Merci beaucoup au guest qui m'a laissé un com. Pour répondre à ton inquiétude, non ce n'est pas encore fini, il y a 49 chapitres dans cette histoire.

Merci aussi à Moozanna et à miss-acacia84. Ça fait toujours plaisir de savoir que ce qu'on écrit est apprécié.

Un petit bond dans le temps.


Para 35

Samedi 30 mars 2019 : 15h24

Serena Van Der Woodsen s'avança au bras de son père, au milieu de l'allée bordée de lys blanc dans sa robe écrue, création Waldorf, bien évidemment, cintrée à la taille pour mettre en évidence son corps élancé. Ses cheveux avaient été savamment coiffés en un chignon sophistiqué, d'où s'échappaient quelques boucles blondes.

Nate retint sa respiration en la voyant apparaître et s'approcher. Ils y étaient enfin, là où ils devaient, le moment précis où tout se mettait en place comme ça aurait toujours dû l'être. Il était amoureux de la belle blonde aux longues jambes galbées depuis aussi longtemps qu'il s'en souvenait, même s'il n'avait pas toujours pu, su, exprimer ses sentiments comme il l'aurait fallu, ou voulu.

William lui donna la main de sa fille, elle était rayonnante et encore plus belle que l'ancien capitaine de lacrosse l'avait jamais vue. Mais il ne s'attendait pas à autre chose de la part de Serena Van Der Woodsen.

Cette dernière se tourna vers Blair pour lui abandonner son bouquet. Du coin de l'œil, il perçut un bref instant le regard de la demoiselle d'honneur, mais ce n'était pas à lui qu'était destiné ses iris enflammés.

Il n'avait certainement jamais généré une telle fièvre en elle. Pas plus qu'elle n'avait jamais été à l'origine de la passion qu'il ressentait dans son cœur en ce moment précis. S'ils s'étaient aimés, avec Blair, ça n'avait jamais égalé ce qu'il éprouvait pour la belle blonde qui se tenait devant le pasteur, à ses côtés.

Tout comme celui de la brune battait à l'unisson avec celui de Chuck.

Le brun ténébreux, témoin de Nate, ne pouvait totalement se focaliser sur la cérémonie qui se déroulait sous ses yeux. Il avait beau faire des efforts pour se concentrer sur les vœux que prononçait son meilleur ami et qu'il connaissait pour en avoir eu une lecture en primeur, il ne pouvait empêcher son esprit de revenir à la discussion qu'il avait eu la veille avec son épouse, ni à celles qu'ils avaient eu à son retour de Toronto, il y a déjà plusieurs mois.


Jeudi 18 octobre 2018 : 23h57

Chuck débarqua du jet alors que la rampe d'escaliers était à peine posée au sol. Il était impatient de se retrouver chez lui, dans leur lit et de pouvoir la prendre dans ses bras. De sentir la chaleur de son corps tout contre le sien et de respirer l'odeur de ses cheveux.

Le contrat qu'il venait de signer était juteux et il valait largement la semaine qu'il venait de passer sur le sol canadien. Cependant, rien ne valait le prix de s'éloigner de sa famille pendant sept jours entiers.

Heureusement, sans décalage horaire avec Manhattan, il avait également pu converser avec son fils par webcam.

Il était toujours autant étourdi par le temps qui passait si vite (Sauf quand il était loin de sa famille et qu'il semblait se dérouler en slow motion, juste pour augmenter sa torture)

Henry allait bientôt fêter son sixième anniversaire et il n'avait rien vu passer. Le petit schtroumpf grandissait à une allure prodigieuse.

Il sourit en se remémorant le cadeau qu'il avait demandé, et obtenu, la dernière fois qu'ils avaient célébré sa naissance, dans un lieu plus qu'insolite pour eux. Il revoyait encore la tête de la brune incendiaire.


Samedi 14 avril 2018 : 15h26

Blair retroussa son nez de dégoût en étudiant méticuleusement la surface de la table devant laquelle ils étaient installés.

- Il faudra que je dise à Dorota de brûler nos vêtements lorsque l'on rentrera ! Cette odeur de friture ne partira jamais, bougonna-t-elle entre ses dents.

- Blair, s'il te plaît. Ça ne me plaît pas plus que toi d'être ici, mais c'est ce qu'il souhaitait.

- Je me demande bien pourquoi ! Franchement, qu'est-ce que j'ai raté dans son éducation pour qu'il nous fasse atterrir ici ?

Son mari lui décocha son petit rictus personnel et ça l'irrita au plus haut point.

Comment pouvait-il supporter ça avec autant de désinvolture ? C'était incompréhensible.

Elle savait parfaitement le dégoût que lui inspiraient de tels lieux. Et pourtant il restait là, stoïque, pendant que leur tympans étaient percés par les cris des petits monstres infernaux, parmi lesquels, le leur !

Elle espérait simplement qu'aucun d'eux n'attraperait la dysenterie ou une autre infection intestinale, voir une affection cutanée, étant donné le manque d'hygiène plus qu'évident dans cet endroit qui aurait pu avoir la renommée d'un laboratoire d'étude des germes et microbes en tous genres.

Elle imaginait sans encombre qu'ils seraient tenus pour responsables de l'épidémie qui se propagerait à travers l'UES après leur visite ici. Heureusement qu'ils avaient les moyens de s'attacher les services des meilleurs avocats de tout New York.

Comment s'étaient-ils retrouvés dans cette galère déjà ?

Ah oui ! Tout était de la faute de Chuck, bien entendu !

Il avait cédé au caprice de leur fils qui souhaitait fêter ses cinq ans dans cet endroit immonde. C'était ce qu'il avait demandé comme cadeau d'anniversaire, même s'il était bien évident que ses parents ne se contenteraient pas de ça.

McDonald's, rien que le nom la faisait frissonner d'horreur.

- Je te promets qu'on n'en n'a plus pour longtemps, assura Chuck pour l'apaiser quelque peu.

Il fut tenté de prendre sa main par dessus la table mais y renonça à l'idée de toucher la surface graisseuse. Au lieu de ça, il se contenta d'observer leur fils qui riait en glissant dans les boyaux de plastique de l'aire de jeu toute proche, avec ses copains.

Il pouvait bien endurer quelques heures parmi les prolétaires pour lui. Il ne comprenait toujours pas d'où lui était venue cette idée saugrenue. Henry avait été habitué au standing auquel il avait droit et appartenait. Leur fils était en général assez réservé quand il s'agissait de fréquenter des lieux communs au petit peuple. Ils n'avaient en rien raté son éducation comme le prétendait à présent Blair.

Mais encore, les enfants avaient besoin de faire leurs expériences par eux-mêmes et si le petit chenapan avait tant insisté pour venir, dans ce Mac Do précisément et pas un autre, c'est qu'il devait y avoir une bonne raison aux yeux du petit gnome.

L'heure du « gâteau » vint enfin et tous les gamins rappliquèrent comme un seul homme lorsqu'une jeunette déposa le plateau sur la table. Elle entonna un chant en l'honneur d'Henry, reprit en chœur par ses camarades avant de lui souhaiter un bon anniversaire et de déposer un bisous sur sa joue.

Les yeux de Chuck s'agrandirent de surprise et d'effroi au contact physique qu'elle avait établi avec leur enfant et il sentit Blair se raidir sans même la regarder. Il ouvrit la bouche pour la rabrouer en même temps que son épouse, prête à incendier la jeune-fille d'à peine seize ans pour avoir osé toucher leur fils.

Elle allait faire virer cette gamine en deux temps, trois mouvements !

- Comment ... s'écria-t-elle.

Elle fut abruptement coupé dans sa tirade par un mouvement de main de Chuck qui lui fit signifiait de tenir sa langue.

Elle se stoppa net, interloquée et choquée par la détachement de son mari face à cet acte odieux et criminel. Ses pupilles se dilatèrent encore quand elle suivit du regard ce qu'il lui indiquait.

Elle étouffa un hoquet de surprise et d'indignation en voyant le visage de son fils qui irradiait de joie alors que la jeune employée conversait avec lui comme si elle le connaissait, tout en coupant une part du gâteau.

Elle en resta estomaquée et chercha une réponse dans les yeux de Chuck qui lui, ne détachait pas son regard de leur fils, qui affichait un sourire jusqu'aux oreilles.

Après avoir servi chaque petit monstre, l'adolescente releva la tête et Blair cligna plusieurs fois des paupières. Les traits de l'employée ne lui étaient pas inconnus à elle non plus, mais elle ne parvenait pas vraiment à les situer sous sa casquette et son uniforme.

- Monsieur et Madame Bass, les salua la jeunette au milieu du tumulte, qui disparut en même temps que les fourchetées dans les bouches des enfants réunis pour l'occasion.

- Héléna, répondit son mari en hochant la tête.

Blair l'imita, se rappelant à présent parfaitement d'où elle la connaissait, ainsi qu'Henry.

Elle était la fille d'une des femmes de ménage du Palace et avait brièvement travaillé comme étudiante dans les cuisines pendant les vacances de Noël. Le garçonnet appréciait particulièrement les chocolats chauds qu'elle lui préparait à chaque fois qu'il le lui demandait.

La brune se tourna vers son époux, complètement abasourdie. Elle le vit faire un clin d'œil complice à Henry derrière le dos de l'employée qui s'en retournait à son service.

Elle n'arrivait pas à y croire. Comment leur rejeton de cinq ans avait-il pu savoir où la jolie jeune fille travaillait ?

- J'ai mené mon enquête, répondit-il en haussant les épaules, quand elle lui posa la question.

Chuck tenta de se retenir de rire mais n'y parvint pas vraiment.

Blair lui asséna un regard assassin.

- C'est ton fils, sans l'ombre d'un doute ! cracha-t-elle, atterrée et totalement sous le choc du comportement de son petit garçon.

C'était encore un bébé ! Son bébé.

- C'est notre fils, la corrigea-t-il.

Un rictus estampillé « Chuck Bass » avait reprit place sur son visage.

- Je suis Henry Bass ! clama le chenapan en question avec le même petit sourire au coin des lèvres, enrobées de crème pâtissière.

Blair roula des yeux au ciel mais ne pu empêcher l'ombre d'un sourire sur sa bouche également devant le but manifestement atteint par Henry, très content de lui-même d'avoir gagné un baiser de la part d'Héléna.

Nul doute qu'il avait hérité de leur caractère et de leur attrait pour les machinations, sans parler du charme de son père.


Vendredi 19 oct 2018 : 00h34

La limousine se gara le long de trottoir et Chuck en descendit tandis qu'Arthur s'occupait de son bagage.

- Bonne nuit Monsieur, dit le chauffeur après avoir déposé sa valise au-dessus des marches du perron.

- Bonne nuit Arthur, le salua le propriétaire de la demeure.

Elle serait bonne, assurément. La meilleure depuis six longues nuits sans elle.

Il glissa sa clef dans la serrure et entra silencieusement dans la maison endormie. Il poussa un soupire d'aise d'être enfin chez lui.

Chez lui, pas dans une suite cinq étoiles avec room service, mais tout simplement chez lui, là où il devait être, avec sa famille. Ces mots n'avaient jamais eu autant de signification que depuis qu'ils vivaient là, avec Blair.

Blair.

Il ôta sa veste et ses chaussures et attaqua la montée des marches qui menaient à leur chambre deux par deux. Mais avant de s'y rendre, il fit un détour par celle de leur fils.

Henry était bien entendu au pays des songes à cette heure de la nuit et il s'approcha précautionneusement pour ne pas le réveiller. Le petit homme ressemblait à un ange et enlaçait son lapinou.

Chuck ne pu résister à la tentation de relever une mèche de ses cheveux, de couleur identique aux siens.

- Papa, tu es là, murmura l'angelot d'une voix ensommeillée en soulevant péniblement une paupière.

Le jeune homme se mordit la lèvre inférieure.

- Oui, c'est moi, chhuuut, rendors-toi, répondit-il en l'embrassant sur le front.

Le polisson agrippa plus étroitement son doudou et frotta sa joue contre l'oreiller pour reprendre son rêve là où il l'avait laissé.

Le jeune père quitta la pièce, non sans se retourner une dernière fois sur le seuil, sa silhouette, dessinée dans l'embrasure de la porte, projetant une grande ombre sur le sol.

Il se dirigea ensuite vers sa destination première. Il tourna doucement la poignée et pénétra dans leur chambre. Il s'arrêta un instant, subjugué par la vision qui s'offrait à lui. Il pouvait distinguer le corps parfait de Blair allongée sur le lit grâce à la lumière des bougies disséminées ça et là.

- Bonsoir, susurra-t-elle en levant ses yeux de biche sur lui.

Il déglutit et la rejoint sur le matelas en une fraction de seconde, ses lèvres dévorant déjà les siennes.

- Tu m'as manqué, chuchota-t-il contre la peau de son cou alors que sa bouche descendait vers la vallée de ses seins, mis en valeur par le déshabillé noir en dentelle qu'elle portait et que les mains expertes de Blair dénouait sa cravate, puis s'insinuaient sous sa chemise.


Vendredi 19 octobre 2018 : 2h05

- Content de ton voyage ? demanda Blair, ses cheveux emmêlés restant dans le creux de l'épaule de l'homme de sa vie.

- Oui, et encore plus de mon retour, marmonna-t-il à son oreille.

Elle sourit, elle avait donné l'ordre à Arthur de l'informer dés que le jet aurait atterri sur le tarmac et de prendre son temps pour le trajet retour.

Ainsi, elle avait pu tout orchestrer pour son arrivée à la maison.

Elle réfléchit un instant à la manière de lui présenter la chose. Elle y avait pensé pendant toute la semaine de son absence mais n'avait toujours pas trouvé la manière appropriée d'aborder le sujet.

C'était un sujet plus que délicat et elle n'ignorait pas qu'elle devrait user de diplomatie et d'arguments constructifs pour contrer son à priori.

- Je suis invitée à la baby shower de Pénélope dans une quinzaine de jours, l'informa-t-elle sur son ton le plus innocent, qu'il reconnut immédiatement.

Elle sentit tous les muscles de son corps se raidir.

Ok ! Inutile de tergiverser, ils étaient revenus au point où ils avaient laissé la conversation la dernière fois.

- Chuck, soupira-t-elle en faisait sa petite moue.

- Blair, répondit-il déjà sur la défensive.

Il savait où ça allait inévitablement les mener.

- S'il te plaît, Blair. Je viens à peine de rentrer et je n'ai pas envie de me disputer.

- Moi non plus je ne veux pas me disputer, au contraire.

Elle roula sur le côté, de manière à poser sa joue sur son torse et passa un de ses bras autour de ses hanches.

- Je te promets que je respecterai scrupuleusement chaque recommandation médicale sans me plaindre et sans râler.

Il ne put réprimer un petit rire étranglé.

- Ok ! roula-t-elle des yeux au ciel. Je ferai de mon mieux en tout cas.

- Tu sais que le problème n'est pas là. Si jamais ...

Il entrelaça ses doigts aux siens.

- Je ne m'en remettrais pas si je devais te perdre, reprit-il d'une voix plus assurée. Et qu'est-ce que je ferais seul avec Henry ? Et avec cet autre bébé ? Je ne veux pas qu'ils finissent comme ...

- Toi, termina-t-elle pour lui.

Il acquiesça et elle resserra son étreinte autour de lui. Elle savait que l'expérience de la césarienne en urgence restait gravée dans sa mémoire et dans son cœur malgré le temps qui passait, ajouté au traumatisme de sa propre naissance, ou à ce que Bart lui en avait laissé croire.

Elle avait déjà abordé la question plusieurs fois avec lui, du bout des lèvres, puis de plus en plus explicitement au fur et à mesure que son désir de maternité se renforçait en elle.

Quand elle avait reçu le faire part et l'invitation pour célébrer la future venue du second enfant de son ancienne sous-fifre, mariée à un homme politique influent, elle avait eu l'impression de recevoir une gifle en plein visage. Et cela n'avait fait qu'accroître le vide qu'elle désirait combler dans ses entrailles.

- Aucun de vous ne me perdra ! affirma-t-elle. Tu as entendu ce qu'a dit le professeur Lockwood. Ça n'est pas forcément parce que ça m'est arrivé une fois que cela se reproduira pour les grossesses suivantes. Et on a toujours dit qu'on aurait plusieurs enfants.

Chuck ferma les paupières. Il aurait été plus qu'heureux d'accueillir un autre bébé, un frère ou une sœur pour Henry. C'était vrai qu'ils ne désiraient pas un enfant unique. Mais le risque était si grand, trop grand, son estomac se contractait à cette simple idée.

Cependant, il lui était de plus en plus difficile de lire la peine dans les prunelles noisette de Blair à chaque fois qu'ils croisaient une futur maman ou un nourrisson dans une poussette. Ce qui bien sûr, ne manquait pas dans l'entourage lorsqu'on avait soi-même un enfant de cinq ans qui fréquentait la maternelle, les terrains de sport junior et quasiment toutes les pleines de jeux de ce côté du parc.

Il n'ignorait pas qu'elle avait déjà évoqué cette situation hypothétique et prit ses dispositions avec Eléanor pour WD. Sa belle-mère avait subtilement aiguillé leurs derniers échanges en sa présence vers les lignes spéciales femme enceinte et bébé de sa création.

Le message était clair comme de l'eau de roche même si les deux codirectrices se contentaient de parler chiffon d'un air totalement dégagé et bien sûr, sans la moindre allusion aux désirs de son épouse.

Blair sentit une faiblesse dans son jeu et passa à l'attaque sans le moindre remord.

- Si tu venais avec moi chez notre éminent spécialiste, tu pourrais lui poser toutes les questions que tu souhaites et tu verrais qu'il n'y a pas le moindre danger pour moi. Les risques d'éclampsie ne se reproduisent pas automatiquement d'une grossesse à l'autre. Et puisque on a déjà été confronté à la situation, on sera deux fois plus vigilant et l'obstétricien que nous avons fait venir aussi.

Après le cauchemars de la dernière fois, Chuck avait fait fermé le cabinet du gynécologue qui avait suivi Blair. Le Docteur Bergman avait été obligé de quitter Manhattan pour pouvoir continuer à exercer car son mari l'avait carrément menacé de le faire rayer de l'ordre des médecins.

Elle avait ensuite été suivie par un professeur renommé fraîchement débarqué de l'Utah qui s'était installé bien volontiers dans l'État de New York et surtout dans l'Upper East Side, après y avoir été généreusement invité par le CEO de Bass industrie en personne qui se faisait fort de lui établir une clientèle en un simple claquement de doigts.


Samedi 30 mars 2019 : 15h59

- Les alliances, s'il vous plaît, requit le pasteur en se tournant vers le témoin du marié.

Ce dernier revint à la réalité, il n'avait même pas entendu la moitié de la cérémonie. Il sortit le boîtier de la poche de son pantalon et tendit les anneaux à son meilleur ami, se fustigeant intérieurement.

Mais, impuissant, son esprit s'évada à nouveau tandis que Nate prononçait ses vœux devant l'assemblée entière, ses yeux azur plongés dans ceux, humides d'émotion, de sa dulcinée.

Chuck nota à peine Lily qui essuyait une larme à la vue de sa petite fille unie pour le meilleur à Nathaniel Archibald.

Deux fois plus vigilant ! La bonne blague !


Vendredi 29 mars 2019 : 17h54

Chuck sentit une goutte de sueur couler le long de sa colonne vertébrale. Il était totalement incapable de détacher ses pupilles de l'écran.

Blair agrippa sa main, le choc courant à travers son corps, mais il ne répondit pas à la pression de sa paume contre la sienne.

- Vous ... vous ... êtes certain ? questionna-t-elle pour la deuxième fois en adressant pratiquement un regard de supplication au professeur Lockwood.

Mais ce dernier hocha la tête pour la seconde fois en moins de cinq minutes. Il comprenait que la nouvelle bouleverse les parents. Ce n'était pas la première fois qu'il devait faire ce genre d'annonce.

- Tout à fait certain, reprit-il avec sérieux. Vous pouvez constater vous même qu'il y a deux poches et donc deux fœtus. Visiblement ce sont des monozygotes, plus communément appelé « vrais jumeaux » car on ne distingue qu'un seul placenta, mais à confirmer par la suite. Il faut souvent attendre l'accouchement, parfois même procéder à un test ADN, pour être réellement fixé. Sauf s'ils sont de sexes différents, bien entendu.

Le spécialiste connaissait l'histoire de son prédécesseur et il n'avait aucune intention de suivre ses traces. Aussi ne prenait-il pas ça à la légère. D'autant que la maman avait un historique de pré-éclampsie et d'hémorragie post-partum.

Il était donc évident que cette grossesse gémellaire devrait être suivie avec le plus grand soin et la plus grande prudence. Il avait d'ailleurs pris les devants sans rien savoir de l'état de la situation présente en fixant un sonogramme dés la grossesse confirmée par le laboratoire d'analyses et ce, avant la date prévue par la protocole officiel. Il en était fort aise à présent.

Les parents, eux, étaient complètement chamboulés par la nouvelle. Particulièrement le père.

Le médecin se remémora les discussions qu'ils avaient eues à plusieurs reprises concernant une nouvelle grossesse. Il avait parfaitement compris que la future maman était bien plus partante pour une nouvelle aventure que son mari, même si c'était sa vie à elle avait été mise en péril lors de la venue au monde par césarienne en urgence de leur fils de cinq ans.

Il avait rassuré le jeune père de son mieux, lui expliquant, qu'effectivement les complications auxquelles ils avaient dû faire face n'entraînaient pas une répercussion automatique, ni un plus grand pourcentage de risques sur les naissances suivantes.

Cependant, il était plus que probable que celles-ci se feraient de la même manière également mais ça n'auraient rien à voir avec les conditions de celle qu'ils avaient vécue précédemment car elle serait minutieusement prévue et pratiquée par ses soins.

- Maintenant, il est sûr à cent pour cent que nous procéderons par césarienne. Je programmerai celle-ci environs deux semaines avant le terme de la gestation, qui devrait tomber aux alentours du cinq octobre prochain selon les informations que j'ai ici, ce qui place l'intervention un peu avant fin septembre.

- Quoi ? se récria Chuck, parvenant enfin à décoller ses yeux de l'image de ses enfants pour les poser, brûlant de menaces, sur le professeur.

- Les jumeaux viennent naturellement prématurément, expliqua-t-il en tentant de ne pas se laisser impressionner au point d'en perdre son latin. Le corps des humains n'est pas spécialement conçu pour avoir plus d'un spécimen à la fois, même si cela ne pose aucun problème, précisa-t-il tout de suite. Votre femme est cependant fluette et petite, nous les garderons donc à l'intérieur le plus longtemps possible mais il faudra qu'elle respecte scrupuleusement mes recommandations.

Blair sentit son mari flancher à ses côtés et pria en silence pour qu'il ne s'effondre pas à cette nouvelle information.

Elle avait mis des mois à le convaincre d'avoir un autre bébé et voilà qu'ils devraient gérer d'autres conditions particulières.

Chuck carra la mâchoire et se cramponna aux phalanges de son épouse comme s'il la perdait déjà. Il n'aurait jamais dû accepter de retenter l'expérience. Elle avait bien failli en mourir la première fois. Il aurait dû lui tenir tête et ne pas prendre en considération son argumentaire et ses suppliques, ni écouter son propre désir d'être père à nouveau.

Il était juste si égoïste !

- Monsieur Bass, je peux vous assurer que je réduirai les risques au maximum et ...

- Vous aviez dit qu'il n'y aurait pas de risque ! tonna-t-il, furieux conte le spécialiste et contre lui-même pour avoir une nouvelle fois mis la vie de la femme qu'il aimait en danger.

- Et c'est le cas, c'est juste que je préfère utiliser le principe de précaution. Les grossesses gémellaires sont toujours un peu plus délicates que les autres, c'est tout. Votre épouse sera suivie selon un protocole très stricte que j'établirai moi-même. Vous m'avez fait confiance jusque ici et j'espère bien que vous continuerez.

- Je faisais aussi confiance au Docteur Bergman, lança-t-il avec hargne.

- Et c'est pour ça que vous vous êtes tournés vers moi. Je suis venu ici parce que vous m'y avez encouragé, ne l'oubliez pas.

Le jeune homme sembla méditer ses paroles quelques instants.

Le seul à blâmer était lui-même de toute façon.

- Est-ce qu'on peut entendre leurs cœurs ? questionna Blair dans l'espoir d'entendre vivre les fœtus qui grandissaient en elle et d'apaiser quelque peu la tension de Chuck par la même occasion.

- Bien sûr, accepta le spécialiste, trop heureux de pouvoir échapper au regard d'aigle du père des bébés.

Il tourna la molette et l'image disparue de l'écran pour laisser entendre leurs battements cardiaques.

Blair lutta contre les larmes qui lui montaient aux yeux. Elle pourrait entendre ce son des centaines de fois sans jamais s'en lasser. La main de son mari se relaxa un peu autour de la sienne et il se laissa également emporter par le rythme galopant qui attestait de l'existence de ses enfants.

Il ne pouvait plus faire marche arrière à présent. Il devrait juste s'appliquer à les protéger de son mieux. La seule chose dont il doutait, c'était d'en être réellement capable. Il savait qu'il y avait bien plus puissant que Chuck Bass ici bas et il ne pouvait qu'espérer qu'il ne perdrait aucun des êtres qu'il aimait déjà si fort.


Samedi 30 mars 2019 : 16h16

- Vous pouvez embrasser la mariée, déclara le pasteur.

Nate s'exécuta sans se faire prier, sous les applaudissements de l'assemblée.

Chuck félicita chaleureusement son meilleur ami et sa sœur adoptive par une accolade.

Les jeunes mariés traversèrent la foule sous le riz qui pleuvait sur eux et rejoignirent la salle de balle du Palace, préparée pour l'événement sous la houlette de Madame Bass en personne.

Cette dernière glissa son bras sous celui de son mari pour emboîter le pas au couple du jour. Elle non plus ne parvenait pas tout à fait à garder la tête sur les épaules et regrettait amèrement de ne pas partager pleinement la joie de sa meilleure amie et la liesse générale.

Serena et Nate étaient fait l'un pour l'autre et méritaient amplement tout le bonheur du monde. Cependant, elle ne parvenait pas à laisser l'annonce de la veille bien au fond de son cerveau. Elle revenait constamment la titiller.

Bien évidemment, il était exclu de partager l'information avec qui que ce soit aujourd'hui. C'était le jour de S et N et de nul autre. Elle suivit donc l'homme qui faisait battre son cœur à la table d'honneur qu'ils partageaient avec les nouveaux mariés.

Chuck avait préparé un petit discours qu'il lirait tout à l'heure en l'honneur de l'heureux couple et qui retraçait un peu leur parcours depuis qu'ils se connaissaient. C'est à dire depuis toujours.

Le reste de la fête se déroula à la perfection. Le mariée valsa gracieusement avec son père et ses deux frères. Le marié fut presque ému aux larmes par les mots de son meilleur ami. Le repas était tout simplement divin et les vins, des plus grands crus, étaient de velours sur la langue.

Blair, pour sa part, resta à l'eau et au jus de fruit et s'aperçut très vite que son époux la couvait littéralement. C'est à peine s'il la fit danser. Elle connaissait parfaitement la raison qui le faisait agir de la sorte.

Ils quittèrent les lieux à peine après le départ de leurs amis pour leur lune de miel, Chuck prétextant qu'Henry était fatigué, ce que leur fils réfuta farouchement même si ses paupières s'alourdissaient.

Le garçonnet s'endormit sur les genoux de son père sur le trajet retour et il le porta dans son lit, se chargeant de le mettre en pyjama avant de le border soigneusement.