Thanks Moozanna et miss-acacia84


Para 18

Samedi 8 septembre 2012 : 11h13

Bart sonda une dernière fois les futurs signataires potentiels, assis autour de la table avant de jeter un œil à son fils.

Macluski était une vieille connaissance avec qui il avait eu plusieurs fois l'occasion de se rapprocher lorsqu'ils partageaient une vision commune dans certains rachats. L'Irlandais était coriace et ne s'en laissait pas compter. Il parvenait toujours à retirer ses billes et à laisser prendre la plus grosse part de risque à ses partenaires.

Néanmoins, le vieux roublard semblait être tombé sur plus rusé que lui. Les conditions de partenariat que Chuck avaient annoncées dans sa présentation restaient coincées en travers de la gorge du vieil avare.

Le PDG de Bass Industrie ne pouvait nier qu'il était impressionné par le travail et la prestance de son rejeton, qui était en effet son digne successeur. Même lui n'avait jamais osé proposer pareilles conditions à l'Irlandais.

Bien que son fils ait effectivement mis la société en danger en venant au secours de la brunette qui avait le dont de le faire danser sur la tête, il devait reconnaître que ses capacités et ses compétences dans le monde des affaires étaient indéniables.

Depuis pratiquement deux mois maintenant, ils travaillaient côte à côte et il se rendait compte de la valeur de son héritier.

Il avait d'abord pensé que c'était le conseil d'administration qui était responsable de la bonne marche de l'entreprise depuis son départ mais il prenait conscience que c'était son fils qui tirait les ficelles et que son implication ne pouvait qu'être une plus-value pour Bass Industrie.

Il avait été bien inspiré de le garder à bord après le petit discours de le jeune femme qui était venu prendre son parti sans qu'on lui demande son avis.

Ce n'est pas ce qui avait empêché Blair Waldorf de le donner et il était évident que si elle avait une certaine emprise sur son fils, elle avait également à cœur ses intérêts.

Bart n'avait pas eu l'occasion de la revoir depuis leur entrevue au Centre Hospitalier Pierre Le Damany et il préférait de loin ça.

Au moins Chuck se concentrait sur la société à plein temps quand elle n'était pas dans les parages.

Il s'était quasiment étranglé avec son pure arabica le mois passé quand la secrétaire de direction lui avait expliqué que le jeune homme serait absent pendant deux jours entiers. Jours qui coïncidaient, il l'apprit plus tard, avec le retour de sa belle à Manhattan.

Outre cela, il ne pouvait se plaindre d'un comportement indolent de la part de son fils.

Les réunions étaient toujours préparées parfaitement et minutieusement. Les rapports étaient rendus en temps et en heures et les marges bénéficiaires des accords proposés toujours nettement au dessus de la norme.

Chuck avait hérité de son talent d'habile négociateur et savait en user et en abuser à bon escient.

C'est la raison qui l'avait poussé à tenir sa langue lors de son escapade. Ça et le fait qu'Ève semblait accorder une réelle importance à la relation que les deux jeunes entretenaient. Elle avait plaidé en faveur de leur fils, dont elle s'était rapprochée et aurait indéniablement fait un très bon avocat.

Il n'avait pas pu contre argumenter leurs fiançailles, ni la perte de leur enfant. Il ne pouvait que se rendre à l'évidence. Son fils et Blair Waldorf avaient la ferme intention de terminer leur vie ensemble.

Les prostituées et les filles d'une nuit n'avaient plus leur place dans la chambre de Chuck. Pas plus que son comportement néfaste et immodéré dans son quotidien. Il était sérieusement, irrévocablement, amoureux et on ne peut plus sérieux quand à ses intentions envers la jeune femme.

Ça ne faisait que renforcer son statut d'homme adulte et Bart avait quelques difficultés à s'y adapter.

Bien sûr, il n'ignorait pas que le temps qu'il avait passé dans sa retraite dorée ne s'était pas arrêté et que son garçon avait grandi mais il ne s'attendait pas à une telle métamorphose.

L'adolescent troublé et torturé avait mûri pour laisser place à un jeune homme équilibré qui se projetait dans l'avenir. Un avenir qu'il imaginait avec femme et enfants contrairement à ce que son père avait toujours cru.

C'était comme si, de chenille, il avait disparu dans sa chrysalide pour en ressortir papillon.

Bart Bass regrettait, en quelque sorte, de ne pas être responsable de quoi que ce soit dans cette transformation. Il savait indubitablement à qui en attribuer le mérite, mais il ne le reconnaîtrait jamais à voix haute.

Lily avait su apprivoiser l'adolescent turbulent et autodestructeur pour le guider vers la voix de la rédemption. Blair, qu'il soit maudit s'il le laissait jamais échapper ou transpirer, n'y était pas étrangère non plus.

Ce qui le peinait le plus, c'était de savoir qu'il n'en n'aurait probablement pas été de même s'il n'avait pas lui-même disparu de la circulation pendant trois ans.

Il n'avait jamais été un bon exemple pour leur fils. Là-dessus, Ève avait raison.

Il avait été très en colère contre elle lorsqu'elle s'était offusqué qu'il ait laissé vivre Chuck seul à huit ans dans sa propre suite.

Elle n'avait aucun droit de le juger.

Elle les avait abandonnés à eux-mêmes sans crier gare.

Elle s'était enfuie et l'avait laissé gérer seul l'éducation de leur fils quand elle savait pertinemment qu'il était totalement inefficace à cette charge, qui lui incombait dorénavant.

S'il était honnête avec lui-même, il devait reconnaître qu'elle l'avait mis en garde à plusieurs reprises. Cependant il n'avait pas réellement cru qu'elle mettrait ses menaces à exécution.

Elle avait clairement exprimé, nombre de fois, qu'elle ne se sentait pas à la hauteur pour être une bonne mère. Il en était de même pour lui. C'est pourquoi il avait accepté l'idée de l'adoption.

Mais quand il avait tenu Chuck dans ses bras pour la première fois, quand il avait posé les yeux sur son petit visage rubicond et tout fripé, quand il avait rencontré ses grandes pupilles chocolat, identique à celles de la femme qui faisait battre son cœur (et qui pouvait manifestement lui faire faire n'importe quoi … sauf ça) il avait été incapable de s'en séparer.

Il avait bien eu conscience que c'était très égoïste, mais son honneur et sa fierté étaient piquée au vif et il ne pouvait renoncer à son fils, à son héritier, celui qui recevrait un jour en succession ce pourquoi il s'échinait chaque jour depuis qu'il avait quitté le foyer paternel. Celui qui porterait son nom à travers les générations.

Quelque part au fond de son cœur, aussi, tremblotait la flamme de l'espoir fou qu'ils pourraient former une famille. Une famille qui serait radicalement différente de la sienne. Une famille qui ne connaîtrait pas la douleur et la peur, ni le goût des larmes et du sang.

Malheureusement, il n'avait pu éradiquer que ces deux derniers.

Sans Ève, il était bien incapable d'élever un enfant correctement. Pire, il s'était retrouvé pris au piège avec ce gamin qui ressemblait tant à sa mère et lui renvoyait chaque jour son échec à la figure.

Il avait répété de nombreuse fois à son fils qu'il était une immense déception dans sa vie et il ne mentait pas vraiment, excepté que ce n'était pas Chuck qui était à l'origine de son erreur. C'était lui et lui seul. Il s'en était rendu compte assez vite mais il était bien trop arrogant pour reconnaître qu'il avait eu tort, qu'il avait lui-même creusé la tranchée de leur malheur.

S'il avait écouté et suivi l'avis de la femme qu'il aimait, il aurait pu offrir à ce petit garçon une meilleure enfance, avec des parents prêts à l'accueillir et à l'aimer comme il le méritait quand il était lui-même inapte en la matière.

S'il avait écouté et suivi l'avis de la femme qu'il aimait, au lieu de se draper dans son orgueil, il l'aurait gardée auprès de lui et ils auraient pu avoir une famille ultérieurement.

Au lieu de ça, il avait gâché leurs vies à tous les trois.

Heureusement pour son fils, il avait quitté la scène prématurément, lui offrant ainsi sans le vouloir l'opportunité de se trouver un parent à la hauteur qui lui avait appris à ouvrir son cœur et à trouver ainsi le bonheur, d'après ce qu'il pouvait constater chaque jour depuis son retour.

Peut-être n'était-il pas trop tard pour apprendre ?

Peut-être pouvait-il être sauvé lui aussi ?

Peut-être avait-il encore une chance d'être heureux ?

Il posa les yeux sur son fils, assis à sa droite, qui écoutait consciencieusement les contre-propositions du requin de la finance avec un petit sourire de chat du Cheshire dessiné sur ses traits.

Il pouvait certainement encore apprendre un truc ou deux, oui, même en ce qui concernait les affaires.

Qui apprendrait de qui ? Telle était la question.

- Non, réaffirma clairement Chuck, après avoir pris connaissance des derniers arguments qui les opposaient dans le contrat de partenariat.

L'homme au visage émacié remonta ses lunettes sur son nez et ravala les insultes irlandaises qui affluaient sur le bout de sa langue.

- Monsieur Bass, soyez raisonnable, soupira-t-il en jetant un coup d'œil furtif en direction du Big Boss. Les termes de ce contrat sont pour le moins trop strictes et je ne peux m'engager ...

- C'est à prendre ou à laisser, bluffa le jeune Bass.

- Bart, s'il te plaît, explique lui. Nous avons travaillé ensemble à de nombreuses reprises par le passé. Si tu étudies le dossier plus en détails, je suis certain qu'on pourra trouvé un terrain d'entente.

Bass Senior vit son fils se raidir et aurait pu parier qu'il venait d'étouffer un juron à son tour.

Chuck remua sur sa chaise. Le vieux Macluski et son père avaient en effet fait de nombreuses affaires qui avait toujours rapporté des dividendes non négligeables à la société. Il avait sans doute été trop loin dans ses projections et dans son entêtement à le faire céder. Maintenant son paternel ne raterait pas l'occasion de lui démontrer par A+B qu'il n'était pas apte à gérer la situation.

- Aengus, crois-tu vraiment que je considère mon fils comme un simple stagiaire ? questionna Bart après quelques instants.

Le vieil Irlandais blêmit tandis que le jeune homme jetait un regard incrédule au grand Manitou.

- Penses-tu que je l'aurais laissé assis dans un fauteuil de direction si j'estimais que je devais repasser derrière lui pour vérifier ses décisions ?

Chuck était totalement estomaqué par ce qui se passait sous ses yeux. Il en croyait à peine ses oreilles.

Son père lui témoignait sa confiance ?

Mieux, il proclamait avoir foi en son jugement devant un de ses plus anciens partenaires.

- Bien sûr que non, tenta de faire marche arrière Macluski. Mais, tu conviendras comme moi ...

- Tu as entendu nos propositions. C'est à prendre ou à laisser, comme vient de le dire mon fils, déclara l'homme au regard d'acier.

- Peut-on au moins avoir un délai de réflexion supplémentaire ? quémanda l'homme, dépité.

- Chuck ? demanda Bart en se tournant vers lui.

- Quarante huit heures et pas une de plus, concéda le jeune homme, toujours un peu hébété par le soutien que son père venait de lui apporter.

Son smartphone vibra dans sa poche et il le consulta machinalement. Envoyant clairement le message que la discussion était terminée.

- Si je vous invitais à déjeuner ? proposa le grippe-sous (même s'il aurait préféré se faire arracher une dent) dans l'espoir d'amadouer l'héritier Bass qui n'avait visiblement rien à envier à son géniteur pour ce qui était de négocier des arrangements profitables à BI.

- Je suis désolé mais vous allez devoir faire ça sans moi, je dois vous laisser. J'attends votre réponse pour lundi, même heure.

Bart faillit recracher la lampée de scotch qui venait à peine de franchir ses lèvres.

Il jeta un regard incendiaire à son fils et vit, avec effroi, ce dernier quitter la salle de réunion sans même serrer la main de l'Irlandais ou un regard en arrière. Pour un peu, il en serait tombé de sa chaise.

Il venait d'étaler publiquement sa pleine confiance en lui et c'est ainsi que Chuck le remerciait, en se sauvant comme un voleur et ce, sans même une once de marque de respect pour un des meilleurs négociateur du globe.

Négociateur qu'il venait de prendre de court, certes, mais les relations professionnelles nécessitaient un minimum de déférences pour ses paires, surtout celui-là. Peu de personne pouvait se vanter d'avoir réussi à acculer Macluski de cette manière et il restait un maître en la matière.

Il se leva aussi prestement que le lui permettait sa cheville plâtrée et clopina à la suite de son fils dans le couloir.

- Chuck ! le rappela-t-il.

Le jeune homme s'arrêta en pivota sur ses talons.

- Tu ne vas pas partir maintenant ! commenta Bart, après l'avoir rejoint, sans élever le ton pour ne pas alerter Macluski. Cet un affront pur et simple.

- Il n'y a plus rien à ajouter, le dossier est clos. Je ne reviendrai pas sur les termes ...

- Ça n'a rien à voir, c'est une question de politesse.

- Et bien dans ce cas, va déjeuner avec eux. Moi, j'ai une urgence, indiqua-t-il alors que son smartphone vibrait à nouveau dans la poche intérieure de sa veste.

Il lu à nouveau le message qui émanait de sa fiancée.

911

C'était un code qu'il avait établi entre eux lorsqu'elle quittait à peine son lit, après l'accident. Ça voulait dire qu'elle avait absolument besoin de lui, maintenant.

- Et laquelle exactement ? Blair t'a sifflé, alors tu t'empresses d'accourir ? ricana son père.

- Si elle m'a appelé c'est que c'est primordial, elle sait l'importance de cette réunion, elle ne l'aurait pas fait sans une bonne raison.

- La question que je me pose c'est, si, toi, tu en connais l'enjeu ?

- J'ai attentivement étudié le dossier, oui. La négociation est terminée, tout est entre les mains de ton vieil acolyte. Maintenant, excuse-moi, mais j'ai d'autres choses à faire que d'assister à un repas interminable avec Macluski qui va tenter de revenir sur les accords que nous venons d'entériner. Si tu as du temps à perdre, libre à toi.

Sur ce, il laissa Bart planté au milieu du couloir et se dirigea vers la sortie tout en portant son BlackBerry à l'oreille pour rappeler sa fiancée.


Samedi 8 septembre 2012 : 11h54

Chuck déboucha dans l'entrée du penthouse Waldorf et se retrouva face à Dorota.

- Miss Blair est en haut, lui indiqua le femme d'ouvrage.

- Qu'est-ce qui se passe ? s'enquit-il.

La bonne haussa les épaules en signe d'ignorance.

Il grimpa les escaliers quatre à quatre.

Le texto de sa fiancée l'avait mis en émoi et il avait mis fin sans ambages à la réunion avec un des meilleurs associés occasionnels de BI, s'excusant à peine pour son départ. La désapprobation de son père ne s'était pas fait attendre mais il n'en n'avait cure. Il avait quitté le bâtiment en toute hâte, laissant le soin à Bart d'arrondir les angles avec le vieil Irlandais.

L'angoisse dans la voix de la brunette ne l'avait pas rassuré le moins du monde. Ça l'avait assailli depuis l'autre côté de la ligne et il s'était précipité jusque là. Elle avait refusé de lui dire de quoi il s'agissait au téléphone, lui demandant de la rejoindre immédiatement. La trace de désespoir de son appel impliquait une situation d'urgence.

Pourvu qu'elle n'ait pas fait une rechute dépressive.

L'oppression dans sa cage thoracique l'empêchait de respirer librement.

Sa fiancée se démenait comme un beau diable depuis qu'elle était rentrée de Paris. La fashion week de New York serait son premier défilé en tant que codirectrice officielle de Waldorf Designs et il n'ignorait pas qu'elle stressait énormément à l'approche de celle-ci.

Ces derniers jours, elle n'était pas à prendre avec des pincettes. Heureusement pour lui, il était également très occupé de son côté question business et ils s'étaient donc plus croisés qu'autre chose toute cette dernière semaine.

C'est aussi la raison qui l'avait fait accourir si vite.

Il aurait dû lui consacrer plus de temps, même si elle n'en n'avait pas vraiment elle-même.

Il frappa légèrement à la porte de sa chambre avant de la pousser.

Le brunette se tenait debout, regardant la vie qui courrait dans les rue de Manhattan en contre bas, alors que son monde à elle s'était arrêté encore une fois.

Elle clôt les paupières en entendant les pas de son fiancé qui se rapprochaient.

- Blair ?

Sa voix n'était qu'un murmure.

Il posa une main sur son épaule, avalant la boule qui entravait sa trachée.

Elle se retourna et se jeta littéralement dans ses bras.

Il la serra contre lui quelques minutes, déposant plusieurs baisers sur sa chevelure chocolat.

Elle écouta le cœur de Chuck qui tambourinait dans sa poitrine.

Il s'était rué ici dés qu'elle avait eu besoin de lui.

Il serait toujours là pour lui tenir la main.

Finalement, elle rassembla son courage et se détacha lentement de lui.

Il mourrait d'envie de lui demander pourquoi il était là.

Mais il lui laissa le temps de chercher ses mots, de trouver le bon moment pour elle ... et pour lui.

On était en fin de matinée, ça aurait pu attendre ce soir, se reprocha-t-elle intérieurement.

Elle avait déjà patienté plusieurs jours, qu'est-ce que quelques heures de plus changeraient ?

Chuck était en réunion ce matin, une réunion très importante. Une réunion qui devait permettre de relancer BI sur le devant de la scène internationale. Bart serait fou de rage après lui ... et après elle.

Elle était elle-même attendue à l'atelier en milieu de matinée pour vérifier l'organisation du défilé tout proche. La présentation de la nouvelle collection, incluant la ligne « B by Waldorf » était pour après demain. Elle n'avait pas une minute à elle et pas de temps à perdre.

Ils s'étaient à peine vus ces derniers temps.

Ce n'était pas plus mal, elle était d'une humeur de chien.

Et pas seulement parce qu'elle jouait tout son avenir professionnel.

La réalisation de l'implication des conséquences s'était abattue sur elle comme la foudre.

Soudain l'urgence s'était emparée d'elle.

Et l'attente lui avait paru impossible.

Elle avait tout laissé en plan pour se retrancher dans sa chambre, le cœur battant la chamade pendant tout le trajet jusqu'au penthouse.

Le besoin de savoir supplantait tout et avait balayé tout le reste d'un revers de main.

Cependant, elle ne pouvait pas faire ça sans lui à ses côtés.

Elle en était incapable.

Elle avait un besoin viscéral qu'il soit là.

Cependant aucun son ne sortait de sa bouche à présent.

Elle avait fixé le bout de plastique pendant plus d'une heure, débattant avec elle-même de la suite.

Puis elle avait appuyé sur la petite icône verte de son BlackBerry.

Maintenant il était là.

Et ses cordes vocales refusaient de vibrer tellement sa gorge était serrée.

Elle se résolut donc à adopter une autre méthode.

D'une main tremblante, elle découvrit le petit objet qu'elle tenait crispé dans sa paume.

Chuck haleta et ses pupilles se dilatèrent sous la surprise.

Il voulut parler mais les syllabes se bousculèrent sur sa langue, sortant en mots incohérents.

Elle lui fit signe que non, tandis que les prunelles du jeune homme cherchaient une réponse dans les siennes.

Il agrippa le test pour mieux observer le résultat et se rendit compte qu'il n'y en avait pas.

Blair continuait à secouer le tête de droite et de gauche.

Il distinguait nettement la frayeur dans ses yeux de biche et tenta de l'empêcher de se propager en lui.

Il attira la brunette contre lui à nouveau et la berça quelques secondes.

- Je suis là, finit-il par réussir à articuler.

Il l'a sentie acquiescer et la laissa se détacher de lui pour la seconde fois.

Il plongea ses yeux dans les siens, l'enjoignant à mettre fin à ce supplice.

Elle y puisa la force nécessaire et se dirigea finalement vers la salle de bain attenante.

Elle en ressortit moins de deux minutes plus tard et retourna se blottir dans ses bras.

Les trois qui suivirent furent les plus longues de toute leur vie.

Le temps ne s'était jamais écoulé aussi lentement, s'égrainant seconde après seconde dans le silence.

Quand le réveil indiqua 12h02, sa respiration se coinça derrière sa glotte.

Chuck relâcha son étreinte et se dégagea doucement.

Elle le laissa s'éloigner, tremblante de la tête au pied.

Il marcha jusqu'à la tablette au dessus du lavabo.

Son sang pulsait dans ses veines et battait contre ses tempes.

Il inspira un grand coup avant de vérifier le signe et cru qu'il allait faire une attaque cardiaque sous le coup de l'émotion.

Blair le regarda revenir vers elle, mais les larmes qui noyaient ses prunelles ne lui permettaient pas de distinguer nettement les traits de son fiancé.

Elle essuya rageusement ses yeux.

Il était devant elle, un sourire radieux sur son visage et la souleva de terre pour la faire tournoyer dans les airs.

Elle éclata franchement en sanglots et noua ses bras dans sa nuque.

Il la couvrit de baisers et la reposa au sol avant de l'embrasser avec fougue.

- Je vous aime, déclara-t-il en posant une main sur son ventre encore plat.

Elle posa sa paume sur ses doigts.

- Nous aussi, répondit-elle cherchant à recouvrer son souffle.

Il happa à nouveau ses lèvres et elle s'abandonna totalement entre ses bras alors qu'il les entraînait vers le lit et se laissait choir avec elle sur le matelas.

Il la coucha sur le dos et entreprit de déposer des dizaines de baisers sur son abdomen avec adoration avant de s'autoriser à assouvir le feu de la passion qui le dévorait.