Para 1
Lundi 5 septembre 2011 : 20h36
Blair serra l'enveloppe tellement fort dans sa main que ses ongles s'enfoncèrent dans sa paume. Le papier soigneusement plié qu'elle avait glissé dans la poche de son manteau paraissait peser des tonnes.
Elle ferma les paupières, contrairement à ce qu'elle avait dit à Dan, une partie d'elle, celle qui tambourinait comme une folle dans sa poitrine, avait espéré que ce soit l'enfant de Chuck. Bien sûr, sa raison, elle, approuvait totalement les résultats qu'elle venait de découvrir.
S'il y avait bien une chose qu'elle savait à propos de Chuck Bass, c'est qu'être père n'était pas à l'ordre du jour. Son style de vie était à l'opposé de celui d'une vie de famille. Il ne supportait même pas les animaux.
Pas plus tard qu'il y trois heures, Gossip Girl avait diffusé un blast de lui renvoyant un pauvre cabot à la fourrière. Ce n'était certainement pas pour s'encombrer d'un moutard dans les pattes, quand bien même il serait le sien.
Les autres blasts de l'été avaient clairement établi qu'il avait renouer avec ses anciens démons. Une fille différente à chaque soirée et à chaque bras !
Mais encore, elle ne s'était pas attendu à autre chose de sa part, après qu'il l'ait renvoyée dans les bras de Louis alors qu'elle avait choisi de rester dans les siens.
Le taxi s'arrêta le long du trottoir et elle inspira une grande goulée d'air en levant les yeux vers les néons rouges sur le toit de l'Empire.
Quoi qu'il en soit, elle voulait le lui annoncer elle-même. Elle ne tenait pas à ce qu'il l'apprenne par autrui et qu'il se pose la question - totalement justifiée - de sa possible paternité. Même si c'était la dernière chose au monde qu'il souhaitait, il avait le droit de savoir. Il avait le droit de continuer sa vie sans la moindre équivoque quand à leur relation terminée.
Elle paya le chauffeur et se dirigea vers le portier.
- Bonsoir, Mademoiselle Waldorf, ça faisait longtemps.
- Bonsoir, Georges.
Elle gratifia l'employé d'un petit sourire mièvre. Elle avait si souvent franchi le seuil de cet hôtel ... leur hôtel ... son hôtel, se corrigea-t-elle.
Elle s'engagea dans le corridor qui menait à l'ascenseur privé et son sang se mit à courir dans ses veines à la vue du beau brun qui lui tournait le dos.
- Chuck, appela-t-elle en se rapprochant.
Il se figea en entendant sa voix prononcer son nom.
Il l'entendait régulièrement dans ses songes, quand elle accourait vers lui pour lui annoncer qu'il s'était trompé, qu'elle ne pouvait pas être heureuse sans lui, même avec un prince.
Cependant, le rêve finissait toujours pas prendre fin pour laisser place à la réalité et les paroles réelles de la jeune femme repassaient en boucle dans son esprit.
« Tu l'aimes vraiment ton prince, n'est-ce pas ?
- Oui, mais pas comme je t'aime toi. Avec Louis, c'est un amour plus simple, plus léger. C'est lumineux, il me rend heureuse.
- Et moi, non !
- Ce qu'on a, c'est la passion. C'est intense, dévorant, ça nous consume entièrement. Le bonheur est bien peu de chose à côté de ça. Peu importe combien nous nous déchirons, on revient toujours l'un vers l'autre au final. »
Mais cette fois, il veillerait à ce que ce ne soit pas le cas.
Son cœur se serra au souvenir des paroles d'Eléanor.
« Son conte de fée est en train de se réaliser, elle n'a pas besoin que le grand méchant loup ne vienne tout gâcher encore une fois. Il est temps que tu lui fasses tes adieux, définitivement. »
Elle méritait d'être heureuse. Elle méritait son prince et son conte de fée. Elle méritait bien plus encore. Bien plus qu'il ne pourrait jamais lui donner.
- Chuck, répéta-t-elle.
Son cœur rata un autre battement et il prit conscience qu'il ressentait à nouveau les choses.
Dire qu'il avait essayé tous les trucs d'Humphrey sans succès (il avait même adopté un chien !) alors qu'il lui suffisait d'entendre le son de sa voix pour que toutes ses sensations reviennent en moins d'une seconde.
Il carra la mâchoire avant de lui faire face.
- Qu'est-ce que tu fais là, Blair ? questionna-t-il du plus froidement qu'il put, haletant.
Si son cœur saignait, il n'était pas le seul. La douleur physique de ses côtes fissurées se réveillait en même temps que les plaies de son âme et c'était quasiment intolérable, comme si ses poumons se déchiraient à chaque inspiration ou expiration. Il ne savait pas lequel des deux en était le plus responsable mais il en eut le souffle coupé.
- Il faut qu'on parle, dit-t-elle sur un ton qui indiquait qu'elle ne changerait pas d'avis.
Mais sa voix faiblit quand elle vit son visage.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? s'inquiéta-t-elle, fixant sa pommette tuméfiée.
Dan avait dit que Chuck allait bien.
- Rien d'important, souffla-t-il en tentant de raccourcir sa respiration au maximum.
Les portes s'ouvrirent et il fit un pas en avant pour pénétrer dans la cabine. La souffrance se propagea en lui comme la foudre et il fit un autre pas pour ne pas tomber au sol, se raccrochant à la barre de fixation de la chambre métallique.
Le cœur de B s'affola lorsqu'elle vit ses beaux traits se tordre en un masque de douleur.
- Chuck, murmura-t-elle en posant une main sur son flan, inconsciente de ce que son geste provoquait.
- Ne me touche pas, parvint-il à articuler alors que son supplice augmentait.
La peine que ses mots instillèrent en elle, coupant comme une lame de rasoir dans sa chair tendre, fit jaillir les larmes dans ses yeux sans crier gare.
Il avait dit qu'il avait besoin de la laisser partir mais elle n'avait pas compris que ça impliquait qu'il ne supporterait plus sa présence.
Elle remercia silencieusement le ciel que le bébé soit de Louis, en reculant d'un pas.
Chuck respira le plus lentement qu'il le pouvait sans oser la regarder. Il savait que s'il croisait son regard il n'aurait pas la force de l'éloigner de lui.
Elle l'observait toujours quand Nate arriva à son tour.
- Merde ! lâcha l'héritier Archibald en apercevant son meilleur ami appuyé contre la paroi.
A vrai dire, il était plutôt recroquevillé sur lui même et il se cramponnait à la rampe de métal comme s'il allait s'effondrer d'une seconde à l'autre.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? interrogea-t-il en s'adressant à Blair.
La brunette lui jeta un regard ahuri, ne comprenant pas de quoi il parlait.
- Hé ! Man, ça va ? demanda-t-il en posant sa main sur l'épaule de Chuck.
Ce dernier resserra son emprise sur la barre de fixation et ses jointures devinrent blanches. Il avait l'impression que sa cage thoracique était en feu.
Nate se mordit la lèvre inférieure. Pourquoi est-ce qu'il posait toujours des questions stupides quand il avait la réponse évidente sous les yeux ?
Il appuya sur le bouton de fermeture des portes. Il aurait voulu aider son meilleur ami mais il ne savait pas trop comment faire sans le faire souffrir d'avantage. Dan avait sans doute trouvé un moyen de faire revenir ses sensations physiques.
A moins que ce ne soit Blair, pensa-t-il en jetant un coup d'œil à la brunette, blanche comme un linge.
Chuck tenta de réprimer une envie de tousser sans y parvenir et comme il s'y attendait, ce fut pire que tout le reste. Il fit un effort pour aspirer de l'air malgré tout mais ses voies respiratoires ne coopérèrent pas et il eut l'impression qu'il allait étouffer.
Le tintement de l'ascenseur résonna et Nate l'empoigna par un bras, le décollant de la paroi.
- Aide-moi, enjoint-il B, qui restait pétrifiée par le spectacle d'horreur qui se déroulait sous ses yeux.
Elle sentait ses jambes trembler sous elle mais réussit tout de même à faire obéir son corps à son commandement.
- Pas comme ça ! intervint encore l'héritier Archibald lorsqu'elle voulu passer son bras autour de la taille de Chuck.
Elle suspendit son geste, interrogeant Nate du regard.
- Il a plusieurs côtes fêlées, l'informa-t-il. Prend son bras !
A eux deux, ils amenèrent le jeune homme jusqu'à sa chambre, tout en évitant Monkey qui avait bien l'intention d'accueillir joyeusement son nouveau maître.
Nate renvoya le pauvre corniaud dans la cuisine, tandis que Blair obligeait Chuck à s'allonger sur son lit
- J'appelle un médecin, déclara-t-elle en décrochant son smartphone.
Mais le jeune homme au regard ténébreux posa sa main sur la sienne pour l'en empêcher.
- Il en a déjà vu un, déclara Nate depuis l'embrasure de la porte. Dan ne te l'a pas dit ?
Non, il ne lui avait rien dit !
L'héritier Archibald disparut dans la salle de bain attenante, les abandonnant un instant.
Blair observa son ancien amant qui grimaçait alors qu'il tentait d'inspirer et d'expirer le plus normalement possible. Impuissante à le soulager, elle se contenta de serrer ses doigts dans sa paume, aussi fort que son cœur se contractait dans sa poitrine.
Nate revint avec un verre d'eau et les médicaments que le médecin avait prescrits quelques jours plus tôt et que Chuck avait catégoriquement refusés de prendre.
- Donne ! ordonna la brune en s'emparant du flacon.
Elle passa un bras sous la nuque de Chuck pour l'aider à se redresser un peu et glissa les gélules entre ses lèvres avant d'y porter le récipient pour l'aider à boire.
Il avala difficilement les antalgiques, son œsophage le brûlant également, puis se laissa retomber sur son oreiller, paupières closes.
Il sentit la main de Blair frôler son front pour écarter une mèche de ses cheveux et la caresse de ses doigts sur sa pommette bleuie le fit frissonner.
- Le médecin a aussi recommandé de maintenir ses côtes en place pour éviter une fracture plus importante et minimiser la douleur au maximum, expliqua Nate en posant un bandage sur les genoux de B.
Il empoigna son ami par les deux coudes et l'assista pour s'asseoir tandis que la jeune femme s'employait à déboutonner sa chemise.
Un geste qu'elle n'imaginait pas refaire un jour, encore moins dans ces circonstances.
Un hoquet de surprise s'échappa de ses lèvres et ses pupilles se dilatèrent quand elle prit connaissance de l'énorme ecchymose qui s'étalait sur son torse.
Elle se saisit du bandage et entreprit de le placer méthodiquement autour de la cage thoracique de Chuck pour maintenir ses côtes et apaiser son martyre.
Quand elle eut terminé, elle plongea son regard dans celui du jeune homme.
- Merci, dit-il avant de baisser les yeux sur ses mains manucurées à la perfection.
Son cœur se réchauffa et un petit sourire timide se nicha sur ses traits malgré la peine qui étreignait toujours son thorax en notant ses ongles lilas, même s'il savait qu'il n'en n'avait pas le droit.
Il n'en n'avait plus le droit.
Elle serait heureuse à présent, se promit-il.
Lundi 5 septembre 2011 : 22h13
Blair claqua violemment la portière du taxi qui venait de la déposer à Brooklyn. Elle était furieuse et Humpty Dumpty ne perdait rien pour attendre.
Elle grimpa les étages de l'immeuble (sans ascenseur) quatre à quatre, pressée d'en découdre avec Dan.
Ce dernier eut à peine le temps d'ouvrir la porte qu'elle était au milieu du loft.
- Comment as-tu osé me faire ça, Humphrey ? cria-t-elle.
Le jeune homme aux cheveux hirsutes sentit une goutte de sueur couler le long de son échine.
Elle avait tout découvert !
- Je t'ai demandé comment allait Chuck et tu m'as dit qu'il allait bien ! hurla-t-elle.
Ses yeux lançaient des éclairs.
Il poussa un « ouf » de soulagement, il ne s'agissait que de Chuck ... Encore et toujours !
L'amertume s'empara de lui et il sentit l'irritation s'accumuler dans ses veines à cette réalisation.
Ne tournerait-elle donc jamais la page ?
Elle avait lu les résultats, elle était enceinte de Louis, Bon Dieu !
Et tout ce qui l'a tracassait, c'était le sort de ce multimillionnaire pédant !
- Et il va bien, lui assura-t-il.
- Bien ? Tu appelles ça bien ? éructa-t-elle. Il a eu un accident de moto, plusieurs côtes fêlées et il a payé des types pour le tabasser.
Nate s'était mis à table sans se faire prier.
- Non, ça c'était avant ! fit remarquer Humphrey. Je t'ai dit que je veillerais sur lui pour toi et c'est ce que j'ai fait. Le syndrome de Burgein est comme un syndrome poste traumatique. Les gens peuvent devenir aveugle, paralyser ou ne plus rien ressentir du tout. Dans son cas, le traumatisme, c'est que tu l'aies quitté. Il faut qu'il retrouve des sensations ...
En réalité, c'était Chuck qui l'avait quitté et non l'inverse, songea-t-elle. S'il n'avait tenu qu'à elle ...
- Et on y travaille, continua Daniel. C'est pour ça que je lui ai ramené un chien et ...
- Ce chien est censé me remplacer ? s'offusqua-t-elle.
- Oui ... Quoi ? Non ! Ce que je veux dire, c'est que ... il vaut mieux qu'il retrouve des sensations positives plutôt que négatives et ... se lier émotionnellement avec un être vivant qui dépend entièrement de lui est déjà un pas de géant pour Chuck ...
- Hé ! Il est capable de prendre soin des personnes qu'il aime ...
- En t'échangeant pour un hôtel contre une nuit de sexe avec son oncle ? questionna Dan sans la laisser finir.
- C'était ... ce n'est pas ...
- Ce n'est pas quoi ? Ce à quoi ça ressemble ? Bien sur que si ! Il te considérait comme sa propriété, un objet, ni plus, ni moins ! Je ne comprends même pas comment tu as pu un instant hésiter entre Louis et lui. Il est arrogant, égoïste et ...
- Ça suffit ! s'agaça Blair. Je n'ai pas besoin que tu soulèves tous les défauts de Chuck. Mais contrairement à ce que tu crois, il a aussi des qualités. Quand on le connaît ...
- Ouais, ben franchement, personnellement je le connais de mieux en mieux, grâce à la promesse que je t'ai faite et je ne vois pas de quoi tu parles. Si je l'aide ...
- Si tu l'aides ? Non mais tu rigoles ou quoi ? C'est ça que tu appelles aider ?
- Il a recouvré ses sensations ou pas ? demanda Dan.
- Oui et c'était horrible, commenta Blair en repensant au moment de la soirée qu'elle avait passé à l'Empire.
- L'important, c'est qu'il en soit sorti. J'espère au moins qu'il n'a pas utilisé ça comme prétexte pour essayer de te récupérer.
« Rentre chez toi, ton prince t'attend. Il n'approuverait sûrement pas de te savoir ici. »
Non, il n'avait pas tenté de la retenir, au contraire.
Un sentiment de tristesse s'insinua en elle et elle sut qu'il ne la quitterait pas de toute la nuit, ni les jours à venir d'ailleurs.
Lundi 5 septembre 2011 : 23h58
«- Si je suis venue, c'est parce que j'avais besoin de te parler.
- Non, tu n'as pas besoin de me parler. C'est à Louis que tu dois parler désormais. Pas à moi.
- Je suis enceinte.
Le temps suspendit son cours et sa respiration se coinça dans sa gorge, mais cela n'avait rien à voir avec ses côtes fêlées.
- C'est le bébé de Louis, ajouta-t-elle très vite.
Il aurait pu jurer que les tessons de son cœur ricochant sur le sol s'étaient entendus jusqu'à l'autre bout de New York à cette annonce.
Elle portait le bébé de Louis, elle allait donner naissance à leur enfant et serait la plus belle princesse que Monaco - où n'importe quel autre État - ait jamais connue.
Elle voulut s'avancer vers lui mais il fit un signe de la main pour lui indiquer que c'était inutile.
- Je ne voulais pas que tu l'apprennes par quelqu'un d'autre et que tu te demandes si c'était peut-être le tien.
- C'est très attentionné de ta part. Je suis certain que tu as dû être soulager de ne pas porter ma progéniture. Ça aurait pu compliquer ton conte de fée.
- Ce conte de fée est déjà compliqué, répondit-elle, le cœur en exergue.
- Tu devrais vraiment rentrer retrouver ton prince, murmura-t-il.
- Oui, j'y vais. Il m'attend. »
Il avait fermé les paupières quand il l'avait entendue s'éloigner.
Ses deniers mots avaient lacéré encore un peu plus son cœur quand la porte s'était refermée derrière elle.
« Une partie de moi aurait vraiment voulu qu'il soit de toi. »
Des larmes roulèrent sur ses joues sans qu'il puisse rien y faire. La torture présente était bien pire que tout ce qui lui avait déjà été infligé. Ses côtes fracturées, sa pommette tuméfiée, l'indifférence et le mépris de Bart, la fausse mort d'Élisabeth, sa trahison et son départ, encore, les sales coups de Jack, tout ça n'était rien comparé à ce qu'il ressentait en cet instant.
La seule chose qui s'en rapprochait était la culpabilité qu'il ressentait pour tout le mal qu'il avait causé à la femme de sa vie. Celle-là même qui portait l'enfant d'un autre dans ses entrailles. Celle qui était fiancée et serait bientôt unie pour le reste de sa vie à un prince qui la rendait heureuse et lumineuse. Bien plus heureuse et bien plus lumineuse qu'il ne le pourrait jamais.
Il avait pris la bonne décision pour Blair, cependant, le savoir n'allégeait pas son affliction pour autant. Pourtant, il referait exactement le même choix pour celle qu'il aimait si cela se représentait. Parce qu'elle méritait bien mieux que lui. Elle méritait ce qu'il y avait de mieux et il ne serait jamais rangé dans cette catégorie.
Monkey poussa la porte avec sa truffe et trottina jusqu'au matelas puis sauta sur le lit pour s'installer à côté de son maître. Il posa sa petite gueule sur son bras et resta là, à partager sa peine.
- Hé, man, est-ce que ça va ? s'inquiéta Nate depuis le seuil de la chambre. Est-ce que tu veux que je rappelle le médecin ?
Chuck ne répondit pas, sa gorge laissait à peine passer l'air qu'il s'efforçait de respirer le plus lentement possible pour diminuer la pression sur ses flans.
- Si tu veux un truc plus fort, il y en a certainement dans ta pharmacie. Tu as plus de drogues là-dedans, prohibées ou non, que dans un hôpital entier, je parie.
Mais son meilleur ami resta silencieux.
- Hé, mec, tu sais que je suis là si tu as besoin, dit-il encore.
A nouveau seul le silence se fit entendre dans la pièce.
Nate pivota sur lui-même, le fils de Bart n'avait pas pour habitude de s'étaler sur ses états d'âmes, il préférait de loin les noyer dans l'alcool.
- Elle est enceinte, prononça Chuck.
Sa voix semblait venir d'outre tombe.
L'héritier Archibald se retourna vers le jeune homme allongé sur son lit.
- Elle est quoi ? demanda-t-il en pénétrant plus avant dans la chambre.
- Tu as bien entendu, articula encore avec difficulté le jeune Bass.
- Est-ce que ...
- Non, c'est celui de Louis, répondit Chuck avec un sourire cynique avant que la question ne quitte les lèvres de son meilleur ami.
- Je suis désolé, offrit ce dernier.
- Pas moi, indiqua le propriétaire de l'Empire. C'est bien mieux comme ça, crois-moi. Au moins rien ne la rattache à moi.
Mardi 6 septembre 2011 : 00h12
Louis la regardait sans ciller.
Son cauchemar était donc devenu bien réel.
Quand la journaliste lui avait rapporté les paroles de son futur époux à propos de sa non-intention de paternité immédiate, elle avait pensé qu'il avait peut-être dit ça pour éviter que la presse ne les harcèle à ce sujet.
Cependant, devant son visage fermé et ses traits durcis, force était de constater qu'il pensait réellement chaque mot qu'il avait avancé au magasine Hello.
- Tu ne comprends pas que c'est beaucoup trop tôt ? Je ne veux pas qu'un nouveau scandale vienne éclabousser la monarchie monégasque. Albert a déjà bien assez de frasques à son actif, particulièrement dans ce domaine ! Et ma mère sera furieuse ! Une princesse enceinte le jour de son mariage, ce serait jeté la honte sur la famille Grimaldi toute entière, ça pourrait me coûter ma place dans l'ordre de succession au trône. Ce n'est pas ce que tu veux, non ?
- Non, bien sur que non, répondit Blair, le cœur en miettes. Mais ... alors ... qu'est-ce que ...
- On aura tout le temps d'avoir d'autres enfants plus tard, quand le moment sera venu, la coupa-t-il.
Elle ne pouvait pas croire qu'il lui demandait ça.
Comment pouvait-il envisager de se débarrasser de leur enfant encore si minuscule ?
Certes, comme l'avait relevé Louis, ce n'était encore qu'un embryon, mais dans son cœur, il était bien plus qu'un amas de cellule.
Il était le futur, l'avenir, un enfant qui rirait et qui pleurerait et qu'elle se sentait le devoir de protéger même si elle n'avait pas choisi le moment de sa venue.
Bien sûr, elle aurait menti si elle avait proféré que l'idée ne l'avait pas effleurée, mais si brièvement qu'en réalité, elle pouvait dire sans mentir qu'elle n'avait pas considérer l'avortement comme une option véritable.
Elle se leva et se dirigea vers la salle de bain.
Une larme roula sur sa joue qu'elle ne prit pas la peine d'essuyer.
Elle avait le sentiment qu'elle en verserait encore plus d'une dans les semaines et mois avenir.
Des années, lui souffla une petite voix qui s'échappait de son cœur.
