Merci beaucoup x-Beautiful Blass-x, gossipgril1711, noemaie and Moozanna.
Merci aussi aux personnes qui ont mis ma fic dans leurs favoris ou followers.
Comme dit, les paras sont plus longs que d'habitude. J'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur.
Para 3
Mercredi 23 mai 2012 : 11h46
Le soleil était presque à son zénith quand Blair s'installa à sa fenêtre, ce matin là. Elle laissa un instant la chaleur pénétrer son visage, fermant les paupières à la lumière vive de l'astre rayonnant.
Chuck s'était levé tôt. Elle avait senti ses lèvres sur son front dans un demi-sommeil alors qu'il lui murmurait son amour.
Elle avait été incapable de se rendormir après qu'il eut quitté les draps et avait décidé qu'elle pouvait peut-être faire un brin de toilette.
Elle avait traîné dans la baignoire, l'eau chaude détendant ses muscles endoloris par le manque d'exercice de ces derniers mois, passés dans son lit pour la plus grande majorité du temps.
Elle ne savait pas si c'était la vitamine D ou le manque de Chuck mais elle résolut de s'habiller et de descendre déjeuner avec lui. Il était certainement dans le bureau de sa mère, qu'il avait en quelque sorte fait sien depuis qu'il s'était installé avec elle en rentrant de l'hôpital.
Il lui avait assuré qu'il serait là pour elle à chaque instant et il avait tenu parole. Sans lui, elle ne sait pas comment elle aurait fait pour tenir le coup. En passant devant sa coiffeuse, elle opta pour un peu de maquillage. Juste pour camoufler son teint trop pâle.
Un peu de coquetterie ne pouvait pas faire de mal et l'homme de sa vie le valait bien. Elle ne l'avait pas vraiment épargné durant cette période de profonde tristesse. Elle avait même souvent oublié qu'elle n'était pas la seule à avoir perdu cet enfant.
Samedi 10 mars 2012 : 00h36
Chuck ferma les yeux et la serra tout contre lui, tremblante, au milieu de la nuit. Il se doutait que ce moment serait encore bien pire que le reste. Ça l'était pour lui aussi.
Mais il se devait d'être fort pour elle. Il lui devait au moins ça, après tout ce qu'elle avait traversé. Il ne pouvait s'empêcher de se blâmer pour ce qui s'était passé bien que Nate lui ait appris que l'accident n'en n'était pas un.
Serena et lui avaient réussi à confondre Tripp, qui gisait au fond d'une cellule à présent. Cependant ça n'allégeait pas sa peine pour autant.
Il n'aurait pas dû se laisser submerger par sa colère à l'encontre de ces deux détritus après qu'elle lui ait eu annoncé qu'il était le père du bébé. Seulement, ça avait été plus fort que lui. Il avait vu rouge.
Comment ce sale type de Brooklyn avait-il pu abuser de sa confiance à ce point là ?
Daniel Humphrey avait prétendu vouloir l'aider à aller mieux. Il avait passé du temps avec lui, il avait même pensé un moment que c'était grâce à lui qu'il devenait meilleur. Mais pendant tout ce temps ce pauvre type les manipulait, Blair et lui, pour le compte du prince de Monaco.
Louis avait eu connaissance de la grossesse de Blair quasiment à la seconde où la confidence avait quitté ses lèvres dans le loft de Brooklyn. Il avait utilisé Dan pour parvenir à ses fins et ce dernier avait été plus que ravi d'intervenir et de trouver un moyen d'éloigner définitivement la brune de Chuck.
- Je suis là, je n'ai pas l'intention de te laisser traverser cette épreuve sans moi. Tu n'es pas toute seule, dit-il d'une voix qu'il voulait la plus forte et la plus rassurante possible.
- Je n'y arriverai pas, je n'en n'aurai pas la force, hoqueta-t-elle.
- Bien sur que si … tu es forte … bien plus forte que tu ne le crois. Tu es Blair Waldorf.
- Ça n'a rien à voir, cette fois j'ai perdu une partie de moi, tu comprends ? s'emporta-t-elle contre lui en se dégageant de son étreinte.
Chuck blêmit mais ne cilla pas. Il accusa le coup et avala sa salive avant de répondre d'une voix brisée.
- Je comprends parfaitement, oui.
Blair se mordit la lèvre inférieure, il avait raison, elle n'était pas seule, lui aussi avait perdu ce bébé, à peine quelques heures après avoir appris qu'il était le sien.
Elle se coula à nouveau dans ses bras en se remémorant les heures précédant l'accident.
Elle avait foncé à l'Empire après avoir découvert que le test de paternité avec été truqué, d'une manière si stupide que ça en était consternant.
Vendredi 7 octobre 2011 : 16h00
Blair avait raccroché le combiné le cœur en charpie. Chuck ne voulait pas de ce bébé.
Pourquoi avait-elle cru qu'il serait prêt à accepter l'enfant d'un autre ?
Parce qu'il avait adopté un cabot ?
Parce qu'il était devenu meilleur ?
Quelle idiote !
Il n'était pas dans les intentions de Chuck Bass de devenir père, elle avait eu raison, elle le savait lorsqu'elle lui avait annoncé sa grossesse ce soir là. Elle essuya les larmes qui perlaient à ses cils.
Elle avait bêtement cru que ce serait plus simple avec Louis. Mais sa réaction n'avait pas été celle qu'elle avait espérée de son prince non plus. Elle avait grincé des dents quand la journaliste lui avait rapporté les propos de Louis, qui disait que fonder une famille n'était pas dans ses projets immédiats.
Cependant, elle ne s'attendait pas à ce qu'il lui demande purement et simplement de se débarrasser de cet embryon mal venu. Elle avait cru avoir mal entendu, mais c'était bien les mots qu'il avait prononcés, mettant en avant le fait qu'il ne pouvait pas permettre à un scandale supplémentaire d'éclabousser la couronne de Monaco.
Il avait usé de tous les arguments pour la conforter dans l'idée que ce n'était pas le bon moment et qu'ils auraient tout le temps de faire d'autres enfants plus tard. Utilisant même des raisonnements de poids en adéquation avec ses rêves de toujours.
Il avait prôné l'amenuisement de sa possibilité à être un jour une femme puissante, reconnue pour elle-même, incluant l'impossibilité de mener de front des études continuées à l'université avec un protocole déjà plus que chargé, sans y inclure un nourrisson.
Il avait habillement joué sur ses angoisses à être une mère présente pour son enfant et sur son habilité à être à la hauteur de faire mieux que sa propre mère dans pareilles conditions.
Et comme une petite oie blanche, elle s'était laissée mener par le bout du nez.
Vendredi 7 octobre 2011 : 21h19
Elle vit le visage de Chuck se décomposer comme elle lui expliquait plus en détail ses faits et gestes de l'après-midi.
Elle s'était présentée à la clinique où Louis avait pris rendez-vous pour elle des semaines en amont, bien décidée à en finir avec toute cette histoire, finalement, malgré les doutes qui l'assaillaient, démunie devant le peu de possibilités qui s'offraient à elle.
- Mais lorsque j'ai vu la copie des résultats du test de paternité dans le dossier médical, je n'ai pas pu. C'était au dessus de mes forces. J'ai quitté la clinique avant même d'avoir atteint la salle de curetage, déclara-t-elle en pleurs.
Elle reprit une profonde inspiration mais ne prit pas la peine de chasser les larmes qui inondaient ses joues.
- Je suis rentrée, folle de rage, et j'ai comparé les deux exemplaires. Louis n'a pas mit dix minutes avant de m'avouer ce qu'ils avaient fait. Et je suis venue ici directement, mais tu n'étais pas là, alors j'ai attendu, ajouta-t-elle.
La colère avait grondé tout à coup en lui comme un volcan qui entre en éruption.
Ce fils de ...
Il avait fait semblant d'être son ami.
Il l'avait laissé s'approcher, lui accordant sa confiance.
Il avait cru qu'il prenait soin de Blair alors qu'en fait, il faisait tout le contraire.
Samedi 10 mars 2012 : 00h17
Chuck se tenait devant elle, tremblant. Elle pouvait lire le désespoir sur ses traits, tendus par la peur et la douleur. Le même que celui qui transparaissait sur les siens depuis la nuit où son enfant était mort. Les pilules qu'elle comptait avaler parsemaient le sol de la salle de bain.
- Ne les laisse pas gagner, s'il te plaît, ils ont déjà fait assez de dégâts comme ça, dit-il les yeux suppliants en repensant à cette journée horrible d'octobre qu'elle avait traversée sans lui à ses côtés et à la nuit qui s'en était suivie.
Il fit un pas en sa direction et posa sa main sur la sienne, qui enserraient toujours le verre d'eau où dansait encore le liquide transparent.
- Tu as dis qu'il fallait plus que moi pour te détruire, reprit-il presque à voix basse, hésitant, après quelques instants. Ne me dis pas que Louis et Dan ont réussi … Je t'en supplie, ne me fais pas ça. Tu as toujours été là pour moi, tu m'as toujours soutenu, envers et contre tout. Même après tout le mal que je t'ai fait, tu t'es toujours relevée.
Blair le dévisagea.
- Je partagerai tout avec toi … ta peine …ta douleur … ta détresse … je serai là pour toi, tu pourras t'appuyer sur moi, j'encaisserai tout, mais ne m'abandonne pas, toi aussi. Je ne m'en relèverai pas cette fois, l'implora-t-il des larmes au fond des yeux.
Elle ne l'avait jamais vu aussi bouleversé, même après la mort de Bart.
- Pardon, demanda-t-elle en s'effondrant pratiquement au sol.
Il la rattrapa in extremis et elle se blottit dans ses bras, laissant à nouveau éclater ses pleurs.
Il la serra tout contre lui, si fort.
- On s'en sortira, je te le promets, souffla-t-il à son oreille en étouffant un sanglot à son tour. Ne me laisse pas ... s'il te plaît ... ne t'en va pas ... tout le monde s'en va toujours.
- Serre-moi, serre-moi, surtout ne me lâche pas, répondit-elle.
Il les laissa glisser lentement jusqu'au sol et resserra encore son étreinte autour d'elle avant de laisser enfin couler ses larmes sans retenue. Elle était là, dans ses bras, peu importait les blessures. Avec elle, pour elle, il trouverait la force de tout surmonter.
Il était là, il la serrait dans ses bras, il partageait sa peine et sa douleur. Sa chaleur la réchauffait malgré le froid qui la submergeait de l'intérieur. Il l'avait sauvée après cet accident qui avait emporter leur bonheur renaissant et il la sauverait encore, il serait toujours là.
Elle se raccrocha à lui, de toutes ses forces, elle avait désespérément besoin de lui. Il était le seul qui puisse un tant soi peu atténuer le mal qui la dévorait.
Leur fils aurait dû naître aujourd'hui.
Mercredi 23 mai 2012 : 11h56
Elle chassa ses larmes et entreprit de réparer les dégâts à son maquillage tout frais. Elle sourit faiblement à son reflet dans le miroir en pensant à Chuck. Il avait vraiment été sa bouée de sauvetage pendant toutes ses semaines.
Il avait raison, elle était Blair Waldorf et si Chuck Bass n'avait pas réussi à la détruire, ce n'était pas Louis Grimaldi ni Daniel Humphrey qui réussiraient. Elle devait à l'homme qui l'aimait de se battre.
Elle avait versé plus de larmes qu'un peuple entier, il était temps de prendre son courage à deux mains et de faire face au monde extérieur. Elle allait s'habiller et elle se rendrait à ses prochaines séances de psychothérapie sans rechigner.
Elle devait s'appliquer à remonter la pente, à cicatriser ses blessures, même si elle n'ignorait pas que ce serait long et difficile. Elle ne pouvait pas abandonner l'homme qu'elle aimait au bord du chemin. Elle lui devait au moins d'essayer. Parce qu'elle savait qu'il serait là pour l'aider à se relever à chaque fois qu'elle trébucherait.
Lundi 28 mai 2012 : 9h07
Blair quitta sa chambre pour rejoindre la cuisine avant que Dorota ne lui apporte un plateau.
Son employée et amie s'inquiétait pour elle. Elle était comme un mère, une mère présente et attentionnée. Elle l'avait accompagnée lors de son voyage en enfer, elle aussi, et elle voulait lui faire savoir qu'elle commençait à aller mieux.
Arrivée sur le palier, la brunette entendit des voix qui résonnaient depuis l'entrée, au bas des escaliers.
- Je suis ta mère, tu as signé pour ça aussi ! Que ça te plaise ou non, je m'inquiète pour toi !
- Je vais bien, je t'assure, répondit la voix grave de Chuck.
- Tu peux peut-être faire croire ça à Blair, qui n'est pas en état de voir ce qui se passe autour d'elle, mais pas à moi, déclara Lily.
- Laisse Blair en dehors de ça ! s'emporta-t-il, immédiatement sur la défensive.
- Je n'ai rien contre ta petite-amie. Je sais qu'elle traverse un moment difficile et que tu veux la protéger. Mais pendant ce temps, qui te protège, toi ?
- Je n'ai besoin de personne pour me protéger !
- On croirait entendre ton père !
- Je n'ai rien de commun avec lui !
- C'est pour ça que tu refuses de venir à la soirée donnée en son honneur ? Et que tu te fiches de ton héritage ? Il n'y a pourtant pas si longtemps tu te serais battu toutes griffes dehors pour sauver ce qui reste de Bass Industrie.
- Les choses changent, Jack peut bien faire ce qu'il veut, c'est sa guerre, pas la mienne ! J'ai d'autres priorités !
- C'est bien ce qui m'inquiète, justement, reprit-elle plus calmement. Écoute, que tu veuilles prendre tes distances avec ce ton père t'a laissé, je peux le comprendre. Mais ce n'est pas une raison pour nous laisser tomber, il n'y a pas que toi qui soit impliqué dans cet héritage.
- Je sais et je n'ai pas l'intention de te faire faux-bond, je serai là pour la réunion du conseil et je voterai dans ton sens, mais pas la peine d'espérer me voir à la réception dans un mois.
- Bien ! Et qu'en est-il de tes affaires à toi ? Il ne sera pas aussi facile de sauver l'Empire. Quand bien même tu y démissionnerais du conseil également, il n'est pas certain que cela suffirait. Quant à ton nouveau projet à Brooklyn, as-tu seulement idée de quand reprendront les travaux ?
- J'ai contacté Donaldson, il a promis de m'appuyer, mais de toute façon la seule garantie que j'avais à mettre en gage c'était l'Empire.
- On pourrait peut-être l'intégrer à Bass Industrie, suggéra Lily
- Pour la faire plonger encore un peu plus ? inutile de prendre ce risque.
- Comme tu voudras, mais essaie au moins de te ménager un peu et n'oublie pas que je suis là. Il n'y aucun mal à demander le l'aide. Tu penses peut-être n'avoir besoin de personne, mais tu ne tiendras plus bien longtemps à ce rythme là. Ça fait des mois que tu portes tout ça sur tes épaules.
- Je tiendrai tant qu'elle aura besoin de moi, répondit-il, déterminé.
Les yeux de Lily se posèrent sur son fils adoptif, elle aurait voulu pouvoir soulager sa peine mais il n'y avait rien qu'elle puisse faire. La seule personne qui en avait le pouvoir n'avait même pas conscience de ce qu'il traversait.
Son téléphone sonna. Elle décrocha aussitôt en voyant le nom de sa fille qui s'affichait à l'écran.
- C'est Serena, on devait se retrouver pour déjeuner, il y a une demi-heure au moins, expliqua-t-elle.
- Passe-lui le bonjour, dit Chuck en appuyant sur le bouton de l'ascenseur pour sa mère adoptive, avant de s'éloigner vers la cuisine, à la recherche de Dorota.
Blair resta plusieurs minutes immobile en haut des marches après que Lily eut pris l'ascenseur. La conversation qu'elle venait de surprendre la laissait perplexe. Depuis plusieurs mois maintenant elle s'était enfoncée dans la déprime, pour ne pas dire la dépression. Elle était incapable de ressentir quoi que ce soit à part le vide et la peine.
Elle se fichait bien de ce qui se passait dehors. Elle, qui avait été si longtemps la reine de l'Upper East Side, se désintéressait totalement de son royaume. Elle n'avait même pas repris les cours à Columbia. Elle n'avait pas le courage d'affronter tous les regards interrogateurs et moqueurs suite à sa « mésaventure » avec le Prince de Monaco.
Heureusement, personne, à part son entourage, ne savait ce qui s'était réellement passé. Elle ne voulait surtout pas que cela se sache. Elle imaginait bien que les journaux avait dû faire étalage de leur rupture mais elle ignorait en quels termes. Elle ne les avait pas regardés, ni même lus, pas plus que les commentaires de Gossip Girl qui n'avaient pas dû manquer.
Elle était bien loin de ses préoccupations et elle savait que Chuck veillerait à ce que ses secrets soient bien gardés. Mais elle n'avait pas pensé une seule seconde à la manière dont il s'y prendrait pour le faire, ni comment il affronterait tout ça. Elle était bien trop accaparée par sa propre souffrance pour pouvoir y réfléchir.
Elle descendit les escaliers et se rendit à la cuisine.
Tout en nettoyant une casserole, Dorota s'adressait à Vanya qui fermait un sac poubelle.
- Je me demande bien pourquoi je me fatigue encore à faire la cuisine, de toute manière aucun d'eux ne mange.
Vanya la regarda d'un air désolé, il connaissait l'affection que sa femme avait pour Miss Blair.
- Tu ne peux pas lui reprocher de ne pas avoir d'appétit après ce qu'elle a vécu, imagine si nous avions perdu Anna, répondit-il en frémissant rien qu'à cette idée.
- Je sais bien, mais cela fait des mois que ça dure et il n'y a pas que Miss Blair. C'est à peine si Monsieur Chuck touche à son assiette. Et il ne dort pas non plus, il passe son temps à la regarder dormir, au cas où elle ferait un cauchemar. Et le reste du temps, il se bat contre ce prince de malheur qui fait toujours des siennes. Comme s'il n'avait pas déjà fait assez de mal comme ça !
Elle jeta un regard plein de sous-entendus à son mari
- Je sais parfaitement à quoi tu penses mais mes cousins ne s'en prendront pas à un membre de la monarchie européenne. Il y a des codes aussi dans la mafia et on ne les transgresse pas, dit Vanya le plus sérieusement du monde.
Dorota fit la grimace mais ne répliqua rien de plus. Elle resta un instant interdite en apercevant la jeune brunette sur le pas de la porte.
- Miss Blair, vous vous êtes levée, vous vous sentez mieux ? Je peux faire quelque chose pour vous ?
- Tu sais où est Chuck ? demanda-t-elle de plus en plus décontenancée.
- Monsieur Chuck est dans le petit bureau, il prépare une réunion, je crois.
Vanya jeta un coup d'œil un peu coupable à Dorota. Quelles bribes de leur conversation Miss Blair avait-elle surprises ?
Cette dernière s'avança jusqu'à la pièce indiquée, la porte était mal fermée, elle la poussa doucement. Chuck était assis derrière le bureau, la tête dans ses mains. Il la releva en l'entendant entrer.
Elle s'avança vers lui et il se leva aussitôt pour venir à se rencontre.
- Tu te sens mieux ? demanda-t-il en prenant ses mains dans les siennes. Tu as fait un autre cauchemar ?
Elle l'observa un instant. Il avait les traits tirés. Il semblait épuisé.
- Non, pas depuis celui de cette nuit.
Il lui sourit, soulagé qu'elle ait pu dormir un minimum, les cauchemars s'espaçaient un peu depuis quelques jours.
- Est-ce que ça va ? lui demanda-t-elle soudain.
Son sourire se figea un instant mais il se reprit aussitôt
- Pourquoi tu me demandes ça ?
- Tu as l'air fatigué, dit-elle simplement.
- J'ai pas mal de boulot, c'est tout. D'ailleurs, je vais devoir m'absenter pour une réunion cet après-midi.
Il remarqua l'air inquiet de B et s'empressa d'ajouter
- Je ferai le plus vite que je peux et Dorota ne bougera pas avant que je ne sois là.
Elle acquiesça. Pourquoi lui mentait-il ? De quoi voulait-il donc tant la protéger ? Sa situation était-elle à ce point difficile ?
Il regarda sa montre et l'embrassa sur le front avant de sortir de la pièce. Il devait voir Jack avant la réunion du conseil d'administration. Elle le suivit jusqu'à la porte et le regarda s'éloigner. Il passa une main sur son visage et poussa un soupir en attendant l'ascenseur.
Il y avait manifestement quelque chose qui ne tournait pas rond. Les paroles de Lily lui revinrent en mémoire. Était-elle vraiment incapable de voir ce qui se passait sous son nez ? Depuis combien de temps la situation avait-elle dégénérée pour lui ? Depuis sa sortie de la clinique ? C'était il y a des semaines déjà !
Prise d'une pulsion subite, Blair s'installa à la place où se trouvait Chuck quelques instants plutôt. Elle ouvrit le PC qu'il avait laissé sur le bureau. Ses dossiers professionnels étaient protégés par un mot de passe, bien entendu ! Elle en essaya plusieurs mais n'arriva pas à débloquer l'accès. Elle jura.
A peine une seconde plus tard, une alerte de Gossip Girl clignota au bas de l'écran. Elle cliqua dessus et le site de la commère s'ouvrit immédiatement.
« Le loup sortirait-il à nouveau de son antre ? Il aurait donc fini de penser ses plaies ? Apparemment les mauvaises langues avaient tort, il n'est ni mort, ni en exil. Quoi que d'un point de vue social, ça fait longtemps qu'un nouveau monarque règne sur la ville » indiquait le commentaire sous la photo de Chuck qui sortait de l'immeuble.
Le sang de B ne fit qu'un tour.
De quoi parlait donc cette petite peste ?
Elle parcouru l'historique des dernières semaines en zigzag. Elle soupira, soulagée, il avait réussi à caché son secret. Son cœur se serra en pensant à nouveau à la perte de son bébé. Elle fut surprise en constatant qu'elle avait réussi à penser à autre chose pendant quelques minutes.
Le mieux pour démêler toute cette histoire était sans doute de reprendre tout depuis cet horrible jour. Elle entreprit donc de tout reconstituer dans l'ordre chronologique malgré la douleur qui lui étreignait le cœur.
Elle tria les blasts, ne s'attardant que sur ceux qui l'intéressaient. Elle les enregistra dans un nouveau dossier avant de les lire tous à la suite pour avoir une meilleure vue de l'évolution de la situation. Au fur et à mesure que les pages défilaient, elle sentit son cœur s'alourdir encore. Elle pouvait à peine en croire ses yeux.
07-10-11 : « Les rumeurs de rupture grouillent même dans la presse. Lorsque les princes s'affrontent c'est en général le sang du peuple qui est versé. Mais, pour une fois, c'est Chuck Bass en a fait les frais. Malheureusement pour lui, il semble qu'il ait perdu la bataille. Son état serait critique. Quand à la future princesse de Monaco, nul ne sait où elle est passée » titrait le premier blast de GG remontant à cette journée fatidique.
Suivait une photo de Chuck sur un brancard alors qu'on le sortait de l'ambulance qui l'avait transportée à la clinique. Il avait le visage en sang et ses yeux reflétaient une douleur immense.
10-10-11 : « On dirait bien que le Petit Prince de Monaco a capitulé devant le Roi de l'Upper East Side. Queen B aurait, elle aussi, été impliquée dans cet accident. Telle qu'on la connaît, elle s'enfuyait certainement avec son éternel amant » commentait la vipère sous une photo de Louis qui montait dans un avion privé.
21-10-11 : « Aperçue, Serena Van Der Woodsen sortant du penthouse Waldorf. Il paraît que sa meilleure amie est en fâcheuse posture. Serait-elle venue en renfort ? Le moins que l'on puisse dire c'est que l'ex-future Princesse de Monaco brille par son absence. Il vaut sans doute mieux pour elle, les touristes français seraient bien capables de la décapitée, telle Marie-Antoinette, s'ils mettaient la main dessus »
Une photo de S devant son immeuble était disposée au-dessus du blast de GG.
15-11-11 : « L'Empire serait en difficulté paraît-il, mon petit doigt m'a dit qu'un certain prince européen en était responsable. La monarchie aurait-elle un code de conduite ou figure la solidarité ? En tout cas, il semblerait que la rancune y soit inscrite en première place. »
02-12-12 : « Cette fois, c'est confirmé, l'Empire est à l'agonie. Mais dites-moi, ce n'est pas la première fois que cet hôtel est mis en péril pour les beaux yeux de notre Queen B, non ? Au fait, où est-elle ? Personne ne la revue depuis le combat des chefs. La belle aurait-elle été blessée dans la bataille. Une amie à moi m'a murmuré qu'elle aurait été aperçue il y a plusieurs semaines dans la même clinique que le Roi. Lui en voudrait-elle d'avoir gâché le rêve de sa vie ? En tout cas le moins qu'on puisse dire c'est qu'il est désormais plus seul que jamais. Son hôtel a été déserté aussi vite par les clients que le Titanic par les rats. Espérons pour lui qu'il ne finira pas comme eux. »
Une photo de Blair, montant dans une limousine, devant la clinique illustrait le post. Vue la date de ce dernier, elle avait été prise plusieurs semaines auparavant. Cette peste n'était pas vraiment à jour dans ses infos. Chuck avait dû réussir à faire obstruction jusque là. Mais vu la situation, il perdait sans nul doute de son pouvoir.
17-12-11 : « Mon dernier post était sans doute prémonitoire, L'Empire entraîne Bass Industrie dans sa chute. Il s'agit bien d'un véritable naufrage. Le monde du prince des ténèbres est bel et bien sur le point de s'écrouler et il n'est pas sûr que tonton Jack, arrivé hier d'Australie, soit là pour aider le roi déchu, qui a disparu de mon radar. Le loup se tapirait-il dans une nouvelle tanière ? Ce qui est certain c'est qu'il a renoncé à son Empire depuis longtemps. »
01-01-12 : « Il y a un nouveau Roi dans l'Upper East Side. La soirée d'Al Cunningham, de retour de pensionnat en Allemagne, la propulsé au premier rang. Il faut dire que sa fête était un hymne à la débauche. Le maître de cérémonie n'a apparemment rien à envier au prince des ténèbres. Le Roi est mort, vive le Roi. »
Plusieurs photos de la soirée suivaient le post. Il était vrai qu'elle était digne des soirées mémorables que Chuck organisait. Elle avait toujours détesté cet Alvin, ils étaient ensemble à la maternelle. Son père était une des figures de proue de New York depuis de nombreuses années. Sa mère l'avait emmenée avec elle en Europe lorsqu'elle avait quitté les États-Unis pour rejoindre sa patrie de naissance.
03-03-12 : « Qui a dit que Chuck Bass était mort ? Mais au purgatoire peut-être bien ! On vient de l'apercevoir quittant le siège de Bass Industrie. La rumeur veut qu'il soit devenu indésirable même dans sa propre société. Que penserait donc ce bon vieux Bart de ce que son fils a fait de son héritage ? Certainement rien de bien ! »
C'était le dernier post que B avait sélectionné, il n'y avait plus rien à propos de Chuck ou d'elle-même depuis, jusqu'à ce dernier blast qui venait de tomber.
Elle resta pensive devant l'écran pendant plusieurs longues minutes. Elle comprenait maintenant pourquoi Lily et Dorota s'inquiétaient pour le jeune homme. Si elle souffrait, il n'avait pas été épargné depuis l'accident lui non plus.
Lundi 28 mai 2012 : 20h24
Chuck rentra à l'appartement des Waldorf et se rendit directement dans le bureau d'Eléanor. La réunion avait pris plus de temps qu'il ne l'avait prévu. Il ne faisait plus de doute désormais qu'il ne ferait plus partie du conseil d'administration de Bass Industrie à la fin du mois prochain.
Il espérait que cela pourrait aider Lily et Jack à sauver ce qu'il en restait. Pour l'Empire, il ne se faisait plus aucune illusion. L'embargo téléguidé depuis Monaco avait fait son œuvre en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire.
Il supprima le post de Gossip Girl à son propos. Cette sale petite fouineuse n'avait donc pas autre chose à faire de sa vie que de s'intéresser à la sienne ? Heureusement qu'il avait réussi à préserver les événements qui avaient précédés le départ de ce fils de P. La dernière chose dont B avait besoin, c'était que tout le monde sache qu'elle avait été enceinte et qu'elle avait perdu le bébé.
Le jeune homme se rappelait combien elle avait été affectée lors de cette histoire de grossesse hypothétique alors qu'ils étaient encore à St Jude - Constance. Elle ne supporterait déjà pas que ses secrets soient étalés sur la place publique en temps normal, alors il n'osait même pas imaginer les dégâts que cela occasionnerait dans son état actuel.
- Monsieur Chuck, l'interpella Dorota en frappant au chambranle timidement.
Elle semblait plus anxieuse que d'habitude. Elle devait sûrement l'attendre.
- Qu'est-ce qui se passe, il y a un problème ? demanda-t-il inquiet.
- Je ne sais pas, mais Miss Blair a passé pas mal de temps hors de son lit, aujourd'hui. En fait elle est remontée dans la chambre, il y a, à peine une heure. Je crois qu'elle dort à présent.
Chuck sourit. Peut-être allait-elle enfin mieux. Il surprit son cœur à espérer, il ne savait pas trop quoi, sûrement juste une réaction de sa reine qui lui aurait permis de l'entrevoir à nouveau.
- Je vous ai gardé votre dîner au chaud, reprit Dorota, espérant que cette bonne nouvelle déteindrait sur lui.
- C'est gentil mais je n'ai pas faim, répondit-il.
Il lut la déception dans le regard sévère de la femme de chambre. Elle insistait toujours pour qu'il mange. Il savait qu'elle essayait de prendre soin de lui autant que de Blair, mais il était incapable d'avaler une seule bouchée, même pour lui faire plaisir.
Il grimpa les escaliers, il n'avait qu'une envie, prendre une douche et se mettre au lit pour pouvoir la tenir entre ses bras. Il ne pensait pas que devoir renoncer à faire partie du conseil de BI serait aussi difficile.
Il en voulait tellement à Bart de l'avoir élevé de la manière dont il l'avait fait et de lui avoir menti pendant toute son enfance, à propos de sa mère biologique et de tout le reste, qu'il avait cru que son ressentiment allégerait son affectation à tout ça.
Après cette histoire avec le père de Raina, il avait compris qu'il douterait toujours de Bart, même si tout n'avait été que mensonge au final. Il avait cru, à tort, que se débarrasser de son héritage l'aiderait à se sentir mieux mais il n'en était rien.
Il portait cette blessure en lui et la soirée en l'honneur de son père, le mois prochain, ravivait la douleur des mauvais souvenirs. Il n'imaginait que trop bien ce qu'il lui aurait dit s'il avait été là.
Il avait beau essayé de le dissiper, il ne pouvait effacer le regard de jugement de son paternel. Celui qu'il posait constamment sur lui quand il était adolescent. Bien sûr, faire un pas de côté était ce qu'il y avait de mieux pour la compagnie du grand Bartholomew Bass et il entendait parfaitement ses reproches depuis outre tombe.
Comment as-tu pu faire passer les intérêts de cette fille avant les tiens ?
Tu as tout gâché. Tu as détruit tout ce que j'avais accompli.
Je croyais pourtant que tu avais compris que les sentiments étaient nocifs pour les affaires.
Je savais que tu étais faible, tu as toujours été faible, depuis ta naissance.
Il chassa ses paroles de son esprit et entra dans la chambre, plongée dans le noir. Il n'alluma pas, de peur de la réveiller. Il ne voulait pas la priver du peu de sommeil paisible qu'elle pouvait avoir.
Il se faufila dans la salle de bain et passa sous la douche. Il laissa couler l'eau chaude sur sa nuque, il aurait voulu que tous ses problèmes glissent avec le savon dans le siphon.
Lundi 28 mais 2012 : 20h42
Blair l'entendit entrer dans la chambre et se faufiler dans la salle de bain sans allumer. Sans doute pensait-il qu'elle dormait, mais elle en était incapable. Depuis pratiquement une heure qu'elle était allongée là, elle ne cessait de ressasser les informations qu'elle avait glanées ici et là sur internet.
Il sortit de la douche et se sécha avec une serviette qu'il noua autour de sa taille avant de revenir dans la chambre. N'y tenant plus, elle alluma la lampe de chevet et se redressa sur un coude.
- Excuse-moi, je t'ai réveillée, dit-il en s'asseyant sur le lit.
- Non, je ne dormais pas, répondit-elle en s'approchant de lui.
Elle caressa son visage du bout des doigts, il frissonna.
Ça faisait si longtemps qu'elle n'avait pas fait ce geste.
Il ferma les yeux à demi, il adorait ça et ça lui faisait tellement de bien.
- Et puis, c'est plutôt à moi de m'excuser, continua-t-elle.
Il rouvrit les yeux. Il ne voyait pas de quoi elle parlait.
- T'excuser pour quoi ? l'interrogea-t-il.
- Pour ne pas avoir été là.
Elle plongea ses yeux dans les siens.
Comment pouvait-il supporter ça alors qu'elle s'était effondrée comme un château de carte ?
- Je suis allée sur le site de Gossip Girl cet après–midi, avoua-t-elle. Pendant que tu étais à ta réunion et j'ai aussi surfé sur le net.
Il la regarda, désarmé.
- Je suis désolé, je ne voulais pas te mentir, je voulais juste…
- Me protéger, termina-t-elle à sa place en nouant ses bras autour de son cou.
Elle posa sa tête contre sa poitrine et ferma les yeux.
- Et toi, qui t'a protégé ? murmura-t-elle. Tu as tout perdu à cause de moi !
- Ce n'est pas à cause de toi mais de Tripp Vanderbilt que j'ai perdu ce que j'avais de plus précieux. Mais je ne désespère pas de te retrouver un jour.
Elle leva son visage vers lui et déposa un baiser tendre ses lèvres.
Il eu un nouveau frisson de plaisir.
- Merci, susurra-t-elle en lui mordillant délicatement le lobe de l'oreille.
- Merci de quoi ? questionna-t-il à nouveau.
- D'être là, de me soutenir, de veiller sur moi, d'être aux petits soins pour moi alors que tu en as tant besoin toi aussi.
Il la serra tout contre lui.
Pouvait-il vraiment espérer qu'elle soit de retour ?
Ces derniers mois avaient été comme une traversée du désert pour elle ... et pour lui.
Pouvait-elle réellement s'en remettre comme ça ?
Du jour au lendemain, d'une heure à l'autre ?
Il voulait tant y croire, même si ce n'était pas tout à fait vrai.
- Tu m'as tellement manqué, si tu savais, souffla-t-il.
Elle l'embrassa dans le cou tandis que ses mains caressaient son torse nu. Il remonta ses mains le long de sa colonne vertébrale et déposa de tous petits baisers dans le creux de sa nuque. Déjà une des mains de Blair s'insinuait sous sa serviette.
- Attends, dit-il soudain, la stoppant net dans son élan.
Leur dernière fois remontait pratiquement à un an plus tôt, quand ils avaient conçu leur enfant à cette Barmitsva.
- Ce n'est pas de ça dont je parlais quand je disais que tu m'avais manqué !
- Tu n'as plus envie de moi ? demanda-t-elle, hésitante tout à coup.
- Bien sûr que si, mais je ne veux pas qu'on fasse l'amour, juste parce que tu penses que c'est ce que je veux ou ce dont j'ai besoin ... Tu es sûre que tu es prête pour ça ?
- Je ne sais pas si, toi, tu en as besoin, mais, moi, oui, en tout cas. J'ai besoin de sentir tes mains sur mon corps et tes lèvres sur ma peau. J'ai besoin de ressentir le feu que tu allumes en moi et qui me fait me sentir vivante. J'ai l'impression d'être éteinte depuis si longtemps. Je ne les laisserai pas nous séparer plus longtemps. Ils ont déjà fait assez de dégâts comme ça, il est hors de question qu'ils gagnent cette bataille là, répondit-elle avec un air de défit dans le regard.
Il la regarda intensément puis sourit. Elle était vraiment là, sa Blair reprenait enfin le dessus.
- Je t'aime, souffla-t-il en effleurant son oreille pour dévorer sa nuque de baisers, tous plus passionnés les uns que les autres.
- Je t'aime aussi, répondit-elle en dénouant la serviette qui lui ceinturait la taille.
