LAISSEZ-MOI MOURIR

Je fermais les yeux aussi serrés que possible tendit que mon bourreau me plongeait dans cette eau glacé. Mon corps était lié à lui même par une multitude de cordelettes, contorsionnant douloureusement mes membres. Les liens se serrèrent violemment autour de moi et on m'extirpa de l'eau comme un poisson accroché à une canne à pêche. Sa poigne s'empara de ma chevelure et mes poumons retrouvèrent l'air dont ils avaient tant besoin. Je n'eus pas le temps de prendre deux bouffés d'oxygène qu'il arracha les cordes de mon corps sans ménagement.

Je ne rouvrais cependant pas les yeux, avec un peu de chance, je n'aurais jamais à les rouvrir. Je sentis ensuite quelque chose de sec passant sur mon corps, apparemment on ne me laisserait pas mourir d'une pneumonie. Ma tête cogna ce que je crus être du béton, mais je n'en fus pas certaine, mes sens paraissaient souvent me tromper ces derniers temps, comme si mon esprit était déréglé. D'ailleurs, il devait l'être.

Mes mains et mes poignées furent attachés de nouveau, mais à une table cette fois-ci et par des sangles étrangement fines, certainement en fer. Une touche glaciale passa de mon épaule à ma cuisse. On me parlait, mais je tentais tant bien que mal de ne pas écouter. Pourquoi faire? Que pourrais-je répondre? N'avais-je pas suffisamment supplié pour ma mort?

Une phrase cependant échappa au rempart invisible que mon esprit avait battit.

- Je briserais ton corps et ton esprit finira par suivre! Grogna mon bourreau telle une promesse

Était-il stupide? J'étais déjà brisé de part en part. Mon corps et mon esprit ne faisaient que répondre à une logique étrange de survie... l'instinct? Je n'en étais pas très sur, mais après y avoir réfléchis mainte et mainte fois, je n'avais trouvé que cette réponse. Mon esprit pouvait supplier autant qu'il le souhaitait, mon corps tiendrait autant qu'il le pourrait. C'était un peu comme si les deux n'avait plus de réelle connexion, comme s'ils ne travaillaient plus de concert, l'un voulait en finir tendit que l'autre luttait pour sa vie. Pathétique!

Mais n'est-ce pas ce que j'avais toujours été? Cette fille pathétique, amoureuse, romantique, naïve, curieuse qui se pensait courageuse. Oui, je m'étais pensé courageuse, j'étais si sur de pouvoir faire face à l'horreur du monde d'Edward, si certaine que mon esprit était assez fort pour ça. D'ailleurs, dans ma stupidité, avoir fait face à James en allant seule le retrouver avait été une soit disant preuve de ma capacité à faire face à ce monde teinté de rouge. Quelques blessures plus tard, je m'étais sentis presque invincible. Il fallait l'être pour survivre à cela, non?

Et bien non, j'avais simplement été à milles lieux de comprendre que les ténèbres survivaient dans un gouffre sans fin, tout comme la souffrance.

Il n'y a juste aucune limite à ce qu'un être peu supporter, tant que son corps est capable de tenir la distance et en ce moment même, mon bourreau faisait le nécessaire pour que mon corps ait la force de survivre. Je me surpris en remerciant le ciel de ne pas être immortelle, dieu seul sait quel genre de tortures j'aurais eu à supporter si mon corps avait été pratiquement indestructible. Je grimaçais à l'idée. Je n'avais aucune envie de le savoir, pourtant comme pour témoigner que mon raisonnement tenait la route, mon esprit se mit à jouer toutes sortes de scènes ignobles, des tortures prévus exclusivement pour les immortels. J'étais dans un lieu, qui j'en étais sur, se prêtait parfaitement à ce type d'activités. Je devais de toute façon être l'une des rares humaines à avoir eu le plaisir de visiter les jaules de cet endroit atroce, l'une des rares à avoir goutter à leurs talents pour la torture, puisqu'en règle générale, ils se contentaient de nous manger...

- Isabella, entendis-je au milieu de ma profonde réflexion. Ton esprit sera bientôt à moi

Je voulais tellement lui donner ce qu'il voulait que j'en arrivais à essayer de me concentrer pour lui faire partager mes sanglantes pensées, mais je savais que c'était peine perdu, il n'y avait rien à faire. J'étais simplement imperméable et même si j'étais loin d'imaginer tous ce qu'ils pourraient me faire pour arriver à leurs fins, au fond j'étais certaine que déverrouiller mon esprit était impossible, cela semblait être une telle évidence pour moi, parce que même si à cet instant ma capacité était ma pire ennemie, en temps normal, elle était tout simplement ma force, elle était ce qui me définissait, elle était moi.

Je savais donc avec certitude que le seul moyen de pénétrer mon esprit était de me tuer, autant dire qu'il n'y avait rien à faire. Ce qui m'étonnais c'est que malgré l'intelligence de l'être qui s'évertuer à percer mes secrets, il ne semblait absolument pas disposer à accepter cette évidence.

J'en étais donc arrivé à me demander s'il voulait réellement percer quelque chose ou s'il voulait simplement se venger de son impuissance face à la pauvre humaine que j'étais.

Mon corps sursauta lorsque son ongle coupa ma peau à diverses endroits, me ramenant instantanément à la réalité. On pourrait croire qu'un ongle est un ongle, mais dans le cas des vampires, cela avait toutes les caractéristiques d'un bon couteau, la première étant de trancher, je devais m'avouer que les siens étaient particulièrement bien aiguisés.

Heureusement pour moi (ou peut-être malheureusement) ses lames à lui n'étaient pas assez longues pour entrer en profondeur dans ma chaire, ce qui ne m'empêchait pas de souffrir atrocement alors que je sentais le sang glisser sur ma peau tendit que l'odeur métallique attaquait mon nez. J'eus brusquement envi de vomir, mais je ravalais ma salive. La dernière fois que j'avais régurgité sur mon agresseur, je l'avais amèrement regretté.

J'avais bêtement pensé dans mes débuts que je pourrais faire en sorte de mourir de faim. D'ailleurs, la première fois qu'on m'avait balancé ma gamelle, je m'étais juré de ne jamais touché une telle horreur, mais après plusieurs jours à refuser toutes nourritures, on m'avait tout simplement attaché pour me faire avaler de force en m'expliquant que ma fin serait loin d'être aussi douce.

Et depuis, j'avais bien compris la leçon, effectivement, rien ne serait simple. Ma vie n'avait pas la moindre importance, en particulier ici, les humains étant capable de torturer d'autres humains, je n'étais donc pas surprise de constater ce que des vampires pouvait me faire.

J'avais cependant souris une ou deux fois depuis ma présence dans ces lieux. En particulier lorsque la petite blonde aux yeux rouges avait implosé de colère tendit que sa concentration ne donnait rien. Jamais je n'aurais pu imaginer qu'on pouvait à ce point haïr le fait d'être incapable de provoquer la douleur. Personnellement, à sa place j'aurais été plutôt soulagé de ne pas être capable de faire du mal, mais encore une fois, je n'étais qu'un être naïf et sans doute stupide. La deuxième fois que j'avais souris fut quelques secondes après avoir fait face au visage déformé de la blonde, lorsque mon bourreau lui-même avait tenté de me protéger d'elle. Bien sur, je n'avais pas été naïve à ce sujet, bien consciente que me protéger d'elle n'avait pour but que de ne pas pouvoir être protégé de lui. En me laissant mourir, il ratait son plaisir.

Je ressentis une pointe de colère lorsqu'à nouveau, on me tira de mon seul échappatoire à la folie, quoi que je n'étais au fond plus très sur d'être réellement saine d'esprit, mais qui pourrait conserver cela dans ma position?

Je grimaçais donc plus de colère que de douleur lorsqu'on desserra les sangles me maintenant fermement à cette table, ma table. Quelqu'un d'autre pénétra dans la pièce et me gifla en pensant peut-être que je m'étais endormis ou peut-être juste par plaisir. Mon visage pivota violemment vers la droite sous la force du coup, puis on agrippa mon bras pour me trainer dehors.

La séance d'aujourd'hui était donc terminé? Étrange, il me semblait que cela durait plus longtemps que cela d'habitude. Je poussais un gémissement, cette fois-ci réaction à la douleur, lorsqu'il préféra empoigner mes cheveux plutôt que mon bras pour m'entrainer avec lui. Je tentais d'ouvrir un œil, mais même cet exercice était douloureux et puis ma vision était étrangement trouble, je ne me souvenais pourtant pas avoir été blessé aux yeux.

Lorsqu'enfin, je vis plus ou moins la direction dans laquelle nous allions, je me demandais ce qui allait se passer. Nous montions quelque part au lieu de descendre aux prisons. Étrange donc. Ce dont j'étais sur, c'est qu'on ne m'emmenait pas dans ce lieu pour une partie de plaisir.

Alors ce n'était pas terminé?

Je fus à nouveau plongé dans l'eau et je poussais un cri strident en réponse aux brulures que provoquait l'eau chaude sur mes coupures. Quelqu'un me savonna bien évidemment sans faire preuve de douceur, aucune. Sans même essayer d'éviter les plaies, certaines s'étaient d'ailleurs rouvertes. On me balança ensuite sur un lit pour me sécher, puis pour placer quelques pansements sur mes blessures sanglantes et lorsque je crus enfin être tranquille, le vampire s'adressa à moi, du moins c'est d'abords ce que je crus.

- Je n'en reviens pas qu'on me demande de faire ça! Grogna-t-il pour lui même. Tout ça parce que je suis le seul à pouvoir le faire sans la tuer

Évidemment, toutes sortes de questions fusaient dans mon esprit. De quoi parlait-il? Fut la dernière qui me vint avant qu'il ne déplace mon corps sur le lit et me pousse violemment contre le matelas pour m'y allonger.

- Si Heidi apprend ça, elle en souffrira, murmura-t-il encore une fois pour lui même. Tout ça c'est de ta faute, humaine!

Il grogna la dernière phrase à mon intention avec une telle quantité de haine dans la voix que je fus surprise qu'il soit capable de résister à son désir d'en finir avec ma pathétique carcasse.

Oui, je sais, pensais-je tristement alors qu'il écarta mes cuisses sans vergogne. Tout cela est de ma faute

Je me surpris à penser à Edward tendit que mon esprit paraissait vouloir désespérément s'échapper de mon corps, grattant douloureusement l'intérieur de mon crane comme pour essayer de trouver une faille dans laquelle se glisser. Cela aurait-il été la même chose avec celui que j'avais aimé? Sa peau m'aurait-elle parut si glaciale ou l'amour que j'avais pour lui aurait-elle suffit à me réchauffer ne serait-ce qu'un peu? Aurait-il été capable de faire preuve de douceur? M'aurait-il murmuré son affection pour faire passer la douleur?

S'il y avait bien une évidence pour moi, c'est que je n'aurais pu regretté ce moment avec Edward, je l'avais tant aimé. Aimé, oui, parce qu'à présent, je ne me sentais plus capable d'amour, je ne me sentais plus capable de ressentir quoi que ce soit. C'était d'ailleurs certainement pour cette raison que je ne pleurais même pas alors que mon violeur me martelait avec force encore et encore.

Non, je ne pleurais pas. Je pourrais même dire que je me fichais totalement de ce qu'il était en train de me faire. Je m'étais simplement contenté de fermer les yeux et de replonger dans mes pensées, essayant tant bien que mal de ressentir quelque chose, non pas en réponse à ce que je vivais à cet instant, mais à l'image de celui que j'avais tant aimé se jouant dans mon esprit. Au bout d'un moment j'en arrivais même à me poser des questions stupides sur ceux qui avaient un jour étaient important pour moi. Me demandant en premier lieu comment je réagirais si je revoyais un jour Edward. Mes sentiments renaitraient-ils à la seconde ou mes yeux se poseraient sur lui?

Je tentais tant bien que mal de me concentrer sur lui, puis son image se brouilla pour faire brusquement apparaitre Charly et Renée. Alice, Jacob, mes amis...

Serais-je même capable de ressentir à nouveau de l'amour pour mes parents, de l'affection pour mes amis?

Bien que je savais cela impossible sachant que mon seul échappatoire ne pouvait être que la mort, ces questions s'imposaient à moi réclamant des réponses que j'étais incapable d'offrir.

Quelque chose s'était brisé dans mon esprit jusqu'à atteindre les tréfonds de mon âme et je n'étais pas sur de pouvoir m'en plaindre. Après tout, n'était-ce pas ce qui me permettait de supporter les mains de ce vampire sur moi? N'était-ce pas ce qui m'empêchait de pleurer comme la petite chose fragile que j'étais? N'était-ce pas ce qui m'offrait ce rempart entre ce corps qui n'était visiblement plus le mien depuis un moment et mon esprit me suppliant de le laisser aller? N'était-ce pas ce qui m'empêchait de m'inquiéter pour l'avenir?

Oui, ma capacité à ressentir se mourrait, mais je ne pouvais au fond qu'en remercier le ciel. Alors comme pour encourager mes émotions à disparaître, je commençais doucement à fredonner en me forçant à ne pas prêter attention au sang qui s'écoulait entre mes jambes, ainsi qu'à l'horrible douleur paraissant vouloir me déchirer.

- Laissez-moi mourir, laissez-moi mourir, laissez-moi mourir...