Merci miss-acacia84
Para 46
Vendredi 29 janvier 2027 : 16h38
Henry Bass décrocha son BlackBerry et appela Humphrey.
Pendant tout le trajet jusqu'à Central Park, la conversation qu'il venait d'avoir avec son oncle Éric se rejoua dans sa tête.
Il n'arrivait pas à croire ce qu'il venait d'apprendre.
Il avait besoin de trouver son père et vite.
Et il savait exactement ou il était.
Sa mère devait entrer à la clinique le soir même pour donner naissance à son frère le lendemain matin.
Ses sœurs passeraient la nuit chez leur grand-mère Eléanor.
Cyrus et elle avaient prévu une soirée récréative en compagnie de leur grand-père Harold et de Roman, avant de rejoindre la maternité privée ou serait admise sa mère dans la matinée pour voir le bébé.
Lui, était censé aller dormir chez grand-ma Lily, mais n'en n'avait aucune envie. Non pas qu'il n'aime pas y aller, si on mettait de côté Rufus qui ressassait toujours ces vieilles histoires de quand il était chanteur, c'était très agréable et sa grand-mère mettait toujours les petits plats dans les grands pour eux.
Cependant, il estimait qu'il était assez grand pour s'occuper de lui tout seul.
De plus, il aurait de loin préféré accompagner ses parents.
Il avait très mal dormi cette nuit. Plus la date de la césarienne approchait et plus il sentait monter la tension en son père.
Que sa mère soit au bord de la crise de nerf à cause du bébé qui arrivait à terme, il s'y attendait. Il avait déjà été agréablement surpris par le déroulement assez serein de la grossesse. Dans ses souvenirs, celle des jumelles était bien plus terrible.
Mais les bribes de conversation de la veille tournaient dans son cerveau.
Depuis que sa chambre était au dernier étage, à côté du bureau, il avait souvent eu l'occasion de constater que la lumière y restait allumée jusque tard dans la nuit.
Rien d'étonnant car son père ramenait le plus de boulot possible à la maison pour pouvoir passer plus de temps avec eux et avec leur mère.
Le jeune garçon avait bien compris que leur donner de son temps libre devait être répercuter quelque part car BI ne tournait pas toute seule.
Henry avait été plus qu'heureux quand le projet à Bali avait enfin vu le jour et que son paternel avait cesser de faire des allées et venues entre les deux continents.
Ils avaient repris leurs petites habitudes hebdomadaires du samedi matin et faisaient des longueurs de bassin pendant que sa mère avait un cours pour les femmes enceintes qui était censé l'aider à se détendre (Elle aurait peut-être dû prendre un abonnement supplémentaire) et que ses sœurs s'entraînaient pour devenir ballerines, comme leur grand-mère Lily.
Cette idée avait parue féerique aux jumelles, un jour qu'elles voulaient tout savoir de la vie de leur aïeule.
Soit, c'était tout bénef pour lui car il récupérait son père pour lui tout seul pendant quelques heures. Ça lui avait manqué bien plus qu'il n'aurait pu l'imaginer.
Il savait, bien entendu, que la période entre la rentrée scolaire et Thanksgiving serait un peu chaotique pour leur famille, entre la grossesse et les absences fréquentes son père, mais il n'avait pas pensé aux conséquences que ça aurait pour lui.
Il faut dire que tout son esprit ne tournait qu'autour d'une seule chose pendant tout l'été. Ou plutôt, une seule personne.
Beverly avait accepté d'être sa petite-amie après s'être débarrassée de ce toquard de Josh Goldblum et il en avait eu comme des papillons dans l'estomac la première fois qu'elle l'avait embrassé sur la bouche, pour lui dire au revoir, juste avant qu'ils ne partent pour Paris.
Il n'avait pensé qu'à ses lèvres douces, si douces, et chaudes, et sucrées, sur les siennes, pendant tout le vol et avait attribué les sensations de flottement dans son ventre au jet de BI qui passait dans des trous d'air ou changeait d'altitude au gré des couloirs aériens.
Cependant, même lorsqu'il avait eu les pieds fermement ancrés sur le sol de la capitale française, la sensation avait continué.
Il avait cru avoir peut-être attrapé une maladie. La mononucléose, qui portait aussi le nom de maladie du baiser. Mais quand il avait partagé ses craintes avec son père, celui-ci avait arboré un petit rictus ironique, avant de lui expliquer que ça n'avait rien à voir avec une quelconque pathologie et tout à voir avec la personne à qui appartenaient les lèvres en question.
Et de fait, il avait pu constater par lui-même que la seule chose qu'il avait en tête était le défilé Waldorf de fin juillet. Il s'était même proposé pour aider sa mère et sa grand-mère, bien qu'il sache qu'en faisant cela, il se retrouverait avec ses sœurs dans les pattes car elles adoraient la semaine de la mode à Paris et surtout, adoraient traîner dans l'atelier parmi les rouleaux de tissus colorés et l'effervescence des machines à coudre, qui carburaient à plein régime en ces périodes critiques pour tous les créateurs de mode haute-couture.
Ce qu'il voulait en réalité, c'était que tout soit absolument parfait pour quand Beverly et ses parents arriveraient.
La famille Prescott avait escamoté ses vacances en Sardaigne pour faire un détour par Paris avant de rentrer à New York. Le père de Beverly et le sien s'étaient tout de suite bien entendus et avait commencé à parler affaires, tandis que sa mère faisait un tour dans les coulisse, guidée par une des assistantes de WD Paris.
Il avait ainsi eu tout loisir lui-même de faire visiter chaque petit recoin caché à sa dulcinée. Bien entendu, les jumelles ne tardaient jamais à les retrouver, à la plus grande frustration des deux adolescents aux hormones frétillantes, qui s'efforçaient alors de changer d'endroit pour un autre, encore plus intime.
Quand ses parents avaient proposé à ceux de Beverly de les accompagner une semaine dans le vignoble Lyonnais, Henry avait presque sauté de joie. Presque. Car il était un Bass et un Bass sait se tenir en société.
Néanmoins, il n'avait pu cacher le sourire qui s'étalait sur sa face quand son père lui avait adressé un clin d'œil complice depuis l'autre côté de la table de chez Pierre Gagnaire.
Le jeune garçon avait passé une semaine magique chez ses grands-pères et, cerise sur le gâteau, sa mère avait accepté que les filles restent un peu plus longtemps à Paris, à la demande de grand-pa Cyrus.
Résultat : les jumelles avaient réussi à attendrir leur parents après sept jours passés sans elles et avaient obtenu de ramener dans leurs bagages un des petits de Cat, deuxième du nom. [Qui s'appelait dorénavant Katy]
Henry avait donc pu profiter, avant l'arrivée des typhons, de chaque moment passé avec la jolie métisse (cette dernière était fille unique. Merci Mon Dieu !) qui avait le don de faire voleter des papillons dans son estomac, pendant que les adultes discutaient entre eux.
Les semaines qui restaient jusqu'à septembre lui avaient parues interminables. Il n'avait jamais été aussi impatient de reprendre les cours. Mais il n'avait pas réalisé que la rentrée signifiait aussi le moment où son père allait s'absenter plus qu'il ne l'avait jamais fait, pendant les trois mois suivants.
Il revenait à New York, après trois ou quatre jours, pour une semaine ou deux, puis repartait à Bali où se trouvait son oncle Éric.
Il aimait beaucoup le frère de son père. Il était toujours disposé à l'emmener avec lui quand il sortait (mais sa mère refusait à chaque fois) et surtout, lui, n'avait pas d'enfant et il parlait donc d'autre chose.
Quand il était tombé sur lui ce matin, il ne s'attendait cependant pas à ce qu'Éric allait lui confier.
Sûr que personne d'autre que lui ne l'aurait fait. Ni son parrain, qu'il considérait comme un second père, ni même sa tante Serena ou grand-ma Lily. Encore moins sa mère.
La limousine se gara sur la bas côté et il remercia Humphrey, le congédiant par la même occasion.
Henry traversa ensuite l'espace qui le séparait de l'endroit qu'il voulait atteindre. Il avait demandé au chauffeur de le déposer un peu plus loin que sa véritable destination.
Il s'arrêta un instant en découvrant la silhouette si familière qui se dessinait sur l'horizon.
Il savait qu'il serait là !
Il observa l'homme qui se tenait devant l'endroit où leur avaient été arraché l'âme de son frère aîné.
Il croyait si bien le connaître et voilà que maintenant il avait pris conscience que ce n'était pas le cas.
Son père avait toujours été un super héros à ses yeux. Le grand Chuck Bass qui n'avait peur de rien, ni de personne. Qui était le roi incontesté de l'UES et que tout le monde craignait et respectait.
Seulement, la conversation qu'il avait surprise entre ses parents au milieu de la nuit avait fait en quelque sorte basculé ses préjugés.
Vendredi 29 janvier 2027 : 2h11
Henry se réveilla en sursaut, émergeant d'un cauchemar.
Il se sourit à lui même en constatant que c'était juste un mauvais rêve sans importance et qu'il était en sécurité dans son lit, dans sa chambre, située à présent, juste à côté du bureau de son père.
Il aimait être là, tout près de son antre. Il avait l'impression d'être plus proche de lui que jamais.
Il n'était pas reparti en voyage depuis son retour à Thanksgiving et travaillait un maximum depuis la maison pour pouvoir rester avec eux le plus que possible et permettre à sa mère de se reposer.
Elle avait complètement réorganisé et réarrangé la demeure pendant l'attente de son frère. Sans en faire trop ! Son paternel et Dorota veillaient au grain. Elle s'était contentée de donner des ordres (ça, elle aimait faire) et de s'emporter de temps en temps contre les ouvriers (ça aussi, elle aimait faire et tant que ce n'était pas contre lui qu'elle dirigeait sa frustration, ça lui allait parfaitement)
Leur relation était au beau fixe depuis le mois de juin, quand ils avaient eu cette fameuse discussion et il en était très heureux.
Il avait pu choisir lui-même le mobilier et les couleurs des peintures pour sa chambre et avait même un coin salon rien que pour lui, à l'abri de ses sœurs chéries. Kat (Hommage à son père-mère d'après les filles) venait s'y réfugier lui aussi, quand il recherchait la tranquillité loin des tornades qu'étaient Lisa et Lola.
L'adolescent avait opté pour des tons gris, ses préférés, mariés avec du rouge rubis pour rehaussé le tout. Elle avait dit qu'il tenait de son père pour la discrétion et ce dernier lui avait simplement retourné un petit sourire narquois à la « Chuck Bass ».
Son père évitait soigneusement de trop la contredire, au cas où. Mieux valait prévenir que guérir.
Pour faire bonne mesure, les filles avaient également eu droit à une nouvelle déco. En fait, tout le monde avait déménagé car elles étaient maintenant installées dans son ancienne chambre. Elles avaient refusé de faire chambre à part mais réclamé du fuchsia et leur mère avait souri en jetant un regard plein de sous-entendus à leur père.
Celle qu'elles occupaient auparavant avait été réaménagée en nursery. La maîtresse de maison s'était cette fois décidé pour une ambiance "petit matelot". La pièce avait été refaite de fond en comble.
La chambre des filles était devenue son bureau personnel pour qu'elle puisse également travailler depuis la maison.
Sa mère était étonnamment censée pour une fin de grossesse. Son petit frère serait là dans deux jours et il avait hâte de faire sa connaissance.
Il se leva et sortit de la pièce pour aller boire un verre d'eau.
En passant devant l'espace réservé à son père, il nota que la lumière y brillait toujours. Il était devenu coutumier du fait et appréciait de pouvoir échanger quelques mots avec lui dans ces cas là. C'était comme un moment volé, quand tous les autres dormaient.
La porte était entre-ouverte et il la poussa légèrement plus loin mais se stoppa quand il se rendit compte qu'il n'y avait pas qu'une seule personne dans la pièce.
- Tout va bien se passer, chuchotait la voix de sa mère. Je ne m'en irai pas et le bébé non plus. Personne ne s'en ira.
- Je sais, répondit son père en la serrant dans ses bras, les paupières closes.
Néanmoins, l'inquiétude sur ses traits glaça Henry jusqu'aux os.
Le jeune garçon fit demi-tour et retourna s'étendre sur son matelas, oubliant sa soif, sans plus fermer l'œil avant le petit matin, juste un peu avant que son réveil ne sonne.
Vendredi 29 janvier 2027 : 17h02
Henry longea lentement le chemin qui bordait l'allée enneigée et souffla sur ses doigts avant d'enfoncer ses mains dans les poches de son blouson Galliano. Il avait oublié ses gants dans le bureau d'Éric.
Il n'avait jamais vu le grand Chuck Bass avoir peur de quoi que ce soit et ça le perturbait profondément. A tel point qu'il était allé voir sa mère pour lui poser des questions le matin, pendant qu'elle se préparait, avant le petit déjeuner.
Elle lui avait assuré que tout allait bien et qu'il n'y avait pas à se tracasser. Que son père était juste un peu inquiet à cause de la césarienne, qui était tout de même une intervention chirurgicale, même si elle était banale.
Le jeune homme n'était cependant pas convaincu par ses explications un peu vagues. Il avait insisté et elle lui avait rappelé que sa propre venue au monde avait été quelque peu éprouvante pour tout le monde car elle avait fait une hémorragie post-partum et une éclampsie, mais qu'elle n'avait aucune signe avant coureur, cette fois. Sa tension était parfaite et elle n'avait ressenti aucune douleur alarmante. Du reste, la césarienne des jumelles s'était parfaitement déroulée et ce serait le cas de celle-ci aussi.
Rien qu'il ne sache déjà, en réalité. Il connaissait l'histoire de sa naissance par cœur, son grand-père Harold en parlait souvent. Pratiquement à chaque fois qu'ils se voyaient et ça avait le don d'agacer sa mère au plus au point, tandis que son père carrait simplement la mâchoire ou trouvait un prétexte pour s'excuser et sortir de table.
Ce qui, après réflexion, n'était jamais un bon signe. Cependant, sa mère l'avait prié d'arrêter d'effrayer ses petites sœurs.
Il avait persisté et était revenu à la charge une fois que Lisa et Lola avaient eu quitté la maison pour se rendre à l'école en compagnie de Dorota. Dés qu'Arthur avait refermé la portière de la limo, il avait repris son interrogatoire. Bien conscient qu'il s'aventurait en eaux troubles à harceler sa mère, enceinte de neuf mois et dont la délivrance arrivait à terme le lendemain matin.
Mais ses efforts avaient payés ... Enfin, en quelque sorte.
Elle ne lui avait pas dit de quoi il retournait. Elle lui avait seulement conseillé d'en parler directement avec son père mais avait bien insisté pour qu'il attende jusqu'à la naissance de son petit-frère. Ce qui signifiait qu'il y avait matière à discuter
Et comment !
Il avait essayé de tenir mais son esprit ne cessait de le titiller, l'image du visage de son père ne voulant pas le quitter. C'est à peine s'il avait pu se concentrer sur ses cours.
Et s'il y avait vraiment un problème dont elle n'avait pas voulu lui parler ?
Son père ne pouvait pas atteindre un tel niveau d'inquiétude pour rien.
Il avait rassemblé toutes les informations en sa possession mais il manquait une pièce au puzzle pour que cela prenne tout son sens.
A la pause déjeuner, Beverly s'était elle-même aperçue que quelque chose ne tournait pas rond et, à l'instar de sa génitrice, lui avait conseillé d'aller voir son père pour en débattre franchement avec lui.
Et c'est ce qu'il avait fait.
Il avait attendu la sonnerie, caché dans les toilettes des garçons, puis avait utilisé la sortie prisée par ce débilos de Josh pour brosser les cours et prendre la direction de BI.
Son père n'apprécierait pas mais tant pis. Il avait besoin d'en avoir le cœur net. Avant que sa mère ne parte pour la maternité privée, ce soir.
Il approcha lentement de la figure paternelle et inspira un grand coup. Il ne lui avait jamais demandé de comptes jusqu'à aujourd'hui.
Il n'en n'avait jamais eu besoin.
Il n'avait jamais pensé qu'il en aurait besoin un jour. Son père était celui qui le protégeait et qui l'aiguillait sur le chemin de la vie, depuis ses premiers pas. Depuis bien avant qu'il ne s'en souvienne.
Il s'avança encore et Chuck perçut une présence à ses côtés. Il tourna la tête.
- Henry ? s'étonna-t-il.
- Je savais que tu serais ici, répondit son fils d'un ton grave.
- Est-ce qu ... il y a un problème avec maman ? faillit-il demander devant le visage grave de l'adolescent.
Mais il se reprit, son cerveau étant encore capable de rationaliser si loin de la césarienne prévue demain matin.
Si Blair avait eu un soucis quel qu'il soit, elle ne lui aurait pas envoyé Henry. Elle l'aurait appelé sur son portable, quitte à être déjà en route pour la clinique.
- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il à la place en jetant tout de même un coup d'œil sur l'écran de son BlackBerry par acquis de conscience.
Il nota qu'il était dix-sept heures quatorze.
- Je te cherchais, admit Henry.
Chuck fronça les sourcils, la mine de son fils ne lui disait rien qui vaille.
- Est-ce que ça va ? s'inquiéta-t-il.
- C'est la question que je me suis posé toute la nuit.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? C'est à propos de Beverly ?
L'ombre d'un sourire passa sur le visage de l'adolescent à l'évocation du prénom de la jolie métisse mais il ne s'y attarda pas.
- Je vous ai entendu, dans ton bureau. Je t'ai vu, avoua-t-il.
Le cerveau de son père mit moins de deux secondes pour tilter.
- Henry, tout va bien, je t'assure. Tout va bien se passer, ok ! Ce sera la troisième césarienne, on commence à être habitué.
- Je sais, j'ai compris maintenant. Éric ma expliqué.
- Éric ? Mais qu'est-ce que tu racontes ? s'impatienta Chuck qui était déjà à fleur de peau.
Plus l'heure de l'intervention approchait et plus la nervosité prenait possession de son corps. Il tentait de combattre ses angoisses infondées mais ses démons resurgissaient sans cesse, n'acceptant d'être vaincus par sa raison qui lui criait que tout ça n'était qu'un mensonge, que Blair allait aller bien et le bébé aussi. Qu'il avait déjà traversé tout ça, qu'il ne pouvait pas retomber dans ses peurs, qu'il était passé à autre chose. Qu'il était père et que la vie ne lui infligerait pas la pire des monstruosités en lui reprenant celle qui permettait à son cœur de battre en lui donnant un autre fils.
Il était venu là pour demander à Bradley de les protéger, elle et le bébé. Il ne doutait pas que son premier fils soit impatient de la revoir mais pour l'heure, il avait encore besoin d'elle ici-bas. Il ne s'en remettrait jamais s'il devait la perdre.
- J'ai séché les cours cet aprèm, confessa le jeune garçon.
Les yeux de son père s'assombrirent mais il ne broncha pas.
Chuck attendait simplement la suite.
Henry n'était pas un ado révolté ou inconséquent comme il l'avait été. S'il avait raté l'école, c'est qu'il devait y avoir une raison impérieuse à ses yeux. Et puis, il aurait été plutôt ironique que ce soit lui, qui avait fait le mur plus qu'à son tour, qui le réprimande pour un acte qu'il avait commis tant de fois lui-même.
Il se remémorait aussi pourquoi il l'avait fait à l'époque. Pourquoi il s'était comporté comme un délinquant. Il voulait attirer l'attention de Bart.
Visiblement Henry avait également besoin de son attention.
Qu'est-ce qu'il avait manqué ?
Ils étaient proches, très proches. Encore plus depuis qu'ils savaient que Blair était à nouveau enceinte. Ils avaient tous vécu une période un peu chaotique de septembre à novembre, mais depuis qu'il avait enfin cessé de faire des aller-retour en Indonésie les choses avaient repris leur cours.
Henry passait souvent le soir dans son bureau pour lui raconter sa journée ou simplement lui parler, de Beverly le plus souvent. Son fils était vraiment amoureux de cette fille. Il devait reconnaître qu'il avait bon goût, elle était jolie comme un cœur, même si, très éloignée des filles de son type à son âge.
Mais quelles filles ?
Il n'y avait jamais eu que Blair pour lui.
Et encore heureux que Beverly soit très, très loin des standards avec qui il couchait.
Est-ce que c'était ça le problème ?
Son fils savait pourtant tout ce qu'il y avait à savoir sur les relations sexuelles, ils en avaient déjà parlé à plusieurs reprises lorsque le sujet avait été abordé par l'école.
- Henry, tu sais que tu peux tout me dire, n'est-ce pas ? l'encouragea-t-il.
- Je sais. Et je croyais que la réciproque était vraie, marmonna le gamin.
Chuck sentit un frisson remonté le long de son échine.
Son fils lui en voulait pour quelque chose.
Ok ! Restons pratique et diplomate, réfléchit-il.
La dernière chose qu'il voulait, s'était perdre un de ses fils quand il allait en accueillir un autre.
- Si tu me disais pourquoi tu es en colère contre moi ? articula-t-il, la bouche sèche.
Il vit son fils accuser le coup et blêmir.
Henry observa son père et se rendit compte qu'il était normal qu'il se méprenne sur ses propos.
Parce qu'il ne savait pas.
Il ne savait pas ce qui s'était passé cet après-midi.
Il ne savait pas qu'il avait découvert que les personnes de sa famille, les gens qu'il aimait, n'étaient pas ceux qu'il croyait qu'ils étaient.
Et que ça l'impliquait aussi.
Mais il ne lui en voulait pas.
Il ne lui en voulait pas à lui, au contraire.
- Ce n'est pas contre toi que je suis en colère, c'est contre Bart.
Il cracha pratiquement la dernière syllabe.
- Bart ?
Et depuis quand Henry avait un problème avec son propre père ?
Et pourquoi son fils l'appelait-il par son prénom au lieu de grand-père ?
Il n'était même pas là. Ils ne débarqueraient que demain dans la matinée avec Ève, pour venir voir le bébé. A moins qu'ils soient arrivés plus tôt que prévu ?
- Qu'est-ce qu'il a fait ? voulu-t-il savoir.
En prononçant ses mots, il percuta que, même sans rien connaître de la situation, il partait du principe que ce ne pouvait qu'être la faute de son père et non de son fils.
- Qu'est-ce qu'il n'a pas fait ! rétorqua Henry.
Juste. Avec Bart la question se posait plutôt dans ce sens là.
- Ok ! Alors, qu'est-ce qu'il n'a pas fait ? se corrigea Chuck.
- Il n'a pas été un bon père pour toi, asséna l'adolescent.
L'homme reçu ses mots en plein visage et haleta sous le choc.
- Quoi ? Qu'est-ce ...
- N'essaye même pas de le défendre. Éric m'a tout raconté, je te l'ai dis.
Chuck ferma les paupières un instant, s'évertuant à imaginer ce que son fils pouvait ressentir par rapport à ça.
Seulement, il en était incapable.
Parce qu'il n'avait jamais été un enfant aimé et choyé par ses parents et qu'il ne pouvait pas se mettre à sa place.
Ce qu'il savait par contre, c'était ce que ça faisait que d'être désillusionné et déçu jour après jour par un père absent, distant et méprisant.
- Je n'ai pas l'intention de prendre sa défense, mais peut-être que quelques explications ne seraient pas superflues. Tu ne crois pas ?
- Éric m'a déjà tout dit ! Comment il était horrible avec toi. Il t'a fait croire que tu avais fais mourir grand-ma Ève. Il n'était jamais là. Quand il l'était, c'était pire, s'emporta le gamin.
- Hé, hé, Henry, calme-toi ! dit Chuck en posant une main sur son épaule.
Il essaya de rassembler ses idées, de trouver les mots.
- C'est vrai, il a fait tout ça et ... je ne pensais pas un jour avoir à le faire, mais ... malgré tout, je dois défendre qu'il a certaines circonstances ...
- Quoi ? Des circonstances atténuantes ? Qu'est-ce qui pourrait justifier d'avoir laissé grandir un enfant en pensant que il était un meurtrier quand il connaissait l'adresse de la personne qui était censée être morte pendant tout ce temps ?
Chuck tenta de maîtriser le sang qui commençait à bouillir dans ses veines.
Il allait étrangler Éric de ses propres mains ! Ou l'envoyer au fin fond du bout du monde. Pourquoi avait-il été parler de ça à Henry ?
- Écoute, reprit-il en dissimulant au mieux les trémolos dans sa voix. Ton grand-père n'a peut-être pas d'excuse pour la manière dont il s'est comporté avec moi quand j'étais enfant, mais ça n'a rien à voir avec la façon dont il se comporte avec toi.
- Justement ! Pourquoi il est comme ça avec moi ? Pourquoi c'est moi qu'il emmène voir jouer les Rangers ?
Le jeune garçon ne parvenait pas à intégrer comment son propre père pouvait pardonner à son grand-père. Il se sentait trahi, bafoué.
Bart et lui était encore allés les voir jouer au Manhattan Square Garden quand ils étaient venus d'Australie pour Thanksgiving, apportant avec eux la bonne nouvelle que l'oncle Jack se remettait bien de sa transplantation et que si tout allait bien, il reprendrait même ses activités au sein de BI, ce qui permettrait peut-être, à terme, qu'ils se réinstallent à New York avec Grand-ma Ève.
Il avait été si heureux à l'hypothèse que son grand-père rentre aux USA pour qu'ils puissent reprendre leurs habitudes en allant aux matchs de hockey sur glace. Ils étaient proches tous les deux. Et aujourd'hui Éric lui avait révélé qu'il n'était qu'un sale menteur. Il n'était pas la personne qu'il prétendait être. Il avait été affreux avec son propre fils. Plus qu'affreux, immonde.
Ça avait dû être horrible et effrayant pour son père de grandir comme ça.
Il le savait, parce qu'on lui avait raconté mainte et mainte fois que sa mère avait bien failli mourir le jour où il était né. Et que, même si elle était là pour le bercer et le prendre dans ses bras, même si ce n'était pas sa faute - une complication médicale, juste une complication médicale - ça n'avait pas empêché la culpabilité d'habiter un peu son cœur à l'idée qu'elle ait risqué sa vie en le mettant au monde.
Et Bart avait laissé son fils grandir comme ça, alors que ce n'était même pas vrai !
C'était quelque chose qui lui était intolérable et insupportable.
Chuck inspira profondément, faisant de son mieux pour mettre les mots justes sur les maux d'Henry, qu'il comprenait si bien tout à coup. Oh ! Oui. Si bien !
- Si Bart aime tant partager des choses avec toi, c'est justement parce que tu es une deuxième chance pour lui. Il peut faire avec toi, tout ce qu'il n'a jamais fait avec moi et il s'efforce en quelque sorte de rattraper ses fautes. J'ai mis longtemps avant de lui accorder ma confiance à nouveau, tu peux me croire. Cependant, aujourd'hui, notre relation est solide et stable. Quoi qu'il en soit, c'est entre lui et moi et ça n'a rien à voir avec toi. Si quelqu'un doit lui en vouloir, c'est moi, pas toi. Alors, tu ne dois pas laisser les erreurs que Bart a commises avec moi, prendre le pas sur ce que vous avez tous les deux.
- Comment tu as fait ? Pour lui pardonner, comment tu as fait ? Après tout ce que, lui, a fait ?
- C'est mon père, répondit simplement l'adulte en haussant les épaules.
Son fils acquiesça légèrement de la tête et Chuck sut qu'il tenait le bon bout.
- C'est mon père, pas le tien. C'est à moi de lui pardonner pour ce qu'il m'a fait à moi, pas à toi. Il est ton grand-père, pas ton père et tu dois le considérer comme tel, un point c'est tout. Ton père, c'est moi et je suis fier d'avoir un fils comme toi, affirma-t-il.
- Moi, je suis content de t'avoir pour père. Toi et pas lui. Toi et pas un autre, scanda-t-il.
- Tant mieux, par ce que je ne voudrais pas que tu sois le fils de quelqu'un d'autre, déclara Chuck en l'attirant à lui.
Henry lui rendit son étreinte avec force. Peu importe s'ils étaient dans un lieu publique ou on pouvait les voir. Il voulait que tout le monde sache que son père l'aimait et qu'il l'aimait.
Ils rompirent l'accolade au bout de quelques minutes.
- Merci, renifla Henry.
- Toujours, répondit Chuck. Et la prochaine fois, fait-moi plaisir, ne va pas chercher les informations auprès d'Éric.
- C'était pas ce qui était prévu, bougonna un peu l'adolescent. C'est toi que je voulais voir parce que je croyais qu'il y avait un problème avec maman. Mais quand je suis arrivé à BI, tu n'étais pas là et je suis tombé sur oncle Éric. Il a vu que quelque chose n'allait pas et, il a voulu aider, c'est tout.
- Ouais, ben la prochaine fois, va voir ta mère, alors !
- Je l'ai fais aussi, ce matin. Mais elle a balayé mes questions d'un revers de main et m'a adresser à toi, après la naissance du bébé, a-t-elle précisé.
- Typiquement Waldorf ! sourit Chuck.
- Typiquement Waldorf ! sourit Henry à son tour.
Ils restèrent silencieux un instant avant que l'adolescent ne demande d'une voix ou perçait tout de même un peu l'inquiétude.
- Elle ira bien, n'est-ce pas ?
- Elle ira bien, oui et ton frère aussi, décréta Chuck.
Il croisa les doigts pour que son ton soit assez convainquant pour Henry.
- Maman est forte, ajouta le jeune garçon en posant les yeux sur son père.
- La plus forte que je connaisse. Et la plus belle aussi, reconnut Chuck.
Aucun des deux ne savait s'il cherchait à rassurer l'autre ou lui-même.
- Elle va être furax que j'ai séché, grimaça finalement l'ado.
- J'arrangerai ça, promit son père.
Et Henry le crut parce qu'il était son père et qu'il pouvait avoir confiance en lui. Il était le meilleur père du monde, même si lui avait sûrement eu un des plus monstrueux.
- Si on rentrait, proposa Chuck. Avant qu'elle ne m'étripe parce que je suis en retard pour partir à la clinique.
- A propos de ça, est-ce que je ne pourrais pas rester à la maison ce soir ? J'ai treize ans et ...
- Tu viens juste de faire le mur, alors à ta place, je ne tirerais pas trop sur la corde, le prévint son père.
- Ok ! soupira le jeune. Mais si je suis obligé de manger le chili de Rufus ...
- Je vais voir ce que je peux faire avec Lily pour ça aussi, compatit Chuck.
- Pourquoi pas une pizza à emporter de chez Arturo ?
Son père acquiesça et ils quittèrent les lieux, non sans un dernier regard sur l'étendue où il venait se recueillir lorsqu'il avait besoin de parler à Bradley.
