Commentaire : Coucou les lecteurs! Encore un chapitre assez tardif, mais il faut dire que j'ai été pas mal occupée ce week-end ( au point que j'ai failli renoncer à poster aujourd'hui, vous imaginez ? ;D). Mais bon, le voilà, tout frais tout beau tout chaud. Sherrinford nous refait une apparition, je suis certaine qu'il vous avait atrocement manqué ( d'ailleurs, il n'y a toujours pas quelqu'un qui veut bien me l'acheter, celui-là? Non? Vraiment? J'aurais essayé au moins...). Brefons, j'espère que ce chapitre vous plaira! Bonne lecture!
Et bien sur, merci merci merci à vous tous de prendre la peine de lire cette histoire, et un immense merci à ceux qui prennent la peine de laisser une review, de mettre en follow ou en favori, je vous aime tous ^^
RAR : Thyncth :Bonjour à toi et merci d'avoir commenter, ça me fait très plaisir que cette histoire te plaise ! :D Pour la confrontation, il faudra attendre encore un peu ^^. Bonne lecture à toi, et à une prochaine fois peut-être :D.
Disclamer : Gatiss, Moffat, Conan Doyle et les autres.
Sherrinford secoua ses mains au-dessus de l'évier rouillé qui occupait un coin de la salle de bain de l'hôtel minable dans lequel il avait toujours une chambre.
Le roux adressa un sourire au miroir craquelé qui lui renvoya un reflet déformé. Cela avait été une bonne, une excellente journée.
Il savait, puisqu'il l'avait vu rentrer au 221B, Bakerstreet, que cet idiot fini de Jabez Wilson avait rapporté son aventure au détective Sherlock Holmes.
Parfait, c'était exactement ce qu'il voulait. Tout se déroulait à la perfection. Enfin, cela aurait dû être au serveur du bar de convaincre Wilson d'aller confier son affaire au détective à la drôle de casquette, et non cette vidéo, mais bon, l'important était que cela avait été fait.
Sherrinford passa sa main sur sa joue mal rasée, hésitant à se séparer de sa barbe de trois jours.
Sherlock ne devait pas encore se rendre compte du piège qui se refermait lentement sur lui. Quel imbécile. Il comprendrait bientôt, mais à ce moment là, il serait trop tard. Il aurait déjà gagné.
Mycroft, lui, était beaucoup plus difficile à atteindre que ce que Sherrinford avait d'abord cru.
Peu importait, après tout. Quand il aurait eu Sherlock, il aurait Mycroft. Ses deux frères ne formaient, après tout, qu'une entité indissociable à ses yeux. L'un n'allait pas sans l'autre.
Lorsque Sherlock aurait touché le fond, Mycroft serait entraîné dans sa chute.
Parce qu'ils étaient reliés par un filin invisible que leur ainé n'avait jamais compris. L'amour, sans doute.
Sherrinford grimaça. Ce concept étrange lui avait toujours été inconnu. Du moins, c'était ce qu'il s'obstinait à croire.
Il renonça à se raser, il n'y avait pas urgence.
Cela faisait des années que ses yeux gris acier ne s'étaient plus posés sur ses deux cadets, pourtant il était persuadé qu'ils n'avaient pas changé, que leur réaction serait similaire à celles qu'ils auraient eu, trente ans plus tôt, alors qu'ils n'étaient que des enfants.
Son petit jeu prenait doucement forme et Sherlock, en bon chien fou qu'il était, qu'il avait toujours été, allait se ruer sur chaque piste qu'il lui auvait laissé, persuadé qu'au final, il parviendrait à le saisir. Et Mycroft serait sur ses talons, à tenter, vainement bien sûr, de le protéger, comme il se l'était un jour, lointain mais pourtant si proche. Comme si Sherlock avait encore sept ans et Mycroft quatorze. Parce que rien n'avait changé. Rien ne changerait jamais. Et c'était tellement pathétique.
Sherrinford s'essuya une dernière fois les mains avec la serviette blanche qui avait dû connaître des jours meilleurs. Cela le faisait penser que Sherlock n'allait sans doute pas tarder à trouver le nouvel indice qu'il lui avait déposé. Un sourire narquois étira ses traits, creusant aussi les rides qu'il faisait tout pour ignorer.
Cet indice, il l'avait plus laissé dans le but de rappeler sa douce existence à son cadet qu'autre chose. Il savait que cela promettait.
Il jeta la serviette au sol, et sortit de la salle de bain, indifférent au sang qui imbibait encore le fond du lavabo et les serviettes qu'il avait utilisées pour essuyer ses mains tâchées.
Il s'était bien amusé, ce soir. Mais il ne devait pas oublier de se racheter une nouvelle arme.
John n'avait toujours pas réussi à esquisser le moindre mouvement depuis l'aveu que les deux frères Holmes lui avaient fait. A savoir qu'ils étaient en fait trois.
Sherlock et Mycroft attendaient patiemment qu'il reprenne la parole. John déglutit, ouvrit la bouche, la referma, toussa.
- Vous pourriez répéter ?
Le détective soupira, et rejeta sa tête en arrière dans son fauteuil.
- Nous avons un frère, Sherrinford Holmes. Il avait disparu depuis une trentaine d'années, mais il semblerait qu'il vienne de réapparaître.
John se passa une main sur le visage, peu certain d'avoir déjà bien enregistré l'information.
- C'est lui le psychopathe qui nous a envoyé sur cette affaire de Rouquins ?
Sherlock hocha la tête.
- Très certainement. Notre mère utilisait fréquemment l'expression « Ligue des rouquins », quand elle déplorait que nous ne soyons pas tous aussi roux qu'elle.
Le médecin fit un geste qui pouvait s'apparenter à un acquiescement. Une série de questions déferlaient dans son esprit. Il choisit de poser celle qui revenait le plus souvent.
- Pourquoi serait-il revenu maintenant ?
Mycroft posa les coudes sur son bureau, et ses mains se joignirent sous son menton.
- Bonne question, docteur Watson. Notre frère, voyez-vous, n'est pas ce que l'on pourrait appeler un homme bien.
Le mot frère semblait avoir eu du mal à passer la barrière de ses lèvres, mais le ton mielleux de l'homme du gouvernement n'avait ni faibli, ni changé.
- S'il est revenu, ce n'est certainement pas dans des intentions honorables, telle qu'une réconciliation familiale.
John soupira. Evidemment, il fallait que ce frère inconnu jusqu'alors soit un criminel. Ils étaient vraiment tous tarés dans cette famille ?
- Cela ne répond pas à ma question, Mycroft, fit-il remarquer.
Ce dernier écarta les mains en signe d'ignorance.
- Je n'ai pas votre réponse, cela doit être pour ça.
Sherlock se releva, repoussant son lourd siège en bois.
- Je ne pense pas que cela soit en discutant autour de ce bureau que nous trouverons la réponse.
Mycroft se redressa à son tour, et posa sur son frère un regard froid.
- Tu ne penses quand même pas entrer dans son jeu ? C'est évident qu'il te cherche, Sherlock. Il ne s'est, jusqu'ici, intéressé qu'à toi. Ne lui donne pas la satisfaction de lui répondre.
Sherlock releva le menton, fier. Il ne reculerait pas.
- Le seul moyen de savoir de quoi il en retourne, Mycroft, est justement d'entrer dans son jeu.
John observa les deux génies s'affronter du regard. La décision de Sherlock était prise, cela se voyait, et rien ne le ferait changer d'avis. Surtout pas Mycroft.
- Moriarty ne t'a donc pas appris à te méfier ? Le jeu, Sherlock, a failli signer ta perte une fois. Je ne serai peut-être pas là pour l'éviter à nouveau.
Le détective fusilla son frère aîné du regard.
- Je n'ai pas besoin que tu me protèges. Je ne suis plus un enfant.
Cette phrase semblait signifier beaucoup pour les deux Holmes.
- Alors prouve le, assena Mycroft, en se relevant pour de bon. Ne rentre pas dans son jeu, cette fois. Prouve que tu as grandi, Sherlock Holmes.
Son visage n'exprimait aucune émotion. Mais ses yeux brillaient. De colère, de défi. Ceux de son jeune frère ne reflétaient qu'une froide détermination.
Sans un mot, Sherlock tourna le dos à son frère et gagna la porte.
- Il est dangereux, Sherlock. Pour toi, pour moi, encore plus que pour les autres.
Cette exclamation fit s'arrêter le détective sur le seuil. John, pendant un court instant, crut qu'il allait se retourner. Mais il enfonça les mains les poches profondes de son manteau et disparut.
John resta un moment interdit. Il était toujours assis. Il sentit sur lui le regard de l'homme qui était le gouvernement à lui tout seul, et se releva, hésitant.
- J'ai des affaires à mener, docteur Watson, si vous voulez bien me laisser.
John acquiesça d'un bref signe de tête, et s'apprêta à se lancer sur les talons de son ami.
Juste avant qu'il ne passe la porte, la voix de Mycroft retentit une dernière fois.
- Protégez-le, John. Il ne sait pas dans quoi il s'embarque.
Le médecin se retourna à demi.
- Vous, vous le savez ? Dans quoi s'embarque t'il ?
Pour la première fois, Mycroft Holmes laissa transparaitre un fragment des émotions qu'il ressentait. John put voir distinctement ses traits s'affaisser, ses yeux se teinter d'une étrange lueur de tristesse et ses poings se serrer contre le bois de son bureau auquel il s'était appuyé.
- Dans son passé. Et ce n'est bon pour personne, de se retrouver face à ce que l'on pensait à jamais oublié.
John eut envie de continuer à interroger l'aîné de Sherlock, de poser les questions qui le tourmentaient. Mais un coup d'œil lui suffit pour comprendre que son interlocuteur était redevenu le froid, l'inaccessible, l'insensible, Mycroft Holmes.
Alors, il laissa ses pas le mener sur la trace de son meilleur ami, livrant l'homme de glace à ses démons.
Sherlock, contre toute attente, l'avait attendu dans la rue. Il était appuyé contre un mur, l'air dans le vague, ses yeux fixant sans vraiment les voir les voitures qui passaient face à lui.
John le rejoignit en quelque pas, encore secoué par la dispute froide à laquelle il venait d'assister.
- Alors comme ça, tu as un frère. Un autre frère, je veux dire.
Un grognement lui fut offert en guise de réponse.
- Tu comptais me le dire, un jour ?
- Non. A quoi cela aurait-il servi ?
Le médecin croisa les bras, résolu à ne pas s'énerver.
- Je ne sais pas mais après tant d'années, j'aurais pensé en connaître un peu plus sur toi que le premier jour.
Sherlock haussa les épaules, et rejeta la tête contre le mur, en soupirant.
- Déçu, John ? Si tu veux savoir, personne ne connaît l'existence de Sherrinford, mis à part, bien évidemment, mes parents.
- Pourquoi ? Pourquoi est-ce que Mycroft et toi n'en parlez jamais ? Qu'est-ce qui s'est passé pour que vous l'oubliiez ?
Les mâchoires du cadet Holmes se contractèrent.
- C'est un criminel. Il n'y a rien de plus.
Mais John savait qu'il y avait plus. Il n'y avait qu'à voir l'expression de Sherlock pour le comprendre. Sherrinford Holmes était entouré d'une histoire, une histoire que ses deux cadets semblaient vouloir oublier à tout prix.
John s'était déjà demandé comment avait pu se dérouler l'enfance des Holmes. Il s'interrogeait sur la raison de la relation si distante entre Sherlock et Mycroft, de leur haine des sentiments, de leur isolement qui semblait tellement choisi.
Sherrinford Holmes était-il la réponse ?
Si c'était le cas, alors pourquoi Sherlock ne lui en avait jamais parlé ? Par peur, par désir d'oublier ? Par honte ? Ou tout simplement parce qu'il était le grand Sherlock Holmes, et qu'il préférait qu'on croie que le génie qu'il était n'avait jamais été enfant, et était apparu tout adulte sur la grande scène du monde ?
Qu'avait été Sherrinford pour Sherlock, lorsque ce dernier était un enfant ? Un grand frère aimant, un modèle ? Comment savoir, il n'y avait qu'à voir l'expression fermée du plus jeune des Holmes pour comprendre qu'il n'en tirerait rien de plus.
John fut tiré de ses pensées par la sonnerie du portable de Sherlock. Ce dernier fouilla d'une main dans la poche intérieure de son manteau, et jeta un coup d'œil à l'écran pour lire le message qui s'y affichait.
- Qui est-ce ? interrogea John.
Sherlock prit soin de remettre son mobile en place avant de répondre.
- Lestrade.
- Et que dit-il ?
Le cadet Holmes se détacha lentement du mur.
- Je lui avais demandé de me prévenir si jamais des informations concernant Jabez Wilson lui parvenait.
- Ah oui ? Et Alors ?
Son ami sortit ses gants et les enfila lentement, les yeux perdus dans le vague.
- Il semblerait qu'on vienne de retrouver Jabez Wilson. Mort.
Sherlock releva la tête, et John put enfin croiser son regard. Au fond des prunelles bleu, l'ancien médecin militaire pouvait voir défiler toute une série d'émotions. Celle qui le marqua le plus fut l'appréhension.
Et John se demanda une nouvelle fois dans quelle histoire ils s'étaient encore fourrés.
- Non, mais poussez-vous !
Sherlock repoussa des deux mains le médecin légiste qui s'affairait près du corps. Ils n'avaient pas mis plus de quelques minutes à atteindre les lieux du crime, qui se trouvait non loin de Victoria Grove, où les deux hommes avaient commencé leur journée.
Ils étaient désormais dans une petite ruelle coincée entre deux rangés de maisons mitoyennes, adjacente à une grande rue.
John s'avança lentement au côté de son ami, et put alors voir le corps qui lui était jusque là caché.
Jabez Wilson semblait moins gros, ainsi étendu, la raideur cadavérique s'étant emparée de lui. Ses petits yeux noirs fixaient le ciel, ternes, et ses cheveux roux s'étalaient sur le bitume, formant une curieuse auréole. Il portait encore son hideux veston jaune délavé, et John pu voir le portefeuille attaché à la doublure, qui lui avait échappé, le matin.
John aurait aimé pouvoir se concentrer uniquement sur ces détails. Mais il y avait aussi, planté bien droit dans la poitrine, un couteau au manche en bois.
Et tout autour de ce couteau, le sang s'était écoulé, tâchant même l'immonde veston, séchant sur la main que Wilson avait dû lever dans l'espoir ultime de retirer l'arme qui lui avait ôté la vie, mais qui était retombé, inerte, avant d'avoir pu atteindre son but.
Sherlock, indifférent à tout cela, avait déjà commencé à examiner le corps.
- Il est mort depuis plusieurs heures, déjà.
Lestrade, qui s'était jusque là tenu en retrait, s'avança discrètement.
- On sait. Une vieille dame l'a trouvé en promenant son chien.
Le détective l'ignora, trop occupé à observer à la loupe le portefeuille du mort.
- Il revenait tout juste de chez nous, John. Il s'est arrêté en chemin pour manger, j'imagine qu'il avait dû louper le petit-déjeuner. Il devait se rendre à Victoria Grove, c'est très près d'ici.
- Il n'est jamais arrivé, déplora Greg.
Sherlock s'allongea aux côtés du mort, regardant dans la même direction que lui. A le voir ainsi, John aurait presque pu oublier qu'il venait d'apprendre qu'un frère sorti d'outre-tombe était revenu le tourmenter.
- C'est faux, Gabriel, je suis même persuadé qu'il est arrivé jusqu'au 22, peu après nous.
John haussa des sourcils surpris, et Lestrade demanda :
- Qu'est ce qui vous fait dire ça ?
Sherlock était de nouveau à genoux, et tenait la main gauche de Wilson de façon à pouvoir l'observer à la loupe.
- Les traces de peintures vertes qu'il a sous les ongles, c'est la même que celle de la porte. Et ses chaussures sont pleines de poussières de plâtre, il pourrait s'être fait ça n'importe où, mais non, j'en suis certain, il est entré au 22, Victoria Grove.
Il se pencha sur les chaussures, et, à l'aide d'une pince, retira un bout de carton de la semelle de celle de droite.
- Si vous regardez bien ce carton, vous pourrez voire apparaître, écrite en rose, les lettre p-r-e. Et je me souviens clairement avoir vu sur un des cartons que j'ai arrachés des fenêtres, une publicité de la même couleur dont le slogan était « Près de chez vous ».
Il se redressa d'un bond, et rangea son étrange loupe dans sa poche.
- Compte-tenu du fait qu'il y a très peu de sang autour du corps, je peux en déduire qu'il n'a pas été tué ici, mais ça, vous l'auriez vu, n'est ce pas Gabriel ?
- Greg, marmonna Lestrade. Evidemment, mais je vous ai appelé dès la découverte du corps. Curieux, n'est ce pas, que ce soit pile le gars que vous me demandez de surveiller qui soit retrouvé mort.
Sherlock haussa un sourcil en le dévisageant, un discret sourire en coin sur les lèvres.
- Je ne vous aurai pas demandé de surveiller quelqu'un à qui il ne risquerait rien d'arriver.
Greg baissa la tête pour se rendre à cet argument. Sherlock se tourna alors vers son ancien colocataire, pour commencer à débiter :
- Je pense qu'il a été attiré sur Victoria Grove, sans doute par celui qui s'est fait passé pour son employeur, la première fois. Wilson a dû penser qu'on allait lui expliquer pourquoi on avait abandonné les lieux sans lui laisser de préavis. Il s'est donc rendu là-bas, et celui qui l'attendait l'a tué, avant de venir abandonner le corps ici.
John se rendit clairement compte qu'il ne faisait aucune allusion à Sherrinford, et à ce qu'il avait découvert quant à son implication dans cette affaire. Peut-être était-ce dû à la présence de Lestrade, à portée de voix, où peut-être tout simplement que Sherlock préférait nier ce fait, à savoir que c'était très certainement un des hommes de mains de son aîné qui avait achevé Jabez Wilson. Si ce n'est Sherrinford lui-même.
Sherlock s'était à nouveau rapproché du corps, continuant à faire fuser ses déductions à voix haute :
- Ce qui m'intrigue, c'est ce couteau, il est planté trop droit pour avoir simplement été laissé là une fois le meurtre commis. Non, il me semble plutôt que l'assassin l'ait mis ainsi juste après avoir déposé le corps ici.
Il approcha sa main gantée du couteau et le retira d'un geste sec du cadavre. Il ignora les protestations des policiers autour de lui, et approcha l'arme de son œil.
Ce fut comme si la suite se déroulait au ralenti.
Les yeux du cadet Holmes étincelèrent, s'écarquillèrent brièvement, il poussa une légère exclamation, avant que l'arme ne lui échappe des mains, teintant en touchant le sol.
Il fit quelques pas en arrière, papillonnant des paupières. Cette arme, il la reconnaissait. Il ne la reconnaissait que trop.
Pourtant, cela ne pouvait pas être elle qui s'était enfoncée, trente ans plus tôt, dans la poitrine d'un dealer au teint mat. Cela ne pouvait pas être avec elle que Sherrinford Holmes avait commis son premier meurtre, juste sous les yeux de son plus jeune frère.
Pourtant, Sherlock l'aurait reconnu entre mille, ce couteau de chasse qui avait un jour appartenu à son grand-père. Son esprit rationnel lui hurlait que cela devait être une imitation, mais brièvement, à la place du corps flasque de Wilson à ses pieds, il en vit un autre, plus jeune, plus fin.
Le désarroi de Sherlock ne dura pas une seconde. Il releva la tête, jeta un coup d'œil circulaire autour de lui. John était le seul à le dévisager curieusement. Il reprit donc, le ton très empressé, beaucoup plus qu'à son habitude.
- Donc, oui, le tueur a dû faire exprès de laisser l'arme dans cette position.
- Cela peut être un message, suggéra Lestrade.
Sherlock le pointa du doigts, ravi qu'il lui offre une diversion.
- Exactement, Guillaume, un message, voilà. Je vais donc rentrer chez moi, et réfléchir à la signification de ce message. Je compte sur vous pour vous rendre au 22, Victoria Grove, c'est notre véritable scène de crime. Vous me direz si vous trouvez quoi que ce soit d'intéressant.
- Sherlock, est-ce que ça va ?
Le ton inquiet de John n'empêcha pas le détective de quitter presque en courant la ruelle. Oh oui, ce couteau était bien un message. Mais seul Sherlock Holmes pouvait comprendre sa signification. Un rappel fugace du passé, de ces souvenirs enfouis, mais pas totalement oubliés.
Il finit sur la rue principale, ne s'arrêta pas pour attendre John qu'il entendait courir derrière lui.
Un éclat argenté près de la main de Sherrin, un éclair qui se répète trois fois, et l'homme qui s'affaisse.
Les images revenaient en vrac dans l'esprit de Sherlock. Des images qu'il ne voulait plus jamais devoir affronter.
Du sang, il y a trop de sang. Il a lu dans un livre que le corps humain contenait environ cinq litre de sang. C'est seulement cinq litre, vraiment ?
Il avait dû mal à respirer, il ne comprenait pas pourquoi. Une main s'abattit sur son épaule, il se retourna vivement, près à sauter sur ce nouvel adversaire.
Et ce rire, ce rire fou, qui s'adresse au ciel. Il ne veut plus l'entendre, il plaque ses mains sur ses oreilles. Mais le rire continue, puissant, cruel. Meurtrier.
Mais c'était John qui se dressait devant lui, les mains levées comme pour l'apaiser.
- Sherlock, qu'est ce qui ne va pas ?
Le détective de Bakerstreet secoua la tête, décoiffant un peu plus ses boucles brunes. Il chassa les images, refusa les souvenirs. Il n'avait plus sept ans.
- Mais tout va très bien, John, magnifiquement bien !
John Watson n'avait vu jusqu'alors son ami qu'une seule fois dans cet état de panique apparent. Et c'était à Baskerville, alors que Sherlock craignait que ses sens ne l'aient abandonné. Que craignait-il à présent ? Voyant l'air sceptique qu'affichait son ancien colocataire, le détective jeta les bras en l'air.
- Quoi, il faut que je te le prouve, John ? Très bien, qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Ah mais je sais, concentrons-nous sur l'affaire de Jabez Wilson. Eh bien il venait tout juste de finir son petit-déjeuner, composé de pancakes au sirop d'érable et de bacon, quand il s'est mis en route pour Victoria Grove. Il est passé par Fullarton Road pour l'atteindre, ce qui suggère qu'il a déjeuné non loin de cette rue. Il y a un délicieux café, le Jam, c'est peut-être là qu'il est allé.
- Sherlock, l'interrompit John, en faisant un pas vers lui.
L'interpelé en fit deux pour s'éloigner :
- Quoi, John, tu veux que je m'explique ? Il avait des tâches de sirop d'érable sur la manche droite de sa chemise, hors il n'en avait pas quand il est venu chez nous ce matin. Il a donc déjeuné après, certainement dans un café, c'est ce que suggère la forte odeur de cette boisson qu'avaient ses vêtements. Il y a de la boue sur ses chaussures, en plus de la poussière de plâtre, de la boue de chantier. Il aurait pu se faire ça dans n'importe quelle rue de Londres, mais on sait qu'il est allé à Victoria Grove, or la seule rue en travaux dans les environ est Fullarton Road, et il se trouve que l'unique café à proximité est le Jam, et que le seul plat qu'il propose accompagné de sirop d'érable sont des pancakes avec du bacon…
- Sherlock ! cria John.
Cela eut le mérite d'interrompre le détective. John sentit son cœur se serrer à la vue du regard fou, perdu, désespéré, que son ami posa sur lui. Il n'est bon pour personne de s'embarquer dans un passé que l'on pensait avoir oublier, avait dit Mycroft. Sherlock venait brusquement de le comprendre.
- Qu'est-ce que tu as vu ? Pourquoi tu es si perturbé ?
John s'efforçait d'adopter un ton calme, rassurant, comme s'il s'était adressé à un animal blessé. C'était peut être ce qu'était le cadet Holmes, en ce moment.
Sherlock resta immobile, face à lui. Il ne dit rien pendant quelques minutes, et John lui laissa le temps de rassembler ses idées. La mâchoire du détective se contracta, puis il souffla :
- Le couteau, John. C'était lui. Lui en personne qui l'a tué. Et il me nargue.
Son ami n'eut pas besoin, cette fois-ci, qu'on lui explique qui était ce « lui ». Il posa une main rassurante sur l'épaule de Sherlock, et dit :
- Bien. On va rentrer à Bakerstreet. On demandera à Madame Hudson de nous faire du thé, et tu vas m'expliquer tout ça.
Sherlock lui renvoya un regard fier, et se dégagea.
- Non, John, on…
- Sherlock ! claqua le médecin. Soit tu m'expliques, soit je me casse. Je ne peux pas continuer cette affaire sans savoir qui était ce Sherrinford, ce qu'il représentait pour toi, et le genre de menace qu'il est à présent. Je ne peux pas tout risquer dans une affaire dont je ne connais rien. Je suis clair ?
Les yeux de son ami flamboyèrent, et John comprit qu'il avait fait une erreur en tentant de s'imposer aussi brutalement. Il voulut reculer, s'excuser, reprendre un ton plus posé. Mais Sherlock ne lui en laissa pas le temps. Il avait déjà relevé le menton pour le toiser avec supériorité.
- Parfait, pars, si tu en as envie. Je n'ai pas besoin d'aide, pas besoin que tu t'imposes. Cette histoire est la mienne, John, ne crois pas un seul instant que je vais te la confier. Elle n'appartient qu'à moi. C'est mon affaire.
John savait que Sherlock parlait sous le coup des émotions, ces émotions qu'il était si peu habitué à ressentir. Il savait aussi que maintenant plus que jamais, son ancien colocataire aurait besoin de son aide. Il savait qu'une fois calmé, ils regretteraient tout les deux les mots échangés. Mais il ne put empêcher la colère de bouillonner dans ses veines. Parce que Sherlock était son ami depuis des années à présent, et qu'en raison de cela, il aurait dû lui parler, lui confier certaine chose, que d'autres ne savaient pas.
Etait-ce normal qu'il ait toujours tout ignorer de Sherrinford, ce frère que les Holmes avait tenté de cacher, jusqu'à ce qu'une enquête –parce qu'il fallait toujours que ce soit grâce à une enquête qu'il apprenne des choses sur son ami – le lui mette sous le nez ? Non, certainement pas.
Oui, il savait que Sherlock Holmes ne comprenait pas les choses de la même manière que lui, oui, il savait que jamais le grand détective ne pourrait penser que garder son passé secret, et ne même pas en confier une bride à John, pouvait vexer ce dernier, oui il savait.
Mais face à cet air hautain, à ce masque de supériorité que Sherlock revêtait devant les inconnus, ceux qu'il appelait les gens ordinaires, John crut pendant un instant qu'aux yeux du grand brun, il ne valait pas mieux qu'eux. Quelle preuve Sherlock lui avait jamais fourni comme quoi il le considérait véritablement comme son ami ?
Alors l'ancien soldat releva la tête à son tour, les poings serrés.
- Parfait. Tu n'as pas besoin de moi, c'est parfait.
Sherlock détourna le regard sans répondre. John fit demi-tour, pour aller il ne savait où.
Sherlock le regarda s'éloigner, ses poings serrés enfoncés dans les poches de son manteau. Ses ongles commençaient doucement à percer la barrière de la peau. Il était en colère. Profondément, viscéralement, fou de rage.
Il ferma les yeux, tentant de se reprendre. Il lui sembla, un court instant, être revenu trente ans plus tôt, à l'époque où il souhaitait ardemment ne plus rien ressentir. Juste ne plus rien ressentir.
Mais il n'avait plus sept ans. Il était peut-être temps de le prouver, à présent.
Alors ? J'espère que cela vous a plu!
Personnellement, et sans vouloir vous influencer, bien sur, j'adore ce chapitre, surtout la fin. J'ai toujours aimé voir John et Sherlock se disputer, ( nan, mais je suis pas sadique, hein, c'est juste que comme on dit " qui aime bien châtié bien", et comme je les adore, j'adore aussi les faire se taper dessus ^^)( c'est logique non ? )
Bref, je suis crevée, alors je vais abréger : Review, blablabla, s'il vous plait, blablabla, ce serait très gentil, blablabla ( s'il vous plait ? Et je vous offre Sherrinford en cadeau! ... D'accord, on va plutôt dire : si vous laissez une review, je ne vous enverrais PAS Sherrinford par la poste ^^)
Aller, Kisssss les lecteurs !
