Merci miss-acacia84
Para 39
Lundi 23 septembre 2019 : 15h37
Dorota Kishlovsky sortit du taxi et s'engouffra dans le hall d'accueil de la maternité privée où Blair avait donné naissance à ses jumelles, il y a deux jours.
Elle gagna rapidement la chambre de la jeune femme et frappa à la porte 882.
- Entrez, cria la jeune maman après avoir rattaché la bretelle de son soutien gorge d'allaitement.
Elle était exténuée. Un bébé c'était une chose, mais deux compliquaient le tout bien plus qu'elle ne l'avait prévu. Ça ne collait pas du tout avec le planning supposé.
Lola et Lisa se réveillaient en même temps, criaient famine simultanément et avaient besoin d'être changer au même moment. Heureusement que Chuck était là pour la seconder un peu, cependant il ne pouvait leur donner le sein et il s'occupait déjà d'Henry qui redoublait d'idées toutes plus farfelues les unes que les autres. Il semblait que l'imagination du galopin pour les bêtises soit sans limite.
Elle tentait de ne pas trop le blâmer car elle n'ignorait pas que cela dissimulait en fait un besoin d'attention provoqué par l'angoisse de la venue de ses petites sœurs. Le problème, c'est qu'elle manquait de temps et d'énergie pour se consacrer autant qu'elle aurait dû à son fils aîné.
Elle s'en voulait beaucoup de ses sautes d'humeurs et de sa propension à dramatiser, encore plus qu'à son habitude, les anicroches quotidiennes et somme toute mineures, quand elle y réfléchissait à tête reposée.
Et c'était bien le pire, une fois la tempête hormonale passée, elle se culpabilisait de son comportement excessif mais elle ne pouvait que regretter car elle ne pouvait effacer ce qui avait été fait. Son irritation n'en était que plus exacerbée et elle avait beau se promettre de mieux se contrôler la fois suivante, elle échouait lamentablement.
Le Docteur Sherman, qu'elle était allé consulté à nouveau après avoir découvert qu'elle attendait un nouvel enfant - qui s'était finalement avérer être deux enfants - lui assurait qu'elle devait cesser d'être si dure avec elle-même et renoncer à atteindre la perfection.
Mais quand on s'appelait Blair Waldorf - Bass, la perfection était le minimum du minimum et elle savait qu'elle en était très loin.
La césarienne s'était très bien passée et elle ne pouvait que remercier Dieu pour ça. Chuck ne serait pas remis d'une épreuve similaire à la naissance d'Henry. Pas, après tout ce qu'il avait déjà traversé.
Cependant, d'une certaine manière, c'était bien plus difficile, cette fois, pour elle, car elle devait tout gérer. La dernière fois, elle s'était vue attachée à son lit par l'intermédiaire de fils et de tubes en tous genres, la reliant à des machines.
Les infirmière intervenaient dés que l'électrocardiogramme s'emballait et elle était sous surveillance constante. Chuck et sa mère s'étaient relayés nuit et jour pour qu'elle puisse garder le nouveau-né avec elle dans la chambre.
Cette fois, son mari devait rentré pour s'occuper de leur fils et ne pouvait rester là pour l'assister en permanence. Elle devait se lever malgré le tiraillement des points de sutures de la cicatrice pour atteindre ses filles, lorsqu'elles manifestaient leurs besoins et avec toute la meilleure volonté du monde, elle ne pouvait les allaiter simultanément.
Maudit soit Chuck Bass et ses spermatozoïdes prolifiques ! Car elle était certaine que ce ne pouvait être que de sa seule responsabilité si sa fécondité était si prodigieuse à leur contact.
Elle ne pouvait pas non plus compter sur sa mère en ce moment. On était en plein fashion week et Eléanor devait déjà se charger de tout toute seule à WWD. Non pas que la styliste ne l'ait pas fait pendant des années mais les deux femmes avaient pris l'habitude de travailler en collaboration et elle ne doutait pas que sa mère soit un peu désorientée en son absence à présent. Raison supplémentaire de culpabiliser.
- Miss Blair, s'exclama son employée fidèle en passant le seuil de la chambre.
- DOROTA ! s'écria la brunette.
Elle ne se souvenait pas avoir été si heureuse de la voir.
- Est-ce que tout va bien Miss Blair ? s'inquiéta la Polonaise.
- Maintenant que tu es là, tout ira mieux, déclara sincèrement la maman des jumelles en redressant Lola contre elle pour lui faire faire son rôt.
Lisa se remit à pleurer depuis son lit pédiatrique, impatiente d'obtenir pitance elle aussi. Le leurre de la tututte marchait un temps limité et relativement court. Dorota se précipita pour la prendre dans ses bras.
- Deux bébés demandent au moins quatre bras, énonça la bonne avec évidence.
Elle souleva la petite fille délicatement et l'apporta à sa mère nourricière, se chargeant de faire digérer l'autre.
- Merci Dorota, soupira Blair. Chuck est allé récupéré Henry à l'école et je ne sais pas ...
Elle s'interrompit soudain, au bord des larmes, se sentant totalement dépassée et incapable d'être à la hauteur de la situation.
- Miss Blair, dit doucement sa fidèle amie et domestique en prenant sa main dans la sienne, vous êtes une mère exceptionnelle et il faut juste un peu de temps pour vous adapter. Vous êtes la reine de l'organisation, dans quelques jours, vous maîtriserez tout à la perfection.
La brunette sourit et essuya sa joue d'un revers de main, avant de déclipser à nouveau le bonnet de son soutien gorge pour rassasié Lisa, qui protestait toujours contre l'intolérable attente.
- Maintenant, Dorota est là, tout va rentrer dans l'ordre, ajouta la Polonaise avec un sourire confiant.
Elle s'éloigna pour changer Lola et s'extasia sur la beauté de la petite fée qui répondit à ses paroles par des gazouillements.
Une fois que Lisa eut terminé de boire, elle échangea les bébés et recommença avec cette dernière tandis que Blair berçait sa fille toute propre.
La brunette sentit son cœur s'alléger devant les grands yeux curieux du nouveau-né qui l'observait intensément.
Aucunes d'elles n'avaient le regard de Chuck ou le sien, mais elles avaient le nez et le menton de leur mère et le front de leur père, parfaitement identiques et confirmées monozygotes.
Le bébé tendit ses petits bras vers elle et elle vit sa fille lutter contre la fatigue. Ses paupières devenant de plus en plus lourdes, elle s'endormit bientôt dans ses bras alors que sa sœur faisait de même dans ceux de Dorota qui s'était installée dans le fauteuil à côté d'elle et fredonnait une berceuse polonaise que Blair connaissait bien.
La femme de chambre déposa précautionneusement Lisa dans son lit pédiatrique et la couvrit avant de venir chercher Lola pour l'installée également sur son matelas.
- Maintenant, Dorota veille au grain. Vous dormez aussi ! commanda-t-elle en se rasseyant sur son siège et en sortant de son sac un bouquin à l'eau de rose dont elle raffolait.
La jeune maman obéit sans se faire prier et se perdit dans les songes moins de dix minutes plus tard en écoutant le doux murmure de la voix de sa fidèle domestique qui avait repris sa chansonnette.
Mercredi 25 septembre 2019 : 20h28
Chuck Bass pénétra dans leur chambre, une serviette sur l'épaule et une autre autour de la taille.
Il essuya vigoureusement une dernière fois ses cheveux et jeta le tissu éponge dans le bac à linge qui se trouvait dans un coin de la pièce puis enfila un boxer et son pantalon de pyjama.
La dernière à l'avoir porté était Blair. Elle avait conservé le même schéma à chaque fois qu'elle avait été enceinte.
Bien qu'elle ait quantité de nuisettes et robes de nuit de grossesse toutes plus affriolantes les unes que les autres, du moins de son point de vue à lui, quand venait de moment de se laisser emporter par le sommeil, elle préférait se glisser dans ses pyjamas soyeux jusqu'à ce qu'ils soient trop étroits pour y faire entrer son bedon plein de la vie de leurs enfants.
Évidement pour les jumelles, elle n'avait pas mis très longtemps avant d'abandonner le pantalon pour ne porter que le dessus. Elle avait à peine dépasser le quatrième mois quand elle avait constaté avec effarement qu'il lui était impossible de remonter l'élastique qui ceinturait la taille plus haut que ses hanches, et encore, à peine.
S'en était, bien entendu, suivi une crise de larmes existentielle qu'il avait mit bien du temps à apaiser à force de convictions qu'elle était la plus belle des femmes enceintes qu'il n'ait jamais vues. Elle avait fini par revêtir uniquement le haut et s'était endormie au creux de ses bras, blottie tout contre lui.
Chuck respira la soie pourpre, il pouvait encore sentir l'odeur de son épouse sous celle du détergeant et de l'adoucissant que Dorota utilisait pour la lessive. Il ferma les paupières et se laissa emporter par l'arôme l'espace d'une minute.
Demain, elles rentreraient à la maison et toute sa famille serait sous son toit. Demain, elle se collerait à nouveau à lui pour se laisser dériver vers les limbes. Demain, leur lit ne lui semblerait plus désespérément vide et froid. Demain, il pourrait se laisser glisser dans ses songes, le nez enfouit dans le creux de sa nuque au milieu de ses boucles brunes.
Un grondement sourd le fit soudain sursauter, le sortant de sa rêverie. Ses sens s'alertèrent immédiatement, cherchant la cause du vacarme et un hurlement strident provenant de l'étage supérieur lui en indiqua la provenance exacte.
Il grimpa les escaliers vers les combles quatre à quatre, le cœur battant et se précipita dans son bureau pour y trouver son fils assis par terre, en pleurs, frottant son bras gauche tandis que le meuble de la bibliothèque était renversé et son contenu dispersé sur le sol.
- Henry !
En un clin d'œil, il fut auprès du petit homme haut comme trois pommes dont les joues étaient trempées de larmes et intima à Monkey, qui avait accouru en même temps que lui dans la direction du tohu-bohu et des cris de son petit maître, de se coucher.
Le petit gnome leva les yeux vers lui et hoqueta, rassuré de voir son père. Il tendit ses deux bras vers lui et Chuck le serra contre son cœur qui galopait toujours comme un fou dans sa poitrine. Il le serra si fort, qu'il pu sentir celui de son fils qui courrait comme un dératé également.
Henry hoqueta encore plusieurs fois avant de reprendre son souffle tandis que Chuck inspectait la pièce du regard.
Sa chaise de bureau était contre le mur opposé et les livres et bibelots, certains brisés, gisaient au sol comme dans une traînée de poudre.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-il.
Son fils était censé être couché depuis une bonne demi-heure. Il lui avait lu une histoire et avait laissé la veilleuse allumée avant de gagner la salle de bain pour prendre sa douche.
- Je voul ... hic ... Je voulais ... hic
- Henry, calme toi d'accord ? Tu as mal quelque part ?
Le garçonnet fit un signe de tête et montra son avant bras gauche qui était tout râpé, brûlé par le frottement sur le tapis persan, disposé devant le bureau en cerisier.
Chuck souffla légèrement sur la peau abîmée et s'écarta un peu de son fils pour s'assurer qu'il n'avait aucune autre blessure. Ce dernier essuya ses yeux d'un revers de main et baissa la tête.
- Tu as utilisé ma chaise pour grimper sur l'étagère, déduisit son père en assemblant les éléments qui s'exposaient à sa vue.
Les objets désordonnés semaient le chaos dans l'endroit mais d'après leur disposition une seule conclusion s'imposait.
Henry abonda cette fois dans son sens d'un hochement de tête.
- Elle a roulé et je me suis rattrapé à la bibliothèque, expliqua-t-il, un peu honteux d'avoir saccagé l'espace de travail de son père.
- Mais enfin, qu'est-ce que tu cherchais là ? gronda ce dernier, qui se remettait lentement de ses émotions.
- Je voulais voir mon livre, avoua le gamin.
- Ton livre ? Quel livre ?
- Celui de quand j'étais dans le ventre de maman, expliqua Henry qui sortait à présent de sa frayeur lui aussi et commençait à réaliser le pétrin dans lequel il s'était fourré.
Il savait parfaitement qu'il n'était pas censé se trouver là, il était censé être dans son lit, où son père l'avait laissé après lui avoir souhaité bonne nuit.
C'était le même rituel que tous les soirs, même si sa maman ne dormait pas à la maison. Il avait été soulagé le soir après leur arrivée, quand il l'avait ramené ici avec lui. Ça voulait donc dire qu'il ne resterait pas habiter chez ses grands-parents. Sauf que sa mère était restée à l'hôpital.
Son papa lui avait promis qu'elle reviendrait bientôt avec ses sœurs mais elle lui manquait beaucoup et il trouvait le temps trop long même s'ils s'amusaient bien rien que tous les deux. Il avait eu le droit de venir jouer et dessiner ici pendant que son père s'absorbait le nez dans son ordinateur, alors que l'endroit lui était normalement interdit.
Il aimait beaucoup faire semblant de travailler comme s'il dirigeait lui aussi Bass Industrie, il griffonnait des tas de lettres et de chiffres qu'il avait appris à l'école sur des feuilles et traçait des colonnes identiques à celles qu'il avait aperçues dans les dossiers que consultait le président-directeur-général.
Il ne savait pas trop ce que ça voulait dire mais en tout cas, c'était un mot très, très long et il y avait une plaque en or sur la porte de son bureau à Bass Industrie. Il avait eu l'occasion d'y aller quelques fois et il avait été très impressionné par la manière dont tout le monde se comportait envers son papa.
Et puis, un général, c'était quelqu'un qui dirigeait une armée non ? Ce qui le laissait deviner à quel point son papa était fort, parce qu'il avait plein de soldats rien qu'à lui, et aussi qu'il était président, sauf qu'il ne savait pas de quel pays.
Ce qui en cet instant n'était pas bon pour lui, en fait.
Chuck observa la bouille dépitée de son petit homme et soupira, puis se releva et l'attrapa sous les aisselles pour le porter hors de la pièce en veillant à ne pas se couper la plante des pieds sur un bout de verre. Plusieurs cadres disposés sur l'étagère devraient être remplacés.
Il posa le gnome près de Monkey et referma la porte, laissant à Dorota le soin de nettoyer et de tout remettre en ordre le lendemain.
- Ton livre n'est pas là, il est dans ta chambre ! Et tu devrais y être aussi, dans ton lit, précisa-t-il.
- Si le livre est là, j'ai vu maman le ranger avant que je n'aille dormir chez Papybart, répondit Henry.
Le cœur de Chuck se stoppa un instant, l'empêchant de réagir rapidement quand le petit monstre rouvrit la porte pour se précipiter à nouveau à l'intérieur dans l'intention de récupérer l'objet tant convoité.
- Henry ! cria-t-il sans pouvoir le rattraper car il était déjà au milieu du fatras alors que lui-même était pieds nus.
Heureusement le schtroumpf avait chaussé ses pantoufles en quittant son lit.
- Tu vois ! triompha-t-il en lui montrant le scrapbook qu'il venait de ramasser parmi les objets qui jonchaient le sol.
Il revint vers son père avec un air de victoire mais son sourire se figea devant l'expression peinte sur le visage de l'adulte. La crainte le gagna, pas la même que la frousse qu'il avait eu quand il avait senti le meuble basculer sous son poids, mais quelque chose de beaucoup plus viscéral.
Il n'avait encore jamais vu le regard que son paternel arborait en cet instant et ça le glaça jusqu'au os.
Son papa n'était jamais vraiment fâché contre lui, même quand il faisait de grosses bêtises.
Comme quand il avait entreprit de donner à Monkey le rôti que Dorota avait préparé à l'occasion du repas avec toute la famille pour son anniversaire, afin que son meilleur ami participe à la fête lui aussi.
Sa maman avait été furieuse, mais son papa avait ri sous cape et avait simplement envoyé Dorota chez le traiteur. Il lui avait aussi évité une énorme punition en argumentant qu'il s'agissait après tout de son anniversaire et qu'il était donc libre d'inviter à y participer qui il voulait, même s'il s'agissait de leur chien.
Sa maman avait fini par céder et il avait tout de même pu aller à son entraînement de base-ball le mercredi suivant. Au final, il avait récolté plusieurs jours sans télévision et avait dû aider Dorota à mettre la table pour s'excuser.
Son papa était toujours de son côté.
Sauf que cette fois, ça ne semblait pas être le cas. Ses yeux le piquèrent soudain. Sa maman était très souvent en colère contre lui ces derniers temps et s'il ne pouvait plus compter sur l'appui de son complice alors il ne savait pas ce qui allait advenir de lui.
Chuck vit s'embuer les prunelles de son fils et tenta de maîtriser l'émotion qui venait de le submerger. Il n'avait pas anticipé que cela arriverait si tôt et il n'était pas certain d'être capable d'affronter ça sans Blair à ses côtés.
Il respira profondément pour apaiser son cœur, qui saignait tout à coup à nouveau si fort dans sa poitrine, prit dans un étau. Il ne pouvait pas reculer. Prêt ou pas, il refusait de mentir à Henry. Jamais. Et certainement pas quand il s'agissait d'une chose aussi importante.
- Papa ? questionna le gamin d'une voix un peu tremblante.
- Viens, là ! commanda son père, espérant réussir à camoufler les trémolos dans la sienne.
Le gamin obéit et s'avança vers son paternel, retenant ses larmes et avalant sa salive malgré sa gorge qui se resserrait.
Chuck lui prit le livret des mains et referma la porte. Cette fois Henry n'envisagea même pas de la rouvrir.
Son papa s'assied sur le sol et appuya son dos contre le mur, à côté de Monkey qui voulut lui faire une lèche mais il le repoussa d'un geste, sans brusquerie.
- Assied-toi ! ordonna-t-il d'une voix blanche.
Le gamin s'exécuta et sentit son cœur lui faire mal quand il vit une larme rouler sur la joue de son père.
Il n'avait jamais imaginé qu'il puisse pleurer. Il était le plus fort du monde, qui avait plein de soldats et était président d'un pays tout entier. La culpabilité l'envahit à l'idée qu'il soit responsable de sa tristesse.
Le jeune homme écrasa sous ses doigts la goutte d'eau salée qui s'était échappée, bien malgré lui, de son œil. Il s'éclaircit la trachée puis ouvrit le scrapbook qu'il n'avait pas feuilleté depuis plusieurs années Le temps filait si vite. Il était si concentré sur la grossesse de Blair et obnubilé par la manière dont s'était déroulée la naissance d'Henry qu'il n'avait pas eu le courage de soulevé cette couverture là.
Son fils posa une main sur son bras et il sentit un frisson le parcourir de la tête aux pieds. Il passa un bras autour de ses épaules pour le coller plus contre lui et l'embrassa sur le dessus du crâne.
Le petit garçon en fut soulagé. Son papa ne le détestait pas. Il l'observa et vit une autre gouttelette perler au coin de ses cils.
- Je suis désolé, s'excusa-t-il, penaud.
- Ce n'est pas ta faute, répondit son père d'une voix rauque. Tu t'es trompé, c'est tout. Ce n'est pas ton carnet, le tien est bien dans ta chambre, sur l'étagère, derrière ton rhinocéros.
Le garçonnet observa le livret crème et se rendit compte que ce n'était pas le même dessin que d'habitude sur la première page. La couleur n'était pas exactement la même non plus, bien que dans les mêmes tons. Et ce n'était pas les lettres de son prénom que sa maman avait tracées de son écriture penchée. Ce n'était pas non plus celui d'une des jumelles car les leurs étaient bleu lavande.
Il fronça les sourcils, image identique à son paternel quand il faisait cette mimique.
Si ce n'était ni à lui, ni à ses sœurs, alors à qui ?
- Avant toi, maman a eu un autre bébé dans son ventre, l'éclaira son papa.
Henry ouvrit la bouche de surprise. Il croyait être le premier. Être le grand frère, pas le petit.
- Où il est ? questionna-t-il inquiet. Est-ce qu'il est parti vivre ailleurs à cause de moi ? Est-ce que je vais devoir partir moi aussi, maintenant que vous avez d'autres bébé ?
Chuck dévisagea son fils, interloqué quelques secondes, avant de comprendre ce qui se passait dans son petit cerveau toujours en effervescence. Ce sujet là était bien plus aisé à aborder.
- Tu n'iras nulle part, tu resteras ici, affirma-t-il. Ce n'est pas parce que tes sœurs sont arrivées qu'il n'y a plus de place pour toi. Il y a assez de place dans nos cœurs et dans notre maison pour vous tous. Et si ce n'était pas le cas, on en achèterait une plus grande. Jamais, on ne se séparera de toi. Tu es notre fils, tu comprends ?
Le galopin l'observa, soulagé mais hésitant.
- Est-ce que tu ne peux pas aimer maman et moi en même temps ? Et encore Mamily, Mamilor, Mamiève et Papybart, Papyrus, Papyrol ainsi que Pépérom et Rufus ? Et même tonton Éric, ton parrain, ta marraine, ton cousin et aussi Dorota ?
- Et Monkey ! ajouta Henry qui avait finalement comprit.
Il tendit sa main pour obtenir une léchouille bien baveuse et sourit, le cœur plus léger, rassuré par les propos de son père.
- Mais où est le bébé, alors ? interrogea-t-il, revenant au livret que Chuck tenait toujours dans ses mains.
- Il est au ciel, avec les anges, répondit-il, obligeant les mots à rouler sur sa langue et à franchir ses lèvres le plus posément possible.
- Au ciel ? répéta le garçonnet.
- On a eu un très grave accident de voiture avec ta maman avant qu'il ne sorte de son ventre et le bébé a été blessé, très fort. Alors son cœur s'est arrêté et il s'est endormi pour toujours.
Henry posa son petit index sur la forme floutée du bébé dans le ventre de sa maman.
Sa maîtresse leur avait parlé des personnes qui partent ailleurs quand le papa de Jérémy était mort dans un accident de voiture, lui aussi. Elle leur avait également expliqué les règles de sécurité.
- Est-ce que mon grand frère veille sur moi depuis les nuages ?
- Oui, souffla Chuck avant de clore ses paupières et d'embrasser à nouveau le sommet de son crane.
Il remercia le ciel de ne pas lui avoir pris un autre de ses enfants et fut reconnaissant qu'Henry comprenne si facilement.
Les petits doigts agiles tournèrent la page, le reste du carnet était blanc et ça lui causa un choc.
- C'est pour ça que je dois toujours m'asseoir sur mon rehausseur et qu'Arthur ne démarre jamais le moteur avant que je sois bien attaché ?
- Oui, acquiesça son père, souriant cette fois à l'intelligence de son fils.
- Comment il s'appelle ?
- Bradley.
- Si je lui parle dans ma tête, il m'entend ?
- Je crois, répondit son père.
- Tu lui parles, toi ?
- Ça m'arrive, oui.
- Et maman aussi ?
- Maman aussi, assura-t-il, certain que son épouse pensait, tout comme lui, à leur tout premier enfant au détour d'une remarque, d'un souvenir, d'une idée, qui passaient par là de temps à autre dans leur quotidien.
Il referma le livret et ôta son bras des épaules de son fils pour se relever.
Henry l'imita, frottant à nouveau son bras meurtri.
- On va mettre quelque chose là-dessus, dit son papa en le prenant par la main pour redescendre à l'étage inférieur, Monkey sur leurs talons.
Le garçonnet grimaça un peu quand le désinfectant picota légèrement sa peau enflammée puis tira la manche de son pyjama de soie sur le grand pansement apposé.
- Papa ?
Chuck relava la tête et rencontra des yeux marrons, identiques aux siens.
- Je peux dormir avec toi ?
- Tu ne vas pas faire pipi dans mon lit ? le taquina son père.
- Papa, j'ai plus deux ans ! bouda Henry alors qu'une moue semblable à celle de Blair se dessinait sur sa bouche.
Chuck ne put réprimer un sourire à cette similitude d'eux deux qu'il pouvait lire en son fils. «Toi et moi en un seul petit être » susurra la voix de sa femme à son oreille.
- Alors, je peux ? s'impatienta leur rejeton.
- Tu peux, accepta le brun ténébreux.
Le gnome sauta du couvercle du wc où il était assis et couru jusqu'à la chambre de ses parents.
- Doucement ! cria son père.
Il y avait déjà eu assez de dégâts pour la soirée.
Quand il souleva la couette, Henry était déjà roulé en boule dessous.
Dés que son père se fut installé, il se tortilla comme un verre pour venir se blottir contre lui.
Chuck l'enserra dans ses bras, trop content de ne pas dormir seul cette nuit, lui aussi.
- Bonne nuit papa, murmura le petit sacripant d'une voix déjà ensommeillée.
- Bonne nuit Henry, répondit-t-il en le collant encore un peu plus à lui après avoir éteint la lumière.
- Bonne nuit Brad, ajouta le gnome, dérivant déjà vers les limbes.
- Bonne nuit Brad, chuchota Chuck du fond de son cœur.
