Merci miss-acacia84, Moozanna, et x-Beautiful Blass-x, le retour ! Yeah.
Para 41
Mercredi 24 juin 2026 : 10h36
La brunette médita un instant sur ses options en jouant avec l'ourlet de la robe que Gladys venait de lui apporter. Une des dernières créations Waldorf.
Elle avait besoin de parler à quelqu'un.
Oui, mais qui ?
En général, elle se confiait à son mari.
Cependant, celui-ci s'appliquait à garder ses distances et à la laisser prendre sa décision seule. Elle aurait pu lui en vouloir, seulement elle savait qu'il faisait ça parce qu'il la respectait assez pour ne pas tenter de lui faire faire ce qu'il désirait. Même si, savoir que garder cet enfant était ce qu'il souhaitait désespérément, du plus profond de son cœur, était suffisant en soit pour orienter son jugement.
Sa meilleure amie ?
Elle était également la sœur de Chuck et B se refusait à mettre S dans une position qui l'écartèlerait entre elle et son frère adoptif. Sans parler de Nate qui resterait sans aucun doute du côté de son meilleur ami.
Sa mère ?
Elle ne pouvait pas en parler à sa mère. Eléanor venait à peine de décider de raccrocher les gants et elle proposerait certainement de faire marche arrière et Blair aurait l'impression de lui forcer la main. Sans compter que la styliste avait un intérêt particulier dans Waldorf Designs, ce qui l'empêcherait d'être impartiale. De plus, elle était très proche de Chuck - parfois plus proche que de sa propre fille - ce qui n'arrangerait pas l'affaire.
Non, il lui fallait quelqu'un qui aurait ses intérêts à cœur et rien que les siens et elle connaissait une personne qui correspondait parfaitement à ces critères.
Elle décrocha son téléphone et composa le préfixe de la France.
- Blairbear, l'accueillit la voix d'Harold depuis son vignoble Lyonnais.
- Papa, entama-t-elle.
Elle entendit des petits bruits suggestifs puis des chuchotements.
Elle retroussa son nez de dégoût et éradiqua l'image de son père et Roman faisant une sieste crapuleuse au milieu de l'après-midi de l'autre côté de l'Atlantique, qui venait de jaillir dans son cerveau.
- En quoi puis-je t'aider ? demanda son père, qui avait compris au son de la voix de sa petite princesse qu'il se passait quelque chose d'important.
Blair hésita un instant puis lui annonça qu'elle était à nouveau enceinte et qu'elle avait besoin de ses conseils avisés.
Mercredi 24 juin 2026 : 16h12
Arthur se gara devant le cabinet privé du professeur Lockwood et fit le tour du véhicule pour ouvrir la portière à sa passagère.
Elle lui décocha un regard assassin en s'extrayant de la limousine.
- Je suis désolé, s'excusa Arthur même s'il n'était responsable de rien. Je suis certain qu'il sera là d'une minute à l'autre.
Blair émit un petit grognement de mécontentement.
Elle avait prévenu Chuck du rendez-vous, en début d'après-midi.
Après avoir raccroché avec son père, elle avait contacté la secrétaire de son gynécologue immédiatement et celle-ci l'avait envoyée faire une prise de sang dans le laboratoire d'analyses avec qui le professeur Lockwood avait l'habitude de travailler.
Son mari avait dit qu'il se libérerait et qu'il serait là !
Elle ne pouvait pas croire qu'il ne viendrait pas et la laisserait gérer ça toute seule.
- Si vous voulez, je peux téléphoner à Humphrey pour savoir s'ils sont encore loin. Ils sont peut-être pris dans les embouteillages.
La brune soupira puis hocha la tête en signe d'assentiment.
Le chauffeur dégaina son portable et parla moins d'une minute avec son remplaçant chez BI.
- Il ne sait pas où est Monsieur Bass, informa-t-il la femme de ce dernier.
Il hésita.
- Arthur ?! le somma-t-elle de continuer, la menace clairement présente dans sa voix.
- Humphrey l'a déposé devant chez Agnès et Monsieur lui a dit qu'il pouvait disposer, qu'il se débrouillerait pour rentrer, révéla l'employé tout en triturant sa casquette entre ses doigts.
Blair sentit l'air lui manquer. Elle déglutit et rassembla tout son courage pour articuler la suite.
- Agnès ? Vous voulez dire ...
- Agnès de Villarson, oui, admit le chauffeur.
Son employeur ne lui avait jamais dit que c'était un secret, mais Arthur avait eu le sentiment que c'était quelque chose qu'il ne partageait pas forcément avec son épouse. Il connaissait Chuck Bass pratiquement depuis sa naissance et bien assez pour comprendre tacitement qu'il valait mieux garder le silence à propos de ces balades là.
La brune tenta de se reprendre et inspira une grande goulée d'air.
Si son époux s'était rendu chez sa fleuriste préférée, ce ne pouvait qu'être une étape avant une autre destination. Chaque année, ils y passaient pour prendre une pivoine mauve avant de prendre la direction de Central Park.
- Il fait ça souvent ? s'enquit-elle, prise d'une soudaine intuition.
Le chauffeur dansa d'un pied sur l'autre, mal à l'aise.
- Arthur, je vous ai posé un question ! tonna Blair, à deux doigts de perdre son sang froid.
- A chaque anniversaire d'un des enfants, avoua finalement l'homme en livrée, observant méticuleusement ses gants. Et aussi celui du soir où il vous a sorti de cet immeuble en construction. Puis il y a celui où vous vous y rendez tous les deux.
Blair ferma les paupières une seconde puis tourna les talons et pénétra dans l'enceinte de la villa du médecin.
Mercredi 24 juin 2026 : 16h18
La taxi stationna derrière la limousine et Chuck jeta quelques billets qui couvraient largement la course, sur le siège avant. Il ne prit pas la peine d'attendre sa monnaie et se dépêcha de gagner la salle d'attente du cabinet privé du professeur Lockwood.
Du coin de l'œil, il vit Arthur lui faire un signe mais ne prit pas non plus le temps d'y accorder d'importance.
Blair avait rendez-vous à seize heures trente.
Quand il pénétra dans la pièce, il constata que son épouse y était assise, les yeux dans le vague.
- Je suis désolé, s'excusa-t-il en prenant place à ses côtés.
Désolé de quoi au juste ? Il n'était même pas en retard ! Sans doute de l'avoir mise enceinte encore une fois, réfléchit-elle.
La brune tourna son visage vers lui et il se maudit intérieurement devant sa mine défaite. Il était resté assis plus de deux heures non loin de l'endroit où ils avaient eu l'accident et, plongé dans ses pensées, avait perdu la notion du temps.
Quand il avait émergé, il avait hélé un taxi qui s'était retrouvé coincé dans la circulation abondante de la fin de l'après-midi.
Il imaginait parfaitement que son épouse était en rogne contre lui. Elle avait dû croire qu'il ne viendrait pas du tout en ne le voyant pas là, en arrivant.
- Chuck, il faut qu'on parle.
- Non. Je t'ai dis que je me plierais à ta volonté et c'est ce que je ferai.
Il ne voulait pas se reprocher un jour de l'avoir orientée vers tel ou tel chemin. C'était à elle de choisir ce qu'elle voulait pour son avenir.
La porte du bureau du spécialiste s'ouvrit et le professeur Lockwood leur adressa un petit signe de tête en guise de bienvenue.
Blair se leva et y entra d'un pas résolu.
Chuck rassembla ses forces et l'y rejoignit sans plus attendre. Il s'appliqua à écouter la conversation qu'elle entamait avec l'obstétricien le plus calmement possible. Il s'escrima à étouffer ses sentiments (ça, il savait le faire depuis toujours) et à camoufler le tremblement de ses doigts en les plaçant bien à plat sur ses jambes.
- J'ai reçu les résultats du test sanguin que vous avez effectué en fin de matinée et il est bien positif. Vous êtes enceinte de sept semaines environs.
- Mais comment ça a pu arriver alors que je prends un contraceptif ? réclama Blair. J'ai vérifié sur ma plaquette en cours, je n'ai omis aucun jour.
- C'est un phénomène assez rare, indiqua le professeur. Mais il arrive parfois qu'une fécondation se déclenche même en prenant la pilule, soit lorsque que la femme est hyper fertile, soit lorsque les deux partenaires sont un peu trop « compatibles »
Elle vit planer l'ombre d'un petit sourire en coin, estampillé « Chuck Bass », sur les traits de son mari, mais il le perdit avant qu'il n'ait pu s'y installer réellement comme le médecin continuait.
- Je comprend que ce soit un choc pour vous, compatit le spécialiste. Si vous désirez interrompre cette grossesse, la loi précise qu'il vous faudra d'abord consulter un psychologue, ou le Docteur Sherman si vous préférez, avant de subir l'avortement proprement dit. Vous avez toutefois du temps devant vous pour y réfléchir encore, l'embryon n'a que quelques semaines.
Du coin de l'œil, elle vit Chuck flancher, mais il se reprit rapidement et accusa le coup. Carrant la mâchoire, son visage afficha à nouveau une expression neutre et illisible.
Blair posa sa main sur la sienne et elle en ressentit le tremblotement avant qu'il n'enfonce un peu plus ses phalanges dans sa cuisse.
- Il n'y a rien à réfléchir, notre enfant est là, il y restera jusqu'à sa naissance, indiqua-t-elle simplement en refermant sa paume autour de ses doigts.
Le cœur de Chuck fit un bond dans sa poitrine. Elle voulait garder leur bébé. Une sensation de soulagement intense l'envahit en même temps qu'une onde de chaleur parcourait chacune des fibres de son corps.
- Bien, dans ce cas, je vais demander à ma secrétaire de fixer la date de la première échographie et de prendre rendez-vous pour vous à la clinique pour quelques examens complémentaires, afin d'éviter toutes complications. Vous connaissez le protocole, il sera identique à celui que vous avez subi pour les jumelles.
La brune acquiesça et salua l'obstétricien puis se leva pour quitter la salle d'examen, suivie par son mari.
Une fois dans la salle d'attente, la porte à peine refermée derrière eux, Chuck agrippa sa main et l'attira à lui pour la serrer dans ses bras.
- Merci, souffla-t-il tout en déposant un baiser dans sa chevelure. Merci.
Il avait du mal à contenir l'émotion qui le submergeait en cet instant.
Blair s'écarta de lui pour lui faire face et plaça ses doigts de chaque côté de la ligne de sa mâchoire.
- Ce n'est pas un sacrifice. Je ne fais pas ça pour toi. Je veux ce bébé autant que toi, clarifia-t-elle.
Il opina de la tête avant de poser son front contre le sien.
- Je sais, murmura-t-il comme son nez frôlait le sien.
Il avait bien pris soin de ne pas intervenir pour ne pas fausser sa décision. Il ne voulait pas qu'elle finisse par leur en vouloir, à lui ou à leur futur enfant, parce qu'elle s'était sentie contrainte de mener cette grossesse à terme.
- Je t'aime. Je t'aime. Je vous aime, scanda-t-il à voix basse.
- Je vous aime aussi, toi et tes supers spermatozoïdes, rit-elle.
- Ce sont tes ovules qui sont hyper fertiles, tu as entendu le médecin, argua-t-il le cœur en liesse.
Elle ouvrit la bouche pour répliquer et il en profita pour y insinuer sa langue et la réduire au silence.
Mercredi 24 juin 2026 : 23h04
Chuck régla son réveil et s'assura que la sonnerie était bien programmée pour le lendemain matin.
Blair entra dans la chambre à son tour et l'observa.
Ils étaient passé récupérer Henry à son entraînement après leur visite chez le professeur Lockwood et il avait disparu dans son bureau presque aussitôt après le repas.
Elle se glissa sous la couette et se blottit dans ses bras.
- Quand est-ce qu'on va le dire aux enfants ? demanda-t-elle.
- Je ne sais pas. Peut-être qu'on devrait attendre un peu. Qu'est-ce que tu en dis ?
- J'en dis qu'on ne devrait pas traîner, parce que, connaissant ton fils, il va rapidement s'apercevoir de quelque chose.
- On pourrait faire ça, samedi. Juste avant qu'on ne sorte dîner.
Blair releva la tête et lui jeta un regard interrogateur.
- Je voulais d'abord t'emmener pour un repas romantique en amoureux mais, je me dis qu'étant donné la situation, on pourrait y aller en famille après le leur avoir annoncé. Enfin, si tu veux, ajouta-t-il.
- Ça me paraît une bonne idée, concéda-t-elle.
Il l'embrassa sur le front.
- Je demanderai à Marge de faire une réservation à l'Artusi dés demain.
Blair joua un instant avec un des boutons de son haut de pyjama.
- Je sais pourquoi tu es arrivé si tard chez le médecin, dit-elle. Arthur m'a raconté.
Elle le sentit se raidir.
- Arthur t'a raconté quoi ? demanda-t-il, d'une voix où s'entendait l'émotion.
- Tes petits détours par chez Agnès avant Central Park.
- Blair, je ... Je suis désolé, je ne voulais pas te faire de cachotteries, je t'assure. C'est juste que, parfois, j'ai besoin d'aller là-bas. Je sais que c'est idiot mais, il n'a pas de sépulture et ça me semble être le meilleur endroit pour lui parler. Ça me donne l'impression d'être plus proche de lui.
Ses souvenirs la ramenèrent à une autre nuit, des années auparavant.
Vendredi 27 septembre 2019 : 03h52
Chuck faisait les cents pas dans leur chambre, tentant de calmer Lola en attendant que sa jumelle ait terminé sa tétée.
La tututte en silicone n'était plus d'aucune aide ni utilité. Sa fille criait famine et réclamait sa pitance.
Henry s'était déjà relevé deux fois, se plaignant que les pleurs de ses sœurs l'empêchaient de dormir.
Blair avait trouvé son fils « différent » quand elles étaient rentrées de la clinique, peu après midi. Plus calme qu'à l'accoutumée. Trop calme, presque.
Enfin, Lisa fut rassasiée et elle permuta les bébés avec son mari, qui se chargea de faire digérer sa fille aînée, puis de la changer et de la mettre en pyjama, avant de la déposer délicatement dans son couffin, pour le reste de la nuit, espérait-il.
Quand il revint, il procéda de même avec leur autre fille tandis que Blair en profitait pour somnoler dans leur lit.
Une fois que la maisonnée fut calme (au moins pour quelques heures) il se blottit tout contre elle, l'attirant au creux de lui.
- Tu m'as manquée, murmura-t-il en refermant ses bras autour d'elle. Je déteste m'endormir et me réveiller sans toi.
Elle entrelaça leurs doigts et ramena leurs avant-bras contre sa poitrine, prête à dériver vers les limbes.
Elle, non plus, ne dormait pas bien sans son corps pressé contre le sien.
- Qu'est-ce qui s'est passé dans ton bureau ? interrogea-t-elle d'une voix ensommeillée. Dorota m'a dit qu'il y avait eu un cataclysme.
Chuck se tâta. Il n'avait pas encore eu l'occasion de lui parler de l'incident de la nuit précédente. Ils étaient rentrés avec les jumelles en début d'après-midi et n'avait pratiquement pas eu une minute à eux.
Ensuite, quand les filles avaient eu la bonté d'âme de faire une sieste, son épouse en avait profité pour se reposer, elle aussi et l'employée fidèle avait conté à son employeur l'épisode de la veille à la clinique.
Il ne voulait pas la bouleverser plus qu'elle ne l'était déjà. Étant donné son passif, il avait été clairement établi par leur psychiatre que selon toutes probabilités, elle souffrirait de dépression post-partum. Ça avait déjà été le cas après la césarienne en urgence à la naissance de leur fils.
Néanmoins, Chuck ne voulait pas lui cacher ce qui s'était passé. Tôt ou tard, d'une manière ou d'une autre, Henry en parlerait et elle serait furieuse si elle découvrait qu'il ne lui avait pas parlé d'une chose si importante.
En plus, il s'était juré qu'il n'y aurait jamais aucun mensonge ni secret au sein de leur famille. Il savait trop les dégâts qu'ils pouvaient occasionner.
- Henry a grimpé sur ma chaise pour accéder à la bibliothèque et elle a roulé à l'autre bout de la pièce. Le meuble a basculé sous son poids. Heureusement, il n'a été que très légèrement blessé.
- Quoi ? se récria-t-elle, totalement réveillée, à présent.
Elle n'avait même pas remarqué que leur petit homme était blessé. Quel genre de mère ne s'apercevait pas des blessures de son enfant ?
- Il n'a rien, la rassura Chuck. Il s'est juste râpé l'avant-bras sur le tapis, en tombant. Un peu de désinfectant et un pansement pour faire bonne mesure et le tour était joué.
- Mais qu'est-ce qu'il faisait dans ton bureau ? Il sait que cet endroit lui est interdit !
Décidément, le sacripant passait son temps à faire des bêtises et à désobéir. C'était courant pour les aînés d'avoir ce genre de comportement quand un autre bébé pointait le bout de son nez, d'après tout ce qu'elle avait lu sur le sujet et Henry ne devait pas faire face à une, mais à deux, nouvelles venues.
Elle avait bien conscience que c'était, somme toute, plutôt normal. C'était une manière pour lui d'exprimer son angoisse et sa jalousie mais elle n'avait pas la patience, ni l'énergie de tolérer ses écarts de conduites. Le petit gnome l'avait habituée à une attitude docile et elle avait du mal à maîtriser sa contrariété à son encontre. La fin de sa grossesse avait été pratiquement cauchemardesque pour leur relation. Elle ne s'en culpabilisait que plus.
Heureusement, la relation entre les deux hommes de sa vie n'avait jamais été si solide et si fusionnelle, c'était un peu comme si elle était inversement proportionnelle à la dégradation de la leur.
Chuck et Henry avaient toujours été très proches, à tel point qu'elle avait parfois l'impression d'être exclue mais elle ne pouvait pas en tenir grief à son mari. Elle n'ignorait pas à quel point c'était essentiel pour lui d'être un père présent et proche de leurs enfants.
- Il cherchait son livret de bébé, l'informa Chuck.
- Son carnet ? Mais il est dans sa chambre.
- Il t'a vu en ranger un dans la bibliothèque de mon bureau avant qu'on ne parte pour la maternité et il a cru que c'était le sien.
Le cœur de Blair se serra dans sa poitrine. Elle avait feuilleté le carnet de leur premier bébé dans le courant de l'après-midi, avant de quitter la maison.
- Qu ... qu'est-ce que tu lui as dit ? interrogea-t-elle d'une voix entrecoupée par l'émotion.
Chuck et elle savaient qu'ils parleraient un jour de cet autre enfant à Henry, mais ils n'en n'avaient jamais discuté entre eux. Elle pensait que ce ne serait pas avant encore longtemps.
- Je lui ai dit la vérité, murmura-t-il. Qu'est-ce que j'aurai pu faire d'autre ? Il n'était pas question que je lui mente.
Bien sûr que non ! S'il y avait bien une chose qui n'avait pas ça place dans cette famille, c'était la duperie.
- Comment ... Comment il a réagi ? s'inquiéta-t-elle.
- Étonnamment bien, en fait. Du moins, en apparence. Il m'a demandé comment il s'appelait.
Un silence s'établit entre eux. Ils n'avaient jamais abordé la question. Ils savaient que le bébé à venir était un garçon mais vu les circonstance, il n'avait pas eu l'occasion de lui chercher un prénom.
- J'ai répondu Bradley, reprit Chuck après quelques secondes. Je ne sais pas pourquoi, ça me semblait lui convenir.
Blair referma les paupières, elle n'avait même jamais envisagé lui donner une identité et le fait de le faire ne rendait que la perte de cet enfant plus réelle, plus intense. C'était comme si cela rendait tangible une idée un peu abstraite.
- Je ne savais pas quoi faire et ... j'ai cru que c'était ce qu'il y avait de mieux. Je te demande pardon de ne pas t'avoir consultée mais, j'ai été pris de court et je n'avais pas l'opportunité de t'appeler. Je sais qu'on a jamais vraiment discuté de ce qu'on leur dirait le moment venu, mais c'est arrivé bien plus tôt que je ne l'aurait cru et ...
- Tu as bien fait. Et tu as raison, Bradley, ça lui aurait correspondu parfaitement. Où as-tu été chercher ce prénom ?
- C'est celui de mon grand-père maternel.
Blair se délogea d'entre ses bras pour plonger ses yeux dans les siens.
- Henry a vraiment de la chance de t'avoir pour père, lui assura-t-elle. Et nos filles aussi.
Elle reposa sa tête sur son torse et il replaça son bras autour d'elle.
- Je t'aime, dit Blair en déposant un baiser sur ses pectoraux.
- Je t'aime, répondit-il en embrassant le sommet de son crâne.
Il éteint la lumière et resserra son étreinte. Cette nuit, il s'endormait tout contre elle. Cette nuit leur lit ne lui semblait pas trop grand, trop vide, ni trop froid. Cette nuit, tout était à sa place.
Mercredi 24 juin 2026 : 23h11
Blair caressa son avant bras et entremêla leurs doigts. Il ne fit rien pour l'en empêcher. Elle en fut soulagée.
- Pourquoi tu ne m'en as jamais parlé ?
- Je ne voulais pas raviver de mauvais souvenirs. Tu as déjà bien assez à te préoccuper avec les enfants et Waldorf Designs.
- Je me préoccupe aussi de toi, souffla-t-elle.
- Je sais, c'est pour ça que je ne t'ai rien dit. Je ne voulais pas t'inquiéter.
- Je pense souvent à lui, confia-t-elle, mais je ne suis pas certaine d'avoir la force d'y aller sans toi. La prochaine fois, je voudrais t'y accompagner.
- D'accord, accepta-t-il.
Elle posa un baiser sur ses phalanges, qui enserraient toujours les siennes contre son cœur.
- Est-ce que tu y as déjà emmené Henry ? voulu-t-elle savoir.
- Une fois. La semaine après que vous soyez rentré de la maternité avec les filles. Il voulait savoir les circonstances de la mort du bébé, alors, je me suis dit que le plus simple, c'était de lui montrer. Les choses étaient déjà assez compliquées avec les jumelles, je n'ai pas voulu rajouter ça sur la tapis, avoua-t-il. J'ai été surpris qu'il ne t'en parle pas lui-même.
- C'était une période un peu tendue entre Henry et moi à l'arrivée des filles. J'espère que ça se passera mieux cette fois.
- Il a treize ans et il est déjà passé par là. Du reste, quand tu es enceinte, c'est tout un chacun qui doit subir tes sautes d'humeurs ! la taquina-t-il.
- Pourtant tu en redemandes, répliqua-t-elle.
- J'en redemande, oui. Parce que je suis masochiste et que je n'en n'aurai jamais assez de toi, ni des magnifiques enfants que tu me fais, même si ça veut dire passer neuf mois en terrain miné.
- Tu en éviteras déjà trois, c'est pas si mal, soupira-t-elle, redevenant sérieuse et déjà nostalgique à l'idée d'être si loin de ses bras pendant une si longue période.
- J'ai apporté quelques changements à mon planning, l'informa-t-il.
- C'est pour ça que tu as disparu après le dîner, devina-t-elle.
- Je ne vais certainement pas t'abandonner seule avec toute la charge de WD et nos trois monstres pendant cette grossesse.
- Chuck, c'est un gros contrat pour BI et tu en es l'artisant, tu ne peux pas tout laisser tomber.
- Je ne vais pas laisser tomber. J'ai déjà vu ça avec Marge. Ce sera juste un peu plus long que prévu pour la mise en place. Je ferai des aller-retour quand ce sera nécessaire et pour le reste, j'envisage de demander à Éric de me seconder sur le projet.
- Il vient à peine de débarquer à son nouveau poste et tu vas être complètement lessivé si tu passes ton temps à voler d'un continent à l'autre sans arrêt.
- Je ne vais pas le lâcher seul dans la nature, je continuerai à superviser le tout. Éric a un très bon potentiel et c'est aussi la personne la plus sûre que j'ai à l'intérieur de BI. Je lui fait totalement confiance à ce sujet. J'en ai vaguement parlé avec mon père quand je l'ai eu au téléphone et il approuve totalement mon point de vue à propos de notre nouvelle recrue. Je n'ai rien dit pour le bébé, rassure-toi. Je ne savais pas encore quelle serait ta décision.
- J'en ai parlé au mien, admit-elle. J'avais besoin de parler à quelqu'un et puisque tu ne ...
- Je ne voulais pas exercer une quelconque pression sur toi. Je ne voulais pas que tu regrettes un jour d'avoir eu cet enfant, c'est tout. Je voulais que tu fasses le choix que tu estimais le meilleur pour toi.
- Je sais. Je ne t'en veux pas, je sais pourquoi tu as refusé de prendre part au débat. Et je connaissais parfaitement ton point de vue sur la question de toute façon. Je sais aussi que tu m'aurais soutenue jusqu'au bout si j'avais décidé d'interrompre cette grossesse malgré le mal que ça t'aurait fait parce que tu me fais, tu nous fais, toujours passer avant toi. Tu es un mari et un père exemplaire, tu le sais ça, n'est-ce pas ?
Il ne répondit pas mais l'embrassa sur l'épaule.
Elle se retourna dans ses bras pour lui faire face.
- Chuck Bass, tu es le meilleur des pères et des maris qu'on puisse rêver, redit-elle en caressant ses cheveux dans le creux de sa nuque.
Elle enfouit son nez dans sa chemise de pyjama et se lova tout contre son torse.
- J'ai une famille extraordinaire, grâce à toi, chuchota-t-il. Je vous aime.
- Nous aussi on t'aime, répondit-elle en glissant sa main entre eux, contre son abdomen.
Il posa sa paume sur la sienne et embrassa sa tempe la collant un peu plus à lui.
- Je parlerai à Éric dés qu'on aura annoncé la nouvelle.
- Mieux vaut ne pas traîner. J'ai arraché à mon père la promesse qu'il tiendrait sa langue mais, je le connais, à la première occasion qu'il aura de parler avec ma mère, il crachera le morceau.
- Après l'échographie, ça me semble être le plus censé, réfléchit-il.
- Au cas où il y en aurait plusieurs, grommela-t-elle.
Il émit un gémissement significatif et elle éclata de rire.
- Au fait, tu ne m'as pas dis pourquoi ton père devait te joindre de toute urgence tout à l'heure, questionna-t-elle finalement, en recouvrant son sérieux.
- Jack vient d'être admis sur la liste des receveurs.
Blair ne portait pas spécialement l'oncle de son époux dans son cœur, mais les relations entre eux tous s'étaient largement améliorées et il était régulièrement du côté de Chuck, depuis nombres d'années maintenant. Elle ne s'attendait pas à pareille annonce même s'ils savaient que les symptômes de sa maladie s'étaient aggravés depuis quelques mois.
- Je ne savais pas que c'était à ce point, s'exclama-t-elle.
- Moi, non plus. Il ne reste plus qu'à espérer qu'il soit transplanté avant que son foie ne le lâche pour de bon.
- Il a toujours su tirer son épingle du jeu, il le fera encore cette fois, tenta de le rassurer la brune.
Il acquiesça et déposa un autre baiser sur sa chevelure chocolat.
