires. »
« Si. Il était sous ta responsabilité comme sous la mienne. Je ne pensais pas que tu pourrais l'utiliser pour ce genre de choses. »
« Je ne l'ai jamais utilisé. Eggsy est tout sauf innocent, je t'assure. Tu ne le connais pas. »
« Parce que tu le connais mieux ? »
« Bien mieux, Merlin. Je prends le temps de l'écouter et de savoir ce qu'il veut vraiment. »
Harry reste calme. Il ne veut pas donner à Merlin de quoi le piéger. Il n'a pas besoin de cela pour remettre sa relation avec Eggsy en question, il le fait très bien lui-même. L'autre homme se frotte les yeux sous ses lunettes. Ses lèvres sont pincées.
« Je dois savoir lorsque mes agents entretiennent une liaison afin de limiter les risques sur le terrain. C'est une variable à prendre en compte. » reprend Merlin plus calmement.
« Je ne vois pas pourquoi. »
« Tu sais très bien qu'une relation entre agents peut avoir des conséquences lors d'une mission. Il suffit d'une dispute domestique pour mettre en danger des civils. »
« Tu as mis plus d'un an avant de t'en rendre compte. C'est la preuve que notre travail n'en pâti pas. »
« Aujourd'hui, oui. Mais que se passera-t-il quand le gamin tombera vraiment amoureux de toi et que tu le laisseras tomber comme tu as fait avec tous les autres ? »
Harry lâche un rire grave qui résonne dans le bureau et fait naître une moue désapprobatrice sur le visage de l'autre homme. Il s'essuie une larme factice et s'adosse à nouveau, son sourire caché derrière sa main.
« Tu n'as rien compris, mon ami. »
« Alors, explique-moi. Parle-moi. Je m'inquiète sincèrement, Harry. Tu es le meilleur agent que nous avons et Eggsy prend la même voie que toi. Je n'aimerais pas perdre l'un de vous à cause d'une histoire de sexe. »
« Il y a bien plus que du sexe entre nous. »
« Je te demande pardon ? »
Il éclate de rire à nouveau. La variable romantique n'a jamais été prise en compte par Merlin et ça plait à Harry de le voir aussi abasourdi. Il se lève et vient se poser face à son ami qui se met debout à son tour.
« Je ne te dirai qu'une chose, Merlin. Tu n'as pas à t'inquiéter pour nous. Ni pour Eggsy, ni pour moi. »
« Harry. Je dois savoir. Je veux bien passer sur le fait qu'Eggsy était encore ta recrue quand vous avez commencé mais je dois savoir si je peux toujours vous mettre ensemble sur une mission sans risque. »
« Vous êtes toujours pas allés bouffer ? »
La porte claque contre le mur, dévoilant Eggsy, les bras chargés de classeurs, qui s'avancent pour lâcher sa cargaison sur son bureau à lui dans un souffle soulagé. Harry lui sourit, heureux du timing de son amant. Il s'approche de lui, passe une main sur ses reins. Le jeune homme se raidit, surpris et regarde Merlin, qui a l'air exaspéré. Lorsqu'Harry se penche pour l'embrasser, relevant son menton doucement d'une main tandis que l'autre s'égare sur sa nuque, il se retire rapidement.
« Mais qu'est-ce que tu fous ? » murmure-t-il en regardant son ancien instructeur, désorienté.
« Je prouve à Merlin qu'il n'a pas à s'en faire. »
Et il reprend les lèvres d'Eggsy qui ne semble toujours pas avoir compris quoique ce soit mais qui se laisse faire, emporté par l'ardeur du baiser et le fait que ça ne semble pas gêner Harry que Merlin assiste à cet échange langoureux. Justement, c'est le soupir de Merlin qui les oblige à se reculer. Harry passe un bras autour des épaules de son partenaire qui croise les bras sur son torse et affiche un air insolent comme pour se protéger.
« Je pense » commence à Harry en regardant droit dans les yeux son ami « que nous pouvons demander l'ajout d'une place au restaurant. Nous avons plein de choses à nous dire. »
