Merci Moozanna & miss-acacia84.
Para 8
Dimanche 17 juin 2012 : 9h21
Lily Rhodes – Van Der Woodsen – Bass – Humphrey ouvrit un œil et roula dans les bras de son mari, refusant de quitter son lit.
Mais Rufus était-il encore son mari légalement ?
Ou était-ce Bart ?
Elle grimaça, les souvenirs de la veille étaient bien présents dans sa mémoire.
Comment avait-il pu lui faire ça ? Leur faire ça ?
Bon, cela partait d'un geste noble de sa part. Ce n'est pas comme s'il s'était enfui avec une de ses maîtresses. Il avait fait son devoir et témoigné dans une affaire d'importance, d'après les dires de Charles. Mais tout de même, cela plaçait ses deux derniers mariages dans une situation des plus ambiguës.
Rufus replia un bras sur elle et déposa un baiser sur le bout de son nez.
- Prête à affronter le monde ?
Elle soupira.
Avait-elle le choix ?
Elle jeta un œil au cadran de son réveil. Il était temps de se lever. Elle avait prévu un brunch pour ce matin et vu les circonstances, il serait des plus bizarroïdes.
La chose qui lui réchauffait le cœur, c'est que Charles avait accepter de se réinstaller dans le penthouse plutôt que dans la suite 1812. Et bien qu'elle sache d'avance qu'il passerait le plus clair de son temps chez les Waldorf avec sa fiancée, elle était heureuse de pouvoir partager un peu de son temps avec lui.
Ça la rassurait de le savoir si près. Ainsi, elle pourrait mieux veiller sur lui. Non pas que Charles se laisserait materner, mais au moins, elle serait à même de lui témoigner son soutien dans cette soudaine résurrection.
D'après la scène qu'elle avait interrompue hier, elle en déduisait que Bart ne lui avait pas annoncé son retour en lui ouvrant les bras. Il n'avait franchement pas besoin de ça en plus du reste. Quoi que cela pourrait être la solution aux dissensions aux seins du conseil.
Une fois que Bart aurait réitéré sa confiance en son fils devant les membres de celui-ci, les choses se résoudraient certainement d'elles-mêmes et il ne serait plus d'actualité de voter pour le maintient ou non de son siège à la direction de la société.
Dimanche 17 juin 2012 : 9h36
Serena dessina les fossettes de Nate du bout de son ongle verni de rose tendre. Son rêve avait l'air des plus agréables pour qu'il sourie comme ça.
Il ouvrit la bouche et happa sa phalange entre ses lèvres.
Elle hoqueta de surprise.
- Bonjour, murmura-t-il en se tournant sur le côté et en passant une de ses jambes sur les siennes, longues et galbées à souhait, la maintenant à moitié sous lui.
- Bonjour, répondit-elle en plantant ses prunelles azur dans celles du jeune homme.
- Bien dormi ? s'enquit-elle.
- Et toi ?
- Ça faisait longtemps que je n'avais pas si bien profité de mon lit, répondit-elle un peu grivoise.
Est-ce qu'il ressentait la même chose ? Il n'avait pas apporter de réponse à sa question.
Après sa rupture avec Diana, elle n'avait pas voulu se jeter sur lui. Elle réprima un grognement à l'idée que cette dernière soit de retour en tant qu'investisseur au journal.
Pourvu que cela ne change pas la donne !
Mais le beau capitaine de lacrosse était dans son lit ce matin et pas ailleurs.
Elle-même avait mis un frein à ses aventures irréfléchies avec les hommes depuis un petit temps.
L'attitude de Dan l'avait beaucoup choquée et son départ forcé, suite au retour de bâton qu'il avait essuyé après avoir trahi, à la fois Chuck et Blair, mais aussi, Nate et elle par extension, l'avait laissée quelque peu perplexe.
Elle n'avait jamais imaginé que Dan, le gentil Dan, celui qu'elle avait fait entrer dans leur monde, y sèmerait le chaos en s'associant avec Louis pour mieux se venger des responsables du départ de sa sœur.
Elle s'était sentie si idiote de lui avoir fait confiance et d'être en quelque sorte celle qui lui avait permis de s'infiltrer parmi eux en lui ouvrant tout grand la porte. Et surtout, elle avait été horrifiée de constater jusqu'où la situation avait dégénérer.
Trafiquer un test de paternité, faire croire à sa nouvelle amitié avec les deux intéressés quand il n'en n'était rien en réalité. Jamais, elle n'aurait pu concevoir que Daniel Humphrey, la justice et la droiture incarnées, soit capable de telles ignominies.
Dire qu'elle avait été jalouse de Blair quand elle avait appris qu'elle avait échangé un baiser avec lui ! Puis ensuite, elle avait eu du mal à accepter leur amitié soudaine. Elle avait eu l'impression de les perdre tous les deux.
Mais il n'en n'était rien en réalité, Dan n'était pas sincère (l'avait-il seulement jamais été ?) et elle s'en voulait de l'avoir défendu si souvent auprès de B. Elle avait réellement eu un coup de cœur pour lui lorsqu'elle l'avait rencontré, mais l'esprit étroit du jeune homme et ses jugements arbitraires sur sa manière de vivre et ses comportements avaient vite mis un terme à leur relation.
Néanmoins, elle avait longtemps hésité entre lui et Nate. Elle savait à présent pour qui palpitait son cœur. Elle se soupçonnait même aujourd'hui de s'être tourner vers Dan pour échapper à ses sentiments envers le beau joueur de lacrosse, qui était à l'époque toujours le petit-ami de sa meilleure amie.
Elle avait énormément de remords pour ses actions passées et c'est la raison première qui l'avait poussée à aider Nate dans ses recherches après l'accident. Ils avaient fait équipe pour déstabiliser Tripp et lui faire avouer ses fautes et cela avait un peu allégé sa conscience.
Cela avait aussi favorisé un énième rapprochement entre eux mais elle n'avait pas voulu s'y précipiter. D'une part parce que son ami sortait d'une histoire compliquée avec une couguar (encore une, et pas des moindre !) et qu'elle ne voulait pas être un lot de consolation.
Non, s'ils devaient se remettre ensemble, elle voulait que cela se fasse en douceur. Elle souhaitait mettre toutes les chances de leur côté. Parce qu'elle savait que ce serait la dernière et qu'elle n'avait pas l'intention de la rater.
Et puis l'héritier Archibald l'avait embauchée au Spectator et elle refusait d'être la fille qui avait eu le job (et le gardait) car elle couchait avec le boss. Elle ne voulait pas gâcher ça non plus. Il était plus que temps pour elle de trouver sa voie et elle se sentait bien à la rédaction de ses chroniques.
En plus ils formaient vraiment une bonne équipe (et pas seulement niveau boulot) C'était la raison pour laquelle leur association s'était prolongée et leur amitié, leurs sentiments s'étaient intensifiés.
Ils s'étaient retrouvés un peu perdus quand Blair et Chuck s'étaient repliés sur eux-même, surtout Blair. Elle était tombée dans une dépression sévère et la blonde se sentait vraiment inutile car elle était dans l'incapacité d'apaiser les souffrances de sa meilleure amie.
Personne ne le pouvait, sauf peut-être Chuck, qui semblait être le seul à avoir un impact sur elle. Le seul qu'elle accepte de voir et sur qui la brune s'était entièrement reposée au long de toutes ses semaines de douleurs.
Nathaniel et elle s'étaient donc retrouvés plus ou moins désemparés devant leur inaptitude à aider leurs amis et s'étaient naturellement tournés l'un vers l'autre pour compenser un peu le manque, mais pas seulement.
Il se pencha pour déposer un baiser sur ses lèvres.
Cela voulait donc dire qu'il ne regrettait pas d'avoir partager ses draps, en déduit-elle.
Tant mieux ! Parce qu'elle n'éprouvait aucun remord à l'y avoir incité.
La nuit n'avait pas commencé sous les meilleurs auspices, chacun ayant été ébranlé par le retour inopiné du plus froid des beaux-pères qu'elle ait jamais eu.
Elle grimaça, elle ne voulait surtout pas penser à ça en l'instant présent. Elle préférait de loin se concentrer sur le bel Archibald qui glissait lentement, mais sûrement, sa main vers un point bien précis de son anatomie.
Elle haleta quand il atteint sa destination et se promit d'être le plus silencieuse possible pour ne pas alerter sa mère et Rufus, qui devaient être sur le pied de guerre pour préparer le brunch prévu.
Dimanche 17 juin 2012 : 9h56
Blair se réveilla lentement dans les bras de son fiancé mais ne bougea pas. Sa tête posée sur son pectoral gauche lui permettait d'écouter les coups sourds des battements dans sa poitrine.
Elle aimait ce bruit rythmé, rassurant. Elle inhala la fragrance résiduelle de son parfum boisé et la laissa s'instiller en elle.
Dieu ! Qu'elle raffolait de cette sensation quand elle s'éveillait au creux de lui.
Elle ne s'en lasserait jamais. Elle en profiterait chaque matin jusqu'au dernier. Elle serait bientôt Madame Charles Bartholomew Bass, sourit-elle. Mais ses traits se figèrent puis laissèrent place à une mimique renfrognée.
Bart !
Les mots horribles qu'il avait plastronnés la veille résonnèrent à ses oreilles.
Mais elle ne le laisserait pas détruire tout ce que Chuck avait reconstruit en lui. Il avait travaillé sur lui-même pour devenir meilleur, pour se débarrasser des stigmates que son père lui avait infligés tout au long de son enfance et de son adolescence. Il avait bataillé trop dur contre lui-même pour qu'elle permette à qui que ce soit d'annihiler les résultats obtenus.
Ce ne serait certainement pas de tout repos mais elle était prête à se lancer dans l'arène si c'était ce à quoi Bart Bass la contraignait. Elle avait fini de se lamenter sur elle-même et elle retrouvait son goût pour le sang.
Elle s'érigerait contre son père s'il s'entêtait à déstabiliser l'homme avec qui elle souhaitait passer le reste de sa vie. Il avait bien assez souffert et elle veillerait à ce que plus personne ne le heurte, quand bien même il s'agissait du grand Bartholomew Bass - spécialement quand il s'agissait du grand Bartholomew Bass !
Elle se lova inconsciemment un peu plus contre son fiancé et fronça son nez dans la toison de son torse.
Dieu ! Qu'elle adorait cet arôme !
Chuck l'enveloppa de son bras, la collant encore un peu plus à lui et déposa un baiser léger sur la racine de ses cheveux.
Comment s'y prenait-elle pour avoir une odeur si délicieuse dés le matin ?
Il s'était totalement enticher de cette senteur subtile de citron qui subsistait dans sa chevelure. Ça le rendait pratiquement dingue quand elle sortait de la douche. Il usait et abusait de n'importe quel prétexte pour l'y rejoindre.
Bon ok ! Pas seulement à cause de son shampoing.
Tout en elle le rendait totalement fou !
Il aurait pu passer le reste de sa vie dans ce lit avec elle. A la réflexion, il ne désirait rien d'autre. La sentir tout contre lui, dans ses bras et étudier chaque centimètre carré de sa peau encore et encore était amplement suffisant à son bonheur.
Malheureusement pour lui, c'était une utopie.
Son smartphone retentit et il grogna de mécontentement. Qui pouvait avoir idée d'appeler à ... 10:01, indiquait le réveil près de son lit.
Ce n'était pas vraiment le petit matin effectivement !
Il soupira et chercha d'un main aveugle son BlackBerry qui s'était remis à sonner sur la table de nuit. Il décrocha et porta le combiné à son oreille en ronchonnant. Il valait mieux pour lui que l'interlocuteur ait une bonne raison d'insister !
- Chuck ! aboya la voix de Bart à l'autre bout de la ligne.
Blair entendit les battements de son cœur s'accélérer et sentit tout son corps se raidir.
Elle releva instinctivement la tête et le vit déglutir.
Elle n'avait pas besoin de plus d'informations pour connaître le responsable de cette intrusion dans leur cocon de douceur et d'intimité.
Elle se dégagea de lui en se relevant sur un coude, tandis qu'il passait une main sur son visage, soudain crispé, en étouffant un soupir d'exaspération et d'appréhension mélangées.
Il raccrocha presque immédiatement et ferma les paupières.
- Qu'est-ce qu'il voulait ? interrogea-t-elle en passant sa paume sur sa tempe dans l'intention d'apaiser un peu la tension qui venait de s'emparer de lui.
- Il s'invite au brunch ! bougonna-t-il, se sentant impuissant devant ce qui l'attendait.
Elle reposa sa tête dans le creux de son épaule puis se cala de son mieux contre son corps et glissa ses doigts sous l'étoffe soyeuse qui faisait office de frontière entre leurs peaux.
- On dirait que tu vas avoir besoin d'une intervention d'urgence, sourit-elle sournoisement en se penchant pour déposer un chapelet de baisers sur son abdomen alors que sa main s'infiltrait déjà dans l'élastique de son bas de pyjama.
Il émit un grognement guttural qu'elle jugea être un assentiment et elle se délecta d'avance du temps qui les séparaient encore de l'inévitable.
Dimanche 17 juin 2012 : 11h19
Bart Bass appuya sur le dernier bouton au moment où les portes se refermaient. Il n'ignorait pas ce à quoi il allait être confronté.
Sa femme, remariée avec ce chanteur à la gomme, vivait dans le luxe grâce à son argent, dans leur ancien appartement. Elle avait à peine attendu que son corps soit froid pour se jeter sans vergogne sur son amant et s'afficher devant l'UES à son bras.
Cerise sur le gâteau, elle avait adopté son propre fils. Celui qui était censé être son successeur. Celui qui deviendrait un jour le maître du jeu.
A bien y réfléchir, son corps n'était pas froid (où l'était-il depuis toujours ?) et son héritier avait déjà repris le flambeau.
Mais il allait y remettre bon ordre.
Bartholomew Bass avait pourtant pensé s'y être pris comme il le fallait pour faire comprendre à son descendant que les sentiments, spécialement ceux des femmes, n'étaient rien d'autre que des chimères.
Au début, il avait eu tellement de mal, ne fut-ce qu'à le regarder.
Il ressemblait bien trop à Évelyne. Il avait ses yeux et chaque fois qu'il posait les siens sur ce gamin, il se rappelait combien il avait été faible.
Il se sourit cyniquement.
Comme avait-il pu se laisser manipuler par cette femme ?
Lui qui savait pourtant combien elles peuvent être reptiliennes et venimeuses.
Sa propre mère ne l'avait-elle pas abandonné entre les mains d'un père violent pour aller vivre une vie plus heureuse ailleurs ?
Sans l'emmener, sans même prendre la peine de se retourner.
Il franchit le seuil de son ancienne résidence et carra la mâchoire. Revêtant le masque d'une expression faciale totalement lisse, ne dévoilant aucune émotion.
Les sentiments vous menaient toujours à votre perte.
Il tendit son manteau à l'employée qui s'était présentée devant lui et pénétra dans l'arène.
Ils étaient tous attablés là.
Sa veuve, son chanteur raté, son fils et cette fille pour qui cet idiot était prêt à faire n'importe quoi (tel père, tel fils ! Mais il veillerait à ce qu'il ne reproduise pas ses erreurs, bien qu'il soit sans aucun doute déjà trop tard) et même l'héritier Archibald, assis aux côtés de Serena.
- Quelle jolie réunion de famille, ironisa-t-il lorsqu'ils tournèrent tous la tête dans sa direction.
Dimanche 17 juin 2012 : 11h21
Blair sentit son fiancé se raidir et le vit carrer la mâchoire.
Malgré ses tentatives, elle avait été incapable de l'empêcher de ruminer depuis qu'ils étaient sortis de la chambre. Il avait accepté sans rechigné sa première idée pour occuper ses pensées.
Il était Chuck Bass !
Mais au-delà de ça, l'ombre de Bart planait sur eux comme un vautour qui tournoie au-dessus de sa proie, attendant patiemment sa mise à mort.
Elle glissa sa main sur la sienne mais il s'écarta d'elle ostensiblement sans même en avoir conscience.
Son père avait toujours cet ascendant sur lui.
Dés l'instant où il croisait son regard, il redevenait instantanément le petit garçon qui le suppliait pour quelques miettes de son temps. Pour une lueur d'approbation dans son regard bleu, si différent du sien, à défaut d'autre chose.
- Je vois que tout le monde est réuni, commenta encore le dernier venu en le toisant.
La culpabilité l'envahit aussitôt.
Il ne faisait pas partie de cette famille. Il n'aurait pas dû être là.
Si son père ne s'était pas fait passé pour mort afin de les protéger, Lily et lui se seraient séparés et elle ne serait jamais devenue sa mère adoptive.
Les seules personnes qui constituaient sa vraie famille étaient Bart et Jack. Ce qui n'était pas des plus réjouissants.
Ses phalanges se crispèrent autour de son verre de jus d'orange quand il le reposa sur la table.
Un éclat de lumière attira son attention et une petite voix lui souffla tout autre chose, qui lui permit de retrouver un peu de sérénité.
Le diamant qui brillait au doigt de Blair, cherchant le contact avec les siens lui rappelait qu'il avait une autre famille, bien à lui.
Il rencontra les yeux azur de son meilleur ami qui l'observait depuis l'autre côté de la table, assis à côté de Serena, dont le visage était également tendu, en raison de son inquiétude pour sa mère.
Sa mère, à lui aussi.
« Tu peux toujours essayer de m'effrayer mais ça ne marchera pas. Je suis désolée de t'informer que mon amour pour toi est inconditionnel, Charles.
- L'amour inconditionnel est un mythe, tout comme la petite souris, les licornes et les elfes.
- Hé bien, tu trouveras certainement ça très guimauve et bien trop cliché à ton goût, mais bien que tu sois uniquement mon fils par mariage et par adoption, je t'aime comme si tu étais le mien et je te considère comme tel dans mon cœur. Je souhaite que tu puisses éprouver ça pour quelqu'un d'autre, un jour, toi aussi. »
Lily l'avait soutenu pendant toute cette période, ce n'était pas une utopie, ni une tromperie. Elle l'avait épaulé, elle avait été présente pour lui. Elle s'était comportée en véritable maman. Même s'il ne l'avait jamais appelée comme ça. Elle était en tout cas ce qui s'en rapprochait le plus pour lui. Et plus important encore, elle l'avait choisi délibérément, consciente de ce à quoi elle s'exposait.
Il ne lui avait pas rendu la tâche facile, mais elle avait remporté chaque étape, sans faillir, malgré ses mises à l'épreuve.
Il avait donc une famille, peu importe qu'il y soit liée par le sang ou non.
Toutes les personnes assises autour de cette table l'avait accueilli et réconforté à un moment donné, chacune à leur tour, chacune à leur manière, quand il était si seul et désœuvré émotionnellement.
Il posa sa main sur celle de sa fiancée, entremêlant leurs doigts et la chaleur de la peau de Blair se propagea jusqu'à son cœur d'homme, atteignant celui du petit garçon qu'il avait été mais ne serait plus jamais devant Bart.
Il n'était plus cet enfant, ni cet adolescent, troublé et mal aimé. Il était entouré de gens qui lui avaient prouvé qu'il méritait d'être aimé et apprécié pour ce qu'il était, tout simplement.
Il pouvait être lui, sans avoir peur de les décevoir.
Le cœur de Blair tressaillit dans sa poitrine quand il noua ses phalanges aux siennes sur la nappe blanche.
Un sourire prit involontairement place sur ses traits, tendus eux-aussi, l'air ambiant devenant soudain un peu plus respirable par ce simple geste de l'homme qu'elle aimait.
Chuck cherchait son contact et lui permettait d'être là pour lui. Mieux, il s'autorisait à demander son soutient à la vue de tous, y compris son paternel. Et ça, elle en connaissait la valeur. Ça valait bien plus que n'importe quelles paroles ou déclaration d'amour.
Elle comprima légèrement ses doigts contre les siens, lui témoignant sa réponse muette et quand ses prunelles noisette rencontrèrent les siennes, ses craintes s'apaisèrent en même temps que celles de Chuck.
- Bart, articula Lily d'une voix atone.
Elle savait qu'elle devrait affronter cette situation à un moment donné mais rien n'aurait pu l'y préparer, pas même une nuit entière, ou dix, ou vingt.
- On peut se voir en privé ? grinça des dents l'intéressé.
Rufus gigota sur sa chaise et ouvrit la bouche, mais la main de son épouse (l'était-elle encore légalement?) sur sa cuisse le fit taire.
- Bien sûr, acquiesça la blonde.
Dimanche 17 juin 2012 : 13h07
- Tu es certaine que tu ne veux pas rentrer ?
- Oui, Chuck, répondit sa fiancée en replaçant son smartphone sur la table de nuit pour la troisième fois.
Sa mère cherchait à la joindre depuis le début de l'après-midi, sans doute avait-elle pris connaissance des derniers événements elle aussi. Cependant, Blair ne se sentait pas la force de rentrer seule au penthouse Waldorf-Rose.
C'était un peu idiot, mais depuis des mois maintenant, le jeune homme avait partagé le même toit qu'elle et elle avait cette impression désagréable que si elle franchissait le seuil de son appartement en le laissant ici, cela pourrait bien se répéter trop souvent à son goût.
Elle avait tenté de lui faire prendre résidence là-bas mais elle avait échoué.
Chuck lui avait assuré qu'il était mieux qu'il s'installe officiellement chez Lily pour l'instant et que cela ne changerait en rien leurs habitudes. Ce ne serait pas définitif et il passait déjà tout son temps libre au penthouse Waldorf depuis de nombreux mois, avait-il argumenté.
De plus, ils étaient fiancés et finiraient par vivre ensemble. Leur mariage se ferait à l'été suivant, certainement en août. Ce qui leur laissait une année entière pour les préparatifs bien que la jeune femme sache parfaitement ce qu'elle désirait pour cette cérémonie qui l'unirait à l'homme de sa vie. La date n'avait encore été fixée précisément car tout avait été tellement vite depuis la veille qu'elle avait l'impression qu'une semaine entière s'était écoulée au lieu de vingt-quatre heures.
Sauf que Blair ne voulait pas attendre jusque là pour vivre avec lui. C'était beaucoup, beaucoup trop long. Elle voulait qu'ils emménagent ensembles dés que possible, seulement avec tout ce qui se passait en ce moment, elle comprenait que ce n'était pas la priorité des priorités.
C'était vrai aussi qu'elle même commençait à peine à émerger du brouillard.
Ce qui signifiait que leur mode de vie allait tout de même changer, ils n'y échapperaient pas, quoi qu'il en dise.
Terminé les journées passées à se morfondre au fond de son lit. Terminé les crises de larmes sur l'épaule de la seule personne capable de combler un tant soit peu le vide qu'elle ressentait à l'intérieur d'elle-même. Terminé les heures innombrables passées lovée contre lui dans le silence.
Elle était bien décidée à reprendre sa vie en main.
Et le retour de Bart n'était pas pour appréhender les choses en douceur.
C'était la raison principale pour laquelle elle refusait de rentrer seule aujourd'hui. Elle ne quitterait pas cet endroit sans lui, il en était hors de question.
- Je te rejoins dés que possible, dit Chuck.
Il semblait capable de déchiffrer ses pensées.
Qu'est-ce qu'elle racontait, bien sûr qu'il pouvait décrypter ses doutes et ses angoisses, il lisait en elle à livre ouvert.
- Je ne pars pas d'ici sans toi, insista-t-elle.
- C'est peut-être important, lui fit-il remarquer.
- Si c'était le cas, ma mère m'aurait laissé un message, s'entêta-t-elle.
- Blair ...
Il se posa devant elle et caressa son menton pour l'obliger à le regarder.
- Je ne le laisserai pas nous séparer, je te le promets.
- Il me tient pour responsable de tout ce qui est arrivé et il a raison. Si je n'avais pas eu cette idée folle de vivre mon propre conte de fée avec un prince ...
Sa lèvre inférieure trembla légèrement et il l'attira tout contre lui avant de murmurer contre son lobe.
- Nous sommes fiancés, nous allons passé le reste de notre vie tout les deux, c'est la seule chose qui compte. Peu importe ce qu'il en pense. Je me suis battu pour toi pendant tous ces mois et je ne vais pas baisser les bras maintenant que nous touchons enfin au but.
Elle passa ses bras autour de sa taille et laissa reposer sa tête dans le creux de son épaule.
- Je t'aime, tellement, chuchota-t-elle.
- Et je t'aime aussi, mais on ne peut pas être ensemble à chaque minute. Je vais attendre que mon père et Lily aient fini puis je mettrai les choses au point avec lui. Pendant ce temps là, toi, tu vas aller voir ta mère et on se retrouve dés qu'on en a terminé chacun de notre côté, conclut-il en la serrant plus fort.
Elle ferma les yeux tandis qu'il déposait un baiser sur sa chevelure puis s'écarta un peu de lui.
- On se voit tout à l'heure, affirma-t-elle. Mais avant ça, j'ai besoin de ma dose pour pouvoir survivre jusqu'à la prochaine fois, alors embrasse-moi Chuck Bass.
Le jeune homme s'exécuta sans se faire prier. Il puisait lui aussi sa force de leur union et il avait intérêt à recharger ses accus avant de se mesurer à Bart.
Il mit fin à leur baiser à regret et l'entraîna dans le couloir. S'il ne la mettait pas lui-même dans l'ascenseur, elle ne partirait jamais.
Dimanche 17 juin 2012 : 13h09
- C'est Mon fils ! rugit la voix de Bart depuis le bureau qui avait été transformé en bibliothèque.
- C'est le mien aussi, contrat Lily dans l'embrasure de la porte lui faisant face à nouveau.
Elle n'avait pas l'intention de poursuivre plus avant cette discussion stérile.
Passé le premier choc de la résurrection de son défunt mari, elle reprenait ses esprits. Elle ne remanierait pas sa vie entière parce qu'il avait décidé de reparaître soudainement. Elle resterait mariée à Rufus, Bart l'avait d'ores et déjà accepté. Il n'ignorait pas qu'elle s'apprêtait à demander le divorce quand il avait soudainement « disparu ».
- Lily, la prévint-il d'un ton menaçant en s'avançant vers elle.
- Qu'est-ce qui se passe ici ? intervint Chuck, s'imposant entre eux en deux enjambées.
Sa mère adoptive était sur le pas de la porte, prête à mettre un terme à leur divergence d'opinion quand il avait entendu son père crier. Son sang n'avait fait qu'un tour et il avait abandonné le bras de Blair, sur le seuil elle aussi à présent, pour s'interposer entre les deux protagonistes.
- Ton père pense que parce qu'il veut revenir s'installer dans nos vies, les choses vont redevenir identiques à ce qu'elles étaient quand il nous à laissés.
- Je ne vous ai pas laissés, j'ai fait ce que je pouvais pour vous protéger.
- Hé bien, c'est vraiment généreux et chevaleresque de ta part mais depuis ton départ, l'eau à coulée sous les ponts et je ne vais pas inverser le cours du temps parce que tu le souhaites, s'exclama-t-elle.
- Je ne vous en laisserai pas le choix ! tonna Bart. Je suis revenu parce que c'était le chaos et je compte bien y mettre bon ordre.
- Fais ce que tu veux avec Bass Industrie, je m'en fiche, mais ne touche pas à ma famille. Je ne te laisserai pas faire, l'avertit-elle.
- Il n'est pas ta famille, pointa-t-il en désignant Chuck.
- Si, il l'est, rétorqua Lily. C'est mon fils autant que le tien et rien ne changera ça, à moins qu'il ne le désire lui-même.
Chuck sentit le regard de son père darder sur lui et son sang accéléra encore sa course dans ses veines.
Ils se disputaient pour lui ?
Un sentiment étrange l'envahit. Aucun de ses parents ne s'étaient jamais chamaillés à son sujet et pour cause. C'était quelque chose d'horrible et plaisant à la fois. Cette sensation que quelqu'un était prêt à se battre pour lui, pour le garder, la seule personne qui avait jamais fait ça se tenait à côté de Lily.
Ses yeux rencontrèrent ceux de sa mère adoptive qui attendait visiblement sa réponse.
- Elles sont bien plus ma famille que tu ne l'as jamais été, signifia-t-il à son paternel en désignant les deux femmes qui avaient une place prépondérante dans son cœur.
- Fils ...
- Je ne te laisserai pas réduire à néant tous les progrès que j'ai fait jusqu'ici, le coupa Chuck .
- Les progrès ? Quel progrès ? se moqua Bart. Tu as quasiment ruiner tout ce que je t'avais laissé. Tu étais prêt à tout perdre pour elle !
Ses yeux bleu acier transpercèrent Blair de part en part. S'il avait pu la tuer d'un seul regard, elle serait morte sur le champ.
- Je suis prêt à tout perdre pour elle ! clama Chuck. Parce que je n'ai rien de commun avec toi ! Tu penses que je suis faible, mais dévoiler ses sentiments demande bien plus de courage que tu n'en n'auras jamais. J'ai fait la chose la plus dangereuse de toute ma vie le jour où je lui ai avoué que j'étais amoureux d'elle. J'ai pris ce risque en dépit de ce que tu m'as enseigné et même si j'ai commis des erreurs et des faux-pas, je ne regrette rien. Parce qu'aujourd'hui je suis fiancé à la femme que j'aime et que je vais passer le reste de ma vie avec elle. Si ça me coûte BI alors, soit. Je ferai autre chose de ma vie, mais je ne renoncerai pas à Blair parce que sans elle, rien n'a d'importance. Fait ce que tu crois devoir faire mais prépare toi à te battre parce que je ne rendrai pas les armes.
- Elle se sert de toi et te manipule comme un pantin, éructa son père, exactement comme ta mère l'a fait avec moi.
Le jeune homme vit une chose qu'il n'avait encore jamais vue sur le visage de celui qui l'avait élevé sans jamais montrer un once d'émotion, la douleur qui tordit ses traits et disparu en une fraction de seconde laissant place à un masque d'indifférence.
- Je n'ai jamais cherché à te manipuler, s'indigna Lily. Tu es celui qui a engagé un détective privé et qui a fouillé dans mon passé et celui de mes enfants. Tu es celui qui a fait preuve d'une absence de sentiments à toutes épreuves.
Le regard de Bart était plus glacial que le pôle nord mais dessous, son fils pouvait deviner la fureur d'avoir laissé entrevoir l'écharde implantée profondément en lui.
- Ce n'est pas de toi qu'il parlait, énonça Chuck d'une voix sourde sans quitter son père des yeux.
Il revit toute son enfance défiler au gré de ses souvenirs. Tous ces moments où son père s'était retranché derrière une façade de pierre, hermétique à toutes tentatives de sa part de plaider pour un soupçon d'amour, de reconnaissance, de fierté, vis à vis de ce fils qui était la preuve vivante de son échec à la retenir auprès d'eux.
Si sa mère biologique était partie, ce n'était pas à cause de lui, mais de Bart en premier lieu.
Ce n'était pas non plus tant à cet enfant que son père en voulait de l'avoir perdue mais bien à lui-même.
Chuck comprenait si aisément sa blessure, quasiment identique à la sienne et pourtant d'une nature si différente.
Mais celle-là aussi il l'avait expérimentée, avec la femme qui faisait battre son cœur, celle qui lui avait fait découvrir le pouvoir de l'amour.
Il réalisa qu'il avait sans doute bien plus en commun avec son père que ce qu'il n'avait jamais imaginé.
- Tu as fait ton choix, décréta Bart en s'adressant à son fils.
L'amertume submergeait son être tout entier. Il aurait dû savoir qu'il le trahirait un jour de la même manière qu'Évelyne, c'était sans soute génétique et inévitable. Il avait tenté de s'en prémunir, le repoussant le plus loin de lui que possible pour éviter la douleur de l'écueil. Cependant rien ne pouvait jamais préparer à l'abandon même quand il se présentait devant vous encore et encore.
- Conférence de presse demain à 19h00 dans la grande salle de réception du Palace, annonça-t-il. Je serai désormais le seul Bass à la tête de BI.
Il lui restait au moins sa compagnie, ce pourquoi il avait tant travaillé et il avait du pain sur la planche pour redresser la situation que son héritier avait créée. Dieu merci, il pourrait ainsi faire ce qu'il savait faire de mieux.
