Merci miss-acaci84 & Moozanna
Para 40
Mercredi 24 juin 2026 : 7h09
Chuck ouvrit une paupière et se redressa d'un bond.
Blair sentit le matelas tressauter sous elle et se retourna vers son mari.
- Chuck ?
- Mon réveil n'a pas sonné, expliqua-t-il en se levant pour se ruer dans la salle de bain.
Il avait réunion avec tout le staff pour leur prochain projet de complexe hôtelier situé à Pulukan. Il bossait là-dessus depuis plusieurs mois et avait fini par décrocher le contrat au nez et à la barbe de Maculski. Le vieil Irlandais en avait pratiquement fait une crise cardiaque. Restait maintenant à régler toute la paperasse puis toutes les autorisations locales, sans omettre la supervision de l'avancement des travaux, qui commenceraient fin de l'année si tout allait bien.
Il se lava rapidement le visage, se brossa les dents, se rasa et se coiffa avant de passer dans le dressing pour y sélectionner une chemise et un costume, ainsi qu'une cravate. Il trouva un Armani légèrement cendré et une Thuillier rayée bleu et blanc avec les accessoires coordonnés préparés pour lui.
Il sourit. Sa femme était la meilleure. Et la plus belle !
Il s'habilla en toute hâte et réfléchit à une manière de la remercier d'être elle, tout simplement. Il pourrait l'emmener dîner à l'Artusi ce week-end. Il faudrait juste qu'il voit avec Dorota si elle pouvait rester pour les enfants.
Il pivota sur lui-même pour la rejoindre dans la salle d'eau.
- Blair, est-ce qu...
Chuck laissa sa question en suspens à la vue de son épouse qui essuyait une larme sur sa joue.
- Hé, mais qu'est-ce qui se passe ? s'inquiéta-t-il immédiatement.
Elle tourna son visage vers lui et lui fit un petit sourire qu'elle voulait rassurant.
Mais, il était tout sauf rassuré.
Sa première pensée alla directement à leur bébé perdu. Ça faisait des années qu'elle parvenait à passer le cap du 15 juin, elle ne pouvait pas rechuter maintenant tout de même ?
- Blair, chuchota-t-il en passant ses bras autour de sa taille.
- Maman ! hurla Henry en courant dans les escaliers.
Elle s'éclaircit la gorge et respira un bon coup, avant de poser sa main sur celles de son mari afin de dénouer ses phalanges entrecroisées dans son dos.
- Je suis là, répondit-elle à son fils qui se ruait déjà dans la chambre de ses parents.
Elle y avait à peine fait un pas, à son tour que l'aîné de ses enfants exprimait déjà ses doléances.
- Maman, Lisa a pris mon iPode et elle ne veut pas me le rendre.
- C'est pas moi, c'est Lola, se défendit sa sœur de six ans, qui avait suivi son frère, abandonnant elle aussi la table du petit déjeuner, sachant qu'il allait aller raccuspoter et qu'elle allait certainement en faire les frais.
- Non, j'ai rien pris ! se récria sa jumelle.
- Si c'est toi, l'accusa Lisa.
- Nan.
- Si.
- Maman ! plaida Henry.
- STOP ! résonna soudain la voix de leur père depuis la salle de bain.
Les jumelles se figèrent et leur frère sourit.
- Papaa ! s'écria joyeusement son fils.
Maintenant, il savait qu'il aurait gain de cause. Seul contre les filles, il n'avait pratiquement aucune chance auprès de sa mère. Elle utilisait toujours l'argument qu'il était le plus grand pour le faire céder et c'était profondément injuste ! Mais quand son père était là, il faisait pencher la balance du côté des garçons.
Chuck entra dans la chambre à son tour et croisa les bras, dardant un regard de mécontentement sur toute l'assemblée.
Il vit Lisa cacher ses mains dans son dos et tenter un retrait en douceur et l'arrêta immédiatement.
- Reste-là, tonna-t-il à son intention.
La gamine grinça des dents.
- Approche !
Elle s'exécuta, il était trop tard pour échapper à la punition à présent.
- Donne-moi ça ! commanda son père.
Il vit une moue boudeuse se dessiner sur le visage de sa fille aînée et sa lèvre inférieure trembler légèrement.
- Inutile, asséna-t-il. Ça ne marchera pas.
Les yeux de Lisa virèrent au gris acier et il fut encore une fois frappé par la ressemblance des iris des jumelles avec celles de son propre père.
- Élisabeth ! la prévint-t-il une dernière fois en ouvrant sa main devant elle.
Elle fourra l'iPode de son frère dans la main de son père en soufflant.
- Combien de fois, il faut te dire de ne pas prendre les objets qui ne t'appartiennent pas ? la tança Chuck.
La question était rhétorique et avait été prononcée sur un ton posé, mais ses prunelles étaient bien trop foncées et la mécréante n'osa pas faire de crise de larmes de crocodile, comme elle en avait l'intention de prime abord.
Lisa ne pensait pas que son père était là. Il partait toujours tôt le matin, avant l'école et elle croyait que sa mère serait seule. Elle arrivait en général à obtenir victoire avec quelques pleurnicheries, mais c'était quand il était absent.
- Je suis désolée, s'excusa-t-elle.
- Pas à moi, à ton frère, gronda Chuck.
- Je te demande pardon, Henry, récita sa sœur sans en penser un mot.
- Lisa ! intervint la voix de son père.
- Pfff, je ne prendrai plus tes affaires, soupira la morveuse en roulant des yeux au ciel.
Chuck tendit l'appareil à son fils qui l'étudia de plus près.
- Tu l'as cassé ! se plaint-il.
- Même pas vrai ! rétorqua, Lisa.
- Si, regarde, dit Henry en ouvrant les doigts sur l'écran dont un coin était fissuré.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Chuck.
- Je sais pas, il était comme ça quand on l'a trouvé, répondit son aînée du même air innocent qu'une certaine Queen B.
On ? Leur père se tourna vers sa cadette.
- Lola ? interrogea-t-il.
- Il est tombé dans les escaliers sans faire exprès, lâcha-elle sous le regard intense de son géniteur.
Lisa lui jeta un coup d'œil assassin, mais elle savait qu'elle aurait fait pareil à la place de sa jumelle.
Avec lui, mieux valait avouer tout, tout de suite, sous peine de voir la punition augmenter. Elle serait sûrement interdite d'aller au parc cette semaine.
- Je t'en achèterai un autre, dit-il à Henry. Maintenant, filez. Lisa et Lola vous serez informées de votre punition en temps voulu.
Elles soupirèrent silencieusement et tinrent leur langue en tournant sur leurs talons. Leur frère ne perdait rien pour attendre.
Les trois enfants Bass quittèrent les lieux et Chuck reporta son attention sur son épouse qui n'avait même pas desserré les lèvres pour prendre la défense de leurs filles.
- Blair, murmura-t-il en se postant devant elle.
Elle lui sourit, elle se sentait stupide pour la scène qu'il avait surprise dans la salle de bain, quelques minutes plus tôt. La mi-juin était une date importante pour elle, mais ça faisait longtemps maintenant qu'elle avait réussi à faire son deuil et à passer outre sa peine, même si elle n'évitait jamais un pincement au cœur, ce jour là.
- Blair, répéta-t-il en prenant sa main dans la sienne.
- C'est rien, le rassura-t-elle. Je suis certainement fatiguée avec le départ de ma mère de WD. C'est plus compliqué que je ne l'aurais cru. C'est sûrement le stress. En ce moment, je réagis de façon un peu ...
Elle s'interrompit soudainement.
Le cœur de Chuck frémit.
- Hormonale ? termina-t-il, la bouche sèche.
- Quel jour on est ? s'alarma-t-elle tout à coup.
- Le 24, répondit-il automatiquement.
Il ouvrit la bouche pour poser la question qui venait de lui traverser l'esprit et lui brûlait la langue mais sa femme le prit de cours, étant arrivé au terme de sa réflexion et à la même conclusion que lui.
- J'ai du retard, s'estomaqua-t-elle.
- Tu es sûre ?
Blair le fusilla du regard. Évidemment qu'elle était sûre ! Elle était réglée comme une horloge suisse.
- De combien ? interrogea-t-il d'une voix blanche.
- Trois ... trois semaines, calcula-t-elle mentalement.
- Ok ! Ok ! Pas de panique, le mieux à faire c'est d'aller faire une prise de sang, essaya-t-il de rationaliser.
- Pas de panique ! s'étrangla-t-elle, maintenant furieuse contre lui. CHUCK ! On n'a pas prévu un autre bébé maintenant ! On n'a pas prévu d'autre bébé du tout ! Ma mère a décidé de prendre sa retraite. Je suis toute seule à la barre de WD. Tu es censé bientôt partir en Indonésie pendant trois mois entiers pour le nouveau projet de BI et ...
Les larmes affluaient à nouveau à ses cils.
- Hé, du calme !
Il l'attira à lui et la serra dans ses bras.
Elle se blottit contre lui. Elle ne voulait pas qu'il parte à la rentrée scolaire. C'était encore loin, mais sans lui jusqu'à Thanksgiving, ce serait beaucoup trop long. Elle détestait déjà l'idée de devoir se séparer de lui pendant plus de deux jours, alors nonante, c'était mission impossible à ses yeux.
- Je ne survivrai jamais sans toi aussi longtemps, se plaignit-elle, la tête enfouie dans le creux de son cou. New York sera horrible sans toi.
- Bali sera horrible sans toi, rétorqua-t-il avec son petit sourire narquois.
Elle lui administra une tape sur le haut du bras et se dégagea de son étreinte.
- Je te déteste Chuck Bass, toi et tes supers spermatozoïdes hyperactifs et lubriques.
- Ce n'est pas de ma faute, si tu as oublié de prendre la pilule, se défendit-il.
Elle se mordit la lèvre inférieure et se rua sur sa table de nuit, dont elle ouvrit violemment le premier tiroir. Elle constata avec consternation que la plaquette en cours était à jour et qu'elle avait donc bien respecté la prise du médicament quotidiennement.
- C'est peut-être une fausse alerte, supposa-t-il.
Il sentit un petit morceau de son cœur se mettre en berne.
- Je vais passer à la pharmacie en revenant d'avoir emmené les filles à l'école, conclut-elle.
Il acquiesça et déposa un baiser sur sa tempe.
- Moi, je t'aime, chuchota-t-il dans le creux de son oreille. On fera comme tu veux.
Elle agrippa ses doigts avant qu'il ne s'écarte trop.
- Chuck, commença-t-elle. Si je suis bien enceinte ...
- Procédons au test d'abord, tu décideras quoi faire ensuite. Ok ? la coupa-t-il.
Il ne pouvait pas lui demander de mettre sa carrière entre parenthèses une troisième fois. Elle avait déjà fait de nombreux sacrifices pour élever leurs enfants. Eléanor était restée à bord de WD plus longtemps qu'elle ne l'avait prévu pour que Blair puisse consacrer du temps aux jumelles et à Henry tout en travaillant. Maintenant qu'elle se retrouvait seule aux commandes, il ne pouvait pas lui demander de renoncer.
Il porta la main de son épouse à ses lèvres et embrassa ses phalanges délicates avant de s'en aller.
Blair le regarda quitter la pièce. Elle connaissait parfaitement la position de son mari. Rien ne le rendait plus heureux que sa famille. Leurs enfants étaient le sacre du sacre. Ce qui restait un mystère, c'était sa propre réaction.
Elle venait de récupérer l'entièreté de la direction de Waldorf Designs et elle ne pouvait pas demander à sa mère de rester plus longtemps. La styliste aspirait à présent, à un repos bien mérité sur les bords de la scène avec Cyrus. Elle ne pourrait jamais mener de front une autre grossesse et la gérance de l'entreprise de haute couture toute seule.
En réalité, si elle était honnête avec elle-même, il n'y avait aucun mystère. Elle connaissait parfaitement la réponse avant même de se poser la question. Cependant, le déni avait toujours été un de ses traits de caractère les plus marqués.
Mercredi 24 juin 2026 : 8h24
Lola et Lisa pénétrèrent dans la cours de leur école privée la tête haute, le port altier, tout comme Blair le faisait à leur âge. Elles étaient incontestablement les maîtres du jeux et dominaient sans aucun problème toutes les gamines de leur âge.
Telle mère, telles filles, sourit la brune en les observant disparaître.
Son sourire se fana en pensant qu'une autre grossesse s'annonçait sans doute. Il était rare qu'elle ait du retard. Les seules fois où ça lui était arrivé c'est quand elle s'était retrouvée enceinte, justement.
Elle ferma un instant les paupières en repensant au visage de Chuck puis baissa l'obturateur.
- Arthur, faite un détour par la pharmacie, s'il vous plaît.
- Bien, Madame Bass.
Le chauffeur s'exécuta et se gara devant l'enseigne, le long du trottoir.
La brune descendit de la limousine et entra nonchalamment dans l'immeuble. Ce n'était pas la première fois qu'elle venait. Il n'était pas rare que Chuck ou elle-même passe chercher du sirop pour la toux ou des médicaments pour faire baisser la fièvre en rentrant du bureau ou parfois même, au milieu de la nuit.
Ils avaient toujours été d'accord sur la manière d'élever leurs enfants et rien n'avait changé au fil des années. A part Dorota qui les secondait à la maison, ils se refusaient à engager une jeune fille au pair ou toute autre personne qui veillerait sur leur progéniture à leur place.
Ils voulaient assumer leur rôle dans tous les sens du terme, même si cela faisait parfois - souvent – jacasser autour d'eux. Il était plus qu'évident qu'ils dérogeaient à la règle établie dans l'Upper East Side mais ils s'en moquaient comme d'une guigne. Ils étaient Chuck et Blair Bass et ils dictaient les règles aux autres et non le contraire.
La jeune femme prit un test de grossesse sur l'étalage et le déposa dans son panier parmi l'arnica, le spray désinfectant, les pansements et les vitamines enfantines puis se ravisa et en choisit un d'une seconde marque. Mieux valait prendre les devants.
Elle s'avança vers le caissier et ce dernier encoda ses achats. Brendan eut le délicatesse de ne même pas relever la tête vers elle en scannant les deux tests mais il lui jeta un petit regard ampli de sous-entendus lorsqu'elle inséra sa carte dans l'appareil.
Elle remonta dans la voiture et délibéra un instant.
- Emmenez-moi à Bass Industrie, instruisit-elle Arthur.
Ce dernier démarra le moteur et s'engagea sur la chaussée sans poser de question. Depuis le temps, il avait appris qu'il valait mieux s'abstenir de demander quoi que ce soit quand il s'agissait des lubies de ses employeurs. Tout comme il avait pris l'habitude de monter le volume de la radio pendant qu'il faisait le tour de Central Park pendant des heures.
Blair passa la réception et se dirigea directement vers les ascenseurs situés au fond du hall. Elle appuya sur le dernier bouton, celui de l'étage de direction et tapota nerveusement des doigts sur son sac pendant tout le trajet dans la cage métallique.
Elle essayait de se figurer la vie avec un enfant supplémentaire. Recommencer avec les couches et les biberons. Les poussettes et les Maxi-cosi. Les nuits blanches, les pleurs, les dents, les fesses rouges, les nez qui coulent. Certaines de ces choses étaient toujours d'actualité !
Elle se rendit compte qu'elle y pensait au pluriel et pria pour qu'il n'y ait pas deux bébés, cette fois. Chuck et elle avaient galéré pendant des semaines avant de trouver véritablement leurs marques et un rythme acceptable pour Lisa et Lola.
Chuck !
Elle n'osait même pas imaginer qu'elle serait son ressentit si le test s'avérait négatif. Rien n'était planifié à propos d'une autre grossesse, mais elle n'avait pas raté l'étincelle qui s'était allumée dans ses iris chocolat quand il avait intégré cette hypothèse.
Cependant, il n'avait pas plus la possibilité matérielle qu'elle de se libérer de ses contraintes professionnelles. Jack était au plus mal. Son hépatite s'était finalement déclarée, il y a deux ans et Bart avait décidé d'aller seconder son frère en Océanie.
Ils avaient donc plié bagage avec Ève à la fin de l'été dernier. Ce qui n'avait pas été évident à gérer pour son mari, même s'il faisait semblant de rien. Comme à son habitude, il prenait sur lui pour ne pas l'inquiéter outre mesure.
Forcément, il restait en contact avec son père par l'intermédiaire de BI et ils se voyaient pratiquement quotidiennement en vidéo conférence. Mais il était regrettable que la vie leur impose un tel éloignement physique quand ils avaient enfin réussi à traverser le mur émotionnel infranchissable qui les avait maintenu si distants l'un de l'autre quand ils vivaient dans le même hôtel, à défaut de la même suite.
Les portes s'ouvrirent enfin et elle s'orienta automatiquement vers le bureau de son époux sans même prendre la peine de regarder autour d'elle, toujours perdue dans ses pensées.
- Salut Blair !
Elle sursauta.
- Éric ! s'exclama-t-elle en portant la main à son cœur.
Ce dernier émit un petit rire.
- Toi, tu as une idée derrière la tête, remarqua-t-il.
S'il savait ! Il était sûrement à mille lieues de la réalité. Quoi que ... techniquement ...
- Au moins, tu nous le mettra de bonne humeur ! Il a annulé la réunion et s'est enfermé sans un mot pour personne. Même Marge a été priée de s'occuper de ses affaires quand elle lui a apporté le courrier.
Pas sûr de ça, non plus !
- Est-ce que tout va bien ? s'inquiéta soudain son beau-frère par adoption et par mariage, mais qu'elle considérait depuis toujours comme son propre frère, devant le teint pâle de la brune.
- Oui, ... je ... ce n'est rien ... juste une petite dispute matinale, dit-elle évasivement pour donner le change avant de continuer son chemin.
Or de question qu'Éric aille tout raconter à Lily. Il était parfois pire que Serena. Elle était certaine que s'il avait vent de quoi que ce soit, il serait en communication avec sa mère ou sa sœur dans les vingts secondes suivantes.
Chuck lui avait offert un poste à BI quand il était rentré de Londres avec son diplôme de marketing en poche. Juste au moment ou Bart projetait de s'envoler pour le continent australien.
Son frère adoptif avait d'abord été dubitatif car il voulait faire ses preuves par lui-même. Le PDG lui avait donc assuré qu'il commencerait comme n'importe quel embauché, mais qu'il avait besoin de quelqu'un de confiance avec lui dans le bateau en l'absence momentanée du grand Manitou.
Le jeunot avait fini par accepter et s'était vite retrouvé à grimper les échelons. Et pas parce qu'il avait un passe-droit. Éric était vraiment un bon élément et Chuck avait réellement besoin d'une personne sur qui il pouvait s'appuyer pour continuer à diriger Bass industrie sans devoir trop sacrifier sa vie de famille, si précieuse à ses yeux.
Impensable pour lui qu'il rate sa séance de natation hebdomadaire en compagnie de son fils, un de ses matchs de base-ball ou encore un dimanche après-midi récréatif avec les filles, ce qui avait lieu au minimum deux fois par mois. Il avait même réussi à s'arranger pour décaler le futur projet de BI en Indonésie afin de pouvoir profiter des vacances scolaires avec eux avant de partir là-bas.
Tenir son rôle de père était primordial pour lui. Il avait toujours cette hantise de devenir exactement comme Bart l'avait été avec lui pendant son enfance. Ce qui était totalement impossible, en tout état de cause. Mais elle ne pouvait qu'apprécier. Il était non seulement un père attentif et présent mais également un mari et un amant hors paire.
Elle émit un petit grognement à cette dernière idée. C'était précisément ce qui les mettait dans cette situation délicate, à présent !
Elle frappa et poussa la porte de son bureau sans attendre sa réponse.
- Marge, je vous ai demandé de ne pas ..., s'écria-t-il en relevant la tête d'entre ses mains.
- J'ai pensé que je pouvais faire exception, dit-elle en refermant soigneusement la porte derrière elle.
Chuck voulut se lever pour aller au devant de sa femme mais il sentit ses jambes trembler et jugea plus prudent de rester assis sur sa chaise.
- Est-ce que tu as déjà fait le test ? voulu-t-il savoir.
En fait, non. Il aurait préféré ne pas le savoir. D'une manière ou d'une autre, son cœur serait mit à rude épreuve. Si elle n'était pas enceinte, il serait déçu malgré le fait que ce soit indépendant de leur volonté. Et si elle l'était ...
- Jusqu'ici, on a toujours fait ça ensemble, lui fit-elle remarquer.
Elle s'approcha et posa son sac sur son bureau. Elle en sortit un test toujours emballé, puis un deuxième.
- Je me suis dit que ce serait plus prudent d'en faire deux, expliqua-t-elle.
Il hocha la tête, tentant de maîtriser les battements dans sa cage thoracique.
- Autant en finir tout de suite, soupira-t-elle en emportant les deux boîtes avec elle pour se rendre dans la salle de bain privée, attenante.
Elle disparut en tout et pour tout à peine cinq minutes, pendant lesquelles il essaya de se préparer à la suite, mais sans résultat probant.
Quand elle revint, elle s'installa face à lui, s'asseyant sur le rebord de son bureau.
- Chuck ... entama-t-elle.
- S'il te plaît, non, la pria-t-il en levant la main. Attendons les résultats. Il n'y a peut-être même pas lieu de s'inquiéter.
Il n'était pas prêt à avoir cette conversation. Il comprenait parfaitement son point de vue et il était sincère, il se rangerait à sa décision. Il espérait juste avoir assez de force pour la soutenir jusqu'au bout si le test était positif.
Les trois minutes d'attente se passèrent donc dans le silence le plus complet.
Il fit mine de s'absorber dans le compte-rendu de la dernière présentation d'Éric mais rien de ce qu'il lisait n'imprégnait son cerveau. C'était comme s'il lisait l'alphabet chinois ou des hiéroglyphes. Les mots n'avaient aucun sens et s'effaçaient de sa mémoire au fur et à mesure qu'il les y stockait.
Blair resta assise sur le bord de son espace de travail, le regardant se débattre avec lui-même et lutter contre ses désirs les plus profonds pour ne pas la contraindre à quoi que ce soit.
Il était tout à fait sérieux. Il se conformerait à sa décision quelle qu'elle soit, même s'il ne partageait pas son avis. Il avait toujours eu cette faculté de placer ses envies et ses besoins après les siens.
Il pensait avec fatalité qu'il ne la méritait pas et qu'elle lui avait déjà apporté bien plus qu'il n'aurait jamais dû avoir la prérogative d'espérer en venant au monde. Ni les heures de thérapie, ni des années de vie commune et de bonheur partagé n'y changeaient rien.
Il avait grandi avec cette conviction qu'il n'était pas une personne qu'on pouvait aimer et même si les blessures étaient cicatrisées en surface, la plaie était toujours là, au fond, tout au fond. Il prenait chaque bonheur comme un bout de petit rien et le savourait pleinement, bien conscient que c'était un privilège qui lui était octroyé, incapable de croire qu'il lui était réellement destiné à l'origine.
C'est aussi la raison pour laquelle il l'aimait d'une manière incommensurable. Elle lui avait pardonné l'impardonnable. Il avait une fois commis l'erreur de penser qu'elle lui était acquise et que son amour pour lui pouvait tout surmonter. Il avait appris à ses dépends que ce n'était pas le cas et bien qu'il sache qu'elle l'aimait profondément, ne prendrait plus jamais le risque de la perdre à nouveau.
Il était persuader, non, il savait, sans l'ombre d'un doute, que si elle le quittait un jour, il en mourrait de chagrin. Elle était sa vie, son oxygène. Elle lui était aussi indispensable que l'air qu'il respirait. Il fonctionnait correctement parce qu'elle était à ses côtés. Mais sans elle, il ne serait qu'un jouet cassé, oublié au fond d'un vieux coffre, dans un grenier poussiéreux.
Il avait beau être le grand Chuck Bass. Celui que tout le monde craignait, ou presque. Celui qui était le Roi incontesté de l'Upper East Side. Celui qui inspirait le respect et forçait l'admiration. Sans elle, il n'était rien. Rien qu'une coquille vide qui se désagrégerait en moins de temps qu'il ne le fallait pour le dire.
Elle aurait voulu pouvoir effacer cette peine qui sommeillait en lui et remontait parfois de son inconscient comme une bulle qui éclatait. Mais il n'y avait rien qu'elle puisse dire ou faire pour le convaincre du contraire. Parfois, même donner tout l'amour et toute la force que l'on possède, ce n'est pas encore assez.
Le compte à rebours de son smartphone arriva à zéro et l'appareil émit un petit signal sonore qui leur indiqua que le moment de vérité était arrivé.
Blair se leva et se rendit dans la salle de bain pour la seconde fois.
Chuck resta prostré sur sa chaise, totalement paralysé.
Quand elle ressortit de la pièce contiguë, il vit à son visage que les choses ne se présentaient pas comme elle le souhaitait. Elle était donc bien enceinte.
Son cœur se tordit de douleur mais il parvint à conserver une attitude impassible. Il ne voulait pas lui laisser entrevoir la souffrance que ça occasionnait en lui. Il ne voulait pas l'influencer ni la culpabiliser de quelque manière que ce soit.
Il puisa dans son amour pour elle et au prix d'un immense effort sur lui-même, réussit à lui sourire pour lui signifier que tout irait bien. Tout s'arrangerait, il suffisait juste de prendre rendez-vous chez l'obstétricien.
- C'est positif, lui annonça-t-elle, même si elle pouvait lire dans ses yeux qu'il l'avait déjà compris.
Il la connaissait par cœur et ses traits trahissaient certainement son appréhension, qu'il lui était aisé de déchiffrer.
Le téléphone de son bureau sonna et il sursauta. Chaque muscle de son corps était tendu comme la corde d'un arc à flèches.
Il appuya sur le bouton pour refuser la communication.
- Je vais m'arranger pour être libre cette après-midi. Je suis certain que le professeur Lockwood saura nous donner un rendez-vous en urgence. Préviens-moi simplement de l'heure et je serai là, débita-t-il d'une traite.
- Monsieur Bass, je suis désolée, mais votre père est sur la ligne numéro un. Il dit que c'est très important et qu'il doit vous joindre immédiatement. Il a déjà essayer votre portable plusieurs fois mais sans succès, résonna la voix de marge.
Chuck se rendit compte qu'il avait oublié son BlackBerry dans sa hâte à quitter leur domicile ce matin.
- Passez le moi, répondit-il en décrochant le combiné.
Blair reçut le message cinq sur cinq. Inutile de tenter une approche, il s'était refermé sur lui-même comme une huître.
