Merci miss-acacia84, contente que ça te plaise.


Para 33

Samedi 13 avril 2013 : 13h06

Dorota ouvrit la porte de la maison avant même que le propriétaire des lieux n'atteigne les escaliers du perron.

- Blair et le bébé vont bien, l'informa-t-il avant qu'elle ne puisse ouvrir la bouche.

Elle baragouina quelques mots en polonais qui devaient être un remerciement à Dieu.

Monkey fonça sur lui en jappant et en remuant la queue pour l'accueillir. Son maître le gratifia de plusieurs caresses sur le flan et derrière les oreilles.

- Vous pouvez me préparer un sandwich pendant que je prend une douche rapide ? demanda-t-il tout en donnant sa veste à l'employée.

Il se dirigea vers les marches qui menaient à l'étage mais elle l'arrêta d'un geste.

- Le repas est prêt, dit-elle en lui montrant le living.

Il tourna la tête dans la direction indiquée et constata que la table était mise et qu'une assiette l'attendait effectivement.

- Elle a appelé, en déduisit-il à haute voix.

- Miss Blair a dit de ne pas vous laisser repartir tant que vous n'avez pas mangé, pris une douche et dormi, récita la bonne.

Il sourit devant la mine déterminée de Dorota.

Il n'avait pas l'intention de se battre avec elle. Blair et Henry étaient en sécurité avec Eléanor et Harold et si sa femme avait téléphoné pour donner des ordres, c'est qu'elle se sentait mieux.

Il leva les mains en l'air en signe de reddition et prit le chemin de la salle à manger pour s'asseoir à sa place habituelle.

- Côte de bœuf, pommes de terre sautées et salade verte, déclara encore la domestique.

Blair avait également commandé le déjeuner, songea-t-il avant d'avaler une bouchée de la viande grillée.

Il avait plus faim qu'il ne le croyait. Les croissants de Lily avaient combler son estomac, mais il n'avait quasiment rien ingéré depuis la veille et les heures avaient été éprouvantes.

Quand il passa sous la douche, il laissa l'eau chaude détendre les muscles de sa nuque et de son dos, endoloris par la nuit passée dans le fauteuil de la clinique, à veiller sur sa famille. Il avait apprécié le goût de ces heures silencieuses, où rien ne venait troubler la quiétude de leur sommeil, après l'angoisse et la folie de la journée.

Il se lava et se sécha rapidement (aucune raison de s'éterniser là) puis passa une sortie de bain pour rejoindre leur chambre. Cependant, il ne put refréner l'envie de faire un tour dans celle de son fils. Si calme, et qui serait bientôt si vivante de sa présence. Son cœur dansa de joie dans sa poitrine en imaginant déjà leur retour à la maison, dans quelques jours.

Finalement, il se décida à regagner ses pénates. Il vérifia que son BlackBerry était bien chargé et qu'il avait ôter la fonction silencieuse. Puis il enfila un boxer, avant de s'effondrer dans leur lit king size, bien trop grand et bien trop vide sans son épouse. Il enfonça sa tête dans l'oreiller de Blair et agrippa le coussin de maternité qui possédait son odeur. Il ferma les yeux et se laissa dériver vers les limbes.


Samedi 13 avril 2013 : 18h19

Chuck émergea lentement de ses songes et ouvrit un œil. Il émit un grognement de mécontentement en se remémorant qu'il était seul dans leur grand lit. Puis, rapidement, la réalité le rappela à l'ordre et il jeta un œil au réveil qui indiquait 18h19.

En une fraction de seconde, il fut debout, grommelant cette fois contre le temps. Il n'avait pas prévu de dormir autant. L'après-midi était terminée et l'avant soirée pointait déjà le bout de son nez.

Il consulta son smartphone. Aucun message, aucun appel manqué. Il soupira de soulagement.

Il s'habilla à la hâte et quitta la maison sans prendre la peine de répondre aux sollicitations de Monkey, qui pleurnichait pour qu'il l'emmène en promenade, comme il en avait l'habitude aux alentours de cette heure là.

Arthur le conduisit le plus rapidement possible à la clinique et il pressa le pas pour rejoindre la chambre 441.

Quand il franchit le seuil, il fut accueilli par le sourire radieux de son épouse, qui était libérée de sa péridurale et de sa sonde urinaire. Le monitoring continuait cependant à enregistrer ses battements cardiaques et l'intraveineuse distribuait toujours les substances nécessaires à son rétablissement.

Il jeta un regard circulaire dans la pièce.

- Mon père est à la pouponnière pour faire nettoyer le cordon ombilicale d'Henry, l'informa-t-elle avant qu'il ne demande où était passé leur fils.

- Désolé d'avoir été si long, s'excusa-t-il en s'approchant du lit.

Il déposa un baiser léger au coin de sa bouche

- Je ne pensais pas dormir aussi longtemps et ...

Elle l'attira à elle par sa cravate et captura ses lèvres à nouveau pour partager un vrai baiser, tendre et langoureux à souhait.

- Tu es parti à peine cinq heures, calcula-t-elle.

- J'aurai dû mettre l'alarme ...

- Chuck ! Je parie que tu t'es reposé à peine trois heures en tout et pour tout, le sermonna-t-elle.

- Je déteste être loin de vous, avança-t-il en plongeant ses prunelles chocolat dans les siennes. Vous m'avez manqué.

Elle caressa sa pommette.

- Tu m'as manqué aussi, avoua-t-elle. Mais tu ne tiendras jamais à ce rythme là.

Elle goûta encore ses lèvres exquises.

- Dis-moi que tu as mangé quelque chose au moins, s'inquiéta-t-elle.

- Dorota a suivi tes consignes à la lettre, sourit-il.

Elle fut soulagée d'entendre ça et laissa aller son front contre le sien.

- Est-ce que ça va, toi ? l'interrogea-t-il en la voyant retenir une grimace de douleur.

- Ça va, oui, c'est juste la cicatrice qui tiraille un peu. Le Professeur Lockwood a dit que c'était normal. Il a même accepté que j'essaie de me lever pour m'asseoir dans le fauteuil demain matin.

- Blair ...

- Je ne vais pas rester clouée dans ce lit plus longtemps que nécessaire.

- Je n'ai pas dit ça. Je veux juste que tu y ailles doucement, d'accord ?

- D'accord.

- Promis ?

- Promis.

Il embrassa tendrement la racine de ses cheveux.

- Je t'aime, souffla-t-il.

- Moi aussi, je t'aime. C'est pour ça que tu vas me promettre à ton tour de prendre le temps de dormir convenablement cette nuit. Je ne veux pas te revoir ici avant l'heure des visites matinales.

Il s'écarta d'elle et l'observa, un peu perdu.

- Tu vas les laisser emmener Henry à la nursery ? s'étonna-t-il.

- Non. Étant donné que tout c'est bien passé cette nuit, grâce à toi, souligna-t-elle. Il pourra rester avec moi et ... ma mère.

- Ta ...

- Elle est rentrée voir Cyrus. Elle reviendra tout à l'heure. En plus de ça, tu as une soirée de prévue entre hommes, non ?

Chuck cligna des paupières.

- Nate, se remémora-t-il soudain.

- Tu vois, le manque de sommeil fait déjà des dégâts sur tes neurones, ironisa-t-elle.

Il fronça les sourcils.

- Comment ...

- J'ai appelé S. Elle m'a dit qu'il passerait chez nous vers 21h00, ce qui nous laisse encore une bonne heure avant que tu ne rentres à la maison pour te préparer. De toute façon les heures de visite se termine à 20h00 donc ...

- Blair ...

- Non, pas de discussion ! Je suis immobilisée, mais pas toi et l'arrivée au monde de notre fils mérite d'être célébrée comme il se doit, non ?

- Oui, mais ...

- Pas de mais, opposa-t-elle. Tu es Chuck Bass et tu as un héritier. Par conséquent, ce soir, tu vas sortir et fêter ça avec le futur parrain de notre fils.

- Tu es certaine que ...

La veille, elle était en larmes.

- Plus que certaine. Ma mère va passer la nuit avec nous et tu viendras prendre ton tour de garde demain à 10h00 tapante. Et s'il y a quoi que ce soit, je t'enverrai un 911. Veille juste à ne pas être trop imbibé pour pouvoir lire un texto.

- Aucun danger, répondit-il en l'observant suspicieusement.

- Je vais bien. Le médecin est passé, il a dit que tout allait bien et je suis sous surveillance constante, renchérit-elle pour le tranquilliser. Regarde, le tracé de l'électrocardiographe est impeccable depuis des heures. Ma tension est à 14–8. Aucune raison de s'en faire. Je vais rester allongée ici, tranquillement et papoter de la nouvelle collection pour enfant de Waldorf Designs avec ma mère, en prenant soin de notre fils.

- Je ne vais pas sortir pendant que tu es alitée ici, refusa-t-il.

Il n'avait aucunement le cœur à s'amuser alors qu'elle était toujours en unité de réanimation. Il jeta un regard en biais au monitoring qui bipait en rythme, en mode sourdine.

- Chuck …

- Non ! s'agaça-t-il. C'est hors de question. Nous fêterons la naissance d'Henry tous ensembles quand je vous ramènerai à la maison.

- Ok ! capitula-t-elle. Mais ma mère a déjà pris ses dispositions pour ce soir donc tu va me faire au moins le plaisir de prendre une bonne nuit de repos.

Il hocha la tête. Puisque Eléanor s'était déjà arrangée pour rester, il pouvait accéder à cette dernière requête.

- D'accord, accepta-t-il, un peu à contre cœur, tout de même.

Il lorgna une dernière fois sur la courbe oscillante pour se rassurer.

Blair capta son regard et posa sa main sur la sienne.

Elle ne parviendrait manifestement pas à le convaincre de se changer les idées ! Mais elle pourrait s'y prendre autrement.


Samedi 13 avril 2013 : 19h05

Chuck remonta le long corridor qui menait à la pouponnière. Son beau-père était parti avec Henry depuis un bout de temps et n'était toujours pas reparu dans la chambre de la belle.

Il consulta sa montre encore une fois, dans moins d'une heure, il devrait vider les lieux. Eléanor avait dit qu'elle repasserait vers 19h45 pour venir prendre son poste auprès de Blair afin que leur fils puisse rester avec elles.

Il sourit intérieurement. Si ça belle-mère et sa femme s'y mettaient à deux, inutile d'espérer pouvoir gagner le match. Il ne le prenait pas trop mal, cependant. Une relation assez profonde s'était installée entre la styliste et lui.

Ils avaient tous deux le bonheur de Blair à cœur et les agissements d'Eléanor démontraient seulement qu'elle avait pleinement accepté leur relation. La directrice senior de WD n'était certes pas connue pour son tempérament maternel, néanmoins, il ne pouvait interpréter son attitude autrement. Que ce soit vis-à-vis de Blair ou de lui-même.

Qui aurait jamais cru qu'il se retrouverait un jour avec presque trois mères quand il n'en n'avait jamais eu aucune pour l'aider à grandir ?

En arrivant dans l'espace d'accueil de la nursery, il avisa Harold qui conversait tranquillement avec ses propres parents. Son père se tourna vers lui, tenant un Henry qui dormait à poings fermés, dans ses bras.

Le jeune homme marqua un temps d'arrêt.

Jamais, au grand jamais, non plus, il n'aurait imaginé voir un jour le grand Bartholomew Bass pouponner.

- Fils, le salua-t-il d'un mouvement de tête.

- Papa, répondit ce dernier, toujours surpris par la manière dont l'arrivée de son propre rejeton semblait modifier tous les codes de conduites habituels.

Il couva Henry du regard. Le petit homme se sentait manifestement en confiance dans les bras de son grand-père.

Papy Bart ? Chuck retint un gloussement à cette idée.

- Désolé, Blair doit se faire un sang d'encre, culpabilisa Harold.

Ça faisait au moins une bonne heure qu'il était parti pour que les infirmières puissent donner des soins à son petit-fils.

- Elle m'envoie en éclaireur, reconnut son gendre.

Bart remit son précieux colis dans les bras de Chuck et Ève s'avança d'un pas pour dire au revoir à son petit-fils.

Henry chougna un peu mais n'ouvrit pas les yeux. Elle replaça la sucette entre ses lèvres et il émit un petit soupire, les paupières toujours closes.

- C'est un vrai petit ange, s'extasia-t-elle en levant les yeux sur son fils. Il ne te ressemble pas seulement en ce qui concerne la prise de ses repas.

Elle se sentait nostalgique. Les premier moments de la vie du nouveau père affluaient à sa mémoire avec l'arrivée de cet enfant. Elle aurait dû faire tant de choses différemment. Mais malgré toute sa volonté, elle ne pouvait changer le passé.

Elle devrait vivre avec ses décisions jusqu'à la fin de sa vie. Elle s'estimait déjà heureuse que Chuck lui permette de jouer un rôle dans sa vie et dans celle du bébé.

- On lui a apporté ça, dit-elle en désignant un paquet cadeau qu'elle tenait à la main.

Elle espérait que son fils comprendrait le message de ses profonds regrets.

- Merci, répondit-il alors qu'elle glissait les anses du sac en papier qui contenait le présent entre ses phalanges.

- De rien, sourit-elle un peu timidement.

Il pouvait lire l'émotion dans ses prunelles noisette, identique aux siennes et à celles d'Henry.

- Embrasse Blair pour moi, ajouta-t-elle.

- Ce sera fait, promit-il.

- Bien, alors, on se voit bientôt ? questionna-t-elle.

Chuck acquiesça et déposa un baiser sur sa joue.

- On se voit bientôt, affirma-t-il. On fera une fête pour Henry dés que Blair et lui rentreront à la maison. Elle devrait normalement quitter le service de réanimation mercredi, au plus tard.

- Nous repasserons le voir d'ici là, indiqua Bart en désignant l'angelot endormi avant de passer un bras autour des épaules de la femme brune.

- Quand vous voulez, confirma le nouveau père.

Le sourire de sa mère biologique s'agrandit et elle l'embrassa une dernière fois avant de quitter le lieu d'accueil avec son paternel.

Ce dernier lui fit un bref signe de tête pour le saluer auquel il répondit à l'identique.

- Je vais y aller aussi, commenta Harold. Je pense que vous apprécierez à sa juste valeur un petit moment rien qu'entre vous avant l'arrivée d'Eléanor.

Son gendre n'osa pas opiner du bonnet même si l'avocat ne se trompait pas.

- Encore sincèrement désolé pour hier, ajouta le père de Blair. Je n'aurais vraiment pas dû m'en prendre à toi de la sorte.

- Je m'en souviens à peine, avoua Chuck.

- Je m'en suis rendu compte, mais ce n'est pas une raison. Il est plus qu'évident que tu tiens à ma fille et que l'épreuve était certainement encore bien plus dramatique pour toi. Et il est plus qu'évident également qu'elle tient à toi et qu'elle n'est pas disposée à tergiverser quand il s'agit de prendre ton parti. Je ne vis plus à New York depuis longtemps, maintenant et je me suis aperçu que ma petite princesse n'avait plus besoin que je la protège comme quand elle était enfant. Je sais aussi que c'est parce que tu la protèges de ton mieux et je reconnais que tu fais un bon job. Je n'aurais pas pu souhaiter mieux pour ma Blairbear.

Le jeune homme n'était pas vraiment préparé pour un tel discours et une fois n'est pas coutume, il ne savait pas quoi répondre à la déclaration de son beau-père.

- Embrasse la pour moi aussi, recommanda Harold avant de tourner les talons et de s'éloigner dans la direction des ascenseurs.


Samedi 13 avril 2013 : 19h32

Blair guettait la porte de sa chambre. Son père avait emmené Henry il y avait au moins une heure et n'était toujours pas revenu de la pouponnière.

Il était superflu de se faire du mauvais sang, elle le savait. Cependant, elle ne pouvait s'empêcher de se demander s'il y avait un quelconque problème avec son bébé même si elle intégrait bien que c'était une réaction totalement irrationnelle.

Quand son mari passa le seuil avec leur fils endormi dans ses bras, elle sentit son cœur fondre.

Dieu ! Qu'elle aimait cette vision des deux hommes de sa vie.

Chuck se débarrassa du paquet qui pendouillait à son poignet sur la tablette de sa table de nuit, puis déposa délicatement Henry dans son lit pédiatrique et le couvrit légèrement avec la couverture neuve que Dorota avait glissée dans le sac préparé pour la maternité. C'était son cadeau pour le nouveau-né, une courtepointe écru en polaire avec un motif de girafe brodée et la peluche qui l'accompagnait.

- Où est mon père ? questionna la brunette.

- Il m'a chargé de te dire au revoir et ...

Il s'assied sur le bord du lit et se pencha vers elle.

- De t'embrasser, souffla-t-il à quelques centimètres de ses lèvres avant de les dévorer tendrement.

Elle répondit à son baiser et noua ses phalanges dans sa nuque.

- Tu veux dire qu'on a du temps rien que pour nous ? marmonna-t-elle contre sa bouche.

- Mmm mm, répondit-il contre la sienne.

Elle entrouvrit ses lèvres et il insinua sa langue contre son palais pour la faire danser avec la sienne.

Il entendit le rythme cardiaque de Blair s'affoler sur le monitoring.

- C'est l'effet que tu me fais, sourit-elle en caressant sa pommette quand il s'écarta légèrement d'elle.

- Heureusement que ce n'est pas moi qui suit relié à cette machine, sinon elle exploserait, affirma-t-il en posant son front contre le sien, fermant les paupières quelques instants.

Juste quelques minutes, avant qu'Henry ne se manifeste bruyamment. La tétée de 20h00 approchant à grands pas.

Chuck se dessouda de son épouse et souleva le petit gnome affamé dans ses bras pour le déposer dans ceux de sa mère, qui avait déjà déboutonné le haut de sa chemise d'hôpital. Elle serait heureuse quand elle pourrait revêtir une de ses chemises de nuit d'allaitement.

Elles venaient de la dernière collection de WD. Bien entendu, Blair les avait soigneusement choisies dans un tissu violet avec boléros accordés, déclinés en ton plus clair et plus foncé.

Ce n'était pas parce qu'ils seraient obligés de faire abstinence pendant les prochaines semaines qu'elle se refuserait à être sexy. Il lui faudrait perdre le surpoids de sa grossesse, bien entendu, mais elle ne porterait pas des robes de nuit en flanelle de grand-mère pour autant.

Elle avait reprit confiance en son sex-appeal au cours des toutes dernières semaines de sa grossesse et elle entendait bien ne plus se laisser déborder par ses complexes. Chuck avait été plus que clair sur le fait qu'il appréciait particulièrement ses nouvelles courbes et rondeurs.

De plus, elle était Blair Waldorf et il était normal qu'elle fasse honneur aux dernières créations de l'atelier.

A l'instant où Henry fut installé contre elle, il chercha désespérément son sein pour y tirer sa pitance. Il téta goulûment tout en observant sa mère de ses grands yeux sombres, exactement semblables à ceux de son père.

Ce dernier s'occupait de déballer le présent offert par ses parents et retint un hoquet de surprise quand il découvrit un doudou-lapin qu'il connaissait bien. Il trimbalait partout un modèle identique jusqu'à ses cinq ans.

Jusqu'à ce que Bart ne le jette, décrétant qu'il était bien trop grand pour ça. Arguant encore que la chose était devenue informe et immonde à force d'accompagner Chuck dans chacun de ses déplacements, son père s'était, sans ménagement, débarrassé de l'objet si sacré pour le petit garçon.

S'en était suivi une telle crise de larme que le magna de l'immobilier avait été obligé de s'en procurer un autre. Cependant, son fils ne voulait pas d'un autre, ni d'un neuf, il voulait le sien. Finalement, c'est Esméralda, une des femmes de nettoyage du Palace qui lui avait ramené son précieux ami, en cachette.

La jeune femme, qui avait elle-même deux enfants, l'avait récupéré avant qu'il ne finisse dans la benne à ordure, imaginant sans peine combien il était important pour le garçonnet.

Dés lors, il l'avait conservé comme un trésor, tout au fond d'un tiroir de la grande armoire, bien loin de la vue de son père. Ne le sortant qu'une fois la lumière éteinte, quand il était certain que Bart ne viendrait pas. Heureusement, c'était rarement - voir jamais - son paternel qui le mettait au lit. Néanmoins, il n'avait pas voulu tenter le sort, n'ayant qu'une confiance relative en la jeune-fille au pair qui le bordait le soir.

De temps en temps, le doudou apparaissait tout propre et sentant le savon. Un miracle que réalisait Esméralda. Mais au bout de quelque jours, il reprenait son odeur originelle, au plus grand soulagement du gamin. Il fut même rapiécé plusieurs fois comme par enchantement.

Lorsque l'employée avait été licenciée, plusieurs années plus tard, juste un peu après qu'il ne soit installé dans sa propre suite, l'enfant en avait été très attristé. Il avait sagement rangé le lapin difforme tout au fond de sa commode et ne le ressortait que lorsqu'il était vraiment terrifié par les monstres qui sommeillaient ça et là dans l'hôtel ou quand il avait fait un cauchemar particulièrement effrayant.

- Est-ce que ça va ? s'enquit Blair devant l'air médusé de son époux. Qu'est-ce que c'est ?

- Un cadeau de mes parents pour Henry, expliqua-t-il d'une voix un peu entrecoupée par l'émotion que faisait naître ses souvenirs.

Il lui montra le lapin en peluche.

- Il est trop choux, commenta Blair. Je parie que c'est Ève qui l'a choisi. Elle adore les lapins, elle m'avait proposé ce thème pour la chambre d'Henry au départ. Et puis, je n'imagine pas Bart se rendre dans un magasin de jouet et encore moins choisir un doudou !

L'idée lui paraissait plus qu'incongrue.

Chuck comprit tout à coup pourquoi son père avait été si prompt à le dépouiller de ce pauvre doudou-lapin qui n'était coupable que d'être un rappel constant de sa mère.

Aussi constant que lui-même.

Il déposa la peluche à côté de l'ourson d'Harold et des doudous violets de Lily, dans le petit lit de son fils.

Manifestement, ses mères avaient le chics pour lui faire passer des messages sans la moindre parole.