Commentaire : Bien le bonjour très chers lecteurs ! Me voici donc de retour avec un nouveau petit (gros) chapitre, qui se trouve être aussi l'avant-dernier, ce qui explique que je sois actuellement à moitié en train de déprimer ( à moitié, seulement ? Oui. Peut-être un peu plus.) ( je n'ai même pas le courage d'étudier pour mon orale de néerlandais, c'est vous dire! Bon, d'accord, ce n'est pas la seule raison mais... Oh, et puis zut.). Après ce chapitre, un petit épilogue puis pouf, plus de Trois Holmes, plus de Ligue, finie, nada, au suivant ! Bon, je continuerais ma dépression dans la note d'auteur du prochain chapitre ( je veux paaaaas que ça se termine ! Et si je faisais enlever Sherlock et Sherrinford par des extraterrestres pour prolonger le truc ? Non ? Vraiment pas ? Dommage...)

Sinon, je ne vous parlerais pas de ce chapitre, je préfère vous laisser la surprise ( et me laisser du temps pour courir). Nan, ne vous inquiétez pas, il ne se passe rien de grave hein, rien du tout.

Enfin, Allez savoir ce qui se passe dans la tête de l'auteur.

Encore un immense merci à vous tous qui lisez cette fic et à tous mes reviewers ! Vous êtes géniaux!

Disclamer : J'ai récemment kidnappé Steven Moffat et Mark Gatiss et les aies séquestré dans ma cave pour les forcer à me donner les droits d'auteur de leur série. Ce qu'ils ont fait après avoir développé un syndrome de Stockholm parce que je leur aies offert des cookies ( et que tout le monde aime les cookies.) Donc, tout m'appartiens, voilà. (Si si si, je vous assure que c'est vrai. Mais n'appelez pas la police. Parce que ça l'est pas en fait.)


Mary attendit patiemment que John, qu'elle avait assis de force dans un fauteuil du salon, achève son récit confus et haché de ce qu'il s'était passé un peu plus tôt dans le salon du 221B, Bakerstreet.

Lorsque ce fut fait, elle laissa son époux reprendre son souffle et la tension de la pièce s'évacuer légèrement.

Le médecin avait tour à tour exprimé chacun des sentiments par lequel un être humain pouvait passer. Il avait même expérimenté quelques étranges émotions hybrides que Mary avait sagement choisi de ne pas relever.

Elle fixa l'homme de sa vie tendrement, le regardant passer nerveusement sa mains dan ses court cheveux, attendant sa réaction avec impatience. Finalement, voyant qu'elle ne parlait toujours pas, il interrogea :

- Alors, qu'en penses-tu ?

L'ancienne espionne prit un soin méticuleux à choisir ses mots. Elle ne voulait pas qu'il se braque, ou qu'il se sente vexé par ce qu'elle allait dire. Aussi, c'est avec toute la gentillesse du monde et toute la douceur dont elle était capable qu'elle lui dit :

- Je pense que tu es un idiot.

Les sourcils de John se haussèrent, et il la dévisagea, une expression incrédule sur le visage. Il y eut un moment de flottement, durant lequel Mary ne perdit pas son sourire aimant. L'ancien soldat s'écria enfin :

- Ah non, tu ne vas pas t'y mettre aussi ! Je ne t'ai pas dit tout ça pour que tu…

Son épouse posa une main apaisante sur son épaule et le força à regagner le siège qu'il s'apprêtait à quitter.

- Laisse-moi t'expliquer.

- Je n'ai pas besoin qu'on m'explique quoi que ce soit, s'agaça John.

Mary hocha la tête, compatissante. Elle s'agenouilla fasse à lui et lui prit les mains avec douceur.

- Tu restes un idiot. Un idiot fini. Je connais Sherlock depuis bien moins longtemps que toi, pourtant j'ai compris ce qui, il me semble, ne t'a même pas effleuré l'esprit.

John la regardait à présent, attendant la suite avec intérêt. Elle se rapprocha un peu plus, toujours souriante.

- Ce que j'essaie de te dire c'est que…

Elle le frappa à l'arrière de la tête et cria en se relevant.

- C'est que cet imbécile s'est lancé dans la gueule du loup et a cherché à t'écarter ! Et toi, tu as fait exactement ce qu'il pensait que tu ferais ! Non mais ce n'est pas possible, deux crétins dans votre genre, je n'ai jamais vu ça !

John, momentanément choqué par l'éclat de son épouse, resta figé, assis dans son fauteuil, la main posée sur sa tête à l'endroit où elle l'avait frappé. Mary continua à vociférer sur son idiotie, jusqu'à ce qu'elle remarque qu'il ne l'écoutait plus.

Elle claqua des doigts devant son visage comme pour le réveiller, et il leva les yeux sur elle.

- Dis-moi que tu sais au moins où il est.

Le regard brumeux, John cligna plusieurs fois des paupières, tentant de se remettre les idées en place. Maintenant que Mary l'avait dit, cela lui semblait tellement évident. Il se trouva à son tour stupide de ne pas avoir compris tout de suite. Puis il plissa les yeux. Sherlock l'avait une nouvelle fois manipulé. Pour le protéger, sans aucun doute. L'imbécile. Il ne pensait donc pas à sa propre sécurité ?

Il se leva d'un bond et alla chercher son blouson, son épouse sur les talons.

- Je vais aller le chercher, informa t'il.

- Donc tu sais où il est ?

John pensa à ce que son ami lui avait dit. « Justin Wilkes est corrompu ». Et les pièces du puzzle s'assemblèrent d'elles-mêmes.

- Oui, je le sais.

- Très bien, je viens avec toi.

John se tourna avec des yeux ronds vers elle. Elle n'était tout de même pas sérieuse ? Le fait qu'elle enfilait ses chaussures l'informa que si, elle l'était.

- Il n'en est pas question ! Tu es enceinte, crut bon de rappeler le médecin.

Mary se planta devant lui, une seule chaussure enfilée, et lui jeta un regard noir en croisant les bras.

- Et sous prétexte que tu ne l'es pas, tu as le droit de risquer ta vie ? rétorqua t'elle en haussant un sourcil, attendant la réponse de son époux pour mieux lui démontrer à quel point il était naïf de penser qu'il pouvait l'empêcher de faire quoi que ce soit.

John passa une main dans ses cheveux, exténué à l'avance par le débat que Mary allait le forcer à engager. Sauf qu'il n'y avait pas de temps à perdre, la vie de Sherlock était en jeu – encore. En voyant dans le regard de son épouse qu'elle ne céderait pas, John soupira.

- Tu veux vraiment venir ?

- Oui.

- Ça peut être dangereux.

Elle le regarda en fronçant les sourcils, et John se sentit définitivement stupide.

- Raison de plus pour ne pas te laisser y aller seul, trancha Mary.

Le médecin hocha la tête et passa une main sur sa nuque, avant de la poser sur la poignée de la porte.

- Tu ne me laisses donc pas le choix.

Il entendit une exclamation de contentement, au moment où il ouvrit la porte pour se précipiter dehors. Il la referma derrière lui, étouffant les protestations de son épouse, verrouilla la serrure, et cria, à travers le bois :

- Je t'aime, je reviens bientôt !

Sans attendre de réponse, John courut jusqu'à sa voiture, alors que Mary, derrière la porte, se jetait sur son trousseau de clef en pestant contre son idiot de mari et cet imbécile d'Holmes, qui se mettaient toujours dans des situations foireuses desquelles ils ne sortiraient pas éternellement vivants.

Mary ouvrit enfin la porte, mais ce fut seulement pour voir la voiture achetée d'occasion démarrer en trombe, John au volant.

- John Hamish Watson, hurla t'elle en s'avançant précautionneusement dans l'allée, son ventre l'encombrant, reviens ici tout de suite ! Tu ne vas pas me laisser toute seule, tout de même ! Et si j'accouche, là, tout de suite ! John, et si j'accouche ?

Mais la voiture avait déjà disparu dans le croisement de la fin de la rue. Mary jura, et tapa du pied avec exaspération, avant de porter une main à son ventre, grimaçante. S'énerver ainsi n'était pas bon pour le bébé, se sermonna t'elle intérieurement.

Elle jeta un regard noir au réverbère qui se dressait à côté d'elle, semblant vouloir l'accuser de la fuite de son époux.

- C'est vrai, tu n'aurais pas pu tomber sur sa voiture, s'énerva t'elle. S'il ne rentre pas vivant, je jure que je te brûle.

Ignorante du ridicule de ses menaces faites à un objet somme toute inanimé, elle rentra chez elle, pestant à voix plus ou moins audible, ses remarques acides ne parvenant pas totalement à masquer son inquiétude.


Sherlock n'arrivait pas à détacher son regard de la silhouette qui se dressait devant lui, pas plus qu'il ne parvenait à prononcer un mot. Sherrinford l'observait en retour, les paupières légèrement plissées, son regard métallique passant en revue chaque détail qu'il n'avait pas encore pu cataloguer. Il n'avait, par exemple, pas encore remarqué la légère cicatrice au coin droit de la lèvre de son cadet. Il se demanda comment il se l'était faite.

Sherlock pencha la tête sur le côté, se donnant ainsi un autre angle d'observation. Il avait vu des photos de celui que son frère était devenu dans le dossier que Mycroft lui avait transmis. Mais voir Sherrinford autant vieilli le déstabilisait encore un peu.

La voix de son aîné brisa à nouveau le silence qui s'était établi entre eux.

- Tu ne me dis pas bonjour, petit frère ? Aurais-tu perdu tes bonnes manières ?

Sherlock cligna des yeux, se tirant de son observation méthodique. Il se redressa et laissa son regard rencontrer à nouveau celui de son aîné.

- Bonsoir serait plus approprié, fit il remarquer.

Un sourire étira à nouveau les lèvres finement dessinées du rouquin. Son frère n'avait pas changé, songea t'il. Dans chacun des traits de Sherlock, il retrouvait l'enfant qu'il avait été. Dans chacun de ses mouvements, aussi infimes soient-ils, il revoyait le gamin de sept ans au teint trop pâle et aux yeux trop sérieux. Et dans ses mots, il trouvait la preuve de ce qu'il avait toujours su : il n'avait pas grandi.

- C'est en effet vrai, approuva t'il.

Sherlock chercha quoi dire. Maintenant qu'il était là, face à lui, il ne savait plus ce qu'il était censé faire. Sherrinford remarqua son trouble, mais feignit de l'ignorer, choisissant plutôt de se rapprocher davantage de son jeune frère.

Dans un geste qui se voulait amicale, mais qui ressemblait d'avantage à une menace silencieuse, il posa une main sur le bras du détective, et serra légèrement, remarquant avec surprise qu'il devait lever légèrement les yeux pour pouvoir fixer ceux de son interlocuteur.

Sherlock resta stoïque, bien que la différence de taille ne lui ait pas échappé, à lui non plus. Sherrinford s'écarta un peu, laissant sa main reposer sur le bras de son cadet.

- Tu as grandi, petit frère, sourit-il. Cela me fait plaisir de te voir.

Les mots glissèrent avec naturel, détonnant avec la réalité, mais si sincères. Leurs regards se lièrent brièvement, les orbes gris envoûtants lui faisant revivre des souvenirs longtemps oubliés, le faisant à nouveau se sentir un enfant.

Tu as été brillant, petit frère, qu'est ce que je ferai sans toi ? Sherlock, et si on allait jouer ?, J'ai eu peur de te perdre, petit frère. Tu me pardonnes ?

Sherlock se dégagea brutalement, et recula de quelques pas en haussant un sourcil narquois.

- Tu penses sincèrement que je suis encore si facilement manipulable ?

Le rouquin enfonça ses mains dans les poches de son pantalon, et haussa les épaules, nonchalant.

- Je pense que tu n'as pas changé. Sinon, que ferais-tu là ?

Le détective chercha une réponse. La seule qu'il trouva n'était pas suffisante pour démentir son frère.

Pourquoi était-il là ? Parce qu'il avait besoin de se montrer à lui-même que cela ne lui faisait rien. Que son frère n'était plus rien. Qu'il avait dépassé cela. Qu'il avait grandi.

Sherrinford lut toute ses réponses dans les prunelles hésitantes de son petit frère, et sourit, satisfait.

- C'est ce que je disais. Tu n'as pas changé. Ne me fais pas croire que me voir, là, devant toi, ne te fais rien.

Sherlock aurait aimé répondre que non, cela ne lui faisait rien. Mais dans chacun des gestes, chacun des mots narquois, de son frère, il se revoyait, à sept ans. Et il ressentait à nouveau. La tristesse, l'abandon. La peur, la haine. L'horreur, la détermination.

Tous ces sentiments qu'il avait pris soin de bannir de sa vie, étaient concentrés dans ces prunelles grises. Alors non, il ne pouvait pas dire que cela ne lui faisait rien.

Sherrinford se détourna pour s'approcher des coffres qui couvraient les murs. Il sentait ses poils se hérisser dans son dos, sur ses bras, dans sa nuque. Il se sentait électrique. Il n'arrivait presque pas à croire qu'après tant d'années, ils étaient enfin là. Réunis. L'excitation du jeu exacerbait ses sens. Mais il ne pouvait pas se laisser emporter, il devait rester maître de lui.

- Tu sais, dit-il en laissant sa main courir contre la surface froide des coffres, feignant l'indifférence à la perfection, je pense qu'au fond, tu es là pour exactement la même raison que moi.

Sherlock était décidé à ne pas se laisser submerger. Il n'était plus un enfant impressionnable. Il avait payé le prix fort pour ne plus l'être. Alors il était sans doute temps de prouver qu'il avait grandi.

- Je veux en finir, tu le veux aussi.

Sherrinford se retourna, surpris. Il ne s'attendait pas à ce que Sherlock parle ainsi. Il s'attendait à le sentir se raidir, à le voir serrer les dents. Mais quand son regard se posa à nouveau sur son cadet, il le vit appuyé contre le mur, un discret sourire aux lèvres et les bras croisés.

- Pourquoi es-tu venu seul ? Si tu veux en finir, pourquoi n'as tu pas amené avec toi quelques un de tes amis de Scotland Yard ?

Le brun se pencha légèrement en avant, amusé.

- Allons, tu connais la réponse, non ? Parce que je voulais que cela soit juste toi et moi. Comme cela l'a toujours été.

Un rictus barra brièvement le visage de Sherrinford. Il savait ce que son plus jeune frère tentait de faire. Il voulait le déstabiliser, lui faire croire qu'il jouait au même niveau. Ce qui était ridicule. Il lui était supérieur, et c'était tellement évident que les efforts de Sherlock en devenaient risibles.

Ce dernier poursuivit, impassible.

- Tu aurais aimé que Mycroft vienne, n'est ce pas ?

- Cela n'aurait rien changé. Quand nous en aurons fini, il saura.

Un clignement de la part du cadet traduisit sa perplexité.

- Il saura quoi ?

- Que vous n'auriez jamais dû vous penser suffisamment fort pour m'oublier.

Sherlock ricana doucement. Prévisible, vraiment. Il se détacha souplement du mur et s'approcha de son frère. Ce dernier ne bougea pas et le laissa venir jusqu'à ce que leur visage ne soit qu'à quelques centimètres. Le plus jeune pencha la tête sur le côté, narquois.

- Tu n'es pas plutôt venu parce que toi, tu n'arrivais pas à nous oublier ?

Sherrinford inclina la tête. Il ne se laissa pas troubler. Les efforts de son petit frère lui paraissaient tellement ridicule, tellement vain, qu'il en aurait rit.

Il rit.

- Cela ne te va pas du tout, petit frère.

Ce dernier ne bougea pas, se contentant de hausser un sourcil.

- Quoi donc ?

- Tout cela, cette fausse maîtrise que tu as de toi. Tu essayes de me déstabiliser, c'est d'un touchant. Si cela te fait plaisir je vais te répondre : je suis venu parce que j'avais quelque chose à terminer.

Son ton était calme, narquois, condescendant. Il fit se hérisser les poils de Sherlock. Parce que ce ton, cette voix, c'étaient toujours les mêmes. C'étaient toujours ceux qui le complimentaient, le menaçaient, le manipulaient. C'étaient toujours ceux qui le remplissait de fierté, l'anéantissait, le terrifiait. Et brutalement, il se rendit pleinement compte de qui était en face de lui.

C'était Sherrinford. Son frère. Ce frère trop parfait, ce frère trop plein de défauts, ce frère qu'il avait aimé, qu'il avait essayé de détester. Ce frère de dix ans son aîné qui l'avait purement et simplement abandonné.

Et alors jaillit le sentiment qui avait dominé toutes ces années, quand l'image du rouquin traversait son esprit. Il lui en voulait. Sherlock lui en voulait, viscéralement, douloureusement, pour tout ce qu'il avait fait comme ce qu'il avait omis de faire.

Il lui en voulait tant. Mais il ne le détestait pas. Pas encore, toujours pas.

Alors il fit un pas en arrière, puis un autre, pour s'éloigner de cette aura de souvenirs qui semblaient graviter autour de son aîné.

Sherrinford le remarqua. Il lut chacune des émotions sur le visage impassible de son jeune frère, comme s'il avait fait cela toute sa vie, comme s'il n'avait jamais arrêté de le faire.

Un sourire qui se voulait attendrit traça un trait sur son visage. Tellement, tellement pathétique. Tellement Sherlock.

Le détective ne chercha pas à cacher ce qu'il avait ressenti. A quoi bon ? Ils étaient là pour en finir, en finir avec leur mensonge, en finir avec leur histoire qui traînait en longueur.

- Pauvre, pauvre Sherlock. Si perturbé, murmura le rouquin en avançant une main pour toucher la joue de son cadet.

Ce dernier se recula, les poings serrés.

- Tu sais aussi bien que moi comment nous allons terminer cette conversation, dit le détective, en plantant à nouveau son regard clair dans celui de son adversaire. Et je suis fatigué de jouer. Alors finissons-en.

Sherrinford inclina la tête et le secoua de gauche à droite. Il s'amusait trop pour en finir si vite.

- Je ne t'ai pas vu depuis si longtemps. Laisse-moi en profiter un peu. Je n'ai pas encore pu te féliciter pour avoir réussi à résoudre ma petite enquête.

Sherlock ferma brièvement les yeux. Il voulait jouer. Encore. Très bien, alors il allait jouer, comme toujours.

Parce qu'il était Sherlock Holmes et qu'il ne pouvait jamais refuser un défi, même quand sa vie était en jeu.

- Ce n'était pas bien compliqué, répondit-il d'une voix neutre, ignorant celle qui lui vrillait la conscience et qui ressemblait étrangement à celle de John.

Le rouquin se mit à arpenter la pièce, tournant autour de son frère, savourant le fait de l'avoir piégé.

- Je ne connaissais pas ton niveau.

- Eh bien, maintenant si.

Un sourire barra le visage du criminel.

- Tu as aimé mes petits indices ?

L'image du couteau retrouvé sur le corps de Wilson s'imposa à l'esprit du grand brun. Il s'interdit d'y penser.

- C'était vraiment très instructif, répliqua t'il, en suivant du regard les mouvements de son frère.

Lui restait immobile, les bras croisés derrière son dos.

- J'ai eu peur que tu ne comprennes pas mon dernier message, et que tu ne rates notre rendez-vous, avoua Sherrinford, qui décidemment, s'amusait beaucoup trop.

Sherlock haussa les épaules, sans savoir si l'autre pouvait le voir.

- J'aurais cru que tu avais oublié la date de la mort de ce cher Barberousse depuis longtemps, poursuivit le rouquin, d'un ton indifférent. Tu es beaucoup plus sentimental que je ne le croyais.

Il jubilait, Sherlock pouvait l'entendre aux intonations de sa voix. Les poils de chien sur le pull avaient suffi à rappeler à sa mémoire son compagnon à quatre pattes qu'il entraînait avec lui au grenier pour s'amuser. Cela avait suffi pour qu'il se rappelle le bout de bois planté dans le jardin où il avait maladroitement gravé le nom et la date de mort de son seul et unique ami d'enfance. Le bois avait dû pourrir désormais. Mais le nom était resté, gravé dans un coin de l'esprit cartésien du grand détective, un coin barricadé, verrouillé, interdit, mais qui existait bel et bien.

Et il avait suffit que Sherrinford joue avec cette corde sensible pour que la pièce interdite ne s'ouvre. La date du jour où Barberousse était mort était aussi celle de ce jour là. Par un moyen qu'il ignorait, l'aîné des Holmes en avait eu connaissance. Il ne s'était pas privé de se servir de ce fait.

Sherrinford n'était pas peu fier de sa petite manipulation. Elle avait démontré que, en dépit de ce que son cadet voulait qu'on croit, il avait toujours eu des sentiments.

Faiblesse humaine, pensa t'il narquoisement. Parce que Sherlock était tellement, pathétiquement, humain.

Cela prouvait ce qu'il avait intimement toujours su. Il était le seul à être supérieur. Ses frères n'étaient rien. Mycroft donnerait sa vie si cela pouvait sauver son cadet, et il n'y avait pas comportement plus incompréhensible que cela. Quant à Sherlock… Oui, il avait parfois cru que Sherlock lui ressemblerait assez pour pouvoir se prétendre à sa hauteur. Mais ces doutes étaient partis en fumée, maintenant.

La vérité était que si Sherlock n'était pas venu ce soir là, si il n'avait pas pu comprendre son message parce qu'il aurait tout simplement oublié la signification de la date, alors Sherrinford aurait abandonné. Il aurait admis que son frère était peut-être moins pathétique qu'il ne le croyait. Il aurait tourné les talons, confus, et serait retourné en Hongrie.

Cela, ils l'ignoraient tous les deux. C'était fou, non, comme un si petit détail pouvait influencer les choses ?

Mais Sherlock avait un cœur et des sentiments, et ils étaient tous deux là, dans cette pièce. Les choses se finiraient comme elles le devraient.

Le rouquin attendit une réponse de son cadet. Elle ne vint pas. Souriant toujours, il revint se poster face à lui. Les yeux de Sherlock ne cherchaient plus les siens. Cela le ravit que plus.

- Tu ne dis plus rien, petit frère ? Allons, si tu te mets dans des états pareils pour un chien, que se passera-t-il quand ce sera au tour de ton ami John Watson de décéder ?

A l'entente du nom du médecin, Sherlock riva à nouveau son regard dans celui de son frère.

- Que sais-tu de lui ? demanda t'il sèchement.

- Rien, s'amusa Sherrinford en haussant les épaules. Il ne m'intéresse pas. Seul toi m'intéresses, petit frère.

Sherlock releva le menton et écarta les bras. Il fit théâtralement quelques pas en arrière et proposa :

- Eh bien, je suis là. Et si on en finissait maintenant ?

Sherrinford renifla, moqueur. Sensible Sherlock, petit Sherlock, fragile Sherlock. Il aurait eu envie de le lui dire. De lui dire qu'il n'avait jamais cessé de le voir comme un enfant. Peut-être le savait-il. Il le savait même sûrement. C'était sans doute pour cela qu'il était venu : pour prouver qu'il avait grandi.

Cette idée donna envie de rire au rouquin. Sherlock n'avait jamais grandi, il ne grandirait jamais. Tout simplement parce que lui, il ne le voulait pas.

Sherlock était son petit, si petit, frère. Il n'y avait aucune raison pour que cela change un jour.

Alors il inclina la tête, son sourire au coin des lèvres et souffla :

- Comme tu veux, petit frère.

La main de Sherrinford plongea dans sa poche, en ressortit. Il baissa la tête, pour contempler l'arme qui reposait dans sa paume. Il avait toujours eu une fascination étrange pour les armes. Elles étaient belles, travaillées, glaciales, meurtrières. Un peu comme lui, en somme.

Sherrinford se redressa pointant le canon de son revolver devant lui. Il leva les yeux, cherchant à croiser une dernière fois le regard de son cadet. C'était comme cela que tout allait finir. Une balle dans la poitrine de son frère, le dernier souffle tant attendu qui s'échapperait de ses lèvres, son corps qui s'affaisserait et l'éclat de ses prunelles qui se ternirait. La souffrance de Mycroft ensuite, sa rage, sa peine, sa douleur. Et lui, qui serait encore au sommet, qui le regarderait se détruire par amour.

C'était comme cela qu'ils allaient finir, eux, les frères Holmes. Parce que Sherrinford avait compris, avec des années de retard, qu'il n'y avait jamais eu assez de place pour eux trois. Qu'il ne pourrait jamais gagner tant qu'il ne les avait pas écrasés, tant que Sherlock, son si petit, si faible, Sherlock, vivrait.

Sherrinford n'avait jamais réussi à les oublier, son plus jeune frère avait vu juste. Mais il savait qu'après cela, il pourrait, puisqu'il aurait enfin, après tout ce temps, gagné.

C'était comme cela que leur histoire devait finir, pour qu'il puisse enfin les oublier. Pour qu'il puisse enfin s'en libérer.

Il chercha donc les yeux mitigés de son frère, face à lui. Il voulait y lire la terreur, la résignation. Il voulait y lire la mort.

Mais l'espace qu'occupait Sherlock quelques secondes plus tôt était vide. L'incompréhension n'eut pas le temps de se peindre sur les traits fins de l'aîné des Holmes, qu'un canon froid se planta sur sa tempe droite. Il cligna des paupières, son bras toujours tendu devant lui. Puis, lentement, ses yeux roulèrent dans leur orbite pour découvrir, sur sa droite, d'abord le reflet gris d'un revolver, puis la main qui le tenait et enfin le visage souriant de son insignifiant et incapable petit frère.

- Surpris, peut-être ? demanda t'il, narquois.

Un rire secoua les épaules du rouquin.

- La perspective de mourir te fait rire ? s'étonna Sherlock.

Sherrinford leva une main pour essuyer théâtralement une larme imaginaire.

- Non, plutôt le fait que tu te penses capable de faire ça.

Il se retourna, le canon glissant sur sa tempe pour se fixer entre ses deux yeux. Ainsi, ils se faisaient à nouveau face. Le criminel sourit, de son sourire charmeur et enjoué. Les sourcils de Sherlock se froncèrent. A cet instant plus que jamais, Sherrinford ressemblait au jeune homme de dix-sept ans qu'il avait été. Joueur, moqueur, charmant. Dangereux.

- Vas-y, petit frère, tire.

Les yeux gris étincelaient. D'amusement, comme de folie. Seul un fou pouvait s'amuser ainsi de la possibilité de sa propre mort. Mais Sherrinford ne pensait pas qu'il allait mourir, pas de la main de son incapable de frère.

- Si tu as le cran de le faire, j'admettrais que je me suis trompé, sur toi. Peut-être es-tu finalement digne d'intérêt. Peut-être n'es-tu plus le petit garçon terrifié que j'écrasais sous mes pieds.

Sherlock frémit, mais ne baissa pas le bras, enfonçant au contraire un peu plus le canon dans la peau de son aîné.

- Je n'ai pas à te tuer. Je vais te traîner dehors, on viendra t'arrêter et tu finiras ta vie en prison, là où tu aurais toujours dû être.

Sherrinford rit, un rire claire, glacial, fou. Qu'il était mignon, son petit frère, adorable de croire qu'il allait s'en sortir si facilement.

- Je m'échapperai, comme je me suis enfui la dernière fois. Et tout recommencera, encore, et encore, jusqu'à ce que je te tue. A moins que tu ne le fasses en premier.

Il s'avança un peu, laissant délibérément le canon de l'arme lui entailler la peau. Un filet de sang coula entre ses yeux, suivit la ligne de l'arête droite de son nez et alla mourir sur ses lèvres. Sherlock ne se laissa pas déconcentrer.

- Si c'est ce que tu souhaites, alors adieu, ricana t'il en serrant plus fermement son revolver.

Sherrinford planta son regard acier dans celui de son frère. Et il vit. Il vit la détermination, la froideur, le détachement. Sherlock en était capable. Il pouvait tirer, il allait le faire. Le rouquin sentit sa mâchoire se décrocher, stupéfait. Au final, peut-être que le détective aurait mérité un peu plus de considération de sa part. Il avait grandi, finalement, Sherrinford le voyait au fond de ses yeux. Parce que, à cet instant, son petit frère avait le regard d'un tueur.

Il leva la main qui tenait toujours son arme, pour le designer du doigt.

- Non, ce n'est pas moi qui le veut, dit-il. C'est toi. Tu veux me tuer. Tu ne t'en rends pas compte, mais tu en meurs d'envie. Tu veux que je souffre, parce que cela te fera du bien. Cela te libèrera. As-tu déjà tué, petit frère ? Je suis sûr que oui, je le vois dans tes yeux. Tu es un meurtrier. Tu as définitivement plus de cran que ce que je croyais.

Il partit d'un grand rire, un rire euphorique.

- Tu me ressembles tellement.

- Tais-toi, gronda Sherlock, piqué au vif par ces paroles.

Mais son interlocuteur ne l'écoutait plus. Ce qu'il avait vu dans les yeux de Sherlock, il savait qu'on pouvait le voir dans son regard aussi. La lueur glaciale de la folie meurtrière. Il se sentait vidé. Sans doute parce que, pour la première fois de sa vie, il regardait quelqu'un qui pouvait se mettre à son niveau.

- Tu es comme moi, murmura t'il.

- C'est faux.

Sherrinford inclina légèrement la tête, attendri par la ferveur avec laquelle son cadet niait leur ressemblance.

- Tire, Sherlock. Tire, assouvis ta vengeance. Je t'ai abandonné, petit frère, laissé tout seul. Je me suis servi de toi. Alors tire, je sais que tu en as d'envie. Ne le mérite-je pas ? De mourir ?

Sherlock tremblait à présent. Il tremblait, parce qu'il avait envie de tirer, pour effacer les souvenirs qui le brûlaient tant. Il tremblait, parce qu'il savait que tirer signifiait devenir comme lui. Et qu'il ne le voulait pas. Il ne voulait pas de cette ressemblance. Il ne voulait pas, parce que tirer signifiait le laisser gagner.

Et cela, Sherrinford l'avait parfaitement compris. Si Sherlock tirait, il se renierait lui-même. Et l'homme qu'il était se fissurerait, se craquèlerait, se briserait. Parce qu'une certitude continuerait, jour après jour, à lui ronger l'esprit. Ils étaient pareils. Et quelle horreur cela serait pour lui, de savoir que son frère si longtemps haï avait finalement réussi à le façonner à son image.

- Tire, murmura le rouquin. Tue moi, comme je te tuerai à ta place. C'est comme cela que cela doit finir, Sherlock. L'un de nous deux doit mourir ce soir. Alors tire.

Dans l'esprit du plus jeune, des séries d'images défilaient. Dans chacune d'elles revenaient un garçon roux qu'il avait tellement aimé et admiré, un garçon roux auquel il voulait tant ressembler. Il en avait l'occasion. Si il tirait, il deviendrait enfin comme son grand frère, comme il en avait tant rêvé.

Sa main se crispa sur le révolver. Il n'était plus un enfant. L'homme qu'il avait en face de lui n'était pas admirable, il était fou. Fou de pouvoir, fou d'arrogance. Et lui, il valait tellement mieux que ça.

C'était la voix de John, celle de sa conscience, qui lui avait soufflé la dernière phrase. Il valait mieux que son frère, il n'était pas lui.

- Je ne suis pas toi, souffla Sherlock. Je suis tellement plus.

Sherrinford se figea à l'entente de ces mots, qui faisaient écho à ceux qu'il pensait tous les jours. La lueur de supériorité dans les prunelles de Sherlock, c'était la sienne.

- Prouve-le. Tire.

Sherlock sourit. Et laissa retomber son bras.

- Je ne te tuerai pas. Cela te rendrait trop service.

Il se recula de quelques pas.

Sherrinford sourit, et essuya avec la manche de son costume le sang qui continuait à couler le long de son visage. Il baissa la tête, et se mit à pouffer.

- Et dire que pendant un instant, j'y ai cru. J'ai cru que tu pourrai être autre chose que mon crétin de petit frère.

Il releva les yeux.

- Mais tu es faible, Sherlock, comme tu l'as toujours été. C'est dommage, tu sais. Parce que cela va te coûter la vie.

Il leva son arme et visa la poitrine de son cadet. Sherlock ne bougea pas. Il resta, les bras un peu écarté, son revolver pendant sur un de ses doigts, inutile, et un sourire sur le visage. Quoi que Sherrinford puisse penser en cet instant, il savait. Il savait qu'il sortait de cette histoire gagnant. Il s'était libéré de l'emprise de son frère. Qu'aurait-il pu faire de plus ?

- Un dernier mot, petit frère ? demanda le rouquin.

- On se retrouve en enfer, sourit l'interpellé.

Il ferma les yeux. Il n'était pas vraiment prêt à mourir, mais il était las, si las. Cette histoire traînait trop en longueur, il en avait assez. Et Sherrinford avait raison. C'était la seule manière de vraiment en finir.

Alors il s'excusa auprès de sa conscience, elle qui avait la voix de John, et attendit.

Une détonation retentit.

Cette fois, c'était fini.


Pas Taper ! Ni mutiler ! Ni tuer! ( dites-vous que si je meurs, vous n'aurez jamais la suite, héhéhé).

Donc oui, P.L. Johns ( c'est à dire moi) s'essaie à l'art des cliffhangers, dont vous pouvez voir un magnifique spécimen ci-dessus. Et aussi, ce chapitre était beaucoup trop long pour que je ne coupe pas ( et c'était très, mais alors très, tentant de vous faire attendre une semaine avec cette dernière phrase.) J'adore ce chapitre, personnellement ( j'espère que vous aussi, vous avez aimé). Je sais que beaucoup attendait les retrouvailles entre les frères, alors j'espère ne pas vous avoir déç première partie, avec Mary, c'était pour détendre l'atmosphère avant de passer au gros du chapitre, j'espère que ça vous a plu. Et vous comprenez le choix de Sherlock ? Ou cela vous semble complètement illogique ? Quant à ce qui se passe à la fin, eh bien, je vous laisse à vos théories.

Dans tous les cas, votre avis m'intéresse, donc laissez-moi une petite review, soit toute gentille toute mignonne et dans laquelle vous faites de moi votre nouveau Dieu, soit assassine et insultante dans laquelle vous me faites bien comprendre que vous me retrouverez et me ferez passé un sale quart d'heure pour vous avoir ainsi fait perdre votre temps, je ne suis pas difficile, toutes vos impressions me feront plaisir!

Allez, à dimanche!

Kisssss les lecteurs!