Commentaire : Coucou les lecteurs ! Comment allez-vous? Personnellement, je vais merveilleusement bien, car il se trouve que je suis EN VACANCES, mouhahahahaha, enfin! J'espère que c'est aussi le cas de certains d'entre vous, et que pour les autres, ça ne tardera plus. ;D. C'est la principale raison qui fait que je vous poste le chapitre si tôt, comparé à mes dernières habitudes. Un chapitre que j'aime beaucoup, même s'il ne fait pas avancer l'enquête, parce qu'on y voit un peu tout le monde, y compris Mary, qui est un personnage que j'ai un peu de mal à utiliser, ce qui fait que, même si je l'aime beaucoup, j'évite de trop l'utiliser de peur de la massacrer complètement ^^ Enfin bref, j'espère que ce chapitre vous plaira !

Et encore un immense merci à vous tous qui venez lire cette histoire, et un double merci à ceux qui prennent la peine de laisser une review. ( sur le chapitre précédent, j'ai reçu 6 reviews, et je n'en ai jamais eu autant, je crois, sur un seul chapitre, à part sur dernier chapitre des Trois Holmes. Donc: MERCI, je vous adore!)

RAR : Bee : Alors, on reprend ses habitudes de revieweuse anonymes ? ;D. Merciii beaucoup pour le commentaire ! Oui, Sherlock et John ont une très bonne dynamique, c'est pour cela que leur duo fonctionne si bien ^^. La voilà, la suite, j'espère qu'elle te plaira!

Brooke Crain : Une petite nouvelle ! Bonjour et Bienvenue à toi! Merci, je suis contente que cela te plaise! Par contre, je suis désolée, mais j'ai déjà envoyé Sherrinford à marydever. Donc vois avec elle pour une garde alternée ! ;). Et Mycroft est à MOI, rien qu'à MOI ! Voilà la suite, j'espère qu'elle te plaira!

Disclamer : Rien à moi ( enfin, Sherrinford l'était, mais à présent ce n'est plus mon problème, merci mon Dieu!) tout à Gatiss, Moffat, Conan Doyle ( sérieusement, est-ce que quelqu'un lit le discale au moins ?)


Chapitre 5 :

Mycroft laissa son bras retomber avant d'atteindre la carafe qui ne contenait plus qu'un fond de liquide ambré. Un sourire tordu déforma son visage. Si ses adversaires politiques savaient que, quand ses soucis devenaient un peu trop ingérables, il avait pour habitude de tenter de se noyer dans l'alcool, ils ne feraient qu'une bouchée de lui.

Pourtant, même l'homme de glace avait ses faiblesses.

Cela faisait plusieurs heures que Sherlock avait quitté son bureau, pour se lancer sur les traces de leur frère. Sherrinford. Voilà bien un prénom qu'il avait pensé enfin oublier à jamais.

Cela lui avait pris tellement de temps, avant de réussir à ne plus penser à lui.

Il y avait d'abord eu les premières années, celles qui avaient suivi la fuite de Sherrinford et sa sortie brutale de leur vie. Ces années qu'il avait passé à s'endurcir, à regarder Sherlock se renfermer, en ignorant le coup que cela lui portait au cœur. Ces années où il avait commencé à construire celui qui deviendrait l'homme de glace. Ces années où il avait dit adieu à son enfance et avait poussé son jeune frère à faire de même.

Et puis, cela avait été l'adolescence de Sherlock, son entrée difficile à l'âge adulte, alors que lui était parti étudier si loin de la petite maison familiale. Et lorsqu'il était revenu, après quelque mois d'absence, qu'il avait appris l'addiction nouvelle de son cadet, une addiction que ses parents ignoraient, comme ils avaient toujours ignoré celle de Sherrin, Mycroft avait eu l'impression que son grand frère revenait le narguer. Qu'il lui faisait sentir sa supériorité à travers les cernes de Sherlock, à travers les marques bleutées sur ses bras. Alors il avait fui, parce que face au fantôme qu'était devenu son petit frère, il ne voyait plus que Sherrinford, son rire de dément et ses mains pleines de sang. Il lui avait fallu quelques mois de plus, pour se ressaisir et enfin prendre les choses en main. Il avait sauvé son cadet, parce qu'il se répétait qu'il ne le laisserait pas devenir comme Sherrin, dont le nom le défiait encore à chaque seconde. Il se l'était promis, il avait réussi.

Il avait fallu qu'il accède à un poste suffisamment élevé dans la hiérarchie gouvernementale pour pouvoir lancer une recherche à son sujet. Et quand, enfin, les nouvelles disant que Sherrinford Holmes avait purement et simplement disparu de la surface du monde depuis sa fuite lui étaient parvenues, Mycroft s'était senti libéré. Il avait cru, naïvement cru, que cela signifiait que le visage du roux ne reviendrait plus le hanter. Qu'il en était débarrassé, que c'était fini, enfin fini, après tant d'années.

Mais il avait fallu qu'il revienne, évidemment. Parce que rien n'était jamais fini pour Sherrinford Holmes, tant qu'il n'avait pas réussi à gagner.

Mycroft soupira, et passa sa main contre son visage. Restait à savoir, si, cette fois, Sherlock et lui s'en sortiraient.

Envoyant au diable ses scrupules, Mycroft tendit la main vers la carafe, et le vida dans son verre. Il observa un instant les remous du liquide ambré.

Sherrinford était revenu, comme s'il avait eu tort de l'oublier. Mais cette fois-ci encore, il s'en fit la promesse. Jamais il ne laisserait Sherlock retomber dans les griffes de leur aîné. Parce que, même si à présent le détective n'avait plus sept ans, il resterait à jamais son petit frère. Son si jeune, si fragile, petit frère.

Alors que l'alcool coulait dans sa gorge, Mycroft se fit la réflexion qu'il était un bien piètre homme de glace, s'il suffisait de s'appeler Holmes pour le pousser à boire plus que de raison.

Il ricana en pensant qu'il avait fait bien plus idiot, à cause de ce nom. Holmes.

Sherlock et Sherrinford Holmes.

Ses frères.


John accrocha son manteau d'un geste lasse, et referma la porte d'un coup de pieds derrière lui. Le battant claqua, et il posa un instant son front contre le bois frais. Il soupira. Il avait erré dans Londres durant un temps indéfinissable, laissant sa colère gonfler, pour ensuite retomber aussi soudainement.

Il était un homme impulsif, il l'avait toujours su. Alors il ne lui avait pas fallu longtemps pour se rendre compte qu'il s'énervait encore une fois contre Sherlock pour la simple raison que le cadet Holmes était parfois un peu trop lui-même.

A la colère, avait doucement et pernicieusement succédé la culpabilité. Sherlock allait mal, il l'avait bien vu. Le retour de ce Sherrinford avait semblé brisé les remparts de maîtrise que le détective avait toujours pris soin d'ériger autour de lui. Maîtrise de ses émotions, de ses sentiments. Il avait suffi de ce nom, des souvenirs qui y étaient associés, pour que tout s'effondre. Et cela, John l'avait bien vu, il se sentait donc tellement coupable d'avoir laissé Sherlock seul face à ses démons.

Mais il était aussi un homme fier, parfois trop, et c'était sans doute pour cela que ses pas ne l'avaient pas conduit à Bakerstreet, durant son errance.

Et désormais, John était inquiet. Parce qu'il savait que Sherlock Holmes ne connaissait qu'une seul façon de gérer les trop pleins d'émotions auquel il était parfois sujet. Il allait se jeter tête la première au devant des dangers, ignorant les risques pour sa vie, en quête de réponses.

L'ancien soldat soupira à nouveau.

- C'est à cette heure-ci que tu rentres ? Si j'étais du genre jalouse, cela ferait longtemps que je t'aurais interdit la compagnie de ce Holmes.

John se retourna, et son regard se posa sur Mary. Sa femme se tenait debout, dans le couloir de l'entrée, un sourire aux lèvres, une main sur son ventre proéminant, l'autre soutenant son dos. Un sourire fit son apparition sur les lèvres du médecin.

Mary fronça les sourcils. Elle voyait bien que quelque chose n'allait pas.

- Que s'est-il passé avec Sherlock ?

Parfois, John se maudissait d'être marié à quelqu'un d'aussi perspicace.

- Rien, on s'est juste un peu… Je ne sais même pas !

Et c'était vrai. Ils ne s'étaient pas disputés, pas criés dessus. Il y avait juste eu cet échange froid de quelques phrases à peine, et qui pourtant lui avait fait tellement mal.

Mary s'approcha doucement de lui, et lui prit une main.

- Tu veux en parler ?

Les yeux de John se perdirent dans ceux, bleus et grand ouverts, de Mary. Mary et son sourire, Mary et sa gentillesse, Mary et sa force, Mary et sa joie de vivre. Parfois, bien souvent en fait, il se bénissait d'avoir réussi à trouver quelqu'un comme elle.

- Je ne veux pas t'embêter avec ça.

Elle fronça le nez en souriant, de cette mimique qui était tellement elle.

- Allons, je suis bien placée pour gérer les problèmes de couple, mon mari passe tout son temps libre à courir les rues avec un autre homme.

John sourit, et se laissa entraîner dans leur salon. Ils s'installèrent dans leur canapé, laissèrent passer un doux moment de silence.

Puis John se mit à parler. Il parla de cette rage qu'il avait ressenti, en constatant que Sherlock refusait toujours de le considérer comme un ami, de lui confier une minuscule parcelle de sa vie, alors que lui en savait tellement sur la sienne. Il parla du fait qu'il savait pertinemment que Sherlock était incapable de voir les choses de sa façon à lui, parce qu'il était un sociopathe, et qu'il ne fallait pas l'oublier, quand même. Il lui parla de Sherrinford, ce nom qui glissait étrangement sur la langue, rappant le palais, ce nom qu'il n'avait jamais entendu jusqu'à aujourd'hui, mais qui lui donnait déjà des frissons dans le dos. Il parla de mystère, du meurtre de Jabez Wilson, de ce jeu du chat et de la souris qui ressemblait tellement à ceux orchestrés par Moriarty, mais qui semblait à la fois si différent. Il parla de la tristesse qu'il avait vue dans les yeux de Mycroft, de cette inquiétude qu'irradiait le gouvernement britannique. Il parla de ses peurs, parce qu'il avait peur, désespérément peur, que cette histoire, ou que l'une de celles qui suivront, parce qu'il y en aurait d'autres, qu'il y en aurait toujours d'autres, lui arrache ce à quoi il tenait le plus au monde. Mais il savait aussi pertinemment qu'il ne pourrait jamais s'en passer, et ça aussi, cela lui faisait peur.

Il parla, et Mary l'écouta, sans avoir besoin de poser de question, parce que tout cela, elle le devinait déjà bien sans que John ne mette des mots dessus. Parce que c'était sans doute ça, l'amour, ce truc qui leur faisait dire à tous les deux qu'ils s'étaient bien trouvés.

Quand John se tut, il avait la bouche sèche, mais le cœur plus léger. Il ne s'était même pas rendu compte qu'il l'avait aussi lourd. Mary passa une main affectueuse dans les cheveux de son époux et dit :

- Et si tu racontais tout cela à Sherlock ? Enfin, pas tout, seulement la partie qui le concerne. Explique-toi avec lui, il n'est pas idiot – handicapé des relations humaines, mais pas idiot- il comprendra. Et je suis certaine qu'il a besoin de parler autant que toi.

Elle lui envoya un regard lourd de sens. Sherlock, l'insensible, le froid, Sherlock Holmes, se retrouvait une nouvelle fois confronté à ce qui était sans doute ses pires ennemis. Les sentiments. Mais contrairement à John, il n'avait eu personne, ce soir, avec qui en parler.

Le médecin acquiesça.

- Cela peut attendre demain, dit encore Mary. Viens te coucher.

Tandis qu'il se glissait dans ses bras, John se demanda encore une chose.

Il se demanda comment il avait fait pour avoir autant de chance, en tombant sur elle.


John hésita, dansant d'un pied sur l'autre, devant la porte du 221B, Bakerstreet. Ses bonnes résolutions commençaient doucement à s'effriter. Il savait qu'une fois franchi le seuil, il se retrouverait face à Sherlock. Il savait qu'il aurait une nouvelle fois envie de hurler, qu'il se sentirait une nouvelle fois trahi. Mais il savait aussi que ce ne serait certainement pas Sherlock qui ferait le premier pas dans sa direction. Il s'était excusé à Baskerville parce qu'il avait bien senti qu'il s'était ouvertement montré blessant. Mais la veille, il ne devait pas avoir compris pourquoi John s'était tant senti vexé.

Handicapé des relations humaines, c'était le cas de le dire.

Soupirant, John se résolut à pousser le battant de la porte. Il hésita un instant à s'attarder chez madame Hudson, puis prit la direction des dix-sept marches. Il devait avoir l'air d'un condamné à mort.

La porte qui menait à son ancien appartement était entrouverte, et il n'eut qu'à la pousser du pied pour qu'elle s'ouvre largement, dévoilant la scène qui se déroulait à l'intérieur.

Tout d'abord, il ne vit pas Sherlock, et espéra un instant que son ex-colocataire était de sorti. Puis il aperçut ses pieds, qui dépassaient de derrière le canapé.

John s'avança, hésitant, dans la pièce. Sherlock, qui jusque là s'était tenu allongé sur le dos à même le sol, face à son canapé sur lequel il avait laissé retomber ses jambes, observant avec attention une feuille de papier entre ses mains, se dévissa le cou pour voir qui était rentré, bien que John était persuadé qu'il l'avait déjà reconnu à son pas.

- Tiens, John. Je réfléchissais.

Le médecin lança un regard circulaire au salon. Des feuilles volantes avaient été collées à différents murs, d'autres recouvraient le sol. Certaines étaient couvertes de notes rédigées d'une écriture brouillonne, d'autres avaient été directement imprimées d'internet. Et au milieu de tout ce désordre, il y avait Sherlock, qui entreprenait de se remettre sur ses pieds. Le détective semblait s'être remis de ses émotions de la veille.

- Je vois ça, répondit le blond.

Sherlock évitait son regard, puis, brusquement, il dit :

- Concernant hier, John, il faut que tu saches que…

- Je suis désolé, le coupa son ami.

- … Je n'étais pas dans mon état normal, acheva le cadet Holmes, tandis que ses yeux s'agrandissaient.

Il hésita.

- Tu es désolé ? Mais de quoi ?

John inspira profondément.

- D'avoir tenter de te forcer à me fournir des explications, sans tenir compte des souvenirs que cela te provoquaient. Je n'ai pas fait attention à ton état du moment, je suis désolé. Mais je veux tout de même savoir. J'en ai besoin, j'ai besoin de comprendre. Ce n'est pas négociable.

Sherlock s'était renfrogné, au fur et à mesure que les mots sortaient de la bouche de l'ancien soldat. Il avait chéri l'espoir que John le laisserait s'en tirer sans qu'il ne doive s'expliquer. Il eut une nouvelle fois envie de l'envoyer paître, mais son regard d'orage croisa les yeux bleus sombres du médecin. Il y lut la détermination, et sut que John ne reculerait pas, cette fois.

Il grogna :

- Soit, j'imagine qu'il est normal de vouloir connaître l'histoire avant de s'embarquer dedans.

John soupira intérieurement de soulagement. Sherlock ne semblait pas plus disposé que lui à entamer une nouvelle dispute. Le détective rejoignit en trois pas son fauteuil, et se laissa tomber dedans. Le blond regagna sa place attitrée, et attendit la suite.

Sherlock ferma les yeux, et rejeta sa tête en arrière. Il remettait ses souvenirs en ordre, choisissant soigneusement les mots qu'il allait employer. Pour parler de son passé, sujet tellement tabou dans la famille Holmes, pour s'exposer, pour admettre, qu'au final, il était bassement humain. Qu'il avait été un enfant, un enfant avec ses rêves et ses espoirs, un enfant qui avait eu un cœur, mais qu'on avait un jour brisé, jusqu'à ce qu'il s'enfonce lentement dans le silence et le mépris qui était les siens désormais.

Alors que John commençait doucement à s'impatienter, le grand brun commença enfin.

- Nous étions trois. Sherrinford, Mycroft, et moi. Sherrin avait dix ans en plus que moi, et c'était le grand frère parfait, un vrai modèle, tellement différent de ce qu'étais Mycroft. Je ne sais pas, aujourd'hui, comment expliquer ce que j'éprouvais pour lui.

John haussa les épaules, fataliste.

- C'était ton frère, j'imagine que tu devais l'aimer.

Sherlock renifla, agacé.

- Il y avait de ça, sans doute. Mais je l'admirais, aussi, une admiration sans borne, aveugle, comme seul les enfants peuvent en éprouver.

La voix du détective était amère. Et John pressentit la chute de l'histoire avant que celle-ci ne soit prononcée.

- Il paraît que sept ans est l'âge de raison. C'est ridicule de penser à ça, pourtant, j'avais sept ans quand j'ai commencé à remarquer ce qui n'allait pas chez mon aîné. J'avais sept ans, adulais Sherrinford pour la liberté qu'il me faisait voir, et méprisais Mycroft, parce que lui, c'était l'ordre, les règles.

John songea avec amusement que Mycroft Holmes n'avait peut-être pas tant changé que ça.

- J'ai fini par comprendre que Sherrinford n'était pas quelqu'un de bien. J'imagine qu'apprendre que son grand frère est un junkie violent est un coup dur pour n'importe quel enfant, il en a été de même pour moi. L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais Sherrinford ne supportait pas la défaite – il ne doit d'ailleurs toujours pas supporter de se faire battre. Il n'a donc pas admis que je m'éloigne de lui.

Sherlock avait toujours les yeux fermés, ses mains s'étaient jointes sous son menton, en son habituel simulacre de prière. John se prit à essayer de l'imaginer, à sept ans, tremblant de peur devant ce modèle perdu qu'avait dû être Sherrinford.

- Il y a eu cette histoire, un problème que Sherrinford a eu avec un dealer, je n'ai jamais cherché à bien comprendre de quoi il s'agissait. Mais alors que j'étais avec lui, dans la rue, ce dealer et ses hommes nous ont abordés. Ils ont menacé mon frère, m'ont envoyé voler contre un mur. Il y a eu une bagarre, et puis…

Il marqua un temps d'arrêt, et son auditeur s'efforça de ne pas le brusquer.

- Il avait ce couteau, John, la réplique exacte de celui qui a tué Jabez Wilson. Il avait ce couteau, et s'en est servi pour tuer le dealer. Devant moi.

John écarquilla les yeux, alors qu'il s'imaginait le Sherlock de sept ans, assistant à un meurtre commis par son grand frère.

- La police est arrivée, Mycroft est arrivé. Sherrinford a été arrêté. Et j'ai espéré que tout cela soit fini. Mais j'avais oublié que Sherrinford Holmes ne se laissait jamais battre. Il s'est enfui de la prison, dès la nuit suivante. Et il a disparu, pour trente ans.

Sherlock rouvrit les yeux, et laissa son regard errer sur les feuilles éparpillées un peu partout dans la pièce.

- Et il est revenu, me tendant cette affaire de Rouquins, me narguant avec ce couteau, comme s'il savait à quel point cela a encore le pouvoir de me perturber.

Le détective esquissa un sourire sans joie, tordu, douloureux. Il avait l'impression que le mot faible était écrit en lettres brûlantes sur son front, qu'il ne pourrait jamais s'en débarrasser. Comment pouvait-il encore prétendre être lui, si le simple retour de son frère le mettait dans des états pareils ? Si la vue d'un simple couteau lui rappelait tellement l'horreur ?

Parce que Sherlock Holmes avait été un enfant, contrairement à ce qu'il aurait voulu qu'on croie. Un enfant capable d'aimer, mais qui avait été brisé.

John vit tout cela, il comprit, enfin, pourquoi Sherlock aurait préféré garder cette histoire pour lui. Pour ne pas se montrer sous ce jour si vulnérable, pour ne pas paraître faible, parce qu'il aurait préféré que son enfance soit enterré à jamais.

John comprit, et il se sentit presque honteux d'avoir pousser son ami à lui dévoiler ce qu'il aurait aimé garder pour lui. Honteux, mais soulagé. Soulagé que Sherlock ait accepté de lui en parler.

- Merci, fut tout ce qu'il trouva à dire.

Merci de m'avoir fait confiance.

Sherlock eut un bref hochement de tête, montrant qu'il comprenait la fin implicite de la phrase. Un silence suivi, un silence qui aurait pu être gênant, mais qui ne l'était pas, étrangement.

John finit par se racler la gorge.

- Et alors, cette affaire ? De nouvelles pistes ?

Le regard du détective s'éclaira. La chasse, l'enquête, il n'y avait que ça qui parvenait à le faire changer d'humeur aussi rapidement.

Il bondit sur ses pieds, se promena entre les feuilles, sans en écraser aucune. Il en ramassa une, la jeta à nouveau.

- J'ai une théorie qui pourrait s'avérer… intéressante.

John se redressa à son tour. Il pouvait dire ce qu'il voulait, les enquêtes le passionnaient sans doute autant que son ami.

- Laquelle ?

Sherlock ne répondit pas, se pencha sur un nouveau feuillet, d'une bonne dizaine de pages, le feuilleta, puis s'en débarrassa d'un geste négligent.

- J'aurai besoin de me rendre à la banque où travaillait Jabez Wilson, avant de se laisser si idiotement embobiné par cette affaire de Ligue des Rouquins.

John siffla entre ses dents :

- Un peu de respect, Sherlock, il est mort !

Le détective eut un geste de la main désintéressé. Une fois mort, les gens n'avaient plus de sentiment. Non pas qu'il prenait en considération ceux des vivants, aussi.

- Paix à son âme, dans ce cas.

Le médecin eut une grimace affligée par le ton moqueur. Sherlock saisit son manteau, jusque là roulé en boule sur le canapé, et entreprit de le défroisser méticuleusement.

Il l'enfila d'un mouvement, puis, un discret sourire au coin des lèvres, il demanda :

- M'accompagneras-tu, John Watson ?

L'interpellé se leva en soupirant. Avait-il le choix ?

- J'ai le choix ?

Sherlock lui adressa un regard amusé. Et John songea que décidément, il n'y avait que lui pour oublier si facilement les mots qui venaient d'être dit. Lui, il était encore chamboulé par ce qu'il avait appris.

- Bien sûr que non. Tu sais à quel point je suis perdu sans mon bloggeur.

Le dit-bloggeur ne protesta pas plus, et emboîta le pas à son ami dans les escaliers.

Une fois dans la rue, il demanda à nouveau, espérant recevoir cette fois-ci une réponse.

- Alors, cette théorie, tu vas daigner m'en parler ?

Sherlock eut un demi-sourire énigmatique.

- Allons, John, tu me connais si mal que ça ? Jamais de théorie, seulement des conclusions.

Sur ces mots, il arrêta un taxi d'un geste du bras. John le suivit, en se demandant, cette fois, comment il aurait fait si sa route n'avait jamais croisé celle de cet imbécile de Holmes.


Sherrinford, attablé négligemment à une table extérieur du Speedy's, sans se soucier du froid, observa les deux hommes qui venaient de sortir du 221B en souriant. Il n'avait pas encore eu l'occasion de voir John Watson d'aussi près.

Il était un peu déçu. Il aurait pensé que son petit frère choisirait quelqu'un de moins ordinaire pour le suivre dans ses enquêtes.

Les deux hommes disparurent à l'intérieur d'un taxi, empêchant Sherrinford de s'approfondir dans ses pensées.

Il touilla rêveusement dans son café.

Sherlock approchait de la conclusion de l'affaire, enfin, si affaire il n'y avait jamais eu, il le sentait. Une douce excitation commençait à lentement s'emparer de lui, au fur et à mesure qu'il voyait le compte à rebours qu'il avait lui même fixé se rapprocher inexorablement de son terme.

Il se demanda comment Sherlock réagirait, une fois bien en face de lui. Allait-il s'effondrer ? Allait-il tenter de le tuer ? Allait-il le surprendre ?

Il esquissa un sourire désabusé. Il était persuadé que Sherlock n'avait pas changé, depuis ses sept ans. Il était impossible qu'il le surprenne.

Sherrinford observa pensivement le café noir qu'il avait commandé, sans avoir l'intention d'y toucher.

Bientôt, bientôt le jeu se terminerait. Et il aurait face à lui Sherlock, et Mycroft, parce que quand il y avait Sherlock, il y avait toujours Mycroft.

Qui savait ce qui se passerait ensuite ?

Sherrinford, lui, avait une certitude. Il gagnerait enfin. Parce qu'il gagnait toujours.

Il prit la tasse entre deux doigts et la porta à ses lèvres. Il tenta de camoufler sa grimace de dégoût. Le café anglais était infect, il avait failli l'oublier.

Il se leva, jeta quelques pièces de pourboire à la serveuse venue le débarrasser, qu'il gratifia d'un joli sourire, la faisant rougir. La fille ne devait pas avoir plus de vingt ans, et cela n'amusa le roux que plus. Personne ne pouvait lui résister.

Il quitta Bakerstreet, indifférent au vent froid qui tentait de se frayer un chemin jusqu'à son corps, avec cette certitude.

Personne ne lui résistait, pas même Sherlock Holmes.


Alooooooors ? J'espère que ce chapitre vous a plu ! Que vous ayez aimé ou non, que vous ayez envie de m'insulter pour une raison ou pour une autre, ou envie de me faire un calîn pour une raison obscure ( quoi ? j'ai le droit d'espérer non mais oh! XD) la case review est faite pour ça. Et accessoirement, tant que vous y êtes, vous pouvez me laisser votre avis sur l'histoire ^^.

A dimanche!

Kisss, mes lecteurs adorés!