Merci à miss-acacia84 et Moozanna
Para 32
Samedi 13 avril 2013 : 10h15
Blair s'éveilla moins de cinq minutes après que son mari ait quitté la chambre, comme si elle était réceptive à son absence même quand ils ne dormaient pas dans le même lit.
- Tu aurais, au moins, pu t'excuser pour hier, disait la voix de sa mère.
- Blairbear ! s'exclama son père, en notant qu'elle ouvrait les paupières.
Sa fille les observa un peu déconcertée par la présence de ses parents, se demandant où elle se trouvait pendant quelques secondes.
Mais en balayant la pièce du regard, elle se rendit compte qu'elle était bien dans sa chambre d'hôpital et le lancement dans son flan quand elle étira un de ses bras pour repousser la couverture afin de voir Henry lui rappela qu'elle avait bien eu une césarienne et avait bien donné naissance à son fils.
- Papa, s'étonna-t-elle presque, cherchant la silhouette de son mari.
- J'ai envoyé Chuck manger quelque chose, indiqua sa mère, devinant les attentes de sa fille. Il était affamé, le pauvre.
Le jeune femme hocha la tête.
- Merci, dit-elle, son attention se reportant sur son enfant, dont le lit était disposé le plus près possible près du sien.
- Il dort toujours, sourit Eléanor en posant les yeux sur son petit-fils.
Blair sourit à son tour en apercevant l'ourson.
Un cadeau de son père à n'en pas douter.
Elle leva les yeux sur lui cette fois et le cœur d'Harold se réchauffa de voir les prunelles noisette de sa petite fille luire avec cet éclat d'or. Celui qui signifiait qu'elle était heureuse.
Elle était hors de danger pour de bon.
- Comment tu te sens, ma chérie ? demanda-t-il quand même, en posant sa main sur la sienne.
- Et bien, avoir une césarienne n'était pas vraiment au programme mais, étant donné la situation, je crois qu'on peut dire que je m'en suis bien sortie, réfléchit-elle à haute voix.
Elle n'avait pas vraiment eu le temps de digérer ce qui s'était passé, encore. Les éléments s'étaient enchaînés si rapidement qu'elle reprenait à peine ses esprits, d'autant qu'elle avait été inconsciente une bonne partie du temps.
- Tu nous as fait très peur, commenta Harold.
Blair pouvait distinguer l'inquiétude qui l'avait envahi dans le son de sa voix.
Eléanor toussota un peu, mal à l'aise de se sentir de trop. La relation de son ex-mari et de sa fille avait toujours été bien plus forte que celle qu'elle entretenait avec chacun d'eux. Elle ne faisait pas le poids quand il s'agissait de ces deux-là.
- Je vais aller rejoindre Chuck, j'ai besoin d'un café, moi aussi, annonça-t-elle maladroitement.
Harold acquiesça.
- J'en profiterai pour t'excuser, lui dit-elle un peu rudement en prenant son sac sur la table.
- Maman, attend ! la rappela Blair avant qu'elle ne passe la porte.
Elle ne savait pas pourquoi, mais elle avait besoin de sa mère en cet instant précis. Sa présence la réconfortait sans raison apparente. C'était un peu étrange mais, c'était comme si donner naissance à son propre enfant l'avait rapprochée de celle qui lui avait donné la vie. Un lien invisible l'unissait à présent à elle, comme si elle comprenait subitement mieux Eléanor, comme si elle était passée de l'autre côté du miroir.
Quelque chose d'indéfinissable qu'elle ne pouvait partager avec son père, malgré toute la tendresse qu'elle lui portait.
La stylise se tourna vers sa fille, arquant un sourcil.
- Tu veux que je te ramène quelque chose de la cafétéria ?
- Non, je voudrais juste ...
Elle regarda son père, un peu gênée.
- Est-ce que tu veux bien nous laisser quelques instants ?
Harold la dévisagea, incrédule. C'était toujours à lui que sa petite princesse choisissait de s'adresser quand elle avait besoin d'un conseil. C'est à lui qu'elle confiait ses joies et ses peines quand elle était enfant.
Sauf qu'elle avait désormais un enfant à elle et sans savoir exactement quoi, il perçut que quelque chose avait fondamentalement changer dans leur relation.
- Bien, dit-il sans pouvoir totalement masquer l'offense. Je crois que c'est moi qui vais prendre un café avec Chuck, finalement.
- Profite-en pour ...
- M'excuser, oui, j'ai compris, maugréa-t-il.
Il se remémorait parfaitement pourquoi son ex-femme l'horripilait tant quand ils vivaient sous le même toit, tout à coup.
- T'excuser pour quoi ? demanda sa fille intriguée.
Cette fois, c'est lui qui se sentit dans l'embarras. Il jeta un regard à Eléanor, qui se garda bien de lui venir en aide.
- Je ... Hier on a vraiment eu très peur pour toi, comme je te l'ai dit. Nous sommes restés longtemps dans le hall sans aucune nouvelle et ...
La brunette fronça les sourcils, son père lui paraissait soudain très étrange.
- Il a un peu bousculé Chuck, lâcha la styliste qui s'agaçait d'entendre son ex-mari tourner autour du pot.
Harold avait toujours été si couard !
Les pupilles de sa fille perdirent leur éclat doré et s'assombrirent en une fraction de seconde.
L'avocat en eut un frisson qui lui remonta le long de l'échine.
Il n'avait jamais essuyé le regard que Blair dardait sur lui, à présent. Elle n'avait plus rien de Blairbear ou de la petite princesse qu'il connaissait. Elle ne lui semblait plus, ni frêle, ni fragile. Une lueur de colère et d'hostilité couvait au fond de sa rétine, prête à s'embraser à la moindre occasion pour se transformer en flammes incandescentes.
- Il était le seul à avoir des informations, essaya-t-il de se justifier. Et il restait obstinément silencieux.
- Il venait de se faire expulsé de la salle d'opération. Il était complètement effondré. Je ne suis même pas certaine qu'il se rendait compte de l'endroit où il se trouvait, débita Eléanor.
Elle avait tancer son ex-mari pendant tout le trajet de retour, après qu'ils aient été certains que leur fille était sauve. Cyrus et Roman avaient bien tentés de faire diversion mais la mère de Blair avait campé sur ses positions.
Une relation plus profonde qu'il n'y paraissait s'était développée entre elle et son gendre. Elle savait tout ce qu'elle lui devait et n'était pas prête à l'oublier.
- Nous étions tous sur les nerfs, avança Harold.
- Alors, tu t'en es pris à lui ? s'offusqua sa fille sur un ton où perçait nettement l'irritation.
- Il ne l'a pas non plus molesté. Enfin, pas tout à fait, se corrigea la styliste qui sentait venir l'orage devant l'attitude presque menaçante de Blair.
Elle connaissait assez son impétuosité, elle avait eu à y faire face plus d'une fois pendant son adolescence. Et elle avait pu la voir à l'œuvre lorsqu'elle devait gérer un problème à Waldorf Design. La nouvelle codirectrice n'avait rien à envier à l'ancienne. Elle savait monter au créneau pour obtenir ce qu'elle voulait. En cela, Eléanor avait réussi sa mission.
- Je lui présenterai mes excuses, déclara l'avocat en se dirigeant vers la porte pour accéder au désir exprimé par sa fille quelques minutes plus tôt.
Il ne s'était pas attendu à ce que qui que ce soit – jamais - ne viennent s'immiscer entre lui et Blairbear mais, il apparaissait que c'était pourtant bel et bien le cas.
Peut-être était-il resté exilé trop longtemps ? Il ne l'avait pas vue s'éloigner de lui. Hier encore, il cachait une pièce sous son oreiller et aujourd'hui, elle était prête à se battre contre lui pour un autre.
- Qu'est-ce qui s'est passé exactement ? voulut savoir Blair dés que son père eut passé le seuil.
- Disons juste que, tout le monde était très inquiet et tu n'ignores pas à quel point ton père est surprotecteur envers toi. On avait aucune information de ce qui se passait derrière les portes de la salle d'opération. C'est à peine si on avait été informé que tu y avais été transportée pour une césarienne en urgence. S'il n'y avait pas eu cette infirmière polonaise que Dorota connaît, on ne l'aurait même pas su ! Les médecins ne nous disaient absolument rien. Et puis un vigile a ramené Chuck parmi nous. Harold voulait désespérément avoir de tes nouvelles, comme nous tous, mais ton mari ne coopérait pas du tout. En fait, il était comme totalement absent et ton père a perdu son self-contrôle. Néanmoins, tout a fini par s'arranger. Bart s'est interposé, j'ai même craint un instant qu'ils ne s'écharpent tous les deux, mais Lily est intervenue et a tiré Chuck de sa torpeur, en quelque sorte. Seulement, il n'en savait pas plus que nous. Tous ce qu'il a pu dire, c'est que le bébé allait bien. Ensuite, il a foncé voir votre fils en nous laissant tous plantés là, au milieu du couloir.
La jeune femme sentit son pharynx se contracter. Chuck n'en n'avait pas parlé, mais elle le connaissait assez pour deviner que ce genre de drame devait être un de ses pires cauchemars. Il avait grandi avec le poids de la mort de sa mère sur ses épaules d'enfant et, même si ce n'était pas la réalité, c'était quelque chose qui était profondément ancré en lui. Quelque chose qui l'empêchait encore aujourd'hui de célébrer correctement le jour de sa naissance.
«J'ai eu si peur » l'entendit-elle à nouveau confesser à voix basse.
Pourtant, il avait tenu bon. Il avait dépassé sa peur. Il s'était occupé d'accueillir leur fils dans le monde pendant qu'elle se battait pour rester à leurs côtés. Et la nuit dernière, il l'avait passée à veiller sur leur sommeil, comme une sentinelle, sans se préoccuper de ses propres besoins, de sa propre fatigue. Il s'était même fustigé par ce qu'il s'était autorisé à se rendre à la cafétéria pour se sustenter.
- Qu'est ce que tu voulais me demander qui requiert l'absence de ton père ? interrogea à son tour Eléanor.
- Je ... Hier soir, j'ai réagi de manière complètement irrationnelle, avoua-t-elle. Je me suis réveillée et le bébé n'était plus là. L'infirmière m'a dit qu'elle l'avait emmené à la nursery pour la nuit, pour veiller sur lui puisque je suis immobilisé dans ce lit et ... j'ai perdu les pédales ... je me suis mise à hurler que je voulais mon bébé et ... si Chuck n'était pas arrivé ... je ne sais pas comment ça se serrait terminé ... je lui ai même fait peur ... je ne m'en étais pas rendue compte, mais le monitoring sifflait à cause de mon cœur qui s'emballait et ...
- Blair, n'importe quelle mère aurait fait de même. Henry et toi avez partager ton corps pendant neuf mois. Il est tout à fait légitime que tu veuilles prolonger le contact autant que faire ce peut. Votre relation est désormais différente. Toi, comme lui, allez devoir apprendre à vivre sans la présence constante de l'autre. Tes hormones s'affolent après l'accouchement. Cela porte un nom, ça s'appelle le baby blues et c'est très courant. De plus, la césarienne en urgence est quelque chose d'assez agressif pour la maman. Sans oublié que tu as subi un traumatisme important, il y a un peu plus d'un an et il est normal que tu réagisses un peu excessivement ...
- Sauf que ce n'est pas la première fois que je nous mets en danger, moi ou le bébé, à cause de mon comportement irréfléchi. Et ça ne concerne pas que ma grossesse ou Henry. J'ai poussé une jeune femme dans la piscine simplement parce qu'elle conversait avec Chuck.
- Je crois que ce n'est pas avec moi que tu dois parler de ça, mais avec ton thérapeute. Le dérèglement hormonal de la grossesse peut être à l'origine de tes réactions impulsives mais tu dois reconnaître que c'est un trait de caractère chez toi. Il a sans doute été exacerbé par la gestation. A toi de voir si cela continue à prendre des proportions hors limites que tu es incapable de gérer ou pas. Mais dans tous les cas, le mieux est d'en faire part au Docteur Sherman si ça t'inquiète.
- Tu ne penses pas que je serais capable de faire du mal à mon enfant, n'est-ce pas ?
- C'est ce que tu penses ? s'étonna Eléanor.
- Je ne crois pas non, mais j'ai lu un article à propos de ces femmes qui ...
- Ce que je crois moi, c'est que tu devrais un peu moins lire tous ces articles qui décrivent des horreurs et qui emplissent ta jolie petite tête d'idées saugrenues parce que, fais-moi confiance, je connais ma petite fille et s'il y bien une chose que j'ai apprise, c'est qu'elle ne permet à personne de faire du mal à ceux qu'elle aime. Et je pense que ton père vient de le réaliser, lui aussi. Ça, et le fait qu'il n'est plus le seul homme qui compte dans ta vie, ajouta-t-elle en souriant.
Sa fille lui rendit son sourire, un peu rassurée.
- Tu seras une maman formidable, renchérit encore la styliste. Je suis certaine que tu sauras tirer leçon des nombreuses erreurs que j'ai commises avec toi. Mais tu commettras les tiennes, parce que c'est aussi ça être parent. Tu apprendras vite que les enfants font également les leurs et que tu ne peux pas les mettre dans une bulle pour les protéger de tout. Le rôle des parents est de leur apprendre à grandir pour qu'un jour, ils volent de leurs propres ailes. Pas de les garder au nid pour l'éternité.
Le sourire de Blair s'accentua en réalisant qu'elle avait déclarer presque la même chose à Chuck, pas plus tard que la veille au soir. Elle ferait bien de suivre ses propres conseils. Elle était aussi déterminée à suivre ceux de sa mère. Elle parlerait de ses craintes au psychiatre lors de la prochaine séance de thérapie, quand elle serait sortie de cet hôpital.
Henry se mit à pleurer et détourna l'attention de sa mère, qui se focalisa entièrement sur lui.
- Oh ! Chhhuuut, dit Eléanor en le soulevant dans ses bras pour le cajoler.
Elle attendait cet instant avec impatience.
- Bonjour toi, babilla la styliste. Je suis mamie Eléanor. Et toi, tu es beau comme un cœur.
Elle le berça doucement et son petit-fils ouvrit les yeux et ferma la bouche pour écouter babeler cet être étrange qui lui était inconnu.
Blair sourit devant l'attitude de sa mère. Jamais elle ne pensait la voir agir de cette manière. Elle avait l'air de prendre son rôle de grand-mère à cœur.
- Qui est le plus beau de tous les petits garçons du monde ? C'est Henry. Et tu seras encore plus beau dans les vêtements que j'ai dessiné pour toi.
La jeune maman arqua un sourcil d'étonnement.
- Tu lui as fait faire des vêtements ?
- Oui, j'ai décidé, si ma codirectrice est d'accord, bien entendu, ajouta-t-elle, que puisque nous avions une nouvelle ligne pour femme enceinte, nous pourrions également agrémenter WD d'une gamme pour enfant, à commencer par les bébés.
Henry se remit à geindre et sa grand-mère le remit à Blair. La nouveauté avait son charme mais rien ne valait la chaleur des bras rassurants de sa mère ou de son père.
Celui-ci pénétra justement dans la chambre en compagnie d'Harold, qu'il avait croisé dans le couloir.
Un sourire illumina son visage à la vision de sa femme qui dorlotait leur fils. Il était ragaillardi par la visite (et le café accompagné de croissants) de sa mère adoptive et de leurs amis.
- Livraison spéciale, annonça-t-il en posant plusieurs paquets sur la tablette à côté du lit, avant d'embrasser Blair et leur plus grand trésor.
Cette dernière répondit à son baiser et le prolongea un peu avant de lui rendre ses lèvres.
Elle prit le temps de détailler ses traits fatigués tandis qu'il s'emparait du premier cadeau.
- Serena a bien insisté pour qu'on ouvre le sien d'abord, rapporta-t-il en déchirant le papier multicolore.
Le contenu en était un body blanc à manches longues avec un motif de cravate rayée de bleu dessinée sur le devant, assorti à un pantalon marine et une mini veste de la même couleur portant l'inscription « Je suis Henry Bass » brodée à hauteur de la boutonnière.
Blair roula des yeux au ciel mais ne put s'empêcher d'éclater de rire.
Ce son se propagea en Chuck comme une vague de chaleur bienfaisante et plus que bien venue, après ces moments d'angoisse.
Une carte de félicitation était jointe.
« Dépêche-toi de sortir de là, j'ai plein de choses à te raconter ! Ma meilleure amie me manque. Plein de Bisous à toi et à mon neveu. S »
La jeune maman essuya rapidement une larme qui perlait à ses cils.
- Ça, c'est de Nate, indiqua-t-il en s'emparant d'un autre paquet.
Celui-là renfermait une tenue des Yankees, ainsi qu'une casquette minuscules, plus une balle et un gant de base-ball.
Il ne put réprimer un sourire. Son meilleur ami avait juré qu'il se chargerait lui-même de l'éducation sportive de son futur filleul étant donné les lacunes de son père en la matière, mais ne désespérait pas d'emmener ce dernier avec eux écumer les terrains « entre hommes »
- Le dernier est de Lily, l'informa-t-il.
Il déballa le cadeau et découvrit plusieurs doudous violets tous identiques.
Ils étaient destinés à son fils, mais également tout un symbole pour lui. Sa mère adoptive n'avait pas choisi la couleur au hasard. Il reçu le message cinq sur cinq.
Samedi 13 avril 2013 : 10h48
Serena conversait avec sa mère et Nate devant les portes du service de réanimation quand son frère en revint avec le nouveau-né.
- Oh ! Regarde-moi ça, tu es trop trognon, toi, couina-t-elle en tendant déjà les bras pour le prendre.
Chuck hésita un instant et elle se vexa.
- Je sais tenir un bébé, Chuck ! râla-t-elle en soufflant d'exaspération.
- Désolé, s'excusa-t-il.
Il devrait apprendre à dompter son instinct protecteur.
Il remit son fils à sa future marraine et vit quelque chose passer dans le regard de son meilleur ami en relevant la tête. Quelque chose qu'il identifiait sans encombre. Il ne se passerait pas deux mois avant de Serena Van Der Woodsen n'ait à son annulaire gauche la bague de fiançailles de la famille Archibald.
- Qu'est-ce que tu dirais de fêter ça ce soir, man ? proposa l'héritier en question.
Après tout, c'était un événement à célébrer. La venue sur terre du premier descendant du NJBC n'était pas une chose anodine. Nate sentit poindre la nostalgie, concurrencée par l'envie d'aller de l'avant.
Ils avançaient chacun dans leur vie respective mais ils restaient soudés les uns aux autres. Beaucoup perdaient le contact avec leurs amis d'enfance après la remise des diplômes. L'université, leur carrière professionnelle, les faisaient entrer dans la vie adulte et active en laissant derrière eux leur jeunesse et leur adolescence, mais pas eux.
Quoi qu'il arrive, quelques soient le nombre des années, le lien établit entre eux ne se romprait pas. Ils continueraient à interagir dans la vie l'un de l'autre.
Chuck hocha la tête et passa une main sur son visage, frottant le coin de ses paupières de l'extrémité de ses doigts.
- Ok ! Mais pas trop tard, répondit-il. Je ne sais pas si Blair pourra affronter une nuit sans Henry.
Et moi une autre nuit sans sommeil, songea-t-il.
- Tu sais que tu es un vrai petit ange, sourit Lily à l'intention d'Henry, conquise à son tour par son petit-fils.
Il attrapa une mèche de cheveux blonds qui pendait à sa portée et tira dessus de son petit poing minuscule.
- Aïe. Doucement, grimaça Serena en retirant une de ses boucles des petits doigts déjà agiles.
Henry sursauta et se mit à hurler.
- Oh non, bébé, s'en voulu immédiatement S.
Elle le berça lentement mais il avait décidé que ce n'était pas suffisant.
Elle jeta un regard désolé et un peu catastrophé à son frère qui reprit son fils et le cala contre lui.
Se sentant bien à l'abri dans des bras qu'il connaissait, enveloppé par la chaleur et l'odeur familière, Henry cessa ses pleurs presque immédiatement.
La blonde bouda un peu mais fut soulagée de ne pas avoir commis d'impair irréparable.
Le petit-homme gigota et tira sur sa tututte à qui mieux mieux, s'escrimant à suçoter le bout de plastique pourpre pour obtenir pitance.
- Je crois qu'il commence déjà à avoir faim, remarqua Chuck en replaçant le leurre dans la bouche de son fiston quand ce dernier recracha l'objet incapable de satisfaire son besoin.
L'astuce ne fonctionna pas et il se remit à brailler, réclamant le sein de sa mère.
Son père le changea de position et l'enfant s'intéressa l'espace d'un instant aux couleurs floues qui dansaient devant ses yeux, le collier à gros motifs multicolores de Lily réfléchissant la lumière.
Chuck en profita pour replacer encore une fois le bouchon de silicone entre les lèvres du nourrisson, qui reprit son réflexe de succion et prit congé pour le ramener aux seins nourriciers avant qu'Henry ne fasse plus de raffut et qu'une infirmière ne vienne s'en mêler.
Samedi 13 avril 2013 : 11h38
Blair réajusta sa chemise d'hôpital tandis que Chuck récupérait son fils après la tétée.
- Je vais chercher tes parents, l'informa-t-il en positionnant Henry contre son épaule où reposait un bavoir.
Vu l'état de son costume, c'était pour le moins désuet.
- Attend ! demanda son épouse en le retenant par la main.
- Un problème ? s'inquiéta-t-il.
Il consulta la courbe du monitoring comme dans un réflexe.
- Non, je vais bien, lui assura-t-elle. Toi, par contre, tu devrais rentrer prendre une douche et te reposer un peu.
- C'est prévu au programme.
- Et quand, exactement ?
Il resta un instant silencieux. Il savait qu'il finirait par regagner leur maison et leur lit à un moment donné mais pas plus.
Elle encadra son visage de ses mains, comme elle le faisait si souvent quand elle voulait capter toute son attention. Quand elle ne lui laissait aucun échappatoire.
- Chuck, je ne plaisante pas. La journée d'hier n'a pas seulement été un éprouvante pour moi.
- C'est toi qui a subi une césarienne en urgence et ensuite ...
Il ferma les paupières et sa voix s'éteint toute seule aux souvenirs de la veille.
- Et ensuite, tu as pris soin de notre fils, puis de moi, et encore de nous, mais pas de toi.
Il rouvrit les yeux et lui sourit, tentant d'être le plus convaincant possible. Son job, c'était de la rassurer.
- Je vais bien, je suis juste un peu fatigué. Je rattraperai mon sommeil plus tard.
- Quand je rentrerai à la maison avec Henry ? se moqua-t-elle un peu.
Mais elle n'avait pas envie de plaisanter, en réalité.
- Blair a raison, intervint Eléanor depuis l'embrasure de la porte.
Le temps lui semblait long dans le couloir et elle avait décidé de venir aux nouvelles pour savoir si son petit-fils était enfin rassasié.
Les jeunes parents se tournèrent vers la styliste.
- Chuck, tu vas rentrer, dormir un peu et prendre une bonne douche. Désolée de te le dire mais, tu en as vraiment besoin. Pendant ce temps, je resterai ici avec Blair et le bébé.
D'autorité, elle préleva précautionneusement son petit-fils des bras de son père.
- Je crois que je me rappelle encore comment changer une couche, affirma-t-elle en fronçant tout de même un peu le nez à cette idée.
Sa fille arqua un sourcil d'étonnement et Chuck en fut tellement baba qu'il n'eut pas la présence d'esprit de protester.
- Dorota n'est arrivée chez nous que lorsque tu avais cinq ans, lui fit-elle remarquer. Avant ça, qui crois-tu qui s'est occupée de toi ? Ton père ne supporte pas les déjections de quelque sorte que ce soit.
- Sur ce point, ta mère n'a pas tort. Je prétextais n'importe quoi pour échapper à ça, reconnut ce dernier, qui pénétrait également dans la chambre, son ex-femme ayant ouvert la voie.
Eléanor emmena le bébé dans le coin aménagé en mini nursery et entreprit de déshabiller Henry qui gigota sur le coussin moelleux.
- Je resterai également, indiqua Harold, désireux de renouer certains liens avec sa Blairbear
Même si elle ne l'était plus tout à fait, songea-t-il, son regard s'accrochant à l'ourson qui se trouvait dans le lit pédiatrique.
Chuck acquiesça et embrassa tendrement la mère de son fils.
- Je garde mon téléphone à portée de main, si quoiq ...
- Touche numéro un, répondit-elle avec une note de sarcasme dans la voix.
Il posa encore ses lèvres sur les siennes, puis alla caresser le crane de son fils, tout beau, tout propre dans les bras de sa grand-mère, en faisant bien attention à sa fontanelle et déposa un baiser sur son front.
- Je reviens vite, souffla-t-il à l'oreille du bambin.
- Allez oust ! Dehors ! commanda Eléanor en le houspillant presque hors de la chambre d'un mouvement de la main.
Il se dirigea vers la porte.
Ils lui manquaient déjà.
- Attend ! cria encore une fois Blair, avant de se rappeler qu'elle n'était pas censée élever la voix dans la section de réanimation.
Chuck se retourna vers elle, la questionnant du regard.
- Mon père a quelque chose à te dire, affirma-t-elle en posant ses yeux de biche innocente sur Harold.
L'avocat fut pris de court, il pensait que le sujet était clos.
Visiblement non. Sa fille aurait pu être juge à la courre suprême !
Le jeune homme, lui, arqua un deuxième sourcil. Sa femme attendait manifestement quelque chose de la part de son paternel mais il ne savait pas quoi.
Il porta son attention sur ce dernier, qui faisait passer son poids d'un pied sur l'autre, embarrassé.
- Je suis désolé pour hier, grommela Harold. Je n'aurais pas dû m'emporter contre toi.
Chuck observa son beau-père, puis son épouse et enfin sa belle-mère, qui tenait toujours Henry dans ses bras, mais ne trouva aucun indice quant à ce dont parlait le père de Blair.
- Hier, quand je t'ai un peu bousculé dans le couloir, expliqua Harold qui perdait à nouveau patiente.
Non seulement, sa fille l'obligeait à s'excuser publiquement, mais en plus, son gendre faisait durer l'humiliation en faisant semblant de ne pas comprendre.
Chuck chercha dans sa mémoire pour remonter à l'événement dont parlait l'avocat.
Quelque part, tout au fond de son cerveau, enfuie sous le souvenir de l'épouvante de perdre la femme de sa vie qui l'empêchait pratiquement de respirer, était enregistrée l'information que Bart avait prit sa défense devant Harold qui l'apostrophait rudement pour obtenir des informations qu'il ne possédait pas.
- Oh ! tilta-t-il tout à coup, se remémorant effectivement quelque chose d'assez flou à ce propos.
Harold faillit s'étouffer avec sa salive. Il ne jouait pas la comédie ! Son beau-fils ne se souvenait réellement pas avoir été invectivé dans le hall. Il devait vraiment avoir été dans un état second au moment de l'altercation.
- La situation était effroyable et insupportable pour vous aussi, compatit Chuck.
Il chassa le plus loin possible de son esprit la mort de son premier fils qui venait soudain le hanter. Il savait ce que c'était que de perdre un enfant et il ne souhaitait cette épreuve à personne, pas même à son pire ennemi. A fortiori, pas au père de la femme qu'il aimait plus que sa propre vie.
- Effectivement, concéda le père de la jeune femme alitée, posant à nouveau les yeux sur sa petite princesse.
Blairbear n'avait manifestement plus besoin du prince charmant pour venir la délivrer du donjon dans lequel elle était enfermée. Elle savait parfaitement en sortir toute seule et n'hésitait pas à brandir l'épée pour aider le prince en question à terrasser le dragon.
Cette dernière souriait béatement à Chuck, totalement satisfaite de la tournure qu'avait pris la discussion.
Harold pouvait lire tout l'amour qu'elle portait à son prince en armure rutilante dans ses iris noisette, qui avaient à nouveau cet éclat d'or qui y luisait, signe incontestable qu'elle était pleinement heureuse.
Il ne pouvait rien demander de plus à son gendre que de faire le bonheur de sa fille.
