Résumé : Un criminel/consultant qui revient peut-être d'Outre-tombe, une histoire abracadabrante de Ligue des Rouquins et un frère disparu depuis trente ans qui décide qu'il est temps d'en finir, il n'en faut pas plus pour plonger Sherlock Holmes dans l'abîme de ses souvenirs d'enfance. Parce que Sherrinford n'a jamais accepté d'être battu, que Mycroft s'est un jour promis de toujours protégé son petit frère, et que Sherlock refuse d'admettre qu'il est encore parfois bassement humain, l'histoire risque d'être plus compliquée que prévu. Heureusement, il y a John, ce brave John, toujours là pour son ami. Sauf que cette fois il ne pourra peut-être pas le sauver à temps.
Commentaire : Bonjour ( Bonsoir?) à vous, très chers lecteurs! Voilà comme promis le second chapitre! Je ne sais pas trop comment le décrire, alors je vais juste vous dire Bonne lecture et J'espère qu'il vous plaira!
Et bien sur, je remercie tout ceux qui ont pris la peine de me laisser une review sur le premier chapitre, et ceux qui ont mis en favoris et en follow! J'ai été très contente de revoir les pseudos de ceux qui m'ont suivi avec "Les Trois Holmes", j'ai eu peur que vous m'ayez oublié, XD! Et, évidemment, bienvenue et merci aux nouveaux venus également! J'espère tous vous garder jusqu'à la fin de cette fic :D
Disclamer : Rien à moi ( sauf Sherrinford, mais je le vends, il m'énerve. C'est les soldes, profitez-en XD) tout à Gatiss, Moffat et Conan Doyle!
John, les yeux cernés et fatigués, la démarche lente, s'approcha de la porte familière du 221B, Bakerstreet. Il bailla en cherchant ses clefs dans ses poches. Il avait laissé Sherlock, la veille, à sa demande, pour qu'il puisse réfléchir seul à cette affaire. Les Watson étaient rentrés chez eux, chamboulés, épuisés, par la journée qu'ils venaient d'avoir. Ils avaient dû faire leur adieu à leur ami, avant de voir sur l'écran de la voiture de Mycroft, le visage haï et craint de James Moriarty, proclamant son retour. Et Sherlock était revenu, tout s'était enchaîné, les explications, les cris, le silence méditatif. Pour finir à arriver à cette conclusion : le cadet Holmes avait de nouveau un psychopathe quémandant son attention sur les bras, et ils n'avaient pas la moindre piste pour comprendre de qui il s'agissait. Tout cela dans les mêmes vingt-quatre heures. C'était définitivement trop.
Après cette journée, John aurait bien mérité de dormir. Mais voilà, Mary l'avait tenu éveillé toute la nuit parce qu'elle ressentait des contractions douloureuses, et qu'elle paniquait à l'idée que le bébé arrive durant la nuit. Sa femme avait été une espionne, une tueuse, mais elle paniquait pour un accouchement. John n'avait pas pu s'empêcher de se dire qu'il était maudit.
Et alors que Mary, rassérénée, s'était endormie au petit matin, lui, il avait dû se lever pour aller voir si son meilleur ami allait bien, s'il avait dormi, mangé, s'il avait avancé dans l'enquête.
John aurait bien dit qu'il était décidemment un saint, s'il n'avait pas su que la raison principale de ses efforts était de savoir si Sherlock avait avancé dans l'enquête.
Le médecin mit finalement la main sur son trousseau de clefs, et parvint, sans s'endormir, à ouvrir la porte.
Une bonne odeur de café chaud l'accueillit dans l'entrée, et il bénit silencieusement madame Hudson. Alors qu'il faisait quelques pas en direction de la cuisine de son ancienne logeuse, une rumeur de conversation venant du premier l'arrêta.
Pensant qu'il s'agissait sans doute de madame Hudson et de son locataire, il entreprit de gravir les dix-sept marches menant à l'appartement.
Plus il se rapprochait, plus il se rendait compte d'une chose. La seconde voix, celle qui répondait à Sherlock, était celle d'un homme.
Curieux, John poussa la porte qui fermait le salon, et attendit que l'un des deux occupants de la pièce remarque sa présence.
Sherlock finit par lever les yeux vers lui, et un sourire étira ses lèvres.
- John, parfait, tu tombes bien.
Le second homme, assis dans le canapé, face à Sherlock qui se tenait debout, tourna la tête vers le médecin. En trois pas, le détective fut sur son ami et le tira par la manche pour le présenter.
- Monsieur Wilson, je vous présente mon ami, John Watson. John, voici Jabez Wilson, qui m'a apporté ce matin un cas tout à fait extraordinaire.
L'homme se rengorgea de fierté, et John l'observa enfin attentivement. La première chose qui lui sauta au yeux, fut que Jabez Wilson était gros, très gros, au point que le médecin s'inquiéta un instant que le canapé ne cède sous son poids, la seconde fut les cheveux d'un roux presque rouge qui encadrait fièrement le visage graisseux aux petits yeux noirs et porcins.
- Bonjour, salua John, interdit.
Il se tourna ensuite vers Sherlock, s'attendant naïvement à se voir expliquer pourquoi il prenait déjà une nouvelle affaire alors que la veille, celle de la vidéo semblait tellement inexplicable. Mais le cadet Holmes ne comprit vraisemblablement pas la question muette de son ami.
- Monsieur Wilson est arrivé il y a quelques minutes, complétement chamboulé. Madame Hudson a jugé bon de venir me prévenir, et bien que sur le moment, je ne l'ai pas admis, elle a bien fait.
John savait très bien comment Sherlock avait dû réagir. Si, à ce moment là, il était toujours concentré sur l'affaire de la vidéo, madame Hudson avait dû recevoir un accueil tout, sauf chaleureux.
- Sherlock ?
Le détective se tourna vers lui, sourcil haussé, attendant la question.
- Et la vidéo ? souffla John.
Sherlock fronça le nez, ne semblant pas ravi que son ami aborde le sujet.
- Plus tard, on en reparlera plus tard.
- Oui, mais tu as une piste ?
Il poussa un soupir agacé en secouant la tête de droite à gauche, avant de reporter son attention sur Jabez Wilson.
- Monsieur, étant donné l'arrivée de mon ami, peut-être pourriez-vous recommencer votre récit ? Pour lui, comme pour moi, j'ai bien besoin d'entendre plus de détails de votre bouche.
L'homme à l'incroyable chevelure acquiesça, sa poitrine se bombant de fierté face à l'intérêt qu'on lui portait.
- Bien sûr, monsieur Holmes, c'est bien gentil à vous de vous intéresser à moi, désolé de vous avoir dérangé, je ne serai pas venu, vous savez, s'il n'y avait pas eu cette vidéo de ce gars, là, ce Moriarty, j'ai pas pu m'empêcher de penser que c'était quand même une sacré coïncidence que ça arrive pile ce jour-là…
John vit le sourire de Sherlock se crisper, et sentit venir la vague de sarcasmes. Sherlock détestait qu'un client tourne autour du pot, et il devait le supporter encore moins quand ce même client tergiversait deux fois sur la même chose. Alors le médecin se racla la gorge pour reconcentrer Wilson sur ce qui les occupait.
- Et que s'est il passé hier ?
Jabez papillonna les paupières de ses petits yeux cerclés de graisse.
- Comme je l'ai dit à monsieur Holmes, cette histoire ne remonte pas à hier, mais à bien avant, plusieurs jours avant.
Il se mit à fouiller dans les poches de l'immonde veston, d'un jaune délavé, qu'il portait, pour en sortir une petite carte de visite.
- Je vous en parlais à l'instant, monsieur Holmes, c'est cette carte que le gars m'a donnée.
Sherlock la saisit entre deux doigts, et John tendit le cou pour voir les quelques mots qui y étaient inscrits : « Vincent Spaulding, pour la Ligue des Rouquins ». En dessous s'étalait un numéro de téléphone et une adresse mail.
Les lèvres de Sherlock formèrent silencieusement les mots « Ligues des Rouquins » et John se demanda ce que cela pouvait bien signifier.
Alors que Wilson semblait sur le point de reprendre son récit, Sherlock leva une main pour l'inciter au silence. Il gagna son fauteuil, joint ses mains sous son menton, l'air concentré au possible.
John en profita pour s'asseoir sur son propre fauteuil, juste au moment au Sherlock assenait.
- Maintenant, vous allez reprendre votre récit du début, sans omettre un seul détail. Et ne soyez pas ennuyant, je serais très triste de devoir renoncer à une affaire comme la vôtre sous prétexte que vos babillages incessants m'auront agacé.
Wilson cligna des yeux avec lenteur, passa un mouchoir crasseux sur son front, et commença enfin, semblant choisir précieusement ses mots.
- Il y a deux semaines, je travaillais encore à la banque de Fleet Street. Chef de la sécurité, que j'étais, un beau poste, un poste qu'on ne confie pas à n'importe qui.
La fierté de Jabez se lisait sur ses traits, mais en saisissant le regard noir de Sherlock, il ne s'approfondit pas plus dessus.
- Il y a deux semaines, donc, je finissais une dure journée de boulot, et je me rendais dans un bar. J'étais à peine installé que j'ai senti un regard dans mon dos. C'était celui d'un homme, grand, la coupe soignée, bien habillé avec un costume de marque, Hugo Boss, je pense, bref, vous voyez le genre. Et j'ai pensé, que, vous voyez, enfin, que c'était un gars… de l'autre bord, et que je lui plaisais bien.
John songea, de façon bien moqueuse, il se força à l'admettre, que Jabez Wilson ne devait plus avoir croisé de miroir depuis un moment.
- Il a passé toute la soirée à m'observer, et quand il s'est enfin approché, j'avais l'intention bien ferme de l'envoyer se faire voir ailleurs. Mais voilà qu'il me sort qu'il n'avait jamais vu des cheveux aussi roux que les miens. Et il s'est mis à parler de cette Ligue des Rouquins.
Sherlock se pencha un peu plus en avant.
- Il me tend sa carte et me dit « Bonjour, monsieur Wilson, mon nom est Vincent Spaulding, et je suis un étroit collaborateur de la Ligue des Rouquins. ». J'ai été très surpris, et pour cause, cet homme, je ne l'avais jamais vu de ma vie, mais voilà qu'il m'appelait par mon nom.
Alors, je lui ai demandé d'où, diable, il savait comment je m'appelais, et surtout, d'où il sortait cette histoire de Ligue. Il me répond, très aimablement, je dois dire « La Ligue des Rouquins a été fondé grâce à un leg de feu monsieur Ezechia Hopkins. Notre généreux donateur nous a donné pour mission de rassembler les rouquins de Londres et de leur fournir du travail dans certains de nos établissements. Quant au fait que je connaisse votre nom, monsieur Wilson, il est inscrit sur le badge que vous portez. ».
Il se trouve que c'était vrai, et que je portais encore mon badge de la banque. Inutile de vous dire que j'ai trouvé cette histoire de Ligue des Rouquins fantaisiste, voir complétement folle, et j'ai voulu m'en aller. Je pressentais les ennuis. Mais voilà que ce Spaulding me sort un contrat flambant neuf pour un travail très facile et bien, très bien payé. J'ai commencé à hésiter, et il a achevé de me convaincre en me disant « Venir demain à la galerie d'art dont fait mention ce contrat ne vous coûtera rien, monsieur Wilson, vous serez toujours libre de partir. ». J'ai choisi de réfléchir, comme tout le monde l'aurait fait à ma place. Une offre pareille, ça ne se refuse pas !
Wilson marqua une pause pour s'éponger le front avec son mouchoir. Il sembla chercher ses mots un instant, ne les trouva pas, se mordit l'intérieur de ses joues flasques et reprit enfin.
- Le lendemain, j'étais au 22, Victoria Grove, et je visitais la galerie. C'était minuscule, il n'y avait pas dix œuvres exposées et même pas un chat pour en acheter. Et je me fais vieux, monsieur Holmes, j'ai des fins de mois à couvrir, et ce travail semblait si facile, et monsieur Spaulding avait l'air si avenant. Alors j'ai accepté. La seule condition était de bien m'en tenir aux horaires, je n'avais pas à m'occuper des clients, ni rien de ce genre, juste à rester assis devant l'entrée et regarder ceux qui rentraient et sortaient. Ce manège a duré deux semaines, deux belles semaines, où je n'ai eu à m'occuper de rien. Mais cette histoire de Ligue des Rouquins n'a pas cessé de me trotter dans la tête. Je n'en avais jamais entendu parler, et il me semblait plus qu'étrange qu'un milliardaire ait ce genre de fantaisie. Mais j'y gagnais beaucoup, alors je ne m'interrogeais pas plus que cela. On me payait chaque semaine, d'un chèque, et j'en avais reçu deux quand ça arriva.
John, sans s'en rendre compte, s'était à son tour avancé dans son siège. Il avait l'habitude des histoires tordues, mystérieuses, incompréhensibles. Mais l'affaire que leur apportait Jabez Wilson était bien plus captivante, en cela qu'elle semblait ne pas exister. Il attendait la chute, se demandant quel crime avait conduit cet homme rondouillard au 221B.
- Hier matin, alors que je me rendais à mon travail, la Galerie était fermée. Des journaux avaient été collés aux fenêtres, la devanture arrachée, plus aucun nom ne se trouvait sur la porte, à la place, il y avait une note placardée, disant que la ligue était dissoute. C'était comme si elle n'avait jamais existé. J'ai appelé le numéro que vous avez pu voir sur la carte, c'est un inconnu qui a répondu, en disant qu'il n'avait jamais entendu parlé de la Ligue des Rouquins. Mon serveur mail non plus, apparemment, puisqu'il a déclaré l'adresse introuvable. Alors je suis allé au bar, pour réfléchir, et là, je vois la tête de ce Moriarty qui annonce son retour. Et je me suis dit que cela ne pouvait pas être une coïncidence, monsieur Holmes. Je me suis quand même laissé la nuit pour réfléchir, mais me voilà.
Alors que Sherlock ne perdait pas son air concentré, John, lui haussa les sourcils d'incrédulité. L'air grave de Wilson ne correspondait, selon lui, absolument pas à la situation. Quel crime avait donc été commis ? Aucun ! Et c'était cette affaire qui semblait tant passionner Sherlock ? Une arnaque, on avait essayé d'arnaquer ce pauvre homme, rien de plus. Cela n'avait certainement pas non plus un rapport quelconque avec la vidéo. Un sourire amusé naquit au coin des lèvres de Watson. Le regard gras de Jabez l'intercepta, et il s'offusqua :
- Vous riez, monsieur Watson ? Je ne vois absolument pas ce qu'il y a de drôle.
- Rien du tout, se reprit John, seulement, je ne vois pas en quoi votre affaire comporte un acte criminel. Il me semble qu'on ait simplement voulu vous arnaquer, ou bien vous faire une farce. Pas de quoi aller chez un détective privé, n'est ce pas ?
John se tourna vers son ami, cherchant une approbation, mais Sherlock se contenta de secouer la tête.
- Il est vrai que, du point de vue personnel de monsieur Wilson, il n'a pas à se plaindre, il a après tout, sans doute gagner une belle somme, mais l'affaire, John, l'affaire, elle, est passionnante.
L'ancien médecin militaire cligna des yeux, ne voyant décidemment pas ce qui passionnait tant son ami. Jabez se récria :
- J'ai perdu mon emploi, monsieur Holmes, tout ça pour deux semaines de confort. Vous osez dire que je n'ai rien perdu avec cette histoire ? Je ne vous permettrai pas !
John vit à nouveau l'éclat qui annonçait le la déferlante dans les yeux de Sherlock, mais cette fois, il ne put l'empêcher d'ouvrir la bouche pour déballer :
- Vous n'avez rien perdu du tout, monsieur Wilson, et même si cela avait été le cas, vous ne devriez vous en prendre qu'à votre surprenante idiotie. Mais votre emploi, vous l'auriez perdu de toute façon, regardez-vous un peu, vous êtes obèse, quel genre de banque voudrait d'un gardien avec votre condition physique, accro au jeu qui plus est ? Les dés, je dirai, à la vue des mouvements de vos mains. Un alcoolique, anciennement repenti, mais qui s'est remis à boire, et pas qu'un peu, depuis la mort de sa femme, cela se voit à ces détestables tâches sur votre nez. Quel genre de banque voudrait de quelqu'un comme vous, avec votre passé ? Penton Ville, n'est-ce pas ? C'est ce que me dit le tatouage, sur votre poignet. Par contre, j'ai du mal à comprendre pourquoi vous vous y êtes retrouvé. Pas assez intelligent pour la fraude, pas de trace d'une ancienne addiction à la drogue. Je pencherai pour quelques activités de pique-pocket, à la vue du fait que vous attachez votre portefeuille à l'intérieur de votre veston et non à votre pantalon, vous devez avoir l'expérience du métier. Alors, monsieur Wilson, cette affaire ne vous a en rien porté préjudice, je suis certain que vous alliez vous faire expulser de votre emploi, et que cela n'allait plus tarder.
Sherlock ne prit pas le temps de regarder l'indignation se peindre sur les traits de Jabez Wilson, il leva une main.
- Pas de protestation, vous m'avez fatigué. Je sais tout ce qu'i savoir sur votre cas, et je vous remercie de me l'avoir apporté, cela promet réellement. Maintenant, monsieur Wilson, voulez-vous bien traîner vos quelques centaines de kilos vers la sortie, je vous en serai reconnaissant, il me faut réfléchir.
Wilson cligna des yeux une fois. Deux fois. Passa son mouchoir sur son front gras. Puis se leva et quitta les lieux en se demandant pourquoi diable il avait mis les pieds dans cet appartement de fou. John lui lança un « Au revoir » poli, juste avant qu'il ne passe la porte, et le rouquin lui renvoya un coup d'œil interdit, avant de prendre ses jambes à son cou.
John ferma les yeux, gêné à la place de Sherlock par ce qui venait de se passer. Le détective ne semblait pas plus s'en soucier que ça, tout à ses pensées, que John devinait agitées.
Il se demandait bien par quoi, parce qu'il ne voyait toujours pas en quoi ce que Jabez Wilson leur avait raconté était criminel.
- Tais-toi un peu, John.
Le médecin se tourna vers son ami, surpris.
- Je n'ai rien dit !
- Oui, mais je t'entends réfléchir, et c'est désolant.
John choisit de ne pas se montrer vexé – et il l'était – préférant ignorer Sherlock. Il finirait bien par s'expliquer de lui-même. Il ne résistait jamais à la tentation de paraître plus intelligent que tout le monde.
- Tu te demandes en quoi cette affaire de Ligue des Rouquins peut bien m'intéresser.
Bingo.
- Je me demande surtout pourquoi tu ne réfléchis plus à celle de la vidéo.
Sherlock laissa échapper un grognement agacé.
- J'y réfléchissais, figure toi, quand madame Hudson est venue me déranger en me disant que ce lourdaud attendait en bas, en baragouinant à propos d'une ligue des Rouquins et de son possible rapport avec Moriarty.
John se redressa.
- Et tu as pensé à une piste. C'est pour cela que tu as accepté de recevoir Wilson.
Sherlock ne répondit pas, préférant continuer, les jambes étendues devant lui, ses mains en son geste éternel de prière sous le menton, les yeux levés.
- Quand j'ai entendu cette histoire, je n'ai pas pu m'empêcher de me trouver intéressé.
- Mais pourquoi ? Il n'y a pas eu de crime, ni rien de ce genre.
Sherlock posa sur lui un regard condescendant, et John sûr qu'il venait encore de passer à côté de ce qui, justement, était intéressant.
- Justement, John. Pas de crime, pas d'infraction à la loi. Seulement un pauvre homme lésé de son emploi. Les explications à cela peuvent être multiples. La Ligue a peut-être vraiment fait faillite, et a donc dû fermer boutique. Ou alors…
- Ou alors il y a une intention réelle derrière tout ce cirque, comprit John. Et ce que tu vas faire, c'est essayer de découvrir de quoi il s'agit.
Sherlock acquiesça silencieusement.
- Je ne t'ai jamais dit, John, que plus une affaire semble bizarre et mystérieuse, plus, au final, elle est facile à résoudre ?
Le médecin secoua la tête.
- Je ne m'en rappelle pas, en tout cas. Tu penses donc pouvoir régler cette affaire rapidement ?
Le détective inspira profondément, rejetant sa tête en arrière, mais ne répondit pas.
Il ferma les yeux et John resta un moment à attendre une autre réaction de son ancien colocataire, mais aucune ne vint. Sherlock s'était enfoncé dans ses pensées et John savait mieux que personne qu'il n'arriverait pas à l'en faire sortir.
Il se demandait parfois ce qui pouvait se passer dans la tête du cadet Holmes. Sherlock réfléchissait-il à cette histoire de Ligue des Rouquins ? Essayait-il de la relier à l'affaire de la vidéo ? S'inquiétait-il encore seulement de ce qu'il avait compris hier, à savoir qu'un criminel l'avait de nouveau dans son collimateur, ou préférait-il se concentrer uniquement sur ce nouveau cas qui avait éveillé sa curiosité ?
Non, John ne savait pas ce qui pouvait bien se passer dans la tête de ce sociopathe. Peut-être Sherlock avait-il peur de ce nouveau danger qui planait au-dessus d'eux, alors peut-être préférait-il oublier en s'activant avec une autre affaire. Peut-être.
Mais John connaissait suffisamment Sherlock pour savoir qu'il n'avait certainement pas peur. Il devait simplement attendre le bon moment, attendre une nouvelle piste. Parce que Sherlock était comme ça : peu importait les dangers, il les ignorerait. Seul comptait pour lui la résolution de l'énigme, le jeu. Qu'importent ceux qui en souffraient, ce n'était pas son problème, du moment qu'il avait pu se montrer brillant.
Enfin, c'était ce que John aurait pensé les premiers mois qui avaient suivi sa rencontre avec le cadet Holmes. A présent, il n'était plus très sûr. Est-ce que Sherlock le mettrait encore en danger, lui ou Mary, sans plus se soucier des conséquences ? Est-ce qu'il se contenterait de grimacer de mépris s'il lui avouait avoir peur de ce qui risquait de suivre ? Il ne savait pas. Ne saurait sans doute jamais, si, par hasard, le grand, l'insensible, Sherlock Holmes, éprouvait la plus petite parcelle d'affection pour ceux qu'il avait encore du mal à appeler ses amis.
John se souvint de la veille, devant cet avion, où il avait cru voir disparaître pour toujours son meilleur ami. Il se souvint qu'il n'avait pas su comment réagir. Parce que cela ne lui semblait pas réel, que cela ne pouvait pas se finir comme ça. Il se demanda un instant comment il aurait fait si Sherlock avait vraiment dû disparaître en Europe de l'Est, ce jour là.
Le cadet des Holmes l'empêcha de réfléchir à cette question en ouvrant brusquement les yeux et en bondissant sur ses pieds. John se releva à son tour, surpris.
Un sourire étirait les lèvres de Sherlock. Il attrapa son manteau qui traînait sur le dossier de son fauteuil, et déclara :
- Eh bien, John, nous n'allons pas rester plantés là alors qu'une affaire si intéressante nous tend les bras.
Il enfila son manteau, et chercha des yeux son écharpe. Il la repéra, sur la table de la cuisine, et alla la chercher en trois pas.
- Où allons-nous ? demanda John, déjà sur le seuil de la porte.
Sherlock le rejoignit, ses boucles brunes ébouriffées, ses mains nouant son écharpe autour de son cou.
- La partie reprend, John, ne nous laissons pas distancer.
Il sauta sur les premières marches de l'escalier, et John, sa fatigue oubliée depuis longtemps, lui emboîta le pas.
- Nous allons à cette mystérieuse Galerie d'art, peut-être trouverons-nous plus d'indices là-bas.
- Et la vidéo ?
John ne pouvait s'empêcher d'y revenir. Ce n'était pas cette affaire de Ligue des Rouquins qui l'inquiétait le plus, ce n'était pas sur elle que Sherlock aurait dû se concentrer, mais sur cette vidéo. Cette vidéo qui semblait annoncer tellement plus que le retour de Jim Moriarty.
Sherlock eut un reniflement dédaigneux, tandis qu'il sautait du perron du 221B, Bakerstreet, pour héler un taxi.
John savait ce que ce reniflement signifiait. « Plus tard, John, plus tard. »
Alors John fit une chose qui aurait semblé complétement absurde à la quasi-totalité de la planète terre.
Il fit confiance à Sherlock Holmes et prit place à ses côtés dans le taxi, pour résoudre un mystère sans importance alors qu'un psychopathe était sans doute aux trousses du grand brun.
Jabez Wilson avait sans doute raison de penser qu'il était fou.
Voilaaaaaaa ! J'espère que ce chapitre vous a plu! Qui a dit "non" *Sort son arbalète* Qui ?! XD
Ceux qui ont lu "Les Trois Holmes", s'ils ont fait trèèèèès attention, comprendront peut-être pourquoi j'ai choisi comme enquête la "Ligue des Rouquins"...
Bien entendu, que vous ayez aimé, ou détesté, les reviews sont toujours appréciées ! ( aller, une petite review pour l'auteur, s'il vous plait, je vous promet que je n'ai pas d'arbalète, s'il vous plait. Dites-vous que ce sera votre bonne action de la journée! :D)
