Commentaire : Coucou les gens ! Comment ça va depuis la dernière fois? Voici donc le nouveau chapitre, le septième, soit l'avant-avant-avant-avant dernier, ce qui veut dire en claire qu'il ne reste plus que quatre chapitre. Pourquoi est-ce que je me sens déjà triste, au juste? Bon, pour vous c'est plutôt une bonne nouvelle, hein, vous serez bientôt débarrasser de moi XD. ( mais non, je rigole, je sais que vous êtes gentil et que vous m'aimez, au fond de vous. C'est très profond, voilà tout...). Concernant le chapitre, et bien, il est long, et c'est pour une très bonne raison. Pour ceux qui ont lu les Trois Holmes, je pense que vous devez peut-être vous souvenir de James Malcom ( mais si, le gardien de cellule à cause de qui Sherrinford s'est échappé ! Non, vraiment pas? Tant pis...) Eh bien, bref, James Malcom était un OC qui ne servait presque à rien mais que je n'ai pas pu m'empêcher de créer parce que ça m'amusait. Et il se trouve que, j'ai comme qui dirait, récidiver. Vous aurez donc le plaisir ( si si si, je vous assure) de faire ici la connaissance de Jennifer Williamson.
Sinon, accessoirement, on parle aussi de Sherlock, de John, de Mycroft et de Sherrinford dans ce chapitre, mais ce n'est pas ce qui vous intéresse, évidemment. Je crois que j'ai fait mention à une certaine enquête aussi, mais je ne vais pas trop vous embêter avec ça hein ^^
Encore merci à vous tous qui venez lire et qui laissez des reviews, vous êtes géniaux! J'espère que ce chapitre vous plaira! Bonne Lecture.
PS : Elie Bluebell : Tu te souviens que je t'avais parlé d'un chapitre où on voyait le microscope XD ? Voilà, c'est cadeau, j'espère que tu aimeras ;P.
Disclamer : Tout m'appartient, à moi et rien qu'à moi ! ( bah quoi, on a le droit de rêver non ? Et puis personne lit ces machins alors je dis ce que je veux, na!)
Sherlock poussa la porte de son salon, et ôta gant et écharpe pour se laisser tomber avec un soupir dans le canapé. Il s'en voulait un peu – mais alors vraiment très peu- d'avoir abandonner John, mais il avait après tout mieux à faire.
Il se mordit la lèvre, incertain de l'attitude qu'il devait désormais adopter. John n'avait pas entendu la fin de sa phrase, et, étrangement, cela le soulageait. Parce qu'après réflexion, le détective n'était plus très sûr de vouloir entraîner son ami plus loin dans l'affaire qui les occupait.
C'était son affaire, cela avait toujours été la sienne. C'était personnel, c'était secret, c'était presque honteux.
C'était Sherrinford.
Cet après-midi, Sherlock avait compris une grande part de ce que son frère – c'était déstabilisant de l'appeler ainsi – comptait faire.
Il avait compris que le centre de toute cette affaire, c'était cette banque de Fleet Street.
Même si il n'avait pas encore très bien saisi pourquoi.
Il décida de faire ce qu'il faisait toujours lorsqu'un détail semblait lui échapper.
Sherlock ferma doucement les yeux, ses mains se joignant sous son menton. Il inspira profondément, comme s'il s'apprêtait à nager en apnée, et plongea dans ses souvenirs.
Il se revit, à Fleet Street, descendre les escaliers. Tourner à gauche au lieu d'aller à droite.
Il marcha un instant, passa devant une porte entrebâillée sans s'arrêter, revint sur ses pas et sourit.
Il ressortit de la pièce, qui s'avérait être le vestiaire des employés, une casquette sur la tête et une chemise bleue trop grande pour lui, de celles que portaient les gardiens en guise d'uniforme, passée par dessus ses propres vêtements.
Il continua à avancer dans le couloir, rasant les murs furtivement, et s'arrêta devant ce qu'il était venu chercher : la salle des coffres.
Les portes étaient verrouillées, ce n'était guère étonnant. Il laissa sa paume courir sur le métal froid qui lui barrait l'entrée et poursuivit son chemin. Il ne dut faire que quelques pas avant de trouver une autre porte, plus petite.
Il abaissa la poignée, et le battant s'ouvrit, dévoilant à sa vue un cagibi sombre, seulement éclairé par la lueur de trois écrans de surveillance. Devant ces écrans, un homme était assis, dos à lui.
Sherlock se racla la gorge pour attirer son attention, laissant son visage prendre une moue ennuyée. L'homme se retourna vers lui, et son air méfiant s'effaça lorsqu'il reconnut l'accoutrement dont il était lui-même affublé. Il ne se souvenait pas de l'homme qui le portait, mais après tout, il ne pouvait pas se vanter de connaître tous ses collègues.
- Que se passe t'il ? interrogea le gardien – le vrai.
Sherlock répondit d'une voix traînante, lassée.
- Wilkes veut que tu montes pour te poster à l'entrée. Il y a un gars qui est arrivé pour lui poser des questions sur la mort de Wilson, alors il préfère avoir un maximum d'hommes là-haut, au cas où il se passerait quelque chose.
Il conclut en esquissant un sourire sarcastique :
- Tu le connais, il est complétement parano.
Cette dernière affirmation suffit à faire taire toutes les protestations que son vis-à-vis aurait pu éventuellement émettre. Il laissa à la place échapper un léger rire moqueur, et sortit de la pièce. Il se retourna, pour faire face à celui qu'il pensait être son collègue.
- Tu ne viens pas ?
- Non, il veut que je surveille à ta place. Il dit qu'il a plus confiance en toi pour garder l'entrée.
La légère flatterie eut l'effet escompté et le gardien disparut.
Sherlock ôta sa casquette, et passa une main dans ses boucles brunes en soupirant. Trop facile, véritablement, trop facile.
Il se pencha sur la table de contrôle, dédaignant les écrans de surveillance. Il effleura certaines commandes du bout des doigts, sourit en trouvant là la confirmation de ce qu'il pensait déjà.
Il enfonça la casquette sur ses boucles et sortit de la salle en veillant à refermer la porte derrière lui, histoire que personne ne soit surpris de la trouver vide, si par hasard quelqu'un venait à passer devant.
Il regagna les vestiaires, jeta sans ménagement la chemise et la casquette dans le casier où il les avait trouvées, et remonta les escaliers sans plus tarder.
Son petit entretien avec Justin Wilkes n'avait fait que le conforter dans ce qu'il avait déjà deviné.
Justin Wilkes, chef de la sécurité à la suite de Jabez Wilson, était corrompu.
Sherlock rouvrit les yeux. Wilkes était corrompu. C'était ce qu'il avait cherché à dire à John avant que ce camion n'arrive de nul part.
Les pièces du puzzle s'étaient lentement assemblées au cours de la journée.
La Ligue des Rouquins n'avait jamais existé, cela n'avait été qu'une arnaque afin que Jabez Wilson perde son poste. Justin Wilkes avait pu ainsi prendre sa place, se donnant par conséquent le pouvoir de désactiver le système de sécurité de la banque.
Parce que c'était ce que Sherlock avait pu comprendre, lors de son passage dans les sous sol de Fleet Street : il était extrêmement simple de débrancher les alarmes de la banque. Il suffisait de posséder les mots de passe et les accréditations nécessaires. Et, ô surprise, qui avait tout cela en sa possession ? Le chef de la sécurité.
Et alors, tout devenait tellement limpide, tellement évident.
Le but de toute cette histoire était tout simplement de braquer la banque.
Justin Wilkes était corrompu, on l'avait payé – ce qui expliquait la montre de luxe – pour qu'il aide au cambriolage de sa propre banque.
Justin Wilkes était corrompu, et il semblait que cela ait été par Sherrinford.
Justin Wilkes était corrompu, et cela semblait signifier que son frère était revenu en Angleterre pour cambrioler une banque.
Pourquoi l'aîné des Holmes ferait-il cela ? Peut-être pour entamer une carrière de criminel dans le pays qui l'avait vu naître, peut-être pour sortir de l'anonymat, peut-être tout simplement pour s'amuser.
C'était évident, c'était clair, c'était logique.
Mais ce n'était pas Sherrinford.
Sherlock se détestait de penser ainsi, il se haïssait d'accorder tellement d'importance à ce fait. Mais le problème était là, et il le savait. Il connaissait Sherrinford, il savait.
Il savait que son frère ne monterait jamais un plan pareil pour cambrioler une banque. Il savait que Sherrinford cherchait à faire autre chose. Il savait, parce que Sherrinford était son frère, son grand frère, et qu'ils se ressemblaient tellement.
Il savait que si son aîné avait voulu l'argent des coffres, qu'il n'en aurait jamais rien su. Il savait que, si cela avait été le cas, Sherrinford n'aurait jamais mis ce jeu de piste en place, qu'il ne l'aurait jamais provoqué de la sorte, et que surtout, il ne lui aurait jamais dévoilé sa venue. Il savait que son frère voulait quelque chose d'autre. Quelque chose qui lui permettrait de prouver sa supériorité, quelque chose qui écrase ses deux cadets, quelque chose qui le ferait enfin dire qu'il avait gagné le jeu malsain qu'il s'était amusé à orchestrer pendant des années.
Des années, oui, et pas seulement quelques jours. Sherlock commençait doucement à s'en rendre compte.
Il avait naïvement cru que Sherrinford avait disparu pour toujours, l'année de ses sept ans, et il en avait été infiniment triste. Triste au point de vouloir oublier ce que ressentir voulait dire.
Mais la vérité était là, désormais. Cette histoire ne s'était jamais finie. Et Sherrinford en avait toujours été le maître. Son grand frère n'était jamais parti, ne les avait jamais laissé. Pas réellement.
Parce que même quand il le pensait disparu, Sherlock n'avait pas pu s'empêcher de redouter son retour.
Parce que Sherrinford avait toujours été là, dans l'ombre.
Parce que Sherlock avait grandi avec lui, vécu avec lui, cherché l'oubli de la drogue pour échapper à son fantôme.
Parce qu'il n'avait jamais pu l'oublier, lui, son grand frère, son modèle.
Et il se haïssait, se haïssait tant pour cette faiblesse.
Mais c'était pour cela qu'il savait que Sherrinford cherchait autre chose. Parce qu'il le connaissait, même après tant d'année sans jamais le voir. Il connaissait son grand frère, et ça, ce cambriolage qu'il avait deviné, cela ne lui ressemblait pas.
Alors Sherlock réfléchit, chercha à comprendre.
Son regard fut brusquement attiré par une pochette en carton posée sur son bureau encombré. Un dossier cartonné qui n'était pas là lorsqu'il avait quitté les lieux, plus tôt dans la journée.
Il se leva pour aller le chercher. Aucune indication quant à son expéditeur n'était visible, du moins pour un œil moins exercé que le sien. Il suffit d'un regard au détective pour comprendre de qui il s'agissait. Il grogna, faillit laisser tomber le dossier, mais se ravisa, et l'ouvrit.
Son corps se raidit, au fur et à mesure de sa lecture, et quand il repoussa les documents, il avait compris. Ce qui n'avait été qu'un doute insidieux s'était transformé en certitude.
Ce que Sherrinford Holmes voulait, c'était lui. Sherlock.
Lui, son petit frère qu'il avait laissé échappé à son emprise, trente ans plus tôt. Son petit frère qu'il avait, en quelque sorte, laissé gagner. Son petit frère qui avait grandi et qui avait osé prétendre l'oublier. Et Sherlock comprit que c'était là une des plus belles erreurs de sa vie. Il aurait dû savoir, lui plus que quiconque, que jamais, jamais, Sherrinford Holmes ne se laissait oublier. Parce qu'il était arrogant, intelligent, fou. Parce qu'il lui ressemblait tellement.
Le regard du détective se fit plus froid que jamais. Lentement, il se laissa glisser au sol. Ses mains se joignirent sous son menton et ses yeux fixèrent le vide.
Il réfléchit un moment, un long moment.
Finalement, il laissa ses mains retomber sur ses genoux et soupira. Il n'était parvenu qu'à une seule conclusion.
Cette histoire était la sienne, maintenant plus que jamais.
Sherrinford sourit en remontant ses lunettes de soleil sur son nez. Justin Wilkes, face à lui, dardait sur lui son regard glacial. Le roux sirota distraitement quelques gorgées de son verre qu'il avait commandé une fois installé à cette table de ce bar qu'il fréquentait assidument depuis son arrivée à Londres. Wilkes l'attendait, et cela signifiait que Sherlock était venu le voir.
Justin se pencha par dessus la table pour murmurer.
- Il est venu, Sherlock Holmes. Vous m'avez demandé de vous avertir.
Sherrinford posa pensivement son verre et sourit, supérieur.
- Je sais.
Wilkes fronça les sourcils.
- Vous savez ?
- Vous ne seriez pas ici, sinon.
Justin grinça des dents devant cette évidence et leva les yeux. C'était beaucoup moins impressionnant, tout d'un coup. Une poigne de fer lui saisit le poignet, et il baissa le regard, soudainement intimidé.
Sherrinford le dévisagea par dessus les verres teintés, une expression menaçante sur le visage.
- Ne refaites plus jamais ça.
Justin déglutit, et hocha la tête, comprenant à demi mot qu'il parlait de son évident manque de respect.
- Bien, approuva l'aîné des Holmes en hochant la tête. Maintenant, racontez-moi.
Wilkes s'exécuta précipitamment. Il raconta, et Sherrinford écouta, pensif. Cela ne prit guère longtemps, et lorsque la voix de Justin finit par mourir, le roux reprit son verre pour en boire une nouvelle gorgée.
Justin l'observa, guettant une réaction de cet homme, qu'avec le temps, il avait appris à craindre et respecter.
- C'est bien, vous pouvez partir.
L'employé de la banque de Fleet Street se leva avec soulagement. Sherrinford lui saisit à nouveau le poignet pour le retenir. Sans le regarder, il souffla entre ses dents.
- Ne felejtsük el, ahonnan származik, és amivel tartozol nekem. Soha, Edvard.
Justin Wilkes, anciennement Edvard Kovacs, déglutit et hocha précipitamment la tête. Jamais. Jamais il n'oublierait. Sherrinford relâcha sa prise et son interlocuteur disparut.
Il reprit son verre et sourit. Ainsi, son jeu était presque fini. Sherlock avait avancé vite. C'était bien, très bien. Le moment n'arriverait que plus rapidement.
Il était déjà impatient. Il voulait le voir, les revoir, lui et Mycroft, enfin. Pour leur faire comprendre qu'il avait toujours été là, et que jamais, jamais, il ne les aurait laissés gagner.
Bientôt, bientôt, il pourrait planter ses yeux gris dans les yeux mitigés de son plus jeune frère.
Et les mots qu'il avait prononcés en hongrois pourraient à nouveau prendre sens.
« N'oublie pas d'où tu viens, et ce que tu me dois. »
Et Sherlock n'aurait jamais dû oublier. Aucun d'eux n'aurait dû oublier.
Sherrinford posa une dernière fois son verre, désormais vide, sur la table, et se leva. Il jeta un pourboire au serveur, passa la main dans ses cheveux roux et quitta le bar.
Le froid de janvier l'accueillit, et il grelotta légèrement. Il enfonça ses mains dans ses poches et marcha un moment, sans but particulier.
Ses pas le guidèrent jusqu'à Bakerstreet sans qu'il n'y réfléchisse réellement. Il leva les yeux vers les fenêtres encore illuminées du 221B.
Il se demanda un instant comment réagirait son cadet si, au lieu de suivre le schéma qu'il avait soigneusement préparé, il montait directement le voir.
Il songea un instant à le faire.
Il ne le fit pas.
A la place, un large sourire étira ses traits. Il sortit un paquet de cigarettes de sa poche, et en alluma une. Il resta là, à fumer cigarette sur cigarette, sans quitter les fenêtres de l'appartement de son cadet des yeux.
Il attendit jusqu'à ce que les lumières s'éteignent, et quitta la rue en songeant que son cadet venait sans doute d'entamer ce qui serait sa dernière nuit de tranquillité avant longtemps.
Ce qu'il ignorait, c'était que Sherlock ne dormait pas. Il avait juste éteint les lumières pour éviter que madame Hudson ne monte vérifier ce qu'il faisait encore debout.
Cette nuit là, Sherrinford ne dormit pas, trop impatient.
Cette nuit là, Sherlock ne trouva pas non plus le sommeil, son esprit brillant tournant à vive allure
Et à quelques kilomètres de Bakerstreet où venait de se retrouver, sans qu'il ne le sache, ses deux frères, Mycroft Holmes ne ferma pas l'œil, les images du dossier qu'il avait envoyé à son cadet lui refusant ce répit.
John travaillait aujourd'hui. Il massa sa mâchoire, tentant de se réveiller. Il détestait les horaires de bureau, qui le forçait à se lever avec les poules, tout ça pour s'installer toute la journée sur un fauteuil inconfortable à voir passer des patients les plus inintéressants les uns que les autres.
C'était quand il avait ce genre de pensées qu'il se rendait compte de l'influence que Sherlock avait sur lui.
Le médecin cligna furieusement des paupières, mais rien ne parvenait à chasser la brume qui semblait l'entourer. Quand il poussa la porte de son cabinet, il comprit qu'une longue, très longue journée l'attendait. Devant ses yeux, sa salle d'attente avait déjà été envahie par ce qui lui semblait être la totalité des malades de Londres.
Il détestait vraiment l'hiver, parfois.
Jennifer Williamson, surnommée avec une étonnante originalité « Jenny » par ses amis, avait toujours été une rêveuse.
A sept ans, elle rêvait que son père, cet illustre inconnu, se présente enfin à elle avec une excuse admirable et émouvante pour son absence durant les premières années de sa vie.
A dix ans, elle rêvait en pensant au collège, ce lieu où elle pourrait enfin se sentir grande, comme les filles de la télévision qui semblaient tellement belles et matures.
A treize ans, elle avait maintes fois rêvé que son professeur de mathématique se fasse heurter par un camion. Ou par un bus. Ou même qu'il se fasse enlever par un ptérodactyle, du moment que cela annulait les contrôles, elle n'en avait rien à faire.
A seize ans, enfin, elle s'était rêvée actrice célèbre, arpentant les tapis rouges au bras de son grand amour de l'époque.
A dix neuf ans, elle rêvait de trouver le rôle de sa vie au cours d'un des castings qu'elle passait sans relâche, sans même avoir pris de cours pour savoir jouer un minimum correctement, parce qu'elle se rêvait talentueuse et que cela aurait dû suffire.
Et à vingt-deux ans, elle rêvait juste de n'avoir jamais autant rêvé, en débarrassant les tasses sales des clients qui ne lui accordaient pas la moindre attention, dans ce café minable où elle avait par miracle dégoté un travail après trois ans de castings foireux, qui lui permettait tout juste de payer le loyer de l'appartement entièrement à sa charge depuis que son grand amour l'avait quitté.
Jenny soupira de dépit en jetant sans grande conviction une tasse dans l'évier de ce qui servait de cuisine au Speedy's. C'était le nom du café.
En plus de tout ça, il n'était pas encore passé aujourd'hui, ce qui n'était pas pour lui remonter le moral. Son heure de passage habituelle était déjà passée depuis longtemps, et Jenny désespérait de voir apparaître celui dont elle avait fait l'éclaircissement de ses journées.
Celui qu'elle attendait chaque jour s'avérait être un client. Un homme, séduisant au possible malgré les années évidentes qu'il traînait derrière lui, et qui, depuis quelques temps, s'installait chaque jour à la terrasse pour boire un café. Jenny, en l'observant, s'était prise à rêver à nouveau. Rêver qu'il la remarque, rêver qu'il lui sourit, rêver, tout simplement. Et c'était sans doute pour ça qu'elle aimait tant le voir, pour cette sensation chaude et agréable que ses espoirs lui laissaient.
Jenny était une rêveuse, et elle aimait rêver, c'est sans doute pour cela qu'un sourire réjoui étira ses lèvres lorsque l'homme passa la porte, en retard d'une demi-heure sur son horaire coutumier.
Il s'approcha du bar pour passer commande, et Jenny s'empressa de se présenter à lui.
- Bonjour, lui sourit-elle.
L'homme répondit à son sourire, et elle enchaîna, mettant presque inconsciemment sa poitrine en avant :
- Un café, comme d'habitude, j'imagine.
Il eut un autre sourire et Jenny se sentit fondre.
- Oui, mais à emporter, s'il te plaît.
Jenny retint une grimace de déception et se consola en se disant qu'il venait de la tutoyer. Ordinairement, elle se sentait offusquée lorsqu'un client se permettait une telle familiarité, mais comme c'était lui, elle allait faire une exception.
Tout en préparant la commande, derrière son bar, elle commença à lui faire la conversation, tentant de paraître naturelle.
- Et sinon, comment ça va ?
Elle tenta d'occulter le fait qu'une serveuse de café n'avait pas à s'occuper de la vie privée de ses clients.
L'homme se gratta la nuque, dans un geste incertain adorable, et grimaça :
- Le boulot me prend tout mon temps, si tu savais, et je suis en retard. Mon patron va m'assassiner, se lamenta t'il tout en souriant. Et je dois encore poster ça.
Il agita un paquet, l'air penaud. Jenny se sentit fondre devant sa mine de chiot, et proposa, avec plus d'audace qu'elle ne se pensait posséder.
- Si… Si vous voulez je peux le poster à votre place.
Elle se retourna, un gobelet de café à la main, juste à temps pour voir le regard de son client s'illuminer d'une surprise ravie.
- Tu ferais ça ?
- Bien sûr, je prends ma pose dans quelques minutes, laissez-le donc là.
L'homme lui sourit franchement en passant sa main dans ses cheveux d'un roux vif.
- Merci, merci vraiment. Peut-être que je pourrai t'inviter à boire un café pour te remercier convenablement ?
Jenny sentit ses joues s'enflammer et son cœur s'emballer tandis qu'elle se sentait monter sur un nuage.
Fébrilement, elle accepta.
- Super, on se voit dans l'après-midi ? S'enthousiasma l'homme, alors qu'un énorme sourire dévorait le visage de la jeune serveuse.
Et un peu plus tard, quand elle saisit le paquet pour aller le poster, elle lut l'adresse, curieuse, et haussa un sourcil en la reconnaissant. Surprise, elle se dit que l'homme qui la faisait à nouveau rêver ne devait pas savoir dans quelle rue il se trouvait, sinon il se serait contenté d'aller déposer le paquet lui-même. Mais elle n'allait pas s'en plaindre, après tout.
Plus joyeuse qu'elle ne l'avait été depuis longtemps, Jenny empoigna le paquet, en faisant bien attention à ne pas l'abîmer, et alla tout simplement sonner à la maison d'à côté.
- Bonjour madame, on m'a déposé un paquet pour monsieur Holmes, expliqua t'elle à la femme qui lui ouvrit.
Madame Hudson rendit son sourire à la jeune femme, et, la remerciant, ferma la porte. Jenny quitta le perron du 221B, Bakerstreet, en sautillant joyeusement, à nouveau petite fille, tandis que la logeuse du célèbre détective montait discrètement déposer son paquet à son irascible locataire, qui n'était pas descendu depuis la veille.
- Sherlock ? appela t'elle doucement.
Une masse de cheveux bouclés émergea de la cuisine, vite suivie par le reste de la personne du détective. Sherlock, un chalumeau dans une main et des lunettes de protection sur le front, dévisagea sa logeuse un instant, avant de retourner dans la cuisine avec un :
- Déposez-le sur la table.
Martha Hudson soupira et obéit, avant de quitter furtivement l'appartement.
Bien plus tard dans la journée, alors que Jenny se préparait impatiemment, et que madame Hudson était allé faire des courses, Sherlock s'intéressa à nouveau au paquet.
Il le soupesa, le renifla, fronça les sourcils et l'ouvrit précautionneusement. Ses sourcils se froncèrent d'autant plus lorsqu'il eut dans les mains un pull bleu, boueux et déchiré. Il comprit immédiatement de qui le paquet devait provenir. Il saisit aussi qu'il devait s'agir d'un message, même si il en ignorait pour le moment le sens.
Il tendit le pull à bout de bras devant lui, et lentement, retourna s'asseoir à la table de la cuisine, où trônait toujours fièrement son microscope. Tenant le pull d'une main, l'autre réglant machinalement l'appareil dont il connaissait chaque rouage depuis longtemps, il continua à observer le vêtement, s'attendant à déduire quelque chose, mais rien de lui vint, mis à part cette curieuse sensation qu'il aurait dû comprendre quelque chose.
Intrigué, il se reconcentra sur son précieux appareil.
Encore plus tard, alors que Jenny, les larmes aux yeux et un autre rêve brisé à son compteur, se précipitait pour rentrer chez elle, Sherlock, les yeux encore collés dans les oculaires, se figea. Il tourna la tête pour fixer le pull, sans vraiment y croire, sans vraiment s'en rendre compte.
Le vêtement semblait le narguer, et les doigts du détective se crispèrent sur son microscope.
Ce qu'il avait vu, lors de son analyse, c'était des poils de chien.
Et il s'était souvenu d'un jeune homme roux portant dans ses bras, emmitouflé dans un pull sale et boueux, un cocker, petit et tremblotant.
Les yeux de Sherlock glissèrent sur sa montre, même s'il savait déjà ce qu'il allait y lire. La date du jour brillait, et il ricana. C'était tellement prévisible, tellement évident.
-tellement Sherrinford- qu'il se trouva idiot de ne pas y avoir songer plus tôt.
Distraitement, il se leva, saisissant dans sa poche son portable.
Il avait compris la veille que cette histoire, cette affaire, ne concernait que lui.
Il avait compris que John, que Mary, que tout le monde devait en être protégé. Il ne songea pas un instant que c'était peut-être déjà trop tard pour écarter le médecin.
Il ouvrit la porte du salon, tout en portant son portable à son oreille.
Il se retrouva alors face à la personne qu'il avait le moins envie de voir à cet instant – enfin, il n'avait jamais envie de le voir, il fallait être honnête. Soupirant, et rangeant son portable, Sherlock leva les yeux sur Mycroft.
Lequel le fixait, une lueur réprobatrice, et presque furieuse dans les yeux.
- Quelle précision, très cher frère, je m'apprêtais à sortir.
Il s'efforça de prendre un ton enjoué, pour tenter de masquer à son frère la fébrilité qui l'avait étreint dès le moment de sa découverte.
Mycroft fit un pas dans l'appartement, forçant son frère à reculer, ce qui ne parut pas lui plaire. Ce dernier point tira un sourire satisfait à l'homme du Gouvernement.
- Je t'ai appelé. De nombreuses, nombreuses fois, informa t'il avec une nonchalance feinte. Pourquoi n'as tu pas répondu ?
Sherlock haussa les épaules, signe évident qu'il avait délibérément ignoré les appels.
- Je dois encore donner une réponse à cette question ? Ta conversation m'ennuie, voilà tout.
Mycroft fit un autre pas en avant, se persuadant mentalement de garder son calme. Ne pas tuer Sherlock, c'est ton frère, Ne pas tuer Sherlock, C'est ton frère, Ne pas tuer Sherlock, avec un peu de chance quelqu'un le fera avant toi et tu éviteras la prison.
Apaisé par ses pensées, l'homme-qui-était-le-Gouvernement-à-lui-seul, siffla mielleusement :
- Je ne suis pas venu ici pour entendre tes babillages enfantins, Sherlock. Non, je me demandais plutôt, si, par le plus grand des hasards, tu étais encore en vie.
Il y avait, dans l'ironie froide de Mycroft, quelque chose de presque angoissant. Parce que dans sa voix perçait toute l'inquiétude qu'il avait pu ressentir pour son petit frère. Et si Mycroft Holmes, l'homme de glace, celui qui tenait un pays au creux de sa main, s'inquiétait, c'était qu'il y avait quelque chose de véritablement menaçant dans toute cette histoire.
- Ce n'est pas la première fois que je risque ma vie dans une affaire, Mycroft, soupira Sherlock, comme s'il avait entendu tout ce que son frère taisait.
Le ton de son aîné se fit soudainement las.
- Ce n'est pas non plus la première fois que tu l'affrontes, lui. Te souviens-tu de la dernière fois ?
Le visage de Sherlock se ferma.
- Pourquoi tu es venu ? demanda t'il, en laissant tomber sur le canapé l'écharpe qu'il n'avait pas eu le temps d'enfiler.
Mycroft le fixa.
- Tu as reçu le dossier ? dit-il simplement.
Un acquiescement sec lui répondit.
- Alors tu sais. Tu sais ce qu'il est devenu. Tu sais qu'il est dangereux. Tu sais que tu dois abandonner.
Un ricanement sardonique lui répondit. Dangereux. Comme si ce mot avait du sens pour le grand, l'inatteignable, Sherlock Holmes.
- Il n'est pas l'homme le plus dangereux que j'ai eu à affronter.
Les jointures de Mycroft blanchirent lorsque les yeux de son cadet se plantèrent dans les siens. La lueur amusée, supérieur, inconsciente, qu'il y lut, lui rappela un autre regard, une autre personne, une autre époque. Et, brièvement, les prunelles hésitantes entre le bleu et le gris se métamorphosèrent pour laisser la place à deux orbes aciers. Pendant un court instant, Mycroft vit Sherrinford en face de lui.
Puis, tout aussi soudainement, il perçut ce que son cadet tenait à lui cacher. Et tout naturellement, son regard fut attiré par la table de la cuisine, où reposait toujours fièrement le pull bleu. Et il le reconnut.
Sans rien laisser paraître, il murmura simplement :
- Si, Sherlock, il l'est. Il l'a toujours été.
Puis, sans rien ajouter, il tourna les talons et quitta l'appartement. Lorsque, à l'abri dans sa limousine, il remarqua les jointures blanchies de ses poings fermées, Mycroft laissa sa tête partirent en arrière jusqu'à ce qu'elle repose contre l'appuie tête du fauteuil. Il laissa échapper une respiration saccadée alors que, dans son esprit, le souvenir d'un jeune homme roux au sourire victorieux s'imposait.
Ce pull, qu'il avait vu sur la table, lui faisait se remémorer des choses qu'il aurait préféré oublier. Il savait aussi quel message il délivrait, il savait aussi que cela signifiait que Sherrinford, encore et toujours, menait la danse. C'était lui qui avait choisi de se montrer à eux, lui qui avait mis dans les mains de Sherlock les pièces nécessaires pour le retrouver, lui encore qui lui avait montrer comment les assembler.
Il avait tout prévu, du début, jusqu'à la fin. Sherrinford savait où tout cela allait les mener. Mais il était le seul. Il était temps que cela change.
Mycroft desserra les poings lentement, chassant l'image d'un signe de tête. Il n'avait plus le droit de se laisser paralyser par ses souvenirs, plus le droit de laisser son grand frère orchestrer le jeu. Il avait grandi, depuis cette époque où il n'était qu'un adolescent qui regardait, impuissant, son petit frère se faire détruire à petit feu. Il avait grandi, et plus jamais il ne laisserait quelqu'un avoir le dessus sur lui de cette manière. Il avait grandi, il était le maître de son propre jeu, désormais.
L'homme du gouvernement reporta son regard sur les rues qui défilaient à la fenêtre.
Si il avait eu un miroir, ou s'il avait simplement prêté plus d'attention au maigre reflet que lui renvoyait la vitre, il aurait vu, au fond de ses yeux, ce qu'il craignait de voir dans ceux de son cadet. Il aurait vu Sherrinford, sa froideur et sa folie. Et peut-être qu'il aurait compris qu'il s'engageait à emprunter le même chemin que lui.
Mais Mycroft ne le vit pas, et personne ne fut là pour le remarquer à sa place.
Tadaaaaaaa ! J'espère que vous avez aimé! Que ce soit le cas où non, sachez qu'il existe un outil magique qui permet de me transmettre votre avis en seulement quelques clics ^^ ça s'appelle "la review" et c'est vraiment très facile à utiliser, si si, vous allez voir, essayez! Vous pouvez aussi me dire ce que vous avez pensé de Jenny, et d'ailleurs, je tiens à préciser quelque chose : elle ne sert pas totalement à rien! Déjà, elle livre un paquet! Ouais, d'accord, enfin, elle m'a surtout permis de faire une parenthèse dans l'enquête et surtout, de vous montrez un point de vue extérieur sur Sherrinford. C'est vrai, lorsqu'on le voit à travers les yeux de ses frères, on comprend directement qu'il est complètement barge, mais il ne faut pas oublier que ce n'est pas l'avis de tout le monde. Il peut être charmant, le petit ^^ . Voilà, maintenant que j'ai justifié l'intégration d'un OC qui n'a rien à voir dans l'histoire, je vais vous laisser, mes petits lecteurs!
Oh, j'oubliais, concernant la phrase en hongrois, elle vient d'internet, alors si quelqu'un parle hongrois, que cette personne sache que je suis profondément désolé d'avoir probablement massacré cette jolie langue! C'est pas ma faute, c'est celle des dictionnaire en ligne ! XD
A dimanche!
Kisssss les lecteurs!
