Commentaire : Coucou les gens! Voilà le nouveau chapitre! Je n'ai pas très envie de faire un commentaire tout joyeux aujourd'hui, je n'ai pas trop le moral (mon animal vient de mourir, il y a quelques heures, donc voilà, je suis triste.) Donc je vous remercie juste encore une fois pour me lire et pour vos reviews, vraiment, je vous adore pour ça. J'espère que ce chapitre vous plaira! Bonne lecture!

RAR : Thyncth : De rien pour la réponse, c'est normal après tout ^^ Merci beaucoup à toi pour le commentaire, je suis très heureuse que cette histoire te plaise autant. Je continuerai cette fic jusqu'à la fin, pas d'inquiétude à avoir de ce coté là. En tout cas, j'espère que ce chapitre te plaira!

Disclamer : Gatiss, Moffat, Conan Doyle et les autres.


Mycroft toisa l'homme qui lui faisait face d'un œil dédaigneux. Le temps d'un battement de cils, il savait déjà à qui il avait à faire. Deux clignements lui suffirent pour comprendre la raison de sa venue.

Il se redressa légèrement dans son fauteuil, et tenta de dissimuler son impatience par un sourire mielleux.

- Que puis-je faire pour vous, sergent ?

Le militaire eut l'air un bref instant surpris. Il ne s'était pas encore présenté. Mais il se rappela bien vite à qui il avait à faire, et se contenta d'effectuer un discret salut.

- C'est au sujet de ce dont vous avez parler la dernière fois avec…

Mycroft, jouant jusqu'alors distraitement avec un stylo entre ses doigts, s'interrompit et siffla entre ses dents :

- Cette identité n'a pas besoin d'être déclinée, sergent. Pas ici, en tout cas.

L'homme grimaça, pris en faute. Son supérieur lui fit signe de poursuivre d'un geste agacé de la main.

- Nous avons retrouvé votre homme.

Mycroft se tendit, brusquement intéressé. Il avança une main et le militaire y déposa le précieux dossier en carton qu'il avait amené avec lui.

- Cela n'a pas été facile. Cet homme semblait ne véritablement pas vouloir être retrouvé, et les pistes avaient été sérieusement brouillées par le temps.

Mycroft eut un léger mouvement d'acquiescement, il avait déjà ouvert avidement le dossier. Il savait, bien évidemment, qu'il n'avait pas été facile à retrouver. Sinon, il s'en serait chargé lui-même. Il avait toujours eu horreur de devoir se servir d'intermédiaire. Surtout lorsqu'il s'agissait de quelque chose d'aussi personnel.

Il leva les yeux pour les fixer sur son interlocuteur :

- C'est l'unique copie ? dit-il en désignant le dossier qu'il tenait toujours en main.

Le sergent approuva.

- Affirmatif, tout a été fait comme vous l'avez demandé.

Il sembla hésiter un instant, peu sûr de la réaction qu'allait susciter ses propos.

- Mon employeur espère avoir accéder à votre requête.

Mycroft feuilleta le document, ignorant superbement la gêne que semblait éprouver l'homme en face de lui.

- Oui, tout semble être là.

Le sergent prit une profonde inspiration, rassuré.

- Mon employeur espère aussi que vous tiendrez votre propre parole.

L'homme de glace laissa ses lèvres s'étirer d'un sourire amusé, et leva à demi le regard, son menton reposant toujours sur son poing fermé, son coude étant appuyé contre son bureau.

- Bien entendu. Vous pouvez rassurer votre… employeur. Je suis un homme de parole.

En disant cela, il avança distraitement un autre dossier sur le devant de son bureau. Le sergent s'en saisit comme s'il s'agissait d'une bombe sur le point d'exploser, et recula de quelques pas. Il adressa un bref signe de tête à Mycroft, et quitta les lieux sur ces mots :

- Au plaisir de vous revoir, monsieur Holmes.

Ce dernier ne répondit pas, les yeux à nouveau rivés sur le dossier qu'il venait de lui remettre. Ses sourcils se froncèrent au fur et à mesure de sa lecture.

Il finit par repousser les documents en soupirant. Ce qu'il avait appris ne lui disait rien qui vaille.

Son regard s'échappa par une des larges fenêtres de son bureau, qui donnait sur la Tamise.

Sur la table face à lui, le dossier encore ouvert laissait apparaître l'image d'un homme roux, marchant à vive allure dans les rues de Budapest.

Et là, dehors, Sherlock courait sur les traces de ce même homme.

Mycroft avait su dès le début que cette enquête dans laquelle s'était lancé son jeune frère ne lui plaisait pas. Mais après avoir lu ces documents, ce dossier qui retraçait le parcours de son ainé depuis qu'il avait disparu, ce soir là, trente ans plus tôt, il en était encore plus sûr.

Sherlock, cette fois-ci, faisait peut-être face à quelque chose dont il ne pourrait pas le protéger.


John coula un énième regard en biais à Sherlock. Depuis qu'ils s'étaient installés dans ce taxi, le détective n'avait plus dit un mot, ce qui commençait à agacer son meilleur ami.

Il poussa soupir las. Sherlock grogna, sans même le regarder.

- Tu ne pourrais pas faire moins de bruit, j'essaie de réfléchir.

John s'agaça :

- Tu réfléchis à quoi, je peux savoir ?

Le cadet Holmes lui lança un regard ennuyé.

- La, tout de suite, je réfléchis à comment te faire taire.

Le médecin le fusilla du regard.

- Mais enfin, Sherlock, comment peux-tu être aussi calme ? Tu te rends compte que tu es de nouveau pris dans le jeu délirant d'un psychopathe ? Et que ce psychopathe est ton frère, de surcroît ?

Sherlock détourna les yeux pour fixer la circulation, sans un mot.

- Tu pourrais au moins me dire si tu penses que c'est lui qui a aussi diffusé cette vidéo.

Le détective grimaça et se retourna vers son ancien colocataire.

- Pourquoi attaches-tu autant d'importance à cette vidéo ?

John haussa les épaules d'un geste faussement désinvolte. Il répondit, sarcastique.

- Oh, seulement pour savoir si nous avons un ou deux psychopathes sur les bras.

Sherlock pencha la tête sur le côté pour détailler son ami attentivement. John le laissa faire, de plus en plus mal à l'aise au fur et à mesure que le regard perçant de son sociopathe d'ami ne le quittait pas.

- Tu essaies de voir quoi ? s'énerva t'il enfin.

Le détective ignora sa question, et plissa ses paupières.

- Selon toi, tu penses que c'est Sherrinford qui a diffusé cette vidéo ?

L'ancien soldat fixa son regard dans celui de son ami, vérifiant que ce dernier attendait bien une réponse de sa part. Il finit par lâcher du bout des lèvres.

- Oui, je le pense. Après tout, cette vidéo et cette histoire de Ligue des Rouquins avait le même but, au final : attirer ton attention.

Sherlock secoua la tête.

- Si on part sur cette idée, il faut aussi se dire que le but de la diffusion de cette vidéo peut tout aussi bien être d'empêcher mon départ.

John haussa les épaules, et tourna le visage vers l'avant du taxi, pour bien vérifier que le chauffeur ne les écoutait pas.

- Dans ce cas là, il aurait fait cela pour éviter que son plan tombe à l'eau.

- Quel plan, John ? interrogea le cadet Holmes, du tac au tac.

Le médecin lui jeta un regard exaspéré.

- Tu sais bien, t'attirer vers lui.

Sherlock se redressa, intéressé.

- Tu penses sincèrement que mon frère serait sorti d'outre-tombe dans le seul but de me revoir ?

John secoua la tête vivement.

- Non, je pense qu'il veut… asseoir une sorte de supériorité sur toi. C'est ce que ce jeu qu'il te fait jouer donne comme impression. Il t'entraîne sur une affaire, la résous pour toi. Il laisse ce couteau bien en évidence, parce qu'il sait quel effet cela te fera. Il veut juste que tu perdes tes moyens. Pour mieux… t'écraser, je crois.

Sherlock hocha lentement la tête, mais n'ajouta rien. John attendit un instant que son ami démonte sa théorie, comme il le faisait toujours. Qu'il lui oppose des arguments en béton, comme il le faisait toujours. Qu'il conclue sa tirade par un sourire supérieur, comme il le faisait toujours.

Mais Sherlock ne fit rien, ne dit rien, et John commença à penser qu'il avait peut-être, pour une fois, vu juste.

Mais alors, pourquoi Sherlock s'obstinait-il à jouer le jeu de ce frère si longtemps oublié, si il savait à quoi cela allait le mener ?

John aurait bien répondu pour le plaisir de jouer. Mais il savait que Sherlock ne jouait plus, plus de la sorte, plus depuis Moriarty.

Il aurait bien répondu pour le défi. Mais quel défi il y avait-il à simplement suivre la piste d'indice qu'un autre laissait pour lui ?

Alors John se demanda si, au fond, Sherlock ne faisait-il pas tout cela pour se mesurer à lui-même, et se prouver que Sherrinford n'avait pas plus d'importance que ça. Qu'il n'avait jamais eu d'importance.

Et il se dit que cette histoire ne pouvait que mal tourner. Parce que Sherrinford Holmes avait eu de l'importance, c'était évident, et que son cadet ferait mieux de ne pas le nier.

John n'eut pas le temps, pas le cran non plus, de formuler ses paroles à haute voix.

Leur taxi venait de s'arrêter à Fleet Street, devant la banque où Jabez Wilson avait travaillé la plus grande partie de sa vie, et Sherlock avait déjà claqué la portière.


- Vous voulez bien me redire qui vous êtes ?

L'homme fixait Sherlock et John – particulièrement Sherlock, il fallait l'admettre- d'un œil suspicieux. Le médecin pouvait comprendre, après tout, ce n'était pas comme si Sherlock s'était poliment présenté, et avait poliment demandé de pouvoir accéder à la salle des coffres.

Non, le détective-consultant avait jugé bien plus intelligent d'entrer en trombe dans la banque, de demander à voir le chef de la sécurité au comptoir, avant de sauter derrière le dit comptoir face au refus qu'on lui présentait, tandis que John se précipitait sur lui pour tenter de convaincre la caissière que non, ils ne venaient pas pour les braquer mais bien pour enquêter.

Parfois – très souvent- John avait envie de faire avaler à son soi-disant meilleur ami chacune de ses boucles noires, particulièrement lorsqu'il se retrouvait encadré par deux gardes de sécurité qui le dépassaient de deux bonnes têtes. Ce qui, en plus de le faire se sentir criminel, était particulièrement humiliant.

Sherlock toisa l'homme, qui n'était autre que le chef de la sécurité qu'il avait demandé un peu plus tôt, de manière critique. John pouvait voir son regard passer en revue les moindre grain de poussière qui se trouvait sur le veston soigneusement repassé de l'homme blond qui leur faisait face.

Grand, bien bâti, une coupe au carré et un tique agitant le coin de ses lèvres, l'ancien soldat le jugea impressionnant. Enfin, il devait l'être lorsque l'on ne côtoyait pas quotidiennement des criminels en tout genre.

Un discret sourire narquois étira le coin de la lèvre de Sherlock, et John eut envie de se prendre la tête entre les mains, par anticipation de ce qui allait suivre.

Il l'aurait sans doute fait, si il n'avait pas l'impression que le moindre de ses gestes pouvaient être interprété comme une menace.

Les gardes qui l'entouraient étaient-ils armés ? Il faisait bien de se poser la question, on ne savait jamais ce qui se passait dans l'esprit du cadet Holmes et dans quelle situation cela risquait encore de l'entrainer.

Le sourire de Sherlock était d'ailleurs en train de s'étirer plus largement, lui donnant un air presque carnassier.

- Je suis Sherlock Holmes, et voici mon ami, John Watson, se présenta t'il alors, railleur.

La main de l'homme, qui était jusque là entrain de jouer avec le cadran de la montre de luxe qu'il portait au poignet, se figea. Son tic s'accentua légèrement.

- Vous pensez que je vais vous croire, peut-être ? Vous êtes un marrant, vous. Mettez-les dehors.

L'homme tourna les talons, ses subalternes saisirent un bras de John, et Sherlock se libéra vivement de l'emprise de celui qui tentait de le mettre à la rue. La voix grave et ennuyée du détective s'éleva alors, tandis qu'il prenait le temps de lisser son costume quelque peu froissé par la rudesse du gardien :

- Pourquoi les personnes dans votre genre quémande t'elle toujours des preuves ?

Le grand brun esquiva un autre gardien pour se placer sur le chemin du blond.

- Monsieur Wilkes, j'ai l'impression que nous sommes partis sur de mauvaise base, vous et moi. Je suis Sherlock Holmes, et j'enquête avec l'aide de mon associé sur le meurtre de monsieur Jabez Wilson.

Sherlock tendit la main devant lui, mais le dénommé Wilkes ne la saisit pas.

- Comment connaissez-vous mon nom ?

Le détective haussa les épaules, son plus beau sourire accroché à son visage.

- Je me suis renseigné, avant de venir. Même si j'aurais pu deviner tout ce que je sais rien qu'en vous regardant. Justin Wilkes, quarante-trois ans, célibataire et sans enfants.

John ferma les paupières, priant intérieurement pour que Sherlock cesse immédiatement de tourner autour de Wilkes avec cet air de prédateur. Mais il savait que ses prières étaient veines : le remplaçant de Jabez Wilson avait demandé des preuves, le détective que Sherlock était ne pouvait donc pas s'empêcher de lui en fournir.

- C'est intéressant, dit-il d'ailleurs, en saisissant le poignet du blond, je n'avais jamais vu ce type de tatouages. D'ou viennent-ils ?

- Ce ne sont pas vos affaires, grogna Wilkes.

- Oh que si. Tout ce qui se passe dans cette banque est désormais mon affaire, sourit Sherlock en relâchant sa prise.

Wilkes se massa le poignet, comme si le cadet Holmes lui avait fait mal, alors qu'il n'avait fait que l'effleurer. Il sembla sur le point d'expulser une bonne fois pour toute les deux inopportuns, mais il se ravisa, pensant sans doute que le seul moyen de se débarrasser définitivement d'eux était de leur donner ce qu'ils voulaient.

- Bien, soupira t'il, le tic du coin de sa bouche s'accélérant, que voulez-vous ?

Sherlock lui retourna un sourire éclatant.

- Mon ami va vous poser certaines questions auxquels il vous faudra répondre honnêtement. Quant à moi, je me demandais où se trouvaient vos toilettes.

Wilkes haussa les sourcils, pensant à une blague, mais le sérieux qu'affichait le locataire du 221B Bakerstreet le retint de poser plus de questions.

- En bas des escaliers, à droite, lâcha t'il sèchement.

Sherlock inclina la tête en signe de remerciement, et fit un signe à son ami, qui s'avança lentement, se demandant ce qui allait encore lui tomber dessus.

- Bien, John, pose les questions d'usages à cet homme, je reviens le plus vite possible.

Et il disparut dans les escaliers avant que John n'ait pu lui demander quelles étaient donc les « questions d'usages ».

Il maudit intérieurement son ami et se tourna vers Justin Wilkes, un sourire peu convaincu aux lèvres. Le regard glacial que l'homme lui renvoya ne l'aida pas à se concentrer.

- Bien, quand exactement avez-vous pris la place de monsieur Wilson ? hasarda finalement le médecin, après quelques instants de silence.

- Dès son départ, répliqua froidement son interlocuteur, les yeux rivés sur la cage d'escaliers dans laquelle avait disparu Sherlock.

John hocha la tête, cherchant une autre question à poser à cet homme qui lui semblait, somme toute, tout ce qu'il y avait de plus honnête. Il le plaignait même un peu : s'il était à sa place, il n'aurait pas apprécié non plus de voir débarquer deux inconnus se prétendant enquêteur sur son lieu de travail.

- Et vous travaillez ici depuis quand ?

- Quelques mois.

L'ancien soldat insista :

- Précisément ?

- Quatre mois, lâcha Wilkes, toujours sans le regarder.

John haussa les sourcils, surpris.

- Quatre mois, et vous avez déjà une telle promotion ? N'est ce pas un peu rapide ?

Wilkes eut un drôle de sourire.

- Il faudrait demander à mes supérieurs, j'imagine.

John acquiesça, soudainement mal à l'aise. Wilkes tourna enfin les yeux vers lui, et le médecin ne put s'empêcher de frémir sous le regard polaire que l'homme fit peser sur lui.

- Vous avez encore d'autres questions, docteur Watson ?

Il affichait un discret sourire, et John, s'il avait cédé à la fibre littéraire qui sommeillait en lui, se serait pris à le comparer à un renard, comme ceux qui envahissaient les contes pour enfant. Discret, mais rusé, et qui faisait toujours tout, absolument tout, pour parvenir à obtenir ce qu'ils voulaient. Quitte à passer pour le méchant de l'histoire.

John papillonna des paupières, surpris par ses pensées. Justin Wilkes avait l'air, après tout, tout à fait respectable, et il ne voyait pas ce qui lui avait soudainement fait penser qu'il pouvait être malhonnête. Mis à part ce sourire tordu, peut-être.

Ce dernier s'effaça d'ailleurs rapidement, remplacé par une moue d'agacement, tandis que les yeux de Wilkes se détournaient pour regarder un point se situant dans le dos de l'ancien soldat. John se retourna juste à temps pour voir Sherlock remonter les escaliers.

Il sauta par dessus les dernières marches et se dirigea vers eux avec un grand sourire.

- Bien, monsieur Wilkes, je pense que nous en avons fini.

Leur interlocuteur fronça le nez, dédaigneux.

- Ce n'est pas trop tôt.

Sherlock fit mine de tourner les talons, puis fit brusquement volte face pour saisir la main de Wilkes.

- Eh bien, au plaisir de vous revoir, monsieur Wilkes. Mais j'aimerai encore vous demander une certaine chose…

Wilkes tenta de dégager sa main mais Sherlock resserra sa prise, et sous les yeux interdits de John, il planta son regard bleu-gris dans celui de l'homme et demanda, si doucement qu'il aurait put s'agir d'un murmure, s'il n'avait pas été dans le même temps curieusement audible pour tous ceux qui se trouvaient dans la pièce.

- Savez-vous quoi que ce soit à propos de la mort de monsieur Wilson ? Etes-vous responsable de quelque chose ?

Le tic de Wilkes se figea un instant, tandis que l'homme fusillait du regard les prunelles glacées du détective.

- Je ne vous permets pas, siffla t'il, en tentant une nouvelle fois, sans succès, de dégager son poignet.

Sherlock esquissa un sourire, en penchant la tête sur le côté. « Ce n'est pas mon problème ». Le message était assez clair pour se passer de mot.

- Non, évidemment, non, gronda Wilkes.

Le cadet Holmes relâcha lentement la main de son interlocuteur, qui s'empressa de se masser le poignet, dardant un regard furieux sur celui qu'il devait considérer, presque à juste titre, comme un intrus.

Sherlock n'attendit pas qu'on lui ordonne de partir pour se détourner et sortir à grand pas du bâtiment. John soupira et lui emboîta le pas, conscient des regards inamicaux qui le suivaient.

Une fois dans la rue, le détective ne le concerta pas et continua à marcher, après avoir soigneusement relevé le col de son manteau pour se protéger du froid mordant de la saison.

John soupira une nouvelle fois et accéléra le pas pour se mettre à la hauteur de son meilleur ami.

Il laissa le silence planer un court instant avant de demander enfin.

- Alors ? Tu as remarqué quelque chose d'intéressant ?

L'interpellé ne répondit pas, se contentant de relevé légèrement le menton. John put alors voir le sourire satisfait qui lui avait jusque là échappé.

Son expérience lui avait appris que quand Sherlock Holmes avait cet air là, cela signifiait que les évènements n'allaient pas tarder à s'accélérer.

- Sherlock ? interrogea t'il de nouveau.

Le sociopathe fit encore quelque pas dans un silence agaçant, avant de soudainement se figer, au coin d'une rue peu fréquentée.

- Il a menti, sourit-il.

John se résolut à attendre le développement du brillant raisonnement que Sherlock avait dû monter suite à leur courte visite de la banque de Fleet Street.

- Justin Wilkes, il a menti. Quand je lui ai posé mes questions, il a menti.

Le médecin s'intéressa :

- Et comment tu sais ça ?

Une image lui traversa l'esprit. Sherlock serrant fermement la main du grand homme blond. La main, ou plutôt le poignet, en fait.

- Tu as pris son pouls ?

Sherlock acquiesça, souriant plus largement.

- Tu sais que ce n'est pas une preuve ? Tu n'es pas un polygraphe, à ce que je sache, et le fait que le pouls d'un homme se soit légèrement accéléré alors que tu l'interrogeais ne fait pas de lui un coupable, tu sais.

Le détective laissa échapper un soupir saccadé, levant les yeux au ciel, comme pour prendre à témoin ce Dieu auquel il ne croyait pourtant pas.

- Evidemment que je le sais, ce qui fait de lui un coupable, c'est tout le reste.

John haussa les sourcils, peu sûr de comprendre ce que le « tout le reste », désignait. Sherlock leva à nouveau les yeux, mais son exaspération feinte était démentie par le large sourire victorieux qui barrait ses traits.

- La montre, John, tu as dû la remarquer. Une montre de marque, qui doit au minimum valoir un mois de son salaire. Il ne peut pas gagner assez pour se l'être acheté lui-même, ce ne peut pas non plus être un cadeau, il ne vient pas d'une famille aisée, je dirais même que ses origines se situent dans les bas-quartiers de la Hongrie.

John l'interrompit :

- La Hongrie, vraiment ?

- Les tatouages, John, ceux de son poignet, sont caractéristiques d'une région du sud de la Hongrie. J'ai réalisé une étude sur les différences entre les tatouages en fonction du pays où ils sont réalisés, et les couleurs qui ont été utilisé pour ceux de Wilkes sont assez reconnaissables. Les formes aussi, d'ailleurs. Tu devrais lire cette étude, cela te cultiverait, pour une fois.

Le médecin lui lança un regard offusqué, et Sherlock grimaça en agitant la main comme pour effacer sa dernière phrase. John choisit de laisser couler, et de laisser son ami continuer.

- Donc, le calcul est assez simple, montre de luxe, plus les implants que j'ai pu remarquer et qui déforme sa mâchoire, je pense d'ailleurs que le tic de sa paupière est une conséquence de l'opération, cela arrive assez fréquemment qu'un nerf soit touché dans ce type d'intervention esthétique, mais peu importe, si on rajoute à cela ses origine douteuse, on obtient une solution des plus évidentes.

Sherlock s'était soudainement remis à marcher, et John, qui l'avait suivi, lui jeta un regard qui signifiait que non, ce n'était pas si évident que ça.

Sherlock se stoppa pour lui expliquer :

- Voyons, John, c'est évident, Justin Wilkes est…

John remarqua soudainement qu'ils s'étaient arrêtés en plein milieu d'une route. Ce qui n'était guère prudent. Enfin, ce qui n'était vraiment pas prudent si on prenait en compte le camion lancé à pleine vitesse qui venait d'apparaître face à eux.

Et Sherlock n'avait rien remarqué, semblant croire que l'air horrifié de John était dû à sa révélation fracassante, que le médecin n'avait absolument pas entendu.

John jura intérieurement. Pria ce Dieu auquel il ne croyait qu'à Noel. Et se jeta sur son ami pour les pousser tous les deux hors de la trajectoire du poids-lourd, dont le conducteur essayait désespérément de freiner pour éviter de les renverser.

John, sonné, mis un moment à reprendre ses esprits. La première chose qu'il remarqua, c'était qu'il était en vie.

La seconde, c'était qu'il reposait sur quelque chose de mou.

La troisième, était que ce quelque chose était Sherlock.

Oh, bordel, songea t'il. Il venait de s'étaler sur Sherlock Holmes, en public. Si après ça, les gens ne jasaient pas...

Il tenta de se relever, échoua, retomba sur le torse de Sherlock qui émit un gémissement de douleur étouffé, grogna, roula sur le côté, haleta, se redressa et se massa la nuque en jurant.

Le conducteur du camion se précipita sur eux.

- He, vous allez bien ?

John leva les yeux vers lui, sa tête lui tournant toujours un peu.

- Oui, je crois.

L'homme arriva à leur hauteur, tandis que Sherlock se redressait légèrement, semblant encore plus sonné que son meilleur ami. Il fallait se souvenir que c'était lui qui avait servi d'amortisseur, tout de même.

John passa les trois-quarts d'heure suivants à régler les papiers d'assurance avec le conducteur qui avait failli les percuter, malgré le fait que le médecin ait tenté, à plusieurs reprises, de faire remarquer l'inutilité de la chose, puisque personne n'avait été blessé et que le véhicule n'avait même pas été endommagé.

Mais rien n'y avait fait, le chauffeur s'était obstiné, et John s'était retrouvé à signer papier sur papier, appuyé sur le capot de la remorque, en priant pour que les quelques personnes, qui s'étaient arrêtées pour les observer, n'avaient pas reconnu son crétin d'ami.

Il était définitivement sur les nerfs, et n'avait absolument pas envie de devoir se débarrasser des fans du détective-consultant avant de pouvoir rentrer chez lui.

Il tendit son stylo au conducteur dont il avait déjà occulté le nom, lui adressa un sourire et un au revoir poli, puis se retourna pour aller chercher Sherlock qui l'attendait… nul part.

Le détective devait être rentré au 221B, Bakerstreet, depuis longtemps déjà.

John laissa un juron lui échapper, jeta un coup d'œil à sa montre, se réconforta en se disant qu'au moins, il n'avait pas rater l'heure du diner qu'il avait prévu avec Mary pour le soir-même, et tourna les talons pour chercher un taxi qui le ramènerait chez lui.

Il ne pensait plus à la phrase inachevée de Sherlock, il ne pensait plus à Sherrinford Holmes, il ne pensait même plus à cette vidéo qui pourtant l'avait obsédé depuis sa diffusion.

Non, il n'y pensait plus, car John Watson était un homme, et qu'il était fatigué, avait faim et simplement envie de rentrer chez lui pour retrouver son épouse.

Alors la seule chose à laquelle il arrivait à penser, c'était au menu du restaurant indien dans lequel il avait prévu de se rendre.


Voilà, j'espère que ce chapitre vous a plu. Il fait un peu avancer l'enquête ^^. Quel que soit votre avis, il m'intéresse, alors n'hésitez surtout pas à me laisser une petite review ^^

A dimanche prochain!

Kissssss mes lecteurs!