Merci à noemaie, Moozanna, miss-acacia84 et Sandrine08 pour leurs commentaires.
Comme toujours, je vous conseille d'écouter la chanson qui s'intègre à la fin du chapitre.
Para 4
Vendredi 1 juin 2012 : 15h29
- Bien, tout ça est plutôt positif, conclut le Docteur Sherman en levant les yeux de son carnet pour les poser sur sa patiente. Vous n'êtes pas encore tout à fait sortie d'affaire mais vous avez trouvé la voie qui vous y mènera.
Blair lui fit un petit sourire contrit. Elle se sentait stupide d'avoir perdu tant de temps. Elle était restée noyée dans son chagrin pendant des mois, complètement aveugle à ce qui se passait autour d'elle.
Cependant, au fond d'elle, elle savait qu'elle avait eut besoin de toutes ses semaines pour parvenir à négocier le vide que la mort de son bébé ... leur bébé, se reprit-elle, avait laissé dans sa vie, au sens propre comme au figuré.
Elle n'avait pas besoin d'un psy pour lui dire qu'elle voyait enfin la lueur au bout du tunnel. N'importe quel charlatan pouvait en faire autant, mais les séances avec le psychiatre lui permettaient de mettre les choses au clair avec elle-même.
Elle se leva et quitta le cabinet, la tête haute. Elle ne se souvenait pas de la dernière fois où elle avait marcher si fière d'elle.
Chuck se leva instantanément lorsqu'elle atteignit la salle d'attente et lui sourit. Elle ne pouvait s'empêcher de remarquer l'espoir dans ses yeux depuis les quelques jours où elle avait enfin réussi à sortir de son lit par elle-même.
Elle ne pouvait plus rater non plus la profonde tristesse qui y demeurait constamment et ses traits fatigués. Elle l'avait bien observé ces derniers jours, elle était certaine qu'il avait perdu au moins trois ou quatre kilos, à tout le moins.
Il passa un bras autour de ses épaules, comme il le faisait depuis des mois pour mieux la protéger du monde extérieur.
- Monsieur Bass, je peux vous voir un moment ? demanda le spécialiste avant qu'ils n'aient atteint le seuil.
Blair le sentit se raidir comme il acquiesçait et dénouait leur étreinte pour faire son chemin jusqu'au bureau du médecin.
- Est-ce qu'elle va bien ? l'entendit-elle s'enquérir par la porte mal refermée.
- Mademoiselle Waldorf va mieux, concéda le psychiatre. Cependant, ce n'est pas pour ça que je désire m'entretenir avec vous. Je présume que vous vous en doutez.
Chuck carra la mâchoire et son regard se durcit.
- Vous avez raté nos trois derniers rendez-vous, indiqua le spécialiste.
- Je sais, grimaça le jeune homme, les choses sont un peu ... compliquées en ce moment et je n'ai pas eu d'autre choix ...
- On a toujours le choix, le sermonna le médecin, celui d'accepter et de subir ou celui de décider et encore plus lorsqu'il s'agit de voir son thérapeute.
Chuck ouvrit la bouche pour parler mais le vieil homme ne lui laissa pas le temps d'avancer une excuse bidon.
- Je lis les journaux, Monsieur Bass. Je sais que vous êtes également dans les tourments d'un point de vue professionnel et je conçois que le temps soit effectivement quelque chose qui vienne à vous manquer, surtout cumulé aux autres événements de votre vie personnelle. Mais je m'inquiète pour mon patient, avec légitimité si j'en crois les relevés de mes prescriptions. Ceux-ci m'informent que vos dernières ordonnances d'anxiolytiques n'ont pas été récupérées. Combien d'heures de sommeil avez-vous engrangées sur les deniers mois qui viennent de s'écouler ?
Chuck se rembrunit sous le regard accusateur de son psychiatre. Il se mordit l'intérieur de la joue. Avec le tour qu'avait pris les choses à BI, il avait oublié d'envoyer Arthur à la pharmacie.
D'habitude, il était plus efficient que ça, il prenait la peine de faire délivrer les médicaments. Au début, il les entassait dans la salle de bain mais, depuis l'épisode avec Blair, il les jetait systématiquement, ce qui fait qu'il n'avait pas remarqué qu'il avait omis de retirer les dernières prescriptions.
- Monsieur Bass, reprit le médecin, vous êtes venu me voir bien avant la tragédie qui vous a frappée, vous et Mademoiselle Waldorf. Vous m'avez dit que vous aviez besoin d'aide, mais je ne peux pas m'y atteler si vous ne prenez pas votre traitement. Il fait partie intégrante de la thérapie, le sommeil est un élément essentiel à celle-ci. Après l'accident et ses conséquences, j'imagine sans peine que ce dernier ne doit pas être aisé.
- Je ne peux pas dormir, dit Chuck.
- Vous ne pouvez pas ? Ou vous ne voulez pas ?
- Je ne veux pas. Si je dors ...
- Je sais que les cauchemars peuvent être effrayants, ceux de votre petite-amie le sont et ...
Le spécialiste s'arrêta soudain de parler et réfléchit plusieurs secondes. Son patient ne s'était jamais vraiment plaint de ce genre de chose, en réalité.
Chuck se sourit insidieusement, il avait appris à vivre avec les ombres qui le hantaient la nuit alors qu'il n'était encore qu'un petit garçon.
- C'est à cause des cauchemars de Mademoiselle Waldorf que vous vous refusez le sommeil ?
Les yeux du jeune homme devinrent noirs comme le charbon et le Docteur Sherman comprit qu'il avait fait fausse route dans sa supposition initiale.
- Vous avez peur de ne pas l'entendre quand elle se réveille, conclu-t-il finalement.
- Elle ne se réveille pas toujours, expliqua Chuck. Parfois, elle pleure en dormant, d'autres, elle ne fait que gémir ou se met à remuer dans tous les sens. Quand je la prends dans mes bras, elle se calme en général ... et elle ne se rappelle pas ces cauchemars là.
- Un de moins, c'est toujours ça, admit la médecin. Mais qu'en est-il de vous dans votre scénario ? Croyez-vous que mettre votre santé en péril pour l'aider à aller mieux va réellement lui rendre service ? Qu'est-ce qui se passera quand, vous même, vous n'en pourrez plus ?
- Ça n'arrivera pas ! martela Chuck.
Est-ce qu'ils s'étaient tous donnés le mot ? D'abord Lily, maintenant son psy.
- Pourquoi ? Vous êtes Superman ? demanda ce dernier.
- J'en suis loin et vous le savez ! Mais c'est mon rôle de veiller sur elle. Après tout ce que je lui ai infligé, la moindre des choses, c'est que je sois là pour la soutenir. C'est moi qui ait provoqué tout ça ...
- Monsieur Bass, nous avons déjà discuté de ça. La perte de votre enfant n'est pas de votre responsabilité ...
- Bien sûr que si ! J'étais tellement obnubilé par ma propre colère que je n'ai pensé à rien d'autre. J'ai pris cette voiture avec l'intention de faire payer leurs mensonges et leurs manipulations à ces sales types et je les ai entraînés, elle et le bébé, avec moi. J'ai tué cet enfant à peine quelques heures après avoir découvert qu'il était de moi. Il lui est arrivé la même chose qu'il arrive à chaque personne que j'aime. J'ai fait la seule chose que je sois capable de faire, je lui ait fait du mal, comme j'en avais fait à Blair avant. Je croyais pourtant que j'avais atteint le summum, mais il faut croire que je me sous-estimais, cracha-t-il. Je suis né avec le poids de la mort de ma mère sur la conscience, je mourrai en sachant que je suis responsable de celle de cet enfant innocent.
Il ferma un instant les paupières pour empêcher les larmes brûlantes qui y affluaient de s'échapper. Il avait débité tout ça si vite qu'il n'avait même pas respiré.
- Je voudrais juste pouvoir remonter le temps et échanger ma vie contre la sienne, murmura-t-il. Au moins, ils auraient été débarrassé de moi pour de bon !
Il tourna les talons sans prendre la peine de répondre au docteur qui le rappelait et ouvrit la porte pour rejoindre Blair qui patientait dans la limousine.
Son cœur coula à pic en la découvrant dans la salle d'attente, ses prunelles brillaient bien trop et son regard était rempli de tant de rancœur.
- Pardon, s'excusa-t-il sincèrement, incapable de supporter plus longtemps cette culpabilité qui le rongeait de l'intérieur, parce qu'il ne savait pas quoi dire d'autre, même s'il savait que ce n'était pas assez.
Sans même réfléchir à son geste, Blair le gifla, si fort qu'elle s'en fit mal à la main.
- Ne dis plus jamais que tu voudrais mourir, tu m'entends ! s'époumona-t-elle.
Elle encadra son visage de ses mains. Sa joue gauche était rouge et chaude et elle la caressa une fraction de seconde comme pour effacer son geste en posant son front contre le sien.
- Je suis désolé, dit-il encore.
- Plus jamais, plus jamais, répéta-t-elle. Tu n'as pas le droit, tu m'entends.
Elle repensa à ce moment où elle avait voulu abandonner elle-aussi. A cette nuit où elle avait eu l'intention de rejoindre leur enfant. Elle comprenait toute l'étendue de cette action pour lui, aujourd'hui.
- Si le cours des choses pouvait s'inverser, chuchota-t-il à un souffle de sa bouche. Tu pourrais être heureuse avec notre enfant.
- Comment pourrais-je être heureuse sans toi ? Comment notre enfant pourrait-il être heureux sans son père ?
- Tu lui en aurais trouvé un bien mieux, qui aurait su prendre soin de lui ... et de toi, dit-il tout bas.
- Tu prends soin de moi. Je n'aurais pas pu survivre sans toi pendant tous ces mois. Tu as failli mourir en tentant de nous protéger de ton mieux. J'ai choisi de te suivre dans cette limousine. En fait, je ne t'ai pas demander ton avis, parce que j'avais autant envie que toi d'en découdre avec ces cafards venimeux après ce que je venais de découvrir. Ce n'est pas toi qui a tué notre bébé ... ni moi, ajouta-t-elle après un instant. Si cet enfant n'est pas venu au monde, c'est qu'il était destiné à ne pas l'être. Aucun de nous n'est responsable. Le responsable est derrière les barreaux, mais ce n'est pas ça qui nous rendra ce que nous avons perdu, ni même l'exil forcé d'Humphrey ou bien cette guerre contre Louis. Rien ne pourra nous rendre notre bébé. Il ne reste que toi et moi et notre douleur.
- Mais ...
- Est-ce que tu vas me laisser ? demanda-t-elle finalement, osant formuler à voix haute une de ses plus grandes craintes. Si je vais mieux ... Si je vais bien ... Est-ce que tu vas t'en aller ? Est-ce que tu vas t'éloigner pour me protéger de toi, encore ?
Il l'observa un instant, il y avait tant de frayeur au fond de ses prunelles.
- Tout ce que je veux c'est que tu sois heureuse. Je veux que tu retrouves le bonheur auquel tu as droit.
- Alors ne t'en va plus, jamais. Ne me laisse plus jamais seule, pleura-t-elle dans son cou en se collant contre lui du mieux qu'elle le pouvait.
Il la serra tout contre lui. Il ne savait pas si c'était pour lui ou pour elle, mais ça n'avait pas d'importance parce qu'elle avait raison. Il n'y avait plus qu'eux deux et le vide immense qui occupait leur cœur depuis la perte de leur enfant.
Vendredi 15 juin 2012 : 17h14
Chuck entra dans l'ascenseur qui menait au penthouse Waldorf après une énième réunion du conseil de BI. Cela s'était passé mieux qu'il ne l'avait escompté. Sa démission du conseil était pour l'instant en suspens.
Il ne s'attendait pas à ce que Jack lui tende la main. Bien qu'il doive admettre que, déjà lorsqu'il avait débarqué en janvier, son oncle avait été assez protecteur envers lui. Il avait, en quelque sorte, rangé son animosité à son encontre au placard. Peut-être était-ce dû à la pitié qu'il lui inspirait, imagina-t-il avec une moue de dégoût. Ce n'était pourtant pas le style de Jack Bass.
Ce qui était certain, en revanche, c'est que le jeune homme avait été soulagé de voir que son aîné ne contribuait pas à lui plonger la tête sous l'eau quand il peinait déjà à respirer. Il n'aurait pas été capable d'affronter Jack en plus de Louis, qui s'acharnait sur lui, et de la perte de son fils.
Au moins, il était parvenu à contrer le prince et sa famille de malheur quand ils avaient voulu s'en prendre à Blair ! se rassura-t-il. Il n'osait imaginer ce qui serait advenu d'elle si elle avait été obligée de les accompagner sur leur misérable rocher pour continuer ce simulacre de mariage. Elle n'y aurait certainement pas survécu et lui non plus.
Il chassa ses pensées de son cerveau, la menace était écartée à présent et la simple hypothèse de l'union de sa belle avec cet ignoble type lui retournait l'estomac.
Quoi qu'il en soit, son oncle avait réussi à modifier les positions des membres les plus déterminés à le jeter dehors. Pour le bien de la société, bien entendu !
Il ne savait pas comment il s'y était pris mais, connaissant le cadet de Bart, ce ne devait pas être étranger au chantage et autre petits tours de passe-passe dans lesquels il excellait lui-même jusqu'à il n'y a pas si longtemps.
Sauf qu'il n'avait plus le temps, ni l'énergie, de se consacrer à épier la vie des autres pour trouver leurs points faibles. Il avait bien assez avec les siens.
Cependant, ce n'était pas le cas de Jack qui avait réussi, il ne savait trop comment et préférait franchement l'ignorer pour l'instant, à déterrer quelques informations pas très reluisantes sur certaines anciennes monarchies de l'Europe de l'Est qui pouvaient, apparemment, toujours peser dans la balance et avaient quelque peu calmé les ardeurs de ralliement au sceptre monégasque.
Il est vrai que son oncle lui avait également sauvé la vie lors de cet accident, d'après ce que lui avait confié Lily juste avant la réunion. Il en avait été plus qu'étonné, mais étant donné qu'ils étaient les deux seuls descendants Bass à être encore en vie et donc les seuls à avoir un lien familiales au sens strictement sanguin. Il s'imaginait que Jack avait, en quelque sorte, eu une faiblesse lui aussi et avait rechigné à le laisser mourir. Pourtant ça lui aurait assuré l'entreprise pour lui seul.
Il franchit le seuil et se stoppa net en apercevant Eléanor et Cyrus dans le hall d'entrée. Il avait presque oublié qu'il n'était pas chez lui. (Pour lui, chez lui, c'était dans les bras de Blair, tout simplement)
- Chuck ! s'exclama la propriétaire des lieux en le voyant débarquer.
Pourvu qu'elle ne le jette pas dehors !
Il ne voulait pas que Blair affronte une nuit seule, surtout celle-ci. Et pour tout avouer, il n'avait pas envie de la passer en tête à tête avec une bouteille de scotch, ce qui ne manquerait pas d'arriver s'il se ne pouvait pas tenir la femme qu'il aimait dans ses bras ce soir.
Il tenta de supprimer l'anxiété qui montait soudain en lui et plaqua un sourire sur son visage.
- Madame Wal ... Rose, se reprit-il au dernier moment.
- Bonjour mon garçon, déclara Cyrus à son tour avec un sourire bien veillant.
- Monsieur Rose, dit le jeune homme avant d'être enveloppé sans crier gare dans une étreinte affectueuse.
- Appelle-moi, Cyrus, voyons. Après tout, tu es un peu comme un second fils pour nous, répliqua le petit homme chauve.
Chuck en resta presque bouche bée.
- Monsieur et Madame sont arrivés ce matin et vont rester quelques jours ici, glissa Dorota d'un air entendu.
- Je ne savais pas que je devais en informer autrui avant de rentrer chez moi ! claqua la voix de la styliste.
- Ma chérie, il n'est pas question de cela, intervint immédiatement son mari.
Le jeune Bass dansa d'un pied sur l'autre, il avait pressenti que la soirée ne serait pas facile et avait chargé l'employée fidèle de prendre soin de quelques précautions, mais il n'avait jamais inclus la mère de Blair dans ses plans.
- Mademoiselle Blair est sortie, indiqua encore la bonne polonaise à son intention.
- Seule ? s'étonna-t-il.
La question avait quitté ses lèvres avant même d'être formulée dans son cerveau.
- Elle a refusé que je l'accompagne, indiqua la fidèle femme de chambre.
Il vit Eléanor le scruter d'un air suspect.
- Et pourquoi ne pourrait-elle pas aller et venir à sa guise ? s'indigna-t-elle en le fusillant du regard.
- C'est juste que, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, Miss Blair n'a pas vraiment été au mieux de sa forme ces dernières semaines, ajouta la Polonaise.
Eléanor se radoucit, les explications de Dorota avaient été plus qu'édifiantes sur le cours des mois passés.
Du reste, elle ne pouvait pas non plus oublier ce qu'elle devait au jeune homme qui se tenait devant elle. Elle s'était également ravisée à son propos. Il avait pris soin de sa petite fille comme nul autre ne l'avait jamais fait, pas même elle-même. Elle ne pouvait décemment plus douter de ses sentiments à son encontre à présent, ils étaient on ne peut plus évidents et irréfutables après ce qu'ils venaient de traverser.
C'est cet instant que sa fille choisit pour rentrer à l'appartement.
Chacun se tourna vers elle.
Blair s'arrêta dans l'entrée à son tour et lut le soulagement dans les yeux de l'homme qui partageait ses jours et ses nuits.
- Je vais bien, lui souffla-t-elle en déposant un baiser tout en tendresse sur sa joue.
Le brunette posa le colis qu'elle avait dans les mains pour remettre son manteau à Dorota puis glissa sa main dans celle de Chuck pour l'entraîner vers sa chambre.
- Comment s'est passé la réunion du conseil ? interrogea-t-elle, sincèrement concernée, quand elle eut refermé la porte.
- Mieux que je ne l'aurais pensé. Je ne comprends pas pourquoi, mais Jack semble avoir décidé vouloir garder tous les Bass à bord du bateau, même s'il coule, soupira-t-il.
Blair déposa son précieux paquet sur sa table de travail - où il put discerner le jour présent entouré en rouge dans son agenda ouvert - et passa ses bras autour de son cou. Il n'avait même pas espéré qu'elle ne se souviendrait pas de la date à laquelle avait été conçu leur enfant.
Elle avait l'air de tenir le choc, pour l'instant, en tout cas.
- Peut-être que ça à avoir avec le fait que je l'ai menacé de déballer nos petits secrets à la presse à scandale s'il ne coopérait pas, avança-t-elle avec une petite moue innocente en lui souriant, avant de l'embrasser doucement sur les lèvres.
Il fut tellement ébahi qu'il ne répondit même pas à son baiser.
- Blair ...
- Peut-être aussi que Georgina avait quelques secrets bien juteux sur certaines personnes influentes du côtés de l'est de l'Europe et que les cousins de Vanya ont su se montrer très convaincants quant à leurs aptitudes à faire disparaître certaines preuves en remerciement de leur collaboration.
- Tu as mêlé Georgina Sparks à ça ?
- Eh bien, d'après Serena, elle dépérissait d'ennui à Brooklyn. Rien d'étonnant à ça, tu me diras ! commenta-t-elle en roulant des yeux au ciel. Et puisque je n'ai plus de suivantes à mes ordres. De plus, G est bien plus efficace que toutes ces pauvres filles sans cervelle. Et elle a quasiment supplié S pour participer à un bon petit complot quand sa cousine a pété les plombs, l'an dernier à la soirée de Constance. Et tu sais qu'elle n'a jamais eu peur de faire le sale boulot. Elle adore se salir les mains. D'ailleurs, elle les a laisser traîner sur Jack à ce que j'ai compris, c'est tout dire.
Chuck fit une autre moue de dégoût à l'idée de son oncle et de Georgina Sparks. Elle avait été sa toute première fois ! C'était vraiment écœurant.
Mais autre chose attira son attention. La belle avait évoqué la soirée à Constance, celle-là même qui se déroulait en même temps que celle où son prince l'avait attendue pendant qu'ils s'incrustaient à la Barmitsva, il y avait exactement un an ce soir.
Blair plongea ses yeux dans les siens et il put lire dans les tréfonds de son âmes. Il y vit toutes les blessures, toutes les cicatrices qu'elle gardait en elle. Il y vit aussi la détermination et la fourberie de Queen B dans toute sa splendeur.
Elle était là, elle était réellement revenue. Sa reine.
Son cœur se mit à battre la chamade, tellement vite, qu'il crut qu'il allait défaillir. Elle était dans ses bras, c'était bien elle, à n'en pas douter. Il ferma les yeux et chercha ses lèvres à son tour.
B céda à sa demande et laissa sa langue s'insinuer dans sa bouche pour danser avec la sienne.
C'était si bon de le sentir tout contre elle. De reprendre les rennes avec lui. Elle avait l'impression d'avoir dix-sept ans à nouveau.
Elle caressa sa pommette.
- Je t'aime Bass, tellement.
- Je t'aime aussi Waldorf, répondit-il.
Il l'embrassa encore et se laissa emporter par la sensation des papillons qui déployaient leurs ailes dans son estomac pour gagner sa cage thoracique et l'emporter tout entier.
Blair insinua ses doigts dans son col et dénoua sa cravate avant de déboutonner sa chemise tandis qu'il ouvrait le zip de sa robe et laissait errer ses phalanges sur sa peau nue.
Elle frissonna de plaisir sous ses caresses et bascula avec lui sur le matelas.
Vendredi 15 juin 2012 : 19h53
Blair relâcha ses lèvres et posa sa tête sur son torse, toujours soudée à lui.
- Promets-moi encore que tu ne vas pas me quitter maintenant que je vais mieux, quémanda-t-elle en traçant un dessin imaginaire sur sa peau nue.
Il embrassa ses cheveux et entrelaça ses doigts aux siens. Il lui avait répété cette promesse une bonne vingtaine de fois au moins depuis qu'ils avaient quitté le cabinet du Docteur Sherman, quinze jours plus tôt. Une fois par jour au minimum.
- Chuck, murmura-t-elle en appuyant son menton sur ses pectoraux pour le regarder.
- Je ne te quitterai pas, je te l'ai juré. Cependant, tu es mieux placée que quiconque pour savoir ce qui se passe quand j'aime quelqu'un, répondit-il d'une voix rauque en regardant ses phalanges qui épousaient parfaitement les siennes. Tu mérites d'être pleinement heureuse.
- Toi aussi, plaida-t-elle en portant sa main à ses lèvres.
- Je le suis, quand je te tiens dans mes bras.
- Moi également. Alors ne change rien, surtout.
Elle déposa un baiser tendre dans son cou.
- Cite-moi trois moments où j'ai été heureuse au-delà des mots, selon toi, commanda-t-elle.
Il réfléchit un instant avant de lui donner sa réponse.
- Le bal du Cotillon, la partie après celle où j'ai tout gâché, évidemment ! Le bal de promo et ...
Elle posa son index sur ses lèvres.
- Je suis sérieuse, s'agaça-t-elle.
Il ferma les paupières et elle comprit que lui aussi.
Le cœur de la brune se désagrégea dans sa poitrine.
- Oublie le bal du Cotillon, objecta-t-elle. Je sais que j'ai dit que tout s'était terminé comme je l'avais toujours rêvé mais c'était un mensonge. Je ne pensais qu'à toi dans les bras de Nate. Quand au bal de promo, il aurait pu être parfait en effet, si j'avais été avec le bon roi.
Elle passa affectueusement une main sur sa tempe.
- Je veux juste que tu saches qu'à mes yeux, personne n'est meilleur que toi pour moi. Tu veux connaître les trois moments les plus heureux de toute ma vie, réellement ?
Il acquiesça, en replaçant une de ses boucles brunes derrières son oreille.
- Le premier c'est la nuit du Victrola, quand j'ai dansé sur la scène. Je ne m'étais jamais sentie plus libre, ni plus moi-même, qu'à cet instant précis, ni plus aimée, ni plus désirable. Je pouvais lire ça dans tes yeux, c'est pour toi et seulement pour toi que j'ai dansé ce soir là.
Il sourit comme les images défilaient dans sa tête.
- Tu étais réellement époustouflante. Tu l'es toujours, ajouta-t-il.
- Quand tu m'as déflorée sur la banquette arrière de ta limousine, bien loin de ce que j'avais jamais imaginé, j'en conviens, mais je n'avais jamais envisagé de faire un strip-tease dans un club non plus, rit-elle doucement, c'est là que j'ai su ce qu'était le vrai bonheur pour la toute première fois de ma vie.
Le sourire de Chuck s'agrandit à cet autre souvenir.
- Dans cette voiture, je n'ai pas seulement découvert les plaisirs charnels avec toi. Je mentirais si je disais que la panique ne m'a pas envahie quand j'ai pris conscience de ce que nous étions en train de faire, mais tu as été si prévenant, si attentionné que j'ai à peine sentit la douleur de la première fois. Et même si j'ai dit le contraire le lendemain, je ne l'ai jamais regretté un seul instant. Cette nuit là, j'ai vu ton cœur et ton âme, même si ça m'a pris du temps pour le reconnaître. J'ai surtout découvert Chuck Bass, le vrai, celui qui est capable du plus grand des sacrifices pour offrir le bonheur à la femme qu'il aime.
- Tu sembles oublié ...
- Le deuxième moment le plus heureux de mon existence, le coupa-t-elle avant qu'il ne puisse protester, c'est lorsque tu es revenu d'Europe et que tu as enfin prononcé les trois mots - huit lettres que je désespérais t'entendre dire. L'été que nous avons passé à New York a été le plus beau de toute ma vie. Bien loin devant n'importe quel voyage autour du globe.
- Sauf que j'ai tout ruiné, commenta-t-il.
- Je connais aussi tes défauts par cœur, Chuck. Mais ce que tu ne comprends pas, c'est que j'aime chaque partie de toi, les bonnes et les mauvaises. L'an dernier, à la même date, tu as fait un pas de côté en pensant que je serais plus heureuse avec Louis, grimaça-t-elle.
Un rictus amer pris place sur les traits du jeune homme également.
- Mais tu faisais fausse route. Je ne peux pas trouver le bonheur sans toi. Ne vois-tu pas que chaque moment où j'ai été heureuse est un moment qui se rapporte à toi ? Y compris le plus grand de tous. Cette nuit là, tu m'a aussi sauvé des griffes de Russel Thorpe ... et nous avons conçu ce bébé. Quand j'ai découvert qu'il était de toi ... avant que ma colère envers Louis ne prenne le dessus, l'espace d'un instant, j'ai été la femme la plus heureuse du monde, grâce à toi. Je n'ai pas ressenti ça quand j'ai ouvert l'enveloppe avec les résultats la première fois. Ça n'avait rien à voir, tu peux me croire. En fait, même s'ils étaient erronés à l'époque, la seule personne à qui j'ai pensé, c'est toi. Je suis venu te voir d'abord toi, avant même de l'annoncer à cet espèce d'abruti qui était censé être ...
Elle se tut un instant, continuer sa phrase leur faisait de trop mal.
Chuck l'embrassa tendrement sur la joue, il comprenait le message.
Elle se dégagea de leur étreinte et il ressentit le froid qui s'engouffrait entre les draps.
Il apprécia les courbes de son corps quand elle s'éloigna pour se saisir du paquet qu'elle avait laissé sur sa table en arrivant, puis quand elle revint s'installer près de lui.
Il se releva pour s'asseoir contre la tête de lit et passa un bras autour de ses épaules.
Blair ouvrit le carton et en sortit un petit carnet de format A5.
- J'ai emporté ça aujourd'hui, chez le Docteur Sherman, qui au passage t'attend demain à quinze heures, tapante et à qui j'ai promis que tu serais là, le tança-t-elle en lui jetant un regard en coin.
Mais son attention se reporta très vite sur la couverture cartonnée de couleur crème. C'était un scrapbook qu'elle avait réalisé elle-même dans le courant de la semaine précédente.
Lorsqu'elle l'ouvrit, la respiration de Chuck se coinça dans sa gorge. C'était la toute première fois qu'il avait sous les yeux la preuve tangible de l'existence éphémère de leur fils.
Sur chaque page, Blair avait collé et annoté une image de l'échographie qu'elle avait passée quand elle avait découvert qu'elle était enceinte, aux alentours de son deuxième mois de grossesse.
- Il a dit que c'était une bonne initiative que de garder des choses concrètes, qu'il ne fallait pas nier qu'il avait vécu en moi, ni l'oublier.
- Je ne pourrai jamais l'oublier, articula Chuck avec difficulté.
Il dessina les contours des formes ombrées d'un doigts tremblant, les larmes aux yeux.
- C'est toi et moi, réunis en un seul petit être, murmura-t-elle. N'est-il pas splendide ?
- Comme sa mère, répondit-il avec un petit sourire en coin pour lui donner le change, même si elle n'était pas dupe.
- J'aurais plutôt dit comme son père, s'exclama-t-elle en se calant mieux au creux de son épaule. Tu sais, parfois je l'imagine, habillé avec un costume et un nœud papillon et il est aussi craquant que toi.
Chuck resserra son bras autour d'elle et déposa un baiser sur sa tempe, avant de tourner la page pour passer à l'image suivante.
- Il aurait été le bébé le plus chanceux du monde de t'avoir pour papa, affirma-t-elle en levant ses yeux vers lui.
Elle était on ne peut plus sérieuse. Elle croyait réellement aux paroles qu'elle venait de prononcer.
- Tu avais raison au moins sur un point lorsque tu as discuté avec Lily l'autre jour, tu n'as rien de commun avec Bart. Tu n'as pas à avoir peur de ça, parce que je sais que tu seras un père merveilleux.
Elle avait l'air si convaincue et il voulait tellement le croire lui aussi. Il se promit qu'il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour ne jamais décevoir leurs futurs enfants. C'est quand il réalisa qu'il ne pourrait plus jamais la quitter, même s'il le voulait ... et il ne le voulait pas.
- Tu veux savoir quel est le moment où j'ai été le plus heureux ? questionna-t-il, sans quitter ses prunelles noisette.
- Dis-moi.
- Quand tu as posé tes lèvres sur les miennes pour la première fois dans ma limousine. Je n'en revenais pas que tu me trouves assez bien pour m'embrasser. Pendant toutes ces années, je t'avais vu mettre la barre si haut avec Nathaniel. Il a toujours été le petit ami parfait. Poli, respectueux, galant, attentionné, tendre ... et moi ... j'étais juste le gars qui pouvait coucher avec toutes les filles mais dont aucune ne pourrait jamais tombée amoureuse. L'immonde salopard qui n'avait pas la moindre chance de trouver l'amour. Alors je prenais ce qui m'était dû, sans me poser de question. J'étais pas fait pour être aimé, ni par mon père, ni par ma mère, ni par qui que ce soit.
- Chuck ...
- Je t'ai donné l'opportunité de faire demi-tour, continua-t-il, mais tu ne l'as pas saisie. Alors je me suis dit que ... peut-être ... si Blair Waldorf estimait que j'étais assez bien ... peut-être que tout n'était pas perdu ... peut-être que je pouvais être sauvé. Peut-être que je pouvais être moins ... Chuck Bass ... et plus Nathaniel Archibald. Ensuite, quand je t'ai tenue dans mes bras, je me suis rendu compte que tout était différent. C'était peut-être la première fois pour toi, mais c'en était une pour moi aussi. C'est pour ça que j'ai été si prévenant. Je ne voulais pas que tu regrettes le lendemain, comme toutes les autres. Si Queen B pouvait m'aimer, rien qu'un peu ce soir là, alors tout était possible, non ?
Elle posa sa main sur la sienne, restée sur la photo floue de leur enfant.
- Bien entendu, ce n'est pas du tout ce qui s'est passé. Tu m'as dit que j'étais une énorme erreur dans ton parcours et que tu voulais juste tout oublier, faire comme si rien ne s'était jamais passé. D'habitude, je quittais les filles ou je m'en débarrassais bien avant ce moment là, sourit-il amèrement.
Elle pressa sa paume contre la sienne plus étroitement.
- Je n'étais pas vraiment étonné, en fait. Mais j'étais tellement en colère contre moi pour y avoir cru, l'espace de quelques heures, indiqua-t-il encore en secouant la tête de droite et de gauche. Et quoi que je fasse, j'étais incapable d'oublier ta peau qui se frottait contre la mienne. J'étais complètement abasourdi, je n'avais jamais rien ressenti de tel avant ... je ne savais pas quoi faire ... encore moins ce que je devais dire ... ou pas. Quand j'ai essayé de t'en parler à ton anniversaire ... tu as dis que je devais étouffer ce que je ressentais ... ça, je savais le faire ... et tu ne parlais que de Nathaniel. Quoi qu'il ait fait, avec Jenny ou Serena, peu importe la manière dont il s'était comporté avec toi, il était toujours le prince charmant à tes yeux ... et moi ... moi !
- Pardon, je suis désolée, s'excusa-t-elle en se blottissant un peu plus entre ses bras. J'avais aussi peur que toi et je voulais juste ...
- Te protéger de moi, termina-t-il à sa place.
- Mais aujourd'hui, je suis différente. Je n'ai plus peur de ce que je ressens pour toi. Et tu as changé toi aussi. Tu as entrepris une thérapie. Tu sais que tout ce que ton père t'a raconté n'était que mensonge. Tu as droit à l'amour. Tu sais que je t'aime, que je veux passer le reste de mes jours avec toi, parce que tu es mon âme sœur.
Chuck joua avec ses phalanges puis laissa courir ses doigts le long de son poignet. Il intégrait parfaitement qu'elle l'estimait apte à la rendre heureuse et qu'elle choisissait de remettre son bonheur entre ses mains. Il aurait juste voulu avoir autant confiance en lui qu'elle, pour ne pas tout détruire encore une fois.
- Tu es l'homme qui fait battre mon cœur et qui prend soin de moi, renchérit-elle. Celui qui m'a sauvée dans cet accident, qui était prêt à y laisser sa vie. Et tu m'as soutenue quand j'étais incapable de réagir. Je me suis raccrochée à toi de toutes les forces qui me restaient pour ne pas sombrer. Parce que tu es quelqu'un de bien, Chuck. Je te l'ai dit, personne n'est mieux que toi pour moi. Je ne veux personne d'autre. Ni un prince, ni un golden boy, je te veux toi, rien que toi.
- Est-ce que tu veux m'épouser ? demanda-t-il soudain.
- Quoi ? s'étrangla-t-elle sous la surprise.
- Tu as dit que tu voulais passer le reste de ta vie avec moi. Est-ce que tu veux devenir Madame Charles Bass ? questionna-t-il gravement en posant ses yeux dans les siens.
Elle se noya dans ses prunelles chocolat. Il était vraiment sérieux.
- Oui, accepta-t-elle en riant. Oui, bien sur que oui.
Elle écrasa passionnément sa bouche sur la sienne. Son cœur palpitait à cent milles volts. Elle pensait qu'il ne le lui demanderait jamais.
- Je veux être Madame Chuck Bass, proféra-t-elle tout en continuant à dévorer ses lèvres.
Il l'embrassa avec passion, caressant chaque centimètre carré de sa peau. La fièvre se répandait à nouveau en lui comme une traînée de poudre. Elle voulait être sa femme, elle porterait un jour un autre de ses enfants.
C'est à peine s'il pouvait assimiler l'étendue de ce bonheur qui venait se substituer à tant de jours de tristesse et de solitude partagée.
Je sais bien que tout nous sépare *
Je sais qu'il faudrait s'enfuir
Mais je n'irais plus nulle part
Sans vouloir lui revenir
Sans vouloir nous retenir
Mais d'où vient le feu qui s'empare ?
De mon âme à moitié ivre
Soudain pour un simple regard
Je veux vivre au bord du vide
Je veux vivre au bord du vide
Pour tomber dans ses yeux, tomber
M'abandonner au désir qui s'embrase
Danser dans ses yeux, danser
Je veux tanguer aux accents de l'extase
Avant que la vie nous sépare
Avant que l'envie vacille
Je veux succomber sans égard
Et valser au bord du vide
Et valser au bord du vide
Pour tomber dans ses yeux, tomber
M'abandonner au désir qui s'embrase
Danser dans ses yeux, danser
Je veux tanguer aux accents de l'extase
Pour tomber dans ses yeux, tomber
M'abandonner au désir qui s'embrase
Danser dans ses yeux, danser
Je veux tanguer aux accents de l'extase
Tomber de ses yeux, tomber
Comme une larme à la fin de l'histoire
* « Tomber dans ses yeux » Louis Delort et Camille Lou : 1789 - Les amants de la Bastille.
