Merci miss-acacia84, Moozanna et au guest qui m'ont laissé une review. C'est toujours un plaisir de savoir que ce qu'on écris est apprécié par autrui.


Para 42

Samedi 27 juin 2026 : 18h54

Henry, Lisa et Lola Bass se jetaient des regards inquiets et interrogateurs.

Ils avaient été priés de tous s'installer sur le canapé du salon et faisaient face à leurs parents.

L'aîné se raclait la cervelle pour trouver une raison qui pourrait justifier une telle mise en scène.

Déjà ce matin, autour du bassin, son père lui avait semblé étrange. Ils avaient l'habitude d'aller nager tous les deux chaque samedi pendant que sa mère emmenait les jumelles à leur cours de danse.

Lui était inscrit à un club de natation, en plus de celui de base-ball, mais il préférait nettement quand il allait à la piscine le samedi, en dehors des cours. C'était son moment avec son père et il attendait toujours la fin de la semaine avec impatiente.

Cependant, aujourd'hui, on aurait dit que son paternel était absent.

Il l'avait félicité quand il avait battu son record au cinquante mètres nage libre, comme de bien entendu. Henry avait choisi le papillon comme spécialité. Il s'était spécifiquement entraîné à ça cette semaine. Parce que son papa l'encourageait toujours et qu'il aimait quand il voyait briller cette petite étincelle de fierté dans les yeux de son géniteur.

Néanmoins, il y avait quelque chose de différent. L'adulte avait l'air préoccupé. Ses pensées étaient accaparées par quelque chose d'autre et il se demandait bien quoi et si cela avait attrait avec la réunion familiale à laquelle il venait d'être convié avec ses sœurs.

Lisa, elle, passait en revue toutes les bévues qu'elle avait faite, seule ou avec la complicité de Lola. Se pouvait-il que leurs parents aient été avertis qu'elles avaient collé du chewing-gum dans les cheveux de Janice Poter ?

Peu probable, la blondinette, arborant une nouvelle coupe au carré plongeant, ras sur la nuque, avait maintenant une peur bleue de les contrarier. Impossible que cette petite misérable de Brooklyn soit aller pleurnicher chez Madame Balaber. Si c'était ça, la morveuse allait le regretter amèrement.

L'aînée des jumelles pensait que cette loqueteuse avait compris qu'on ne défiait pas impunément Lisa ou Lola Bass, mais il faudrait peut-être qu'elles soient plus explicites. Que pourraient-elles faire d'autre ? Lui couper quelques mèches des fétus de paille qui lui servaient de perruque avec la paire de ciseaux que la maîtresse rangeait dans le deuxième tiroir de son bureau ? Elle pourrait dire adieu à ce qu'il lui restait sur le crane.

Oui, mais dans ce cas, elles seraient reconnues comme coupables. Alors que là, elles avaient seulement laisser entendre à Janice qu'elles pourraient, peut-être, être celles qui avaient malencontreusement perdu un chewing-gum dans sa tignasse.

Non, ce ne pouvait pas être la raison qui faisait que leurs parents les regardaient sans savoir quoi dire. Si c'était ça, son papa serait déjà occupé à les menacer de les punir de cours de danse jusqu'à la fin de leur vie et leur mère acquiescerait en faisant croire qu'elle était outrée de leur comportement. Même si, dans le fond, sa maman savait parfaitement qu'être princesses impliquait de n'être pas très gentilles avec les autres.

Elle répondit au coup d'œil de sa jumelle par une petite secousse discrète de la tête de droite à gauche pour lui signifier qu'elle n'avait aucune idée de la bêtise qu'elles avaient pu faire pour être appelées comme si elles étaient au tribunal.

Lola s'agaça, assise à l'extrême gauche du sofa. Sa sœur réussissait toujours à l'attirer dans les ennuis avec elle. Lisa avait de grandes idées et elles étaient en générales très amusantes, jusqu'à ce qu'elles se fassent prendre.

Sa grande sœur savait s'amuser et elle était toujours partante pour l'aider, en général. Mais la cadette détestait devoir en payer le prix. Et sur ces coups là, leur papa était bien moins compréhensif que leur maman.

Cependant, elle ne voyait pas du tout ce qu'elles avaient fait de mal pour être assises ici. Enfin, si, il y avait bien quelques bêtises comme le fait d'avoir renversé de la peinture sur la nouvelle robe Waldorf de Shelley Magnus.

Sauf que personne ne pouvait dire qu'elles l'avaient fait exprès et ce n'étaient pas leur faute si cette rouquine idiote n'avait pas appris que quand elles disaient "pas de bleu le premier jour d'école après le week-end" (parce qu'elles porteraient du bleu ce jour là) personne n'osait porter cette couleur le lundi.

En plus de ça, cette morveuse ne mettait pas du tout en valeur la création de leur grand-mère et elles ne pouvaient tolérer un tel affront. Leur maman comprendrait parfaitement ça. Leur père, par contre, il risquait de les punir en refusant qu'elles aillent rejoindre leurs grands-parents en France pendant les grandes vacances.

Blair s'éclaircit la gorge et remua sur la sofa, en face de leurs trois enfants. L'échographie 3D était prévue pour le mardi suivant mais ils avaient décidé d'informer leurs enfants de la situation avant de l'annoncer à tous.

Étant donné qu'elle devait s'arranger avec sa mère pour WD et que Chuck devait s'organiser avec Éric et l'initié au projet de Bali avant qu'ils ne quittent les USA pour Paris, où elle devait terminer les préparatifs de la semaine de la mode, ils n'avaient pas le loisir d'attendre encore plusieurs semaines.

Ce nouvel enfant (pourvu qu'il ne soit qu'un seul) viendrait à nouveau tout chambouler dans leur quotidien et la brune avait bien l'intention de profiter de la présence de son mari pendant les deux mois d'été à venir autant que possible en fonction de leurs agendas respectifs.

Une fois le complexe immobilier lancé, il ferait d'incessants voyages entre les deux continents et elle anticipait déjà le manque de lui, même si c'était finalement mieux que l'idée initiale de le voir s'envoler pour trois mois entiers.

Ils avaient projeté de passer juillet dans la capitale française pour qu'elle puisse gérer la présentation des dernières créations Waldorf tout en ne se séparant pas de sa famille et ils devaient théoriquement rejoindre le vignoble lyonnais au début du mois d'août pour se retrouver un peu coupé de tout avant la rentrée de septembre et la préparation de la fashion week.

Elle posa sa main sur celle de Chuck et prit finalement la parole.

- Si on vous a réuni, c'est parce qu'on a quelque chose de très important à vous dire, entama-t-elle.

- Est-ce qu'on ne va plus à Paris ? questionna Lola.

Elle adorait cette ville, avec la tour Eiffel illuminée et l'Arc de triomphe. Elle appréciait particulièrement les ballades au bord de la Seine avec Papyrus et les visites à l'atelier avec Mamilor.

De plus, Shelley Magnus ne valait pas une pareille punition. Au pire, elles pouvaient intercéder auprès de sa mère pour lui rendre une robe identique, si vraiment elles étaient obligées de faire amande honorable.

- Est-ce que vous allez divorcer ? s'inquiéta plutôt Henry.

Leurs parents se disputaient parfois mais il n'avait rien remarqué de suspect qui indiquerait qu'ils ne soient plus amoureux l'un de l'autre, même s'ils agissaient vraiment très bizarrement depuis ces trois derniers jours, en y repensant bien.

- Non, on ne va pas divorcer et oui, on va toujours à Paris, répondit Chuck. Ça n'a rien d'une mauvaise nouvelle, au contraire ...

- Oh non ! Tu es enceinte ! le coupa abruptement Henry.

L'adolescent avait déjà entendu ce discours auparavant et il s'était retrouvé avec deux petites pestes sur les bras.

Un seul regard de son père lui fit regretter ses mots.

Ok ! Ce n'était peut-être pas toujours désagréable d'avoir des sœurs mais les siennes étaient particulièrement chipies.

- Nous allons effectivement avoir un autre bébé dans cette maison, opina-t-il.

Lisa et Lola poussèrent un cri de joie. Enfin, un petit être qui pourrait leur servir de poupée vivante et qu'elles pourraient habiller et chouchouter comme bon leur semble. Leur frère aîné n'était jamais très coopératif et d'ailleurs, sa mine ne leur disait rien qui vaille. Elles se sentirent d'un coup bien moins enthousiastes. Et le discours de leur père ne fit que confirmer leurs craintes.

- Ça veut dire que certaines règles vont devoir changer dans cette maison. Plus de chamailleries stupides qui épuisent votre mère. Plus de jouets qui traînent, un bébé ça ramasse tout et ça n'a aucune conscience du danger. Alors, commencer à vous y habituer dés maintenant. Dorota n'a que deux mains et ne peut pas être derrière chacun d'entre vous. De plus, vous êtes grandes maintenant les filles, donc je compte sur vous pour faire un effort à ce niveau. Surtout pour ne pas titiller votre frère, ce qui est sans doute une de vos activités favorites.

Les jumelles firent chacune une petite moue qui trahissait leur contrariété alors qu'Henry approuvait pleinement la dernière partie.

- Nous allons également réaliser des changements à l'intérieur de la maison. On va aménager la dernière pièce d'en haut en chambre ...

- Moi ! intervint immédiatement l'aîné.

Après tout, il était logique que ce soit lui qui s'éloigne le plus de la chambre de leurs parents.

- Nous avons effectivement pensé à toi, acquiesça son père.

Chuck ne doutait pas un instant que son fils souhaite avoir un peu d'intimité et de tranquillité, loin de ses petites sœurs qui l'adoraient mais passaient leur temps à le tourmenter en s'escrimant à attirer son attention par n'importe quel moyen et bien souvent, pas le meilleur.

Henry sourit, au moins une chose de positive qui allait dans son sens. C'était toujours ça de pris. Et puis, il était certain qu'avec la venue d'un enfant supplémentaire, sa mère mettrait encore un peu plus de distance entre eux deux. C'est comme ça que ça s'était passé la première fois, alors autant s'y habituer, comme l'avait dit son père.

Il ne comprenait pas vraiment ce qu'il avait fait pour qu'elle lui donne tort la plupart du temps, alors que les filles passaient leur temps à envahir son espace personnel sans qu'elle y voit le moindre problème.

Il aimait sincèrement ses sœurs mais il n'avait aucune envie de jouer avec elles à la dînette ou de leur servir de cobaye pour leurs expériences vestimentaires. Elles aimaient accorder les vêtements et coloris en utilisant les bouts de tissus et échantillons que leur mère ramenait de WD pour inventer et créer leurs propres modèles. Dorota se prêtait volontiers au jeu et assemblait les morceaux pour en faire des « vêtements » qu'elles imaginaient, mais il avait treize ans, et passé l'âge de faire le pitre. Il avait bien d'autre chose en tête, plus importantes.

- Alors, nous sommes quatre enfants, maintenant, compta Lola.

- Cinq, la reprit Henry sans réfléchir, avant de se rendre compte qu'il avait parlé trop vite.

Il vit le visage de sa mère se décomposer et la culpabilité l'assaillit.

Zut ! Il était pourtant plus vigilent que ça d'habitude.

Il ne parlait jamais de Bradley avec elle. Son père répondait à ses questions ou l'emmenait parfois là où ils avaient eut cet accident, quand il le lui demandait, mais il n'avait jamais osé aborder le sujet avec elle. Elle n'y avait jamais fait référence devant lui et il était assez intelligent pour comprendre que c'était tabou pour elle.

C'était une chose qui s'imposait à lui d'elle-même. Il se demandait souvent comment aurait été sa vie si son frère avait vécu. Est-ce qu'ils auraient été aussi proches que Lisa et Lola ? Est-ce que ses parents l'aurait eu tout court ? Ils se seraient peut-être contenté d'un seul enfant si Bradley était né.

- Ce sont des jumelles ? s'excita Lisa.

- On ne sait pas encore, la calma Chuck en passant son bras autour des épaules de sa femme. Maman doit aller chez le médecin la semaine prochaine et ainsi on pourra le savoir.

Blair rassembla ses esprits. Les propos d'Henry avaient claqués en elle comme un coup de fouet. Elle n'avait jamais évoqué la question avec lui, ni avec les filles. Chuck gérait ça bien mieux qu'elle, en réalité et ils n'avaient pas prévu de comment ils annoncerait ça aux jumelles. Les choses s'étaient faites comme ça, naturellement, avec leur fils. Parce que l'occasion s'était présentée, tout simplement.

- Est-ce qu'on pourra venir aussi ? Stanley est allé voir son petit frère chez le docteur avec sa maman, la semaine dernière et il a dit que c'était trop bizarre, sautilla Lisa toujours assise sur le canapé.

- On vous ramènera une photo, d'accord ? intervint Blair en souriant.

- Mais pourquoi cinq alors ? questionna Lola qui avait recompté sur ses doigts.

- Vous avez eu un autre frère, avant Henry, expliqua Chuck comme il l'avait déjà fait pour leur fils, sachant pertinemment que son épouse préférerait qu'il prenne la parole.

Elle pressa ses doigts autour des siens pour le remercier. Elle se sentait totalement incapable d'expliquer avec des mots la perte de leur tout premier enfant.

Les jumelles le dévisagèrent.

- Il est au ciel, reprit Chuck. On a eu un grave accident de voiture quand il était dans le ventre de maman.

- C'est lui, notre ange gardien ? interrogea Lola en s'adressant à son frère.

Henry remua d'une fesse sur l'autre, très mal à l'aise. Il avait raconté à ses sœurs que quelqu'un les protégeait de là-haut, un soir où leurs parents étaient sortis et qu'elles s'étaient faufilées dans sa chambre parce qu'elles avaient peur de l'orage qui grondait au dehors.

Il avait alors dix ans et n'était pas très rassuré, lui non plus. Mais il s'était refusé à appeler Dorota. Il voulait être aussi brave que son papa et il s'était souvenu de l'histoire d'Edgard et Églantine. C'était le rôle des grands frères de protéger leurs petites sœurs et c'est ce qu'il avait fait.

Il s'était arrangé pour qu'elles ne soient plus effrayées et leur avait permis de dormir avec lui. Il avait fait promettre aux filles de ne pas parler de cette histoire. C'était un secret entre eux trois. De plus, il était certain que c'était l'absolue vérité et que Brad veillait réellement sur eux, de là où il était.

- C'est lui, oui, répondit Chuck à la place de son fils.

Il faudrait qu'il ait une discussion avec Henry, plus tard pour savoir ce qu'il leur avait dit exactement.

Lola et Lisa hochèrent la tête l'une après l'autre, apparemment satisfaites de cette simple explication.

- Est-ce qu'on devra donner nos jeux au bébé si c'est une fille ? voulu savoir Lisa.

- Et bien, le bébé aura ses propres jouets, fille ou garçon, mais je compte sur vous pour être très gentilles avec lui et aussi pour m'aider à m'occuper de lui, indiqua Blair, trop heureuse de changer de sujet.

- Comme Henry avec nous, réfléchit Lola.

- Comme Henry avec vous, attesta leur mère sans vraiment oser regarder son aîné.

Elle s'en voulait à présent beaucoup de ne jamais avoir pris le temps de lui parler du bébé. Ce n'était pas à lui d'expliquer ça à ses sœurs. Ce n'était pas son rôle. Elle s'était longtemps cachée derrière Chuck mais elle se rendait compte que ce n'était pas juste pour Henry. Il n'avait pas à porter ça sur ses épaules.


Samedi 27 juin 2026 : 22h14

Lisa avait déjà fermé les paupières le temps qu'il embrasse Lola.

- Bonne nuit, papa, je t'aime, murmura-t-elle quand il déposa un baiser sur son front.

- Bonne nuit, ma princesse, je t'aime, chuchota-t-il comme il venait de le faire à l'oreille de sa jumelle.

La fillette sourit en frotta son nez contre la manche de son costume quand il remonta la couette sous son menton pour la border, à l'instar de sa sœur.

Elle aimait beaucoup l'odeur de son parfum. Son père était sans doute bien plus tranchant que sa mère quand il s'agissait de les réprimander, mais elles restaient toujours ses princesses quelque soit la bêtise qu'elles aient pu commettre. Et quoi qu'il arrive, il était toujours là pour les consoler quand elles avaient du chagrin et il avait toujours la solution pour réparer les dégâts qu'elles pouvaient occasionner.

Il éteint la lumière et referma la porte derrière lui.

Les filles, fidèles à elles-mêmes s'étaient comportées en véritables enfants parfaites lors de leur dîner à l'Artusi. Elles avaient appris ça de Blair et adoraient évoluer dans les lieux publiques en faisant preuve de leur maintient et de leur bien-séance.

Elles avaient également l'air enchantées par la nouvelle grossesse de Blair. Elles étaient quasiment survoltées ce soir. Elles imaginaient certainement que le bébé serait comme une poupée vivante, qu'elles pourraient habiller et dorloter à leur guise. Elles se rendraient vite compte que ce n'était pas ça du tout, quand il serait là.

Celui qui l'inquiétait le plus était Henry. Il n'avait presque pas dit un mot, au restaurant. C'est à peine s'il avait touché à son plat alors que c'était un de ses endroits préférés. Et il l'avait surpris, à plusieurs reprises, occupé à observer Blair sans en avoir l'air.

Il cogna discrètement à sa porte et entra quand son fils répondit par l'affirmative.

Henry s'attendait à sa visite. Il ne pouvait pas cacher grand chose à son paternel et jamais pour bien longtemps, de toutes façons.

- Est-ce que ça va ? s'enquit son père.

Le jeune garçon hésita un instant. Si quelqu'un pouvait l'aider sur ce coup là, ce ne pouvait être que lui. Sur tous les autres aussi, du reste.

- Je suis désolé d'avoir parlé de Bradley tout à l'heure, lâcha le gamin.

Il avait gardé ça pour lui pendant toute la soirée. La culpabilité le rongeait à chaque seconde et il avait passé le repas à étudier sa mère. Elle évitait de le regarder et il se reprochait d'avoir trop parlé avant qu'ils ne quittent la maison.

Chuck le dévisagea un moment en silence. Il avait donc bien raison, quelque chose turlupinait son fils.

- Est-ce que tu voudras bien dire à maman que je m'excuse ? Je ne voulais pas lui faire de la peine.

- Pourquoi tu ne lui dirais pas toi-même ? questionna Chuck.

La communication entre Henry et Blair était loin d'être aussi ouverte qu'entre eux. Et, bien qu'il sache que le sujet était, et serait toujours, sensible pour elle, il avait la sensation que ces deux là avaient besoin d'éclaircir nombres de choses.

L'arrivée des filles n'avaient pas été une chose facile pour leur aîné. Beaucoup de bouleversements et pas mal de temps dévolu aux nouvelles arrivées, quand il avait toujours été le seul et unique, jusque là.

Le jeune père avait cru que tout s'arrangerait de soi-même et avait veillé à faire savoir au garçonnet qu'il y avait une place prépondérante pour lui et pour ses sœurs dans sa vie. Qu'ils étaient sa priorité.

Le gamin haussa les épaules et passa ses doigts dans ses cheveux.

- Est-ce que tu crois qu'elle aurait préféré que ce soit moi ? l'interrogea-t-il du bout des lèvres.

Le cœur de Chuck tressauta dans sa poitrine comme une douleur revenue du fond de sa mémoire faisait écho à celle qu'il pouvait lire sur les traits tendus de leur fils.

- Je veux dire ... dans l'accident ... à la place de Bradley, expliqua Henry.

Son père n'avait pas besoin de précision. Il connaissait parfaitement cette souffrance pour l'avoir eue comme compagne tout au long de sa propre enfance.

Il s'approcha de l'adolescent et posa une main sur chacune de ses épaules.

- Regarde-moi, dit-il.

Le jeune garçon releva les yeux de sur ses orteils nus pour les poser sur le visage de son père.

- JAMAIS, tu m'entends. JA-MAIS. Ta mère t'aime de tout son cœur et moi aussi. On aurait préféré ne pas perdre d'enfant du tout. Mais surtout n'imagine JAMAIS qu'elle ou moi aurions pu faire un choix entre vous, parce que c'est impossible. Tu comprends ?

Henry acquiesça. Il était soulagé. Il ne savait pas d'où lui était venue cette idée pendant le dîner, mais il était content de s'être confié à son père, parce qu'il avait besoin d'avoir cette confirmation, bien qu'il sache parfaitement que ses parents l'aimaient, y compris sa mère, même s'ils n'étaient pas toujours vraiment sur la même longueur d'onde.

Il laissa son père l'attirer dans ses bras et le serrer contre lui. Il lui rendit fermement son étreinte. Même s'il avait treize ans, il avait toujours besoin de sa protection rassurante. Sûr qu'ils ne donneraient jamais pareil spectacle en public. Les Bass avaient une réputation à tenir. Mais dans l'intimité de leur demeure, aucun geste de tendresse n'avait jamais été proscrit.

- Tu es le meilleur des fils, et aussi le meilleur des grands-frères, affirma Chuck. Ne doute jamais de ça. Je sais que ce n'est pas toujours évident pour toi et que ta mère et moi, nous travaillons beaucoup. Nous sommes souvent accaparés par nos activités professionnelles respectives mais ...

- On passe toujours en premier, termina Henry. Je sais. Quant aux filles, elles ne sont pas si terribles que ça. Enfin, pas tout le temps. Elles sont mêmes amusantes par moment ... pour des gamines, je veux dire.

Chuck réprima un rictus ironique. Parce que lui n'était plus un gamin !

- C'est juste qu'elles sont toujours si ... si exubérantes, soupira l'adolescent. J'ai parfois l'impression de vivre avec Katrina, mais en double.

- Ta mère et moi, nous apprécions aussi quand elles s'endorment, en fin de journée, sourit son père en lui donnant une tape sur l'épaule.

Henry sourit à son tour.

- Bonne nuit, papa ... et merci.

- Toujours, lui rappela Chuck. Bonne nuit, fiston.

Il quitta la pièce alors que son fils s'installait sous son duvet. Il avait besoin d'un verre, là, tout de suite. Il sentait l'émotion qu'Henry avait fait renaître bouillir en lui et il avait besoin de l'anesthésier avant de rejoindre son épouse dans leur chambre.