Résumé : Un criminel/consultant qui revient peut-être d'Outre-tombe, une histoire abracadabrante de Ligue des Rouquins et un frère disparu depuis trente ans qui décide qu'il est temps d'en finir, il n'en faut pas plus pour plonger Sherlock Holmes dans l'abîme de ses souvenirs d'enfance. Parce que Sherrinford n'a jamais accepté d'être battu, que Mycroft s'est un jour promis de toujours protégé son petit frère, et que Sherlock refuse d'admettre qu'il est encore parfois bassement humain, l'histoire risque d'être plus compliquée que prévu. Heureusement, il y a John, ce brave John, toujours là pour son ami. Sauf que cette fois il ne pourra peut-être pas le sauver à temps.

Commentaire : Bonjour les gens! J'ai cru que je n'arriverais jamais à vous poster ce chapitre! D'abord, mon wifi se met à buguer en début d'après-midi, ensuite c'est mon ordi qui ne veut plus s'allumer, et finalement je n'arrivais pas à sauver de document sur le site... J'ai failli abandonner, mais comme je vous aime trop pour ça ( si si si, je vous assure, c'est vrai!), j'ai bidouillé quelque chose, tapé sur mon ordi, supplié, imploré, et finalement, ça a marché! Oh, miracle! Brefons, voici le troisième chapitre ! Les choses avancent, lentement, mais surement, héhéhé. Et on revoit Mycroft dans ce chapitre! Un chapitre sans lui, c'était trop, il m'avait manqué XD Je n'en dis pas plus, et vous souhaite une bonne lecture! J'espère que cela vous plaira!

Et bien sur, je vous remercie tous de lire cette fic, voir le compteur des vues augmenter, c'est juste merveilleux :D Et un énorme merci à ceux qui laissent des reviews, je vous adore!

Disclamer : Gatiss, Moffat, Conan Doyle, blabla, Sherrinford est à moi, vu que personne n'a encore voulu l'acheter ( il est toujours en vente, d'ailleurs!).


John enfonça les mains dans ses poches dès sa sortie du taxi, le col de son blouson déjà remonté pour tenter de se protéger un maximum du froid de ce début de janvier. Il n'avait même pas pensé à se couvrir convenablement.

Sherlock, quant à lui, ne semblait pas gêné plus que cela par le froid de la journée, et s'avançait déjà, son manteau ouvert lui battant les flancs, en direction de la bâtisse que leur avait décrite Jabez Wilson.

Le 22, Victoria Grove aurait pu tout aussi bien ne pas exister, tant la maison semblait perdu entre ses deux voisines mitoyennes. Petite, les briques de la façade usées, une porte peinte en vert sombre, des cartons collés aux deux misérables vitrines, rien n'indiquait qu'un commerce avait pu se trouver là. John n'aurait même pas songer à trouver un cordonnier à cet endroit, alors une galerie d'art. Jabez Wilson devait être bien niais pour avoir penser que cette bâtisse pouvait abriter autre chose que des rats.

Alors que John n'avait pas fini d'observer en détail la maison, Sherlock s'était déjà juché sur le perron, et observait minutieusement la porte. Il gratta la peinture avec un ongle, la regarda s'effriter, et grogna. John s'avança à ses côtés, et désigna la porte :

- Il n'y a pas d'affiche placardée. Wilson avait pourtant dit avoir vu une note informant de la dissolution de la Ligue.

Sherlock haussa les épaules :

- Le vent l'aura emporté, il a pas mal plu cette nuit. Ce qui m'intrigue le plus, c'est la porte en elle-même. Regarde là, John, elle tient à peine sur ses gonds ! Sans oublier cette peinture qui s'effrite, et la poignée rouillée. Qui ouvrirait un commerce dans un pareil taudis ?

- Le même groupe de personnes qui fait croire à l'existence d'une prétendue Ligue des Rouquins, supposa le médecin. Des fous, des arnaqueurs.

Sherlock s'agenouilla pour se mettre à la hauteur de la serrure, et colla son œil dedans.

- Pour arnaquer qui, comment, dans quel but, John ? demanda t'il dans le même temps.

Avant que son ami ait pu faire une nouvelle proposition hasardeuse, le détective s'était brutalement redressé et avait asséné un violent coup de pieds contre la porte. Cette dernière ne protesta pas longtemps avant de céder, et John jeta un regard circulaire autour de lui, vérifiant que personne ne les avait vu. Sherlock ne prit pas cette peine et entra immédiatement dans la maison. John, soupirant, lui emboîta le pas.

La porte ainsi forcée se referma à demi dans un grincement lugubre, les plongeant dans une semi-obscurité, uniquement troublée par les lueurs du jour qui filtraient entre les cartons placardés aux fenêtres.

Sherlock essaya un interrupteur, sans succès, avant d'arracher d'un large mouvement une bonne partie de ce qui couvrait les vitres.

- Sherlock, chuchota John, je te signale qu'on est en train de commettre une infraction, il serait bien de ne pas te faire remarquer.

Le sociopathe qui lui faisait office de meilleur ami lui répondit, alors qu'il arrachait une nouvelle portion de carton, leur offrant à tous les deux une bien meilleure visibilité de l'intérieur des lieux.

- Ce lieu est inhabité depuis des lustres, John, regarde autour de toi. De la poussière, partout de la poussière. Aucune trace d'un quelconque tableau, rien.

L'ancien médecin militaire observa à son tour la pièce, et ne put qu'admettre que Sherlock avait raison. La salle devait faire toute la superficie de la bâtisse, sans mur pour séparer les pièces, rien que ce locale unique. Et vide. Mis à part une chaise et un bureau, positionnés non loin de la porte d'entrée.

Le sol en parquet grinçait sous le pas des deux hommes, tandis que Sherlock s'escrimait à chercher s'il y avait eu la moindre trace d'activité humaine, ces derniers temps.

- Je ne vois rien, qui puisse suggérer qu'une galerie d'art ait pu exister ici.

- Et le bureau ? interrogea John.

Sherlock s'en approcha, passa la main à sa surface et frotta ses doigts les uns contre les autres.

- Il est propre, plus que le reste de la pièce en tout cas. Utilisé récemment, par notre ami, sans aucun doute.

Le détective regarda autour de lui, et John fut encore une fois surpris, même s'il aurait dû s'être habitué, à la longue, de l'acuité de son regard. Ses yeux bleu-gris passaient tout au peigne fin, sans même que son corps n'ait besoin d'esquisser le moindre mouvement.

Sherlock s'approcha d'un mur, y passa la main et frotta à nouveau ses doigts. Il fit, la main posée à plat sur le mur, le tour de la pièce, laissant sa paume effleurer chacune des quatre cloisons.

Avant que John n'ai pu songer à lui demander ce qu'il faisait, il se baissa, passa son doigts dans la poussière qui recouvrait le sol, le porta à ses yeux, avant de s'essuyer la main contre son pantalon.

Sherlock s'avança vers le bureau, où John l'attendait toujours, sans prononcer un mot, le visage fermé et les sourcils froncés.

Il ouvrit soudainement les tiroirs du bureau et en extirpa tout ce qu'il trouvait. Il y avait une boîte de bonbons, une canette de bière vide, un sachet de chips à moitié entamé. Et tout un tas de papiers. John vit les sourcils de son ami se froncer considérablement à la vue de l'un d'eux. Il s'approcha doucement pour y jeter un œil à son tour.

Il s'agissait d'une coupure de journal. Et pas n'importe lequel. « Le détective à la casquette ». Le titre s'étalait, goguenard. A bien y regarder, de nombreux journaux parlant de leur duo, à Sherlock et à lui, se trouvaient parmi les papiers. Le reste n'était que gribouillage, des mots en vrac, des schémas illisibles. Le regard de John se heurtait de temps à autre à son nom, ou à celui de Sherlock.

Le médecin leva des yeux interdits sur son ami. Sherlock se mordillait le coin de la lèvre, les yeux dans le vague.

- Je pense, John, finit-il par dire, que si nous allions maintenant trouver un des voisins de ce lieu, il nous dirait n'avoir jamais vu personne d'autre que Jabez Wilson franchir la porte. Il n'aura non plus jamais entendu parler d'une galerie d'art ayant ouvert ici ses portes.

John comprit alors :

- Tu penses que tout cela n'était qu'une blague ? Que Wilson nous a roulé ?

Sherlock hocha lentement la tête. Et John comprit que cette histoire abracadabrante de Ligue des Rouquins n'avait dû être que l'invention de l'esprit de Jabez Wilson, un des fans sans doute du grand détective Sherlock Holmes, qui, à l'instar d'Anderson et de son histoire de Jacques L'Eventreur, avait voulu s'attirer une parcelle de l'attention du génie. Combien d'heures l'homme avait dû passer assis à son bureau, à compulser ces articles, à imaginer une enquête tellement mystérieuse qu'elle ne manquerait pas d'intéresser Sherlock Holmes ? Une enquête attirante, mais juste ce qu'il fallait, pour qu'Holmes ne doute pas de sa véracité. Et John se sentit bouillonner de colère, contre Wilson, mais aussi contre Sherlock, qui aurait dû s'en rendre compte, et continuer à enquêter sur cette vidéo, et sur le psychopathe qui l'avait lancé, sur ce qui représentait un véritable danger. Il grogna :

- L'enfoiré ! Il nous a bien fait perdre notre temps.

Mais le cadet Holmes secoua la tête, cette fois, il n'avait toujours pas perdu son air pensif.

- Regarde bien autour de toi, John, que vois-tu ? Une pièce abandonnée, c'est évident, et certainement pas un commerce. Et ces articles qui parlent de moi ? Ces notes, ces ratures, qui semblent contenir l'histoire qu'il nous a racontée ? Tout ici indique que Jabez Wilson n'a été qu'un pauvre fou, et que son histoire est inventée, même l'absence d'affiche sur la porte. Mais c'est trop évident, beaucoup trop évident pour que cette théorie reste crédible.

John faillit laisser échapper un « et alors », mais Sherlock ne lui en laissa pas le temps.

- Si Jabez Wilson avait vraiment été assez intelligent pour monter une histoire pareille, et j'en doute fortement, une histoire qui était le mélange parfait de mystère, et de vraisemblance qu'il fallait pour m'attirer, alors pourquoi aurait-il été assez bête pour nous donner l'adresse d'un lieu tout sauf aménagé pour correspondre à son histoire ? Qu'est-ce que cela lui aurait coûté, de coller une affiche sur la porte, de planter deux ou trois clous pour faire croire qu'un tableau avait été accroché au mur, de passer la poussière ?

Le médecin commençait lentement à discerner où son ami voulait en venir.

- De plus, John, j'ai pu voir en passant ma main contre les murs que de minuscules trous avaient récemment été comblés. Cela se voit à la légère différence de niveau entre les raccommodages et le reste des murs.

John fit une proposition hasardeuse :

- Des trous, comme ceux que font les clous avec lesquels on accroche les tableaux ?

Sherlock hocha distraitement la tête.

- Et la poussière, John, n'est pas de celle qui se pose naturellement dans un lieu abandonné. C'est de la poussière de plâtre. Comme si quelqu'un avait fait exprès de salir cet endroit.

L'ancien soldat vit doucement clair dans ce que Sherlock essayait de lui expliquer.

- Quelqu'un aurait piégé Wilson avec cette Ligue des Rouquins, fait en sorte qu'il t'attire ici, pour essayer de te faire croire ensuite que cette affaire n'est rien d'autre qu'une invention ?

Sherlock secoua lentement la tête, le regard légèrement dans le vague.

- Non, quelqu'un essaie d'attirer mon attention. En me proposant une enquête alléchante, puis en me la retirant sous le nez. Mais j'ai la désagréable impression de passer à côté de quelque chose. Comme s'il y avait plus, juste un peu plus, que cela.

John fronça les sourcils, se demandant ce qu'il pouvait il y avoir de plus. Il interrogea, hésitant :

- Peut-être que, finalement, cette affaire est plus liée à celle de la vidéo qu'on ne le croyait. Après tout, le but était le même, attirer ton attention.

Sherlock ne répondit pas et s'appuya contre le bureau.

- La Ligue des Rouquins, John, dit-il.

Le blond le regarda sans comprendre. Le grand brun soupira, et se résolut à s'expliquer.

- Tu te souviens de cette affaire des Chiens de Baskerville ? Je l'avais prise uniquement parce que l'utilisation du mot « Molosse » me semblait suspecte. C'est à peu près la même chose ici : lorsque madame Hudson est arrivée dans mon salon en me parlant d'un homme qui baragouinait à propos d'une « Ligue des Rouquins », ce n'est pas l'allusion à Moriarty qui m'a donné envie de le rencontrer, c'est ce titre. Il m'est étrangement familier. Je suis sûr de l'avoir déjà entendu, mais depuis ce matin que j'y réfléchis, je n'arrive pas à me rappeler où.

John fixa son ami sans y croire. Sherlock Holmes se souvenait toujours de tout. Des deux-cent-quarante sortes de cendres de tabac, des dizaines d'argiles différents présents en Angleterre, des aussi nombreux poisons qui pouvaient vous mener à une mort lente et certaine. Alors s'il avait oublié ces mots et l'occasion durant lesquels il les avait entendu, il n'y avait qu'une raison possible.

- Oui, John, la mémoire sélective. J'ai dû entendre ces termes un jour et les juger inintéressant, ils sont donc passés à la trappe. Pas suffisamment, cependant, pour que je ne les reconnaisse pas, et c'est bien pour cela que ça m'inquiète.

Le médecin demanda :

- Tu vois une explication à cela ?

Sherlock grimaça. Il en avait bien une, et ce n'était pas pour lui plaire.

- J'ai dû oublier… Sans en avoir l'intention.

- Tu veux dire comme toute personne normale oublierait un numéro de téléphone ? le taquina John.

Il s'attira un regard noir, et jugea bon de masquer un maximum le sourire narquois qui lui venait aux lèvres. Sherlock Holmes n'aimait pas se voir rappeler qu'il était parfois encore tellement bassement humain.

Il prit place dans le fauteuil où Jabez Wilson avait dû lui-même installer ses quelques deux-cent kilos, et se mit à réfléchir à haute voix :

- La Ligue des Rouquins, cela a donc un rapport avec quelque chose de roux.

- Brillante déduction, railla Sherlock.

John l'ignora, et continua :

- Madame Hudson s'est faite une teinture rousse, il y a quelque mois, mais je doute que tu l'ais remarqué.

- Arrête, geignit le détective, tu n'arriveras à rien comme ça.

Mais son ami poursuivit, imperturbable, bien qu'amusé par la situation. Après tout, après la semaine qu'il venait de vivre, il avait bien le droit de spéculer sur les choses rousses qui pourraient rappeler à Sherlock en quoi « La Ligue des Rouquins » lui était familière. Même si cela signifiait de dire n'importe quoi.

- Mary espère que notre fille sera rousse, ne me demande pas pourquoi, vu que nous sommes tous les deux blonds. Elle me cache peut-être quelque chose.

Cette fois, John vit clairement le sourire en coin de Sherlock se former avant que celui-ci ne grogne à nouveau, dans l'espoir de le faire taire.

- Et il y a Mycroft, aussi. Enfin, il n'est pas vraiment roux, plutôt auburn je dirais, mais bon. Les gènes de la rousseur traîneraient-ils dans la génétique de ta famille, Sherlock… Sherlock ?

Le médecin se releva à demi. Sherlock venait de se raidir, et ses yeux s'étaient brutalement figés dans le vague.

John se leva pour secouer l'épaule de son ami, inquiet. Sherlock posa sur lui deux yeux perdus. Avec au fond, une légère lueur. Une lueur de panique.

John se recula, et demanda, la voix peu assurée.

- Sherlock, j'ai dit quelque chose ? Sherlock ? Tu t'es souvenu ?

Le détective secoua la tête d'un geste vif, désordonnant un peu plus ses boucles brunes, et se redressa d'un bond. Il marcha à grand pas vers la porte de sortie.

- Sherlock, appela John, sur ses talons, où allons-nous ?

L'interpellé repoussa la porte sans un mot. Il sauta du perron, fit quelque pas dans la rue, avant de se tourner vers son ami. Ce dernier se figea en voyant l'expression déboussolée qui animait les traits racés du cadet Holmes.

Sherlock s'était souvenu de quelque chose. Avait compris quelque chose. Et John n'était plus très sûr, en voyant son ancien colocataire, de vouloir savoir de quoi il s'agissait.

Il répéta quand même :

- Sherlock ? Où allons-nous ?

Les yeux bleu-gris le fixèrent une seconde, une seconde durant laquelle il crut qu'il n'allait pas répondre. Mais l'unique détective/consultant au monde expliqua :

- J'ai besoin de voir Mycroft.

Pour le coup, John marqua un temps d'arrêt. Sherlock, aller voir Mycroft ? De son plein gré ?

- Mais pourquoi ?

Le regard de Sherlock se fit lointain, tandis que sa main se levait pour arrêter un taxi.

- La Ligue des Rouquins, John, la Ligue des Rouquins.

Et il sauta sur la banquette arrière. John eut à peine le temps de s'installer à ses côtés que le taxi démarrait déjà, Sherlock lui ayant lancé l'adresse.

L'ancien médecin militaire jeta un coup d'œil à son ami. Mais le regard bleu-gris s'était déjà perdu dans la circulation, et les pensées devaient déjà se trouver loin, très loin de là.

Alors John se résolut à passer le trajet dans un silence qui l'angoissait, à observer du coin de l'œil les expressions du grand, de l'imperturbable, Sherlock Holmes.

De tout le trajet, ce dernier ne cligna pas même une fois de l'œil.

Lorsque Mycroft Holmes était dans son bureau, chez lui, à l'abri des regards, il avait pour habitude de déguster, tout en relisant différents dossiers qui le faisaient douter de la capacité à mener un pays de certaines personnes, un demi verre de scotch, ou de cognac, cela dépendait de ses envies du moment.

Cette fois-ci, c'était du scotch. L'homme dont le frère avouait sans gêne qu'il était le Gouvernement Britannique à lui tout seul, n'avait que de rares – trop rares - moments de détente. Ceux-là en faisaient partis, car même s'il travaillait, même si son téléphone sonnait à intervalle régulier, il pouvait au moins être sûr que personne, personne, ne passerait la tête par la porte, en quémandant de l'aide pour telle ou telle chose.

Non, quand Mycroft était chez lui, il avait au moins la certitude de ne pas être dérangé par le commun, ennuyant et tellement geignard, des mortels.

C'était donc en savourant sa tranquillité et son verre qu'il entendit les exclamations indignées de son majordome dans le couloir, suivies des pas rapides de deux autres hommes dont Mycroft devina, hélas, les identités.

Il regarda tristement le fond d'alcool qui restait dans son verre, sachant déjà qu'il n'aurait pas le temps de le terminer avant…

Les portes de son bureau s'ouvrir à la volée, claquant contre les murs.

… Que son idiot de frère et son imbécile d'acolyte ne fassent leurs apparitions.

Sherlock s'avança, les cheveux en bataille, son écharpe à moitié dénouée, les joues rouges. John, derrière lui, adressait des excuses au majordome, qui regardait d'un air furibond le cadet Holmes.

Mycroft reposa son verre à regret avant de porter toute son attention à son ennuyant petit frère.

John regarda d'un air gêné l'employé de Mycroft faire demi-tour en voyant que son supérieur ne protestait pas face à la présence des deux intrus. Les portes en chêne se refermèrent d'elles-mêmes, et il se tourna alors vers le propriétaire des lieux.

Sherlock s'était déjà avancé jusqu'au bureau, et son frère aîné interrogea, de son ton supérieur habituel :

- Eh bien, Sherlock, que me vaut cette visite inopportune ? Nous nous sommes vus hier à peine, ne me dis pas que je te manquais déjà.

Le détective ne répondit pas tout de suite, se laissant d'abord tomber dans un siège face au bureau. Mycroft s'avança un peu en voyant l'expression de son cadet. Sherlock Holmes n'était jamais troublé. Mais là, il l'était, indéniablement. Les sourcils de l'homme du gouvernement se froncèrent, et il ignora le « bonjour » poli que lui adressa John juste avant de prendre place dans le dernier fauteuil libre.

Les deux Holmes se regardèrent en chien de faïence pendant un moment, chacun essayant de lire en l'autre.

- Tu n'as pas apprécié ton repas d'hier soir. L'accord que tu espérais conclure ne s'est donc pas fait ?

John dévisagea, incrédule, Sherlock qui venait de déduire cela comme si c'était la raison précise de leur venue en catastrophe dans l'antre du Gouvernement. Plus sidérant encore fut la réponse de Mycroft :

- En effet. Tu reviens tout juste de Victoria Grove, qu'es-tu allé faire là-bas ?

- Des affaires. Tu as rendez-vous, ce soir. Un homme nouveau sur la scène politique, mais qui promet.

- Ce n'est pas faux, mais alors cette affaire ?

John suivit, bouche bée, l'échange des deux frères à la manière d'un match de tennis, son regard passant de l'un à l'autre. Il lui semblait qu'il était venu pour quelque chose de plus important ? Non ?

Mais ce petit duel de déductions semblait avoir permit à Sherlock de remettre ses idées en place. Mycroft devait avoir compris que c'était l'intention de son cadet dès qu'il avait commencé à parler.

Sherlock prit une profonde inspiration, tâchant d'avoir l'air serein. John pouvait cependant voir son cerveau brillant s'agiter derrière ses pupilles.

- La Ligue des Rouquins, Mycroft, cela t'évoque t'il quelque chose ?

Et John put voir les yeux de l'homme de glace se figer. Il avait été beaucoup moins long que son frère à se souvenir de l'allusion. Restait à John à savoir de quelle allusion il s'agissait.

- Pourquoi me parles-tu de cela maintenant ?

- Parce que ce matin un homme, un certain Jabez Wilson, est venu me conter une histoire de Ligue des Rouquins tout à fait passionnante. J'ai dû commencer à enquêter avant de comprendre pourquoi ces termes m'étaient familiers.

Les sourcils du gouvernement se haussèrent :

- N'étais-tu pas censé te concentrer uniquement sur cette affaire de piratage ?

John vit distinctement Sherlock se renfrogner. Décidemment, il n'aimait pas qu'on lui rappelle cette affaire.

- J'ai une piste.

- Vraiment ? demanda Mycroft, avec un véritable intérêt.

Sherlock lui renvoya un regard lourd de sens, que John ne comprit pas.

- Oui. Mais revenons en à cette ligue. Mycroft, tu sais ce que cela signifie. Elle le répétait assez souvent, mais jamais devant d'autres que nous.

La bouche de l'interpelé se pinça.

- Non, Sherlock, cela ne peut pas être lui qui t'ait lancé cet appât. Cela fait trop longtemps.

- Qui d'autre connaîtrait ces mots, Mycroft ? siffla Sherlock.

Et dans son regard, John put voir une colère sourde briller. Une colère légèrement teintée de peur. Mycroft fixa les yeux de son cadet en silence, semblant réfléchir intensément. John lui, ne comprenait plus rien à ce qu'il se passait autour de lui.

- Tu penses vraiment qu'il serait revenu, après trente ans, pour te lancer sur une enquête sans aucun sens ?

- Oui.

Il y avait de nouveau cette détermination sans faille dans les prunelles bleues-grises.

- Nous ne sommes même pas sûr qu'il soit encore en vie, contra Mycroft.

- Mais nous n'avons aucune preuve de sa mort, et ce depuis trente ans.

John suivait ce débat avec intérêt. De qui parlaient-ils ? Pourquoi cette colère dans les yeux de Sherlock, pourquoi ce refus hautain dans ceux de Mycroft ?

Que craignaient-ils, tous les deux ? Qui ?

- Mycroft, réfléchis, je sais que tu en es capable, alors fais un effort. Crois-tu vraiment que tout cela ne peut être qu'une coïncidence ? Si je te dis que l'enquête sur laquelle j'étais ce matin n'a fait que me faire tourner en bourrique, mais que j'ai quand même la sensation qu'elle signifie quelque chose, oserais-tu croire que c'est n'est qu'une simple coïncidence que cette enquête, cette arnaque, soit liée à ces mots ?

Les regards des Holmes ne s'étaient pas quittés. Sherlock esquissa un demi sourire, sans joie. Un sourire douloureux, résigné.

- Que m'avais-tu dit, à propos des coïncidences, très cher frère ?

Lentement, la main de Mycroft s'avança vers le verre déjà bien entamé face à lui. Il ne le porta pas à ses lèvres, continuant à fixer les prunelles en face de lui.

- Que l'univers est rarement aussi fainéant.

Sherlock inclina doucement la tête. Mycroft but sa dernière gorgée de scotch. Il sentait son ventre se nouer douloureusement.

- Il est de retour, articula t'il, difficilement. Après tout ce temps sans aucune nouvelle, qui l'aurait crut ?

Son cadet ne répondit pas, ce n'était pas la peine. Ils savaient, tous les deux, ce que cela impliquait. Mais ce n'était pas le cas de John Watson, toujours bien présent dans la pièce, qui se racla la gorge pour demander :

- Mais… De qui vous parlez, au juste ?

Les deux Holmes échangèrent un nouveau regard, et Mycroft eut un imperceptible mouvement de tête. Sherlock sembla peser avec soin chacun des deux mots qui suivirent :

- Sherrinford Holmes.

- Notre frère, précisa Mycroft.

- Aîné, ajouta Sherlock, après une brève hésitation.

Les yeux écarquillés de John passèrent de l'un à l'autre, sans comprendre. Puis les mots s'acheminèrent lentement à son esprit.

Oh, bordel. Il y en avait un autre. Un autre frère Holmes.


Tadaaaaaam ! J'espère que cela vous a plus !

Je pense que vous vous doutez de ce que je vais dire maintenant. Non ? Et bien, ça commence par un R, j'y suis accro (comme beaucoup d'auteur) et c'est gratuit! C'est, c'est, c'est ? Oui, Reviews! Laissez-moi une petite trace de votre passage, toutes les remarques sont acceptées, et même les simple "j'aime" sont grandement apprécié! ^^

A Dimanche pour le chapitre 4 ! ( où on revoit Sherrinford, cette fois. Ouais, deux chapitre sans lui, ça commençait à faire long aussi. Non pas qu'il me manque personnellement, hein, mais il parait qu'un personnage, c'est fait pour être utilisé. Voilà. Sinon, je vous rappelle qu'il est toujours en vente! Au profit d'une association en plus! D'accord, ça ce n'est pas vrai, mais je vous assure que vous ferez une bonne affaire!)XD

Kissssss les lecteurs!