Thanks Moozanna & x-Beautiful Blass-x


Para 26

Samedi 19 janvier 2013 : 12h26

Chuck vira et appliqua une bonne poussée contre le mur pour se propulser plus loin. Encore une dernière longueur avant de quitter l'eau pour rejoindre sa femme et son fils.

Les carrelages du fond du bassin passaient devant ses yeux tandis que ses jambes battaient et que ses bras tiraient l'eau vers le bas de son corps, l'un après l'autre. Il tourna la tête pour prendre une respiration, un mouvement sur trois.

Il n'avait jamais été du genre sportif. Pourtant, venir ici tous les samedis matins lui permettaient de garde le cap. Dans les flots, dessinant mécaniquement les mouvements adéquats pendant que son esprit mettait au clair toutes les choses qu'il avait emmagasinées pendant la semaine.

Il ne pensait pas qu'il se prendrait de passion pour la natation, mais l'avantage, c'est que ce n'était pas une activité collective. Il n'avait pas à faire confiance à ses coéquipiers, ni à localiser qui était le mieux placé. Il n'avait pas à réfléchir à une tactique particulière pour gagner.

Car lorsqu'il jouait, c'était pour en sortir victorieux. Sinon à quoi bon ?

Ici, il n'y avait pas de compétition. Il n'avait pas à être meilleur que qui se soit. Il nageait pour lui-même tout simplement. Pour ressentir la résistance de l'élément naturel contre ses muscles qui se tendaient et se détendaient et la sensation de son corps qui glissait dans les flots.

Son esprit pouvait s'évader ou se perdre en conjectures et en suppositions. Il était libre de laisser libre cours à ses pensées, à ses peurs et à ses angoisses, qu'il évacuait d'un simple geste, comme il rejetait l'eau dans son sillage, les laissant derrière lui tandis qu'il progressait vers l'autre bord du bassin.

Il pouvait aussi nourrir les espoirs les plus fous. Les espoirs de voir son bonheur se réaliser sans que rien ne vienne contrecarrer ses projets, comme il approchait du but qu'il s'était fixé, cheminant le long de la ligne d'eau qui le guidait jusqu'au prochain mur, jusqu'à la prochaine longueur, toujours plus loin. Il n'y avait pas de fin, chaque virage était négocié comme un obstacle qu'il surmontait allègrement.

Il vit la démarcation sombre dans le fond de la piscine qui lui indiquait qu'il n'avait plus que trois moulins à faire avant d'être arriver au bout. Il aspira de l'air une dernière fois et ralentit ses mouvements de bras pour ne pas se briser le poignet sur le rebord.

Sa paume s'agrippa au muret puis il reprit pied dans la petite profondeur. Il se débarrassa de ses lunettes et leva la tête pour sortir de l'eau. Il rencontra le regard de sa femme, qui l'observait à un mètre de là, une sourire sur son joli minois.

Elle était toujours la plus belle chose qu'il ait jamais vue. Son ventre s'était encore arrondi. Il la trouvait sexy en diable, même si, elle, ne cessait de pester contre les kilos qu'elle avait pris et les vergetures qui menaçaient de marquer sa peau à jamais.

Ça lui était totalement égal. Au contraire, lui, prenait ça comme une preuve supplémentaire de la présence de leur fils qui grandissait en elle. Avec l'avancement de la grossesse, les cours d'haptonomie étaient devenus de plus en plus concrets. Le bébé réagissait dés que Blair ou lui posait leur main sur l'abdomen gonflé de vie de la futur maman.

Il prit appui sur ses biceps et s'extrait du bassin pour rejoindre la femme de sa vie.

Dés qu'il fut à sa portée, elle passa une de ses mains dans ses cheveux mouillés et noua l'autre à ses phalanges.

- Le spectacle te plaît ? demanda-t-il avec un sourire ravageur.

- Il est parfait, répondit-elle en écrasant langoureusement ses lèvres sur les siennes.

Il passa ses bras autour de sa taille et lui rendit son baiser, jusqu'à ce qu'il sente un coup contre ses abdominaux. Il relâcha son étreinte et reprit sa respiration, apposant sa paume là où il avait sentit se manifester le bébé.

- Je pense que ton fils est aussi égocentrique que toi, s'exclama-t-elle. Il veut toujours qu'on ne s'occupe que de lui.

- C'est un Bass ! déclara-t-il avec suffisance.

Elle roula des yeux au ciel et l'embrassa encore avant de tourner sur ses talons pour rejoindre le vestiaire. Pas le temps de batifoler aujourd'hui. Elle avait préparer quelque chose de spécial pour son anniversaire.

Heureusement, elle avait pu compter sur le concours de leurs amis et familles. Même Bart s'était chargé de l'accaparer plus qu'à l'ordinaire pendant toute la semaine pour leur permettre d'organiser la surprise.

Elle n'aurait pas pu s'en sortir autrement étant donné qu'il ne la lâchait pour dire pas d'une semelle. Étrangement, plus ses craintes à propos de sa grossesse s'estompaient, plus celles de Chuck semblaient s'aviver. Elle avait été réellement soulagée quand la période fatidique à laquelle elle avait perdu leur premier enfant avait été dépassée.

Les séance avec le Docteur Sherman portaient leurs fruits et elle parvenait à rationaliser et à se projeter véritablement dans l'avenir avec leur fils à présent. D'ailleurs, elle espérait bien que son cadeau aiderait Chuck à voir qu'elle avait réussi à dépasser l'événement tragique pour se tourner entièrement vers leur futur bonheur.

Elle quitta la cabine et se maquilla rapidement avant de rejoindre son époux qui l'attendait dans l'entrée. Ils disposaient de moins d'une heure pour se rendre au Per Se où leurs familles devaient les rejoindre exceptés son père et Roman qui étaient déjà repartis pour Lyon.

Chuck et Blair étaient allé passer les fêtes de fin d'années en France, après que le jeune homme se soit assuré de la distance entre le vignoble et l'hôpital le plus proche et que le gynécologue ait donné son feu vert ainsi que le psychiatre.

Ils avaient passé un peu moins d'une dizaine de jours loin de la vie trépidante de Manhattan et même si elle regrettait un peu l'agitation de New York à cette période, elle avait apprécié d'être traitée comme un coq en pâte par son père, qui était une vrai mère poule, et Roman. Et puis, elle ne pourrait pas patiner au Rock Feller Center cette année donc, elle n'avait pas perdu grand chose.

Au contraire, elle avait profité d'une seconde lune de miel. Enfin presque, parce que la présence de son père ne favorisait pas vraiment de rester enlacer dans les draps avec Chuck toute la journée, même si elle était mariée et enceinte.

Les futurs parents avaient donc accentués le côté romantique en faisant des balades dans les vignes enneigées et en visitant les marchés de Noël avec Eléanor et Cyrus qui les avaient accompagnés.

Elle avait pensé que son époux s'en plaindrait plus que ça d'ailleurs, mais il avait eu l'air de plutôt bien s'en accommoder. Elle se fit la réflexion qu'il n'avait également fait aucun commentaire désobligeant sur la fin de sa période de libido débridée.

D'un autre côté, la pratique devenait de plus en plus « compliquée » avec son ventre qui commençait à prendre toute la place et son corps malmené par la grossesse.

Pas étonnant qu'il ne se plaigne pas !

Blair le repéra, appuyé contre la limo, qui l'attendait devant le club de sport. Elle sourit, elle était incapable de comptabiliser le nombre de fois où elle l'avait retrouvé dans ce contexte ou la suivant dans le véhicule roulant au pas. Elle s'était même fait un jour la remarque qu'il semblait avoir la faculté de toujours connaître l'endroit ou elle était, avant de se rappeler que la signalisation gps de son téléphone était activée !

Il ouvrit la portière quand elle arriva presque à sa hauteur et se glissa sur le siège après elle. Elle se rapprocha de lui et ajusta son nœud de cravate avant de passer ses doigts dans ses cheveux encore un peu humide.

- J'ai réservé au Per Se, l'informa-t-elle.

- Blair, la mit-il en garde, flairant la piège.

- Tu ne pensais pas vraiment que j'allais prendre au sérieux le fait que tu m'interdises d'organiser quoi que ce soit pour ton anniversaire ?

- J'étais tout ce qu'il y a de plus sérieux, tu n'avais pas à t'encombrer avec de pareilles idioties.

- Ce ne sont pas des idioties ! Célébrer le jour de ta naissance est une chose importante. Moi j'adore fêter mon anniversaire et tu avais orchestré une soirée magique et une après-soirée encore plus féerique, ajouta-t-elle avec une lueur de malice qui pétillait dans ses prunelles.

- Justement, toi tu aimes ça, mais moi ...

- Tu aimeras aussi après aujourd'hui. Et puis ça nous fait plaisir au bébé et à moi, tenta-t-elle en visant le point sensible.

Il ne répondit pas, se contentant de regarder le paysage urbain qui défilait par la fenêtre.

- Chuck, soupira-t-elle. Je sais que tu ne l'as jamais fêté, mais c'est parce que tu pensais que ta mère était morte ce jour-là.

Il avala sa salive et essaya de penser à autre chose. Il ne voulait surtout pas parler de ça.

- Sauf que ce n'est pas le cas, continua Blair. Cette année, Ève sera là pour le fêter avec nous et puis nous avons une nouvelle vie à présent et ton anniversaire fait partie des dates importantes, que tu le veuilles ou non. Qu'est-ce que tu répondras à notre fils quand il demandera pourquoi on célèbre le jour de naissance de tout le monde sauf le tien ?

Elle marquait un point.

- Donc, si je comprends bien, tu m'as organisé un repas surprise, bougonna-t-il sachant qu'il n'avait aucun moyen d'y échapper.

- Exactement, sourit-elle. Et tu verras, je suis certaine que tu apprécieras. Tu as toujours aimé être le roi de la fête, non ?

Elle marquait deux points.


Dimanche 20 janvier 2013 : 5h21

Blair s'étira dans son sommeil et se rendit compte que Chuck n'était pas auprès d'elle dans les draps. Elle s'assied sur le matelas et alluma la lampe de chevet. Elle frissonna et attrapa sa robe de chambre, qu'elle passa rapidement avant de s'aventurer sur le palier.

Elle poussa la porte de la pièce attenante à la leur et le trouva là, installé dans le rocking-chair, perdu dans ses pensées.

Elle se doutait qu'il y viendrait.

- Est-ce que ça va ? questionna-t-elle en s'approchant lentement.

Il acquiesça et l'attira sur ses genoux.

Elle se laissa faire et se cala du mieux qu'elle le pouvait dans le fauteuil.

- Tu aimes ? redemanda-t-elle encore une fois, posant sa chevelure dans le creux de son épaule.

Elle avait fini par faire décorer la chambre de leur fils. Avec l'aide d'Évelyne, elle s'était arrangé pour que les peintres fassent le travail en huit heures et que les fournitures soient livrées dans la même journée. Laissant à Dorota le soin de tout superviser pendant qu'elle retenait Chuck le plus longtemps possible au restaurant à l'occasion de la célébration de son anniversaire avec leur famille.

Elles avaient choisi un thème savane, avec des baobabs et des girafes. Les meubles en bois foncé tranchaient sur les murs clairs.

Une simple frise vert pomme à mi-hauteur, raccordée avec un tapis dans les mêmes tons sur le parquet ciré, donnait un air gai et léger à la pièce tout en restant simple et assez sobre. Le linge de lit avait bien entendu été coordonné au reste, attendant la venue de bébé.

- Ève et toi avez vraiment fait un bon travail, reconnu-t-il.

Ça lui faisait chaud au cœur que sa mère biologique ait aidé Blair à choisir le mobilier et à décorer la nursery. Elle avait un réel talent dans sa profession. Et la réunion familiale de la veille leur avait permis de resserrer encore leur lien.

Elle lui avait même offert quelque chose de sa part et de celle de Bart. Une gourmette en or avec sa date de naissance gravée au dos. C'était stupide mais ça l'avait presque ému aux larmes. Il avait eu toutes les peines du monde à contenir son émotion.

Lily avait été sa complice en le serrant dans ses bras pendant un long moment avant de lui remettre son propre présent, des boutons de manchette en argent agrémentés d'améthystes.

Il ne s'attendait pas à ce que ça prenne tant d'importance pour lui. Son arrivée dans le monde n'avait jamais été synonyme de joie pour qui que ce soit, y compris lui-même. Mais de voir ses parents et sa famille réunis pour cette occasion avait déclencher quelque chose en lui. Une émotion intense qu'il n'avait jamais connue jusque là.

Blair ne s'était pas trompée en lui organisant cette surprise. Il avait apprécié et même plus. C'était vraiment quelque chose d'agréable que d'avoir la sensation que chacun autour de la table se réjouissait de sa naissance et de sa présence parmi eux.

Elle se mut un peu pour pouvoir lire dans ses yeux sombres. Elle n'avait pas pensé en orchestrant cette petite réunion de famille que ce serait si sensitif pour lui. Elle savait, bien entendu, que c'était un point très sensible et que son anniversaire était quelque chose de quasiment tabou.

De toutes les années pendant lesquelles ils avaient grandi ensemble, il n'en n'avait jamais soufflé mot. Pas même quand les autres enfants avaient droit à des fêtes indécentes pour leur âge, parmi elle-même.

A chaque fois que quelqu'un lui posait la question, il répondait invariablement la même chose. «C'est une journée spéciale pour mon père et moi » Il ne mentait pas vraiment, c'était juste qu'aucun autre enfant ne pouvait imaginer que cette « journée spéciale » se passait dans l'isolement le plus total, sans gâteau, ni bougie à souffler, sans papier cadeau multicolore à arracher, sans prunelles qui pétillaient d'excitation et de plaisir en découvrant les présents enrubannés.

Il n'y avait pas de surprise non plus, juste quelques milliers de dollars de plus sur son fond de placement et des actions supplémentaires achetées à son nom dans les compagnies les plus cotées de Wall Street.

Elle passa ses doigts dans ses cheveux puis caressa sa tempe, avant de poser son front contre le sien.

- Je suis désolée si ça a ramené de mauvais souvenirs à la surface. Je voulais juste ...

- Je sais, la coupa-t-il. Je te remercie d'avoir fait ça pour moi. Personne ne l'avait jamais fait et je me suis bien amusé, vraiment ... c'est juste ...

- Je sais, l'interrompit-elle à son tour. Mais les choses sont différentes maintenant. Tu as une famille. Une famille qui tient à toi et qui est heureuse que tu sois là. Une famille qui veut prendre soin de toi, autant que tu prends soin d'elle.

Il l'embrassa du bout des lèvres.

- Je sais, j'ai juste besoin d'un peu de temps pour m'y faire. Pour être certain que tout est bien réel et que ça ne va pas s'effriter entre mes doigts ou bien ... disparaître dans le néant quand je vais me réveiller, sourit-il faiblement.

Mais malgré tous ses efforts pour cacher son mal-être, son sourire était de guingois et elle savait que même s'il y travaillait, ses blessures d'enfant le hanteraient encore longtemps, bien longtemps, après qu'il n'ait vraiment commencer à cicatriser.

Elle joua avec ses phalanges et s'aperçut qu'il n'avait pas ôté la chevalière qu'elle lui avait offerte. Le bijou en or portait ses initiales et deux petit rubis y étaient incrustés, un pour chacun de leur fils. Un mot, huit lettres, étaient gravées dans l'anneau intérieur. « Toujours »

- Elle est superbe, déclara-t-il en désignant le bijoux qu'il avait glissé à son auriculaire à la seconde où il était sorti de leur lit.

Il avait l'impression de porter le cœur de ses enfants et celui de Blair avec lui. Sa famille. C'était symbolique, bien entendu, mais en ce moment il avait véritablement besoin de chaque petit signe qu'il pourrait trouver pour s'y raccrocher de toutes ses forces.

Il avait beau se répéter que sa mère n'était pas morte en couche et que tout ça n'était que mensonge. Qu'il ne l'avait jamais tuée et qu'elle était bien vivante. Ça lui rongeait le cœur de l'intérieur. Il était terrifié à l'idée de perdre ce qui lui était le plus cher encore une fois.

L'obstétricien avait pourtant été très rassurant à la dernière visite, devant un papa alarmé.

La future maman s'était plainte de maux de tête assez violents par moments et sa tension artérielle était un peu haute, aussi le spécialiste avait-il jugé plus prudent de lui ordonner la prise d'aspirine en complément à ses vitamines pré-natale journalières.

Cependant, le bébé accusait une courbe de croissance dans les normes, ce qui mettait hors de cause une toxémie gravidique et il avait donc minimisé les risques devant les parents inquiets.

Il avait également recommandé qu'elle dorme plutôt sur le côté gauche et qu'elle se procure un oreiller spécialement conçu pour le bien-être des femmes enceintes, qui les aidait à trouver une position idéale pour réussir à dormir et à se reposer pleinement, ce qui avait été fait dés leur sortie du cabinet du Docteur Bergman.

Il ne comprenait pas pourquoi ses craintes amplifiaient alors que celles de Blair diminuaient. La journée, il était capable de rationaliser et de se raisonner, mais la nuit, ses angoisses reprenaient le dessus et se transformaient en ses pires cauchemars.

Il noua leurs doigts et se laissa attirer par elle, il resserra son bras, passé autour de la femme de sa vie, sa famille, et posa prudemment sa tête contre son sein gauche, déjà gonflé et pratiquement prêt à nourrir leur fils, écoutant les battements de son cœur.