Para 48
Vendredi 7 décembre 2035 : 19h59
Chuck passa le pas de la porte de la demeure familiale et suspendit sa veste au porte-manteaux.
La réunion s'était éternisée. Les membres du conseil d'administration étaient plus divisés que jamais sur le maintient de leurs investissements à Dubaï après la crise qui venait de souffler au Moyen-Orient.
Heureusement que Bart et lui pouvaient compter sur le soutient sans faille de Jack, Éric et John Prescott.
- Lisa ! hurla la voix d'Henry depuis l'étage.
- Non, mais tu te prends pour qui ? vociféra-t-elle à son tour. Tu n'es pas papa !
- Peut-être, mais il n'est pas là ! Et s'il savait ...
- S'il savait quoi ? l'interrompit Chuck.
Sa fille blêmit et son fils poussa un « ouf » se soulagement de le voir à la maison.
- Elle veut aller à une soirée avec Dereck Traech, expliqua le jeune homme.
- Tu ne le connais même pas ! tonna sa jeune sœur.
- Je le connais mieux que toi, visiblement ! rugit-il à son tour.
- STOP ! retentit la voix de leur père, un ton plus fort.
Les deux jeunes gens se turent sur le champ, continuant néanmoins à se regarder en chien de faïence.
- Qui est ce garçon ? demanda Chuck à sa fille de seize ans.
- C'est un étudiant de Columbia ...
- Hors de question ! cingla immédiatement son paternel.
- Papa !
- Tu as seize ans. Seize ans ... et pas l'âge de sortir avec des types qui sont à l'université.
- C'est un ami de Will, plaida-t-elle.
- Faux, corrigea son frère. Ils assistent au même cours de science politique mais c'est tout.
- Will sera avec nous, se justifia-t-elle.
- Toute la soirée ? précisa son père.
- Hé bien, c'est à dire que, Dereck voulait m'emmener faire un tour après ...
- Tu restes ici !
- Quoi ? Non, c'est pas juste ! Tout ça, c'est ta faute, s'emporta-t-elle contre son frère en claquant la porte de sa chambre à toutes volées.
- Qui c'est, ce type ? interrogea Chuck plus calmement une fois que sa fille eut disparue.
- Un naze qui traîne à Columbia mais assiste rarement au cours. Il est plus souvent défoncé que lucide et même comme ça, c'est pas brillant d'après Will. Ils seront à la même soirée mais ce n'est pas quelqu'un il apprécie fréquenter.
- Où est ta mère ?
- Sortie.
- Laisse-moi deviner, Central Park ?
Henry se contenta d'acquiescer.
- Ben ?
- Chez grand-ma Lily. Il y passe la nuit en compagnie de Dean.
- C'est juste, Éric m'en a parlé avant la réunion. Ils partent en week-end avec Sandro et Lily a sauté sur l'occasion pour avoir ses deux derniers petits-fils pour elle toute seule.
Sa mère adoptive avait du mal à se remettre du décès de Rufus, au cours de l'année précédente et ses petits-enfants étaient sa seule source de distraction, à présent. Éric et Sandro s'étaient mariés et avaient adopté deux enfants. Malcolm, qui avait quatorze ans et Dean, qui en avait neuf et s'entendait comme larrons en foire avec son cousin Benjamin.
Lily serait sur les genoux demain soir. Elle serait plus que certainement ravie quand il récupérerait son fils.
- Lola est au cinéma avec Scott, l'informa Henry avant qu'il ne pose la question.
Au moins une de ses deux filles était plus gérable. Sa cadette avait le même petit-ami depuis presque six mois maintenant. Il avait eu beaucoup de mal à se faire à l'idée que ses petites princesses soient devenues des adolescentes dont les hormones frétillaient.
Blair et lui s'étaient disputés pendant des heures et des jours pour qu'il accepte de les laisser sortir aux soirées du lycée, après leur seizième anniversaire.
Bien entendu, dans la foulée, sa femme n'avait pas manqué de lui rappeler qu'il l'avait déflorée une semaine avant son dix-septième anniversaire, ce qui n'avait fait qu'augmenter sa propre argumentation et son désaccord.
Elle l'avait accusé d'être un tortionnaire pour vouloir les faire enfermer dans un couvent comme au moyen âge et d'utopiste parce qu'il avait refuser de même, simplement le prendre comme une éventualité, quand elle avait osé suggérer que c'était déjà chose faite pour au moins l'une d'elles. Il n'avait rien voulu entendre de ses élucubrations farfelues et avait plus que jamais campé sur ses positions.
Finalement, après presque un mois de grève du sexe, elle lui avait arraché un oui, dans un moment de faiblesse et d'incohérence, rendu possible grâce à un de ses stratagèmes pervers et lubrique.
Ne pouvant revenir sur son autorisation, il avait été tenté d'engager un tueur à gage pour abattre le premier morveux qui s'approcherait de trop près ou aurait eu le moindre geste déplacé envers l'une d'elles, mais s'était ravisé en prenant conscience que c'était sans doute un peu trop extrême.
Au lieu de ça, il avait chargé Henry et Will de faire office de James Bond et de lui rapporter tout comportement qui pourrait leur paraître suspect afin qu'il se charge personnellement du pauvre gamin qui aurait le malheur de poser les yeux, et encore plus les mains, sur une des jumelles.
Nathaniel avait totalement approuvé son plan étant donné que Savanna, qui allait fêter ses seize ans prochainement, avait obtenu la permission de participer également aux soirées dés le lendemain de son anniversaire.
C'était jusqu'à ce que Serena ait vent de leur petit arrangement, à peine deux semaines plus tard. Inutile de préciser que Nate n'avait pas fait le poids face à sa sœur dans cette conversation là, non plus et qu'ils s'étaient retrouvés tout les deux au banc des accusés pour vouloir contrôler la vie de leurs filles et les empêcher de vivre pleinement.
Ce qui était tout à fait faux, si tant est qu'elles aient accepté de rejoindre le couvent en Italie qu'il avait proposé en premier lieu.
Après moult disputes et discussions supplémentaires, il avait convenu qu'il ne pouvait pas empêcher ses filles de grandir et de devenir des « femmes ». [Les mots lui avaient cisaillé la langue quand il les avait prononcés]
Néanmoins, Henry, de connivence, ne cessa pas sa surveillance plus ou moins rapprochée. Pas plus que Will, d'ailleurs. Ce qui donnait lieu à des scènes comme celle de ce soir.
Lisa ressortit de sa chambre comme une tornade, habillée manifestement pour se rendre quelque part. Mais sa tenue était acceptable et Chuck n'avait aucun grief à avancer à ce sujet.
- Ou vas-tu ? l'interpella son père.
- A la soirée organisée au Palace pour les dix-sept ans de Mary Eisenhower, puisque je suis obligée de jouer dans le bac à sable ! Tu n'auras qu'à demander à ce que les caméras de surveillance restent braquées sur moi en permanence, grinça-t-elle sans même se retourner.
Un seul coup d'œil furtif à son fils et ce dernier emboîta le pas de sa sœur qui déboulait déjà les marches pour attraper son manteau noir Prada, celui qui mettait sa taille fine si bien en valeur.
Chuck souffla et hocha la tête en remerciement à Henry avant de se diriger vers la chambre principale.
Vendredi 7 décembre 2035 : 20h53
Blair entendit ses pas sur le gravier puis sur le pont de bois mais ne se retourna pas, continuant de fixer les formes floues des canards qui se déplaçaient sur l'étendue d'eau. La nuit était déjà tombée depuis longtemps mais les lampadaires assuraient toute fois une vision nocturne suffisante.
Ses bras l'entourèrent et sa chaleur se propagea en elle. Elle frissonna malgré elle.
- Tu es gelée, marmonna-t-il à son oreille.
Elle pouvait entendre la désapprobation dans sa voix mais n'en n'avait cure.
Il déposa un baiser sur sa joue puis retira son loden marine YSL pour le poser sur ses épaules.
Il l'enlaça à nouveau, nouant ses phalanges aux siennes et ils restèrent là, dans le silence pendant plusieurs minutes.
Elle sentit les mains de son époux se glacer.
C'est lui qui allait finir par attraper la mort par ces températures de décembre, sans manteau.
Elle délia leurs doigts et il fit un pas de côté, passant son bras autour de sa taille. Il claquait pratiquement des dents.
Elle retira le loden de ses épaules et le lui tendit.
- On rentre ? demanda-t-il, tremblant de froid.
Elle acquiesça et il accepta de remettre son manteau d'hiver.
Elle passa à nouveau son bras sous le sien et le laissa l'entraîner jusqu'à la voiture ou ils s'installèrent sans attendre.
Une bonne chaleur y régnait et elle se colla tout contre lui, laissant aller la tête dans le creux de son épaule.
- Il faut que tu la laisse vivre sa vie, dit-il doucement.
- Je sais, renifla-t-elle en essuyant une larme, une autre s'écrasant sur le col de Chuck.
- Ce n'est pas comme si elle nous quittait vraiment. Tu peux la voir quand tu veux.
- Je sais, répéta-t-elle.
- Blair ...
- Je sais, cria-t-elle.
Il pinça les lèvres et se mordit la langue.
Elle se gourmanda de s'en prendre à lui quand il n'y était pour rien.
Le temps poursuivait sa course, inexorablement.
Son père avait perdu Roman, victime d'un AVC, il y avait déjà plus de trois ans, maintenant et Cyrus n'était pas au mieux de sa forme.
Il n'y avait rien que quiconque puisse faire pour inverser les aiguilles du cadran de l'horloge de la vie.
- C'est juste que ... reprit-elle plus doucement.
- Je ne suis pas le seul à avoir une mère de substitution, termina-t-il à sa place.
Elle ferma les paupières et chassa d'autres perles salées.
Dorota lui avait annoncé son intention de quitter son service il y avait plusieurs mois, maintenant. Plusieurs années, même. L'employée fidèle avait fait ça en douceur, revenant au sujet par petites touches, de plus en plus régulièrement.
Mais comme elle l'avait toujours fait, Blair s'était enfoncée la tête dans le sable, refusant de penser au jour où elle devrait vivre sans sa bonne Dorota.
Chuck avait tenté d'aborder la question, argumentant qu'elle ne rajeunissait pas et avait bien mérité de se reposer un peu à soixante ans, ce n'était plus un âge pour supporter la vie trépidante qu'ils lui faisaient mener, mais il s'était fait remettre vertement à sa place à chaque tentative.
A présent, au pied du mur, elle ne pouvait plus faire semblant que ça n'arriverait jamais. Dorota avait enfilé son uniforme et son tablier pour la dernière fois, la semaine précédente. Il y avait huit jours, exactement.
Elle partait voir ses parents. Sa famille la rejoindrait dés que Vanya et les enfants seraient en congé. Ce serait probablement la dernière fois qu'Anna et Léo auraient l'occasion de fêter Noël avec leur grand-mère maternelle, celle-ci étant très malade.
Dorota n'avait pas remis les pieds en Pologne depuis des années, de trop longues années, avait-t-elle regretté. Blair n'avait pas la cruauté de l'empêcher de s'y rendre. Elle n'aurait pas pu de toute manière puisqu'elle n'était plus son employée.
Depuis, la maîtresse de maison broyait du noir et était inconsolable.
Bien sur, la Polonaise reviendrait bientôt dans le Queens, la vie de ses enfants était ici.
Blair pourrait la voir quand elle voudrait, Dorota serait heureuse de partager du temps avec elle, mais plus de la même manière. Elle ne la verrait plus systématiquement tous les jours.
Le départ à la retraite de sa fidèle domestique n'était que le dessus de l'iceberg qui lui faisait véritablement prendre conscience qu'elle finirait par perdre, un jour où l'autre, ceux auxquels elle tenait.
Eléanor, elle-même, avait été hospitalisée l'an dernier. Heureusement tout s'était bien passé. Mais c'était maintenant Cyrus qui avait quelques problèmes de santé, qui ne s'arrangeraient certainement pas avec l'âge.
Son père avait pris un sacré coup de vieux à la mort de Roman, paix à son âme.
Le véhicule stationna devant leur demeure et Arthur ouvrit la portière.
Lui aussi les quitterait au printemps prochain.
Les employés des Bass pouvaient se permettre une retraite précoce et prévoyaient de bien profiter des années qui leur restaient.
Le chauffeur, pour sa part, avait décidé de s'installer dans l'Oregon, d'où il était originaire, le long de l'eau avec ses cannes, afin de fuir la circulation des grandes villes trépidantes.
Chuck ferait certainement moins le fier quand l'heure serait réellement venue de lui dire adieu !
Ils pénétrèrent dans la masure silencieuse.
Tous leurs enfants vivaient leur vie ce soir.
Dire qu'elle avait dû se battre avec lui pour qu'il accepte de laisser respirer les jumelles. Pour un peu, il leur aurait acheté une ceinture de chasteté.
Il aurait dû savoir, mieux que quiconque, qu'il se trouvait toujours un mauvais garçon pour en faire sauter la serrure.
Il le savait sans doute un peu trop ! se sourit-elle, finalement.
Ils dînèrent de plats livrés que son mari avait eu la prévoyance de commander avant de partir la récupérer à la marre aux canards.
Le caviar et les poissons fumés de chez Petrossian avaient le don de la revigorer.
Ils s'installèrent ensuite, blottis l'un contre l'autre, sur le canapé devant le feu de cheminée, pour y déguster du champagne et des fraises au chocolat.
Chuck la colla un peu plus contre lui et elle se lova mieux contre son corps, sous la couverture.
- J'ai organisé un cast demain après-midi pour l'embauche d'une nouvelle femme de charge, l'informa-t-il. Est-ce que tu seras là ? Ou bien devrais-je m'en charger moi-même ?
- Je serai là, soupira-t-elle.
Ils ne pouvaient manifestement pas vivre dans ces conditions une semaine de plus. La chambre de Lola était un véritable capharnaüm et le reste de la maison était dans un triste état. Elle se rendait mieux compte de la tâche quotidienne de Dorota et de la raison qui la poussait à s'arrêter là.
- Parfait, elles débarqueront à partir de quatorze heures trente. Ainsi, ça nous laisse le temps de déjeuner tranquillement à l'Opia.
Elle sourit, c'était le restaurant préféré de Lisa.
Il avait certainement envie de se faire pardonner pour quelque chose.
- Ben vient nager avec vous ?
- Non, il reste chez Lily jusqu'en début de soirée. Elle veut les emmener au MoMA.
- Très bon choix, approuva la brune.
La porte s'ouvrit sur Lola et Scott qui rentraient du cinéma. Le jeune homme pâlit quand il aperçut Chuck sur le sofa, comme sa petite-amie le traînait dans la pièce principale.
- Monsieur et Madame Bass, balbutia-t-il.
- Scott, répondirent-ils en même temps.
Le jeune homme jeta un œil à sa montre et s'excusa rapidement mais néanmoins poliment.
Lola le raccompagna à la porte puis revint dans le salon.
- Mmm, des fraises au chocolat, s'exclama la jeune-fille guillerettement en picorant dans le plat, avant de s'installer en face d'eux pour leur raconter sa soirée.
La partie passée sur les sièges à l'arrière de la limo de Scott en moins, bien entendu !
Heureusement, le jeune fille avait lu le synopsis et Janice était allée voir le film la semaine précédente.
Vendredi 26 juin 2037 : 20h41
Lola et Lisa descendirent les escaliers l'une derrière l'autre et entendirent Dorota hoqueter depuis un des fauteuils du salon.
Chuck et Blair n'en menaient pas plus large.
Elles avaient opté pour une robe bustier similaire, l'une crème, l'autre lilas, qui affinait encore leurs tailles et mettait en valeur leur poitrine. Un bandeau de couleur assortie retenait leur chevelure sombre et leur maquillage était parfait, naturellement.
- Vous êtes super belles, s'exclama Ben qui partageait l'avis général, assit entre ses parents sur le sofa.
Non, qu'il n'ait l'habitude de voir ses sœurs dans des tenues somptueuses mais l'effet était encore plus saisissant maintenant qu'elles étaient habillées de la même façon.
Les filles avaient perdu cette habitude il y a déjà longtemps. Leur personnalité et leur indépendance faisant chemin dés leur pré-adolescence.
Les traits des jeunes-filles n'avaient rien à envier à ceux de leur mère et ne pouvaient la renier, même si elles avaient les yeux de leur grand-père paternel.
Chuck avait toujours été un peu hébété devant la complexité de ce fait. C'était étrange de retrouver les prunelles de Bart en ses filles, qui ressemblaient tant à Blair.
Et ce soir plus que jamais. Elles étaient magnifiques et avaient le port altier des Waldorf - Bass sur leurs Stiletto de huit centimètres. Comment allaient-elles réussir à danser avec ça, ce soir ? Ça restait un mystère.
Il ne parvenaient pas à croire qu'elles en étaient déjà à leur bal de promo. C'était hier qu'il les promenait dans ses bras chacune leur tour en plein milieu de la nuit dans l'espoir de grappiller quelques minutes de sommeil supplémentaire.
Il sentit la main de Blair glisser dans la sienne alors que leur fils cadet s'élançait vers la porte pour aller ouvrir à la place d'Hilda, leur nouvelle femme de ménage, que le garnement adorait. Accessoirement, une nièce de Dorota, qu'elle avait ramenée avec elle de Pologne deux ans plus tôt.
La vieille femme venait souvent passer une soirée avec eux quand Vanya travaillait tard. Anna vivait en Floride avec son mari et ses enfants à présent et Léo avait choisi de renouer avec ses racines européennes, il était professeur à l'université de Varsovie.
L'ex - mais toujours fidèle - employée se sentait donc un peu seule, même si Hilda vivait chez elle. De plus Miss Blair n'était pas la seule qui ait eu du mal à gérer son départ à la retraite. Il était donc régulier que Dorota passe par la maison des Bass et dîne avec eux en l'absence de son époux.
Elle était comme une grand-mère supplémentaire pour Ben, qui n'aurait pas la chance de mieux connaître sa grand-mère Ève. Cette dernière s'était éteinte en octobre suite à une très grave maladie, fulgurante. Ça avait été très dur pour son papa et pour grand-père Bart. Le petit homme avait alors pris conscience du fait qu'il perdrait un jour ses parents; lui aussi. Le plus lointain possible, espérait-il.
La porte d'entrée tourna sur ses gonds et Scott passa devant lui en lui faisant un clin d'œil. Le gamin aimait beaucoup le jeune homme qui était le petit-ami de Lola depuis longtemps maintenant. Le couple de jeunes gens le trimbalaient souvent avec eux quand ils allaient au parc et une réelle complicité existait entre eux.
Scott salua respectueusement ses futurs beaux-parents. Avec le temps, il avait appris à ne plus trop craindre le grand Chuck Bass, qui de son côté s'était fait une raison. Il avait bien été obligé d'accepter qu'il ne pourrait pas tenir ses filles, si délicieuses et gracieuses, éloignés des mâles de leur entourage bien longtemps.
Ou peut-être était-ce la gente masculine qui aurait dû être préservée de Lisa Bass ?
Si le cœur de Lola avait sélectionné Scott assez rapidement, celui de Lisa, lui, prenait son temps. Le jeune femme préférait ne rien prendre au sérieux pour l'instant et changeait de petit copain environs tous les trois mois (c'était son record) Elle n'avait du reste, que l'embarras du choix.
Ce soir, c'est Justin Donovan, le capitaine de l'équipe de Basket de l'université de Columbia (et en passe d'exploser le record de Lisa) qui avait l'honneur d'être son cavalier pour le bal de fin d'année de la promotion 2037 de Constance/St Jude.
Il se présenta sur le seuil, peu après Scott et retint son souffle devant sa dulcinée, plus en beauté encore qu'à l'ordinaire (si c'était possible) et le regard d'aigle de son père, dont la réputation d'ogre l'impressionnait beaucoup.
- Madame Bass, Monsieur Bass, les salua-t-il cérémonieusement et respectueusement.
Chuck lui répondit par un petit signe de tête, ses yeux sombres le transperçant de part en part, tout en se levant, alors que les jumelles se pressaient déjà pour dire au revoir à leurs parents.
Mieux valait éviter à Justin un interrogatoire en règle.
C'était la première fois que Lisa présentait réellement un de ses petits copains à son père et elle se souvenait parfaitement de l'expérience du pauvre Scott qui avait été passé sur le grill pendant plusieurs heures avant de pouvoir emmener Lola à la patinoire.
Elle voulait éviter ça au beau capitaine de Basket. Et surtout, qu'il ne s'enfuit après avoir eu affaire à son paternel. Elle ne savait pas exactement ce que c'était mais, il y avait quelque chose chez le beau blond qui lui donnait envie de prendre les choses un peu plus à cœur avec lui.
- Bonne soirée, leur souhaita leur mère en les embrassant tendrement mais pas trop longuement pour ne pas leur faire honte et ne pas froisser leurs tenues.
- Merci, à vous aussi, répondit Lisa en enlaçant également son père.
- Amuse-toi bien et soit prudente, chuchota-t-il dans le creux de son oreille.
Il ne put s'empêcher de la retenir encore une seconde dans son embrase.
Ses filles étaient encore plus sublimes qu'à l'ordinaire, ce soir et il ne pouvait éviter de penser qu'elle quitterait le nid, à l'instar d'Henry, beaucoup trop tôt.
- Ne t'inquiète pas, je suis une grande fille, maintenant. Je t'aime, glissa tout bas Lisa avant de se libérer de son étreinte.
Lola n'attendit pas et l'embrassa à son tour, avant qu'il ne puisse la mettre en garde, elle murmura à voix basse pour que personne d'autre que lui ne puisse l'entendre.
- Moi aussi, je t'aime mon petit papa. Ne nous attendez pas, surtout.
Comme s'il allait seulement pouvoir fermer l'œil avant d'être certain qu'elles soient bien en sécurité dans leur chambre respective !
Ce serait à coup sûr une nuit blanche pour lui.
Il laissa Lola s'écarter de lui, à regret et le bras de Blair s'accrocha à sa taille.
Il tourna la tête vers elle et rencontra ses prunelles noisette, qui trahissaient la même émotion que lui à la vue de leurs oisillons qui s'étaient transformés en cygnes majestueux.
Scott en profita pour récupérer sa cavalière et lui offrir la fleur de poignet blanc cassé qu'il avait choisi pour elle en cette occasion, avant de faire ses adieux à l'homme qui lui avait promis un jour qu'il le tuerait de ses propres mains s'il rendait sa fille malheureuse, mais qu'il avait plus ou moins réussi à amadouer depuis.
Du moins, l'espérait-il car il avait prévu de demander à Lola de l'épouser bientôt.
Justin glissa également un corsage, qui se mariait parfaitement avec sa robe parme, au poignet délicat de Lisa avant de l'escorter jusqu'à la limousine des Bass qui les attendait stationnée le long du trottoir, sous le regard d'avertissement, limpide, du grand Chuck Bass, qui lui promettait de faire de sa vie un enfer sur terre s'il s'avisait de briser le cœur de sa petite fille chérie.
Luigi, le nouveau chauffeur, avait reçu des consignes strictes de la part de celui qu'il remplaçait.
Toujours adopter une conduite défensive et ne jamais vouloir gagner du temps au mépris de la sécurité des passagers.
Plus une autre qui lui avait déjà été bien utile.
Toujours remonter l'obturateur et augmenter le volume de la radio quand Monsieur ou Madame Bass demandent à faire le tour du parc pendant plusieurs heures d'affilées.
