Merci à miss-acacia84

And Thanks to Moozanna and oce2196 for their kinds words about my writing on twitter. I'm flattered and honoured.


Para 13

Vendredi 6 juillet 2012 : 19h07 (Bretagne)

Blair mordillait sa lèvre inférieure tout en étudiant sa manucure, assise sur une chaise, depuis presque une heure maintenant. Depuis que son fiancé l'avait informée qu'il prenait un vol pour Lannion depuis un aérodrome du Hertfordshire, où il avait loué un avion privé afin d'arriver sur les lieux le plus rapidement possible.

Elle avait essayé de le joindre sur son portable dés son arrivée à la clinique, mais ses appels étaient directement renvoyés sur sa messagerie vocale. Elle supposait donc qu'il était toujours en plein ciel et lui avait laissé les coordonnées de la clinique et les dernières infos sur l'état de santé de Bart.

Lorsque Chuck franchit les portes de la salle d'attente de l'étage de chirurgie du Centre Hospitalier Pierre Le Damany, suivi par Nate, elle bondit littéralement de sa chaise et vola jusqu'à lui.

- Il est toujours en salle de réveil, mais il ira bien, lui annonça-t-elle, avant même qu'il n'ait ouvert la bouche.

Le jeune homme laissa échapper un petit soupir de soulagement et elle glissa ses mains dans les siennes, alors que son meilleur ami lui administrait une petite tape amicale sur l'épaule.

- Qui est …

- Le pilote, répondit-elle immédiatement.

Son fiancé fit un petit signe de la tête pour signifier qu'il l'avait entendue mais ne dit mot.

Richard était à leur service depuis plus de quinze ans. Il lui avait fait traverser la planète en tous sens à de nombreuses reprises.

- Il faut que je prévienne sa femme, commenta-t-il en délaissant les mains de Blair pour chercher son smartphone.

Mais elle refusa de les laisser aller.

- Pendant un moment … j'ai cru que … bredouilla-t-elle en essuyant une larme qui menaçait de rouler sur sa joue.

Il l'attira tout contre lui pour la serrer dans ses bras et elle plongea son visage dans son cou, étouffant un sanglot.

- Je vais bien, la rassura-t-il à voix basse.

Il déposa un baiser sur sa chevelure, profitant de cet instant pour se laisser envahir par l'arôme de son shampoing.

Elle se dégagea doucement de son étreinte et caressa son visage.

- Je sais, acquiesça-t-elle les yeux toujours trop brillants malgré tout, s'obligeant à sourire faiblement.

Il l'embrassa tendrement, sur les lèvres cette fois, et elle noua ses bras autour de sa nuque pour mieux se blottir contre lui.

- Marissa ? questionna-t-il encore, la tête de Blair reposant dans le creux de son épaule.

Le rapport faisait état d'un mort et de deux blessés graves, il espérait qu'il n'aurait pas également à annoncer un décès au mari de l'hôtesse qu'il avait embauchée, il y a seulement quelques mois.

- Elle est en salle d'opération, elle aussi. Sa vie n'est plus en danger, non plus.

Chuck ferma les paupières et se laissa dériver quelques secondes dans l'embrase de la jeune femme.

- Il y avait une autre personne à bord, ajouta-t-elle doucement après lui avoir octroyé un peu de répit.

Il rouvrit les yeux et l'interrogea du regard.

- Élisabeth, marmonna-t-elle, presque à voix basse.

Elle le sentit se raidir immédiatement.

Il ouvrit la bouche mais aucun son n'en sorti.

Bart avait dit avoir une entrevue de prévue avec un futur investisseur en Suisse quand il avait embarqué dans la carlingue.

Encore un autre mensonge, évidemment !

- Elle n'a été que plus légèrement blessée. Ma mère lui tient compagnie dans la chambre 872, expliqua-t-elle.

Elle réprima l'envie de rouler des yeux au ciel à l'idée d'Eléanor sympathisant avec Élisabeth car elle ne savait pas comment il allait réagir à la nouvelle.

Personnellement, elle n'était pas prête à oublier ce que cette femme avait fait à l'homme qu'elle aimait, ce qu'elle leur avait fait par le passé. Pas plus qu'à Bart, d'ailleurs. Mais elle savait aussi que cette décision ne lui appartenait pas. Seul Chuck pouvait choisir sa future relation avec ses parents.

Elle caressa doucement sa nuque et il y répondit par une pression de ses doigts autour de sa taille.

Il se libéra des bras de la jeune femme et porta sa main à ses lèvres.

- Je vais aller la voir, décida-t-il après quelques secondes de débat intérieur.

Les battements sourds de son cœur résonnaient dans ses tempes, mais il chassa l'angoisse qui s'emparait de lui. Elle aurait pu mourir dans cet accident, tout comme son père et il voulait s'assurer de visu qu'elle allait bien.

Il n'avait pas l'intention de s'attendrir, juste de vérifier que tout était ok. D'autre part, il avait également des questions à lui poser.

Il abandonna Blair à la surveillance de Nate, qui opina du bonnet à sa requête muette et suivit le couloir jusqu'à la chambre indiquée.

- ... et il toisa Harold du regard, du haut de ses cinq ans et déclara « Je suis Chuck Bass », disait la voix d'Eléanor depuis l'intérieur de la pièce quand il frappa doucement à la porte.

Il entendit les rires mêlés des deux femmes.

C'était quelque chose d'étrange car il n'avait encore jamais entendu ce son de la part d'aucunes d'elles.

Visiblement la communication passait bien !

- Chuck ! se stoppa sa future belle-mère, en le voyant entrer.

Elle quitta sa chaise pour se poser devant le jeune homme.

- Dieu merci, tu es là ! Blair va enfin pouvoir recouvrer la raison, commenta-t-elle en posant ses mains sur ses épaules amicalement.

Il fut un peu déstabilisé par la situation et cette démonstration d'affection, si peu commune à Eléanor Waldorf.

Elle ne sembla pas le remarquer et quitta la pièce après avoir adressé un signe d'au revoir à la femme brune assise dans le lit.

Cette dernière avait repris son sérieux à l'apparition de son fils.

Elle craignait cet instant autant que lui, sinon plus, mais il n'en n'avait certainement aucune conscience.

Ils se regardèrent en silence pendant quelques longues secondes, les mêmes yeux noisette se reflétant comme dans un miroir.

Chuck nota mentalement quelques ecchymoses et un poignet bandé. Mais sous les contusions, elle n'avait pratiquement pas changé depuis la dernière fois qu'il l'avait vue, montant dans ce taxi, après avoir déclamé qu'elle n'était pas réellement sa mère.

Élisabeth retenait sa respiration, elle n'osait pas faire le premier mouvement mais finit par se jeter à l'eau. Si Chuck ressemblait un tant soit peu à Bart, il ne baisserait pas sa garde une deuxième fois.

Le simple fait qu'il soit là était déjà un exploit en soi.

- Je suis contente de te voir, dit-elle finalement. Je n'espérais pas que tu viennes.

- Je … voulais juste … Peu importe, battit-il en retraite, la main sur la poignée pour disparaître.

Il ne savait pas vraiment ce qu'il en était des blessures de sa … génitrice, mais la sienne était encore trop vive pour réussir à passer outre une confrontation.

- Chuck, appela Élisabeth.

La discussion qu'elle avait eu avec Bart était encore bien présente dans son esprit et elle était lasse de tous ces mensonges, de tous ces non-dits.

- Reste, s'il te plaît. J'ai des choses à te dire, lui demanda-t-elle en espérant de tout son cœur qu'il ne la rejetterait pas comme elle l'avait rejeté.

Le jeune homme hésita un instant.

- Tu ne veux pas savoir pourquoi ton père est venu me voir ?

- Pourquoi ? Tu as l'intention d'être sincère cette fois ? railla-t-il sans pouvoir s'en empêcher.

Il la vit déglutir et remuer maladroitement sur son lit d'hôpital et se sentit horrible. Elle sortait d'un accident et il ne lui laissait aucune chance de s'expliquer.

- Je sais que je ne t'ai donné aucune raison d'avoir confiance en moi et, tel que je connais Bart, il t'en à certainement inculqué des milliers pour ne pas le faire.

La phrase de sa mère toucha la cible en plein centre.

- Je ne suis pas comme lui, affirma le jeune homme un peu trop vivement.

- Je sais, je l'ai appris par moi-même, lui confia-t-elle.

Pourquoi ? avait-il envie de hurler. Pourquoi as-tu dis que tu n'étais pas ma mère ?

Mais il garda le silence.

Parce qu'il connaissait déjà parfaitement la réponse.

Elle ne voulait pas de lui à sa naissance.

Elle ne voulait pas de lui il y a deux ans.

Elle ne voulait pas de lui à Noël dernier.

Elle ne voulait pas de lui il y a quelques jours.

Et elle ne voulait pas plus de lui maintenant.

- Pourquoi m'as-tu sauvé la vie ? demanda-t-il à la place.

- Parce que tu es mon fils, énonça-t-elle avec évidence.

Il la regarda sans comprendre.

- Approche, le pria-t-elle d'un geste de la main, où était placé un catétaire.

Sans savoir pourquoi, il s'avança plus près du lit.

- J'ai commis de nombreuses erreurs dans ma vie, mais jamais je n'ai regretté de t'avoir mis au monde. Si j'avais voulu, j'aurais pu avoir recours à l'avortement, mais je ne l'ai pas fait. C'est juste que je n'étais pas capable d'être une bonne mère pour toi. D'ailleurs, quand l'occasion s'est présentée, tu as vu ce que ça a donné. Tu mérites mieux. Je vis avec mes actes tous les jours, mais jamais je n'aurais pu, en sachant que je t'avais laissé mourir.

Les mots s'instillèrent en lui comme des lames de rasoir, lacérant son cœur d'enfant.

Elle posa sa main sur la sienne et il frissonna.

Il ne s'était même pas rendu compte qu'il se cramponnait au bord de la chaise qu'occupait Eléanor un peu plus tôt.

- Ton père a certainement commis de nombreuses fautes, lui-aussi. Il n'a jamais été très doué pour dévoiler ses sentiments, ni pour faire confiance aux gens qui l'aiment, c'est pour ça que ça ne pouvait pas fonctionner entre nous. Tout a toujours été si compliqué entre nous !

Elle cligna des paupières pour chasser une larme qui s'annonçait, avant de reprendre.

- Je n'ai jamais été sûre de grand-chose dans notre histoire, mais s'il y a une chose dont je suis certaine, c'est qu'il tient à toi. Je l'ai su à la seconde où il a posé les yeux sur toi. Au moment où il t'a pris dans ses bras pour la première fois, j'ai compris que je l'avais perdu. Jamais, il n'accepterait que tu lui sois enlevé pour être élevé par un autre. Pas même pour moi.

Elle haussa les épaules en signe d'impuissance.

- Et moi, je n'étais pas prête à être une mère. Et surtout, j'avais peur de fonder une famille avec lui. Je voulais qu'il me choisisse moi, pour moi. Et non pas parce que j'étais la mère de son fils, ni pour mon argent, ou celui de ma mère, comme le père de Diana. Je voulais qu'il me demande de l'épouser pour la bonne raison, même si je savais qu'il ne me la dirait pas.

Chuck ravala la bile qui remontait dans son œsophage.

- Il n'avait pas besoin de me le dire, je savais qu'il aurait pu tout abandonner pour moi. Tout, sauf toi ! Et quand j'ai quitté la maternité cette nuit là, j'étais aussi bien consciente qu'il ne me pardonnerait pas de l'avoir fait. Je savais qu'il ne pourrait pas accepter que je t'ai fait ce que sa mère lui avait fait.

Le jeune homme haussa les sourcils mais elle ne répondit pas vraiment à ses interrogations.

- Il voulait te protéger, il voulait éviter que tu saches que j'avais choisi de vous laisser derrière moi de mon plein gré. Et il ne voulait pas non plus que tu saches qu'il avait échoué à me retenir auprès de vous. Alors, il m'a laissée partir. Il t'avait toi, c'était tout ce qui comptait pour lui.

Une pierre brûlante se logea dans l'estomac de l'héritier Bass.

- Il savait où tu étais pendant toutes ces années ? haleta-t-il un peu.

Elle haussa les sourcils à sa question, image identique à lui-même quelques secondes auparavant.

- Qui pourrait échapper à Bart Bass, s'il ne le voulait pas lui-même ?

Elle marquait un point.

Personne n'était capable d'une chose pareille. Son père avait sans doute autant de gens suivis par ses privés que la CIA n'avait de dossiers classés secrets.

Il n'avait encore jamais envisagé la chose sous cet angle là et le feu s'étendait à présent à toute sa poitrine, alors qu'il repensait aux dernières paroles qu'il avait adressées à l'homme qui ne montrait jamais aucune émotion.

- S'il t'a dit que j'étais morte, c'est parce qu'il pensait que c'était mieux pour toi et non pas pour m'empêcher de revenir. Il s'est peut-être trompé, mais tu verras quand tu auras un enfant à ton tour, ce n'est pas si facile de prendre les bonnes décisions.

Oh ! Ça, il le savait ! Il le savait mieux que personne !

Elle jeta un regard circulaire dans la pièce et repéra ce qu'elle cherchait sur une chaise.

- Regarde dans mon sac de voyage, il y a une enveloppe, une grande enveloppe en papier Kraft, l'enjoint-elle.

Il s'exécuta et sortit une vingtaine de missives de celle au format A4. Chacune contenait une photo. Une photo de lui, constata-t-il alors que sa vue se brouillait.

Il cligna des paupières à son tour pour chasser les larmes qui s'y amoncelaient.

- Il m'en envoyait une chaque année à la date de l'accouchement, sans aucun mot. Juste une photo de toi, ajouta-t-elle. Si j'avais frappé à votre porte, il ne se serait pas opposé à ce que je reprenne ma place dans ta vie, mais il ne m'aurait jamais accordé la même chose pour la sienne. Il pensait que si je devais revenir un jour, ce serait pour toi, pas pour lui.

- Mais il se trompait, dit lentement Chuck, le cœur en miettes.

Elle acquiesça doucement et resserra la pression de ses doigts sur la main de son fils.

- Je suis désolée, s'excusa-t-elle encore. Je voulais qu'il vienne me chercher. Qu'il me dise qu'il ne pouvait pas vivre sans moi. Malgré le temps qui passait, je ne pouvais pas cesser d'espérer ... Et puis il y a eu cet accident. Et je l'ai détesté de toute mon âme. Parce qu'il ne viendrait jamais. Et ensuite, tu m'as surprise au cimetière et je me suis enfuie. Je ne voulais surtout pas avoir affaire à toi et être obligée de faire face à ce que je t'avais fait. Ce que je lui avait fait. Ce que je nous avais fait. Tout ça, s'était sa faute. Et je lui en voulais tellement. Alors, quand Jack m'a proposé ce marché stupide ...

- Tu as saisi l'opportunité de te venger, finit-il pour elle.

- Je me suis dit que Bart se retournerait certainement dans sa tombe. Parce que ça l'aurait rendu complètement dingue de me voir avec lui, continua-t-elle. Il détestait que je sois proche de son frère. Il était toujours si suspicieux, sans aucune raison. Toujours distant. Il ne baissait jamais sa garde. Il me rendait complètement folle. Je devais toujours tout expliquer. Tout justifier. Mes déplacements, mes amis ... Je devais prouver tout ce que je faisais. Tout ce que je disais. Il avait engagé un privé pour me filer à la fac. C'était totalement dément !

Elle grimaça à ses souvenirs.

- Jack avait toujours été si gentil avec moi, sourit-elle cyniquement. Je croyais que ce serait facile. Sans conséquence pour moi. Comme quand je suis partie la première fois. Sans me retourner. Seulement, je me suis rendue compte que ça n'avait pas été sans conséquence. Pour aucun de nous. Alors, j'ai compris pourquoi Bart avait simplement rayé ta mère de ta vie. ... Parce que je ne méritais pas d'être ta mère.

Elle secoua la tête de gauche à droite.

- Quand je l'ai vu sur le pas de ma porte, j'ai failli avoir une attaque. Après avoir réalisé qu'il était bien là, en chair et en os. Que c'était bien réel, j'ai cru un instant ... mais, il ne venait pas pour moi, il venait pour toi.

Chuck fronça les sourcils.

Son père lui avait menti en prétextant aller voir un investisseur parce qu'il n'était pas certain de la réponse positive de sa mère.

- Il est venu me demander mon aide, rit-elle, encore sous le choc.

Elle releva son visage et plongea ses yeux bruns dans les siens, où se reflétait l'ébahissement.

- Il est venu me demander de l'aider, pour toi, répéta-t-elle, toujours ahurie.

L'incrédulité était peinte sur le visage de son fils.

- Tu sais combien de fois Bartholomew Bass a demandé de l'aide dans sa vie ?

- Zéro, balbutia-t-il, le souffle coupé par les dires de sa mère biologique.

- Plus maintenant, sourit-elle en essuyant une larme sur le haut de sa pommette qui avait échapper à sa vigilance.

Elle posa ensuite sa main sur le visage de son fils.

- Plus maintenant, répéta-t-elle en lui caressant la joue de son pouce.