Para 49 : Épilogue

Mardi 15 juin 2060 : 9h49

La limousine s'arrêta le long de la chaussée et le chauffeur quitta le véhicule pour ouvrir la portière aux passagers. Nul besoin de se presser cependant, il était bien plus rapide que ses employeurs.

Il était néanmoins impressionné par la férocité du regard et l'autorité naturelle que l'homme en costume foncé dégageait et n'aurait pas osé déroger à ses ordres.

Ce dernier quitta à son tour la voiture et adressa un petit signe à Luigi pour le stopper alors qu'il s'empressait déjà au devant de la vieille dame pour l'aider à s'en extirper.

Quelque soit son âge, sa femme n'acceptait pas d'être traitée comme une impotente.

Elle glissa sa main dans celle de son mari, qui l'attendait patiemment sur le trottoir et se redressa de toute sa hauteur, s'appliquant à corriger la posture de son dos très légèrement voûté. Elle s'avança le port fier et altier, même si elle avait perdu quelques centimètres. Ce n'était pas comme si elle avait jamais été grande, de toutes façons.

Elle resserra sa capeline autour d'elle et sentit le bras de son mari épouser la forme de son corps, la maintenant fermement contre lui. Elle accrocha ses phalanges à son flan opposé pour traverser le bitume alors qu'il la guidait vers l'endroit de Central Park où ils se recueillaient chaque année.

Les visites de Chuck s'étaient espacées avec le temps mais la date restait un souvenir qu'ils souhaitaient commémorer car il faisait partie de leur histoire.

Une fois de l'autre côté, ils restèrent quelques instants silencieux, leurs doigts toujours noués les uns aux autres. Elle s'absorba dans la contemplation des rayons du soleil qui jouaient avec les facettes du diamant qui ornait l'anneau d'or, jouxtant son alliance.

Elle y était depuis plus de trente ans, maintenant. Elle sourit en repensant au temps qu'il avait fallu avant qu'elle ne soit à son annulaire. Tant de semaines et de mois, d'années, de larmes versées et d'épreuves traversées pour y parvenir.

Et pourtant, elle ne regrettait rien. Enfin, presque rien, se dit-elle en admirant les pivoines mauve que son époux venait de déposer et dont les pétales ondulaient sous la brise légère.

D'un geste de la paume de sa main entre ses omoplates, il apaisa cette ancienne douleur qui s'était lentement érodée mais ne disparaîtrait jamais complètement. Et c'était pour le mieux. Elle ne voulait pas se séparer de ce pincement au cœur qui lui rappelait tout ce qu'ils avaient dû surmonter pour en arriver là. Tout ce qu'ils avaient perdu dans la bataille.

Ils avaient lutté contre le sort et ils avaient gagné. Gagné leur droit au bonheur. Bien sûr, ce n'avait pas été sans nuage. Ils étaient Chuck et Blair, Blair et Chuck. Il y avait eu des complots, des angoisses, des jalousies, des disputes, des cris, des pleurs, des déclarations d'amour et de guerre, des larmes de peine et de joie. Tellement de joie et de moments heureux qui éclipsaient tous les autres.

Au final, quelques soient les événements, heureux ou malheureux, ils se retrouvaient toujours poussés l'un vers l'autre, comme des aimants, magnétiquement, irrémédiablement. Comme les deux parties d'un seul et même noyau qui ne pouvaient être dissociées.

Parfois, elle se demandait où se situait la frontière entre Blair Waldorf et Chuck Bass, mais elle ne pouvait jamais la définir. Après tant d'années passées à s'aimer, il lui était difficile de savoir si elle faisait telle ou telle chose parce qu'elle l'aimait elle-même ou parce qu'elle savait qu'il aimait et qu'elle aimait quand il aimait.

Leurs désirs étaient comme leurs âmes, confondues l'une en l'autre. Et elle avait renoncé depuis pas mal de temps à se poser des questions. Elle voulait juste profiter du temps qu'il lui restait encore avec lui, avant qu'ils ne passent dans un autre univers.

Elle espérait secrètement et égoïstement qu'elle partirait avant lui, parce qu'elle ne pensait pas survivre bien longtemps ici bas sans lui de toute manière et qu'elle savait par expérience quel calvaire c'était de vivre sans lui à ses côtés.

Elle n'ignorait pas que l'inverse était également vrai.

Chuck l'observait du coin de l'œil, délibérer avec elle-même sur lequel des deux quitterait ce monde le premier.

Ce serait lui, il en était certain. Elle finirait par le tuer !

Même encore aujourd'hui, après tant d'années de vie commune, elle ne cessait de le surprendre et de le rendre fou. Bien entendu, ça n'avait plus rien à voir avec la passion charnelle dévorante qu'ils avaient connu, même s'ils n'avaient pas à se plaindre de cette facette de leur mariage comparé à la plupart des gens de leur génération.

Le vent emporta une de ses boucles argentées et il la ramena tendrement derrière son oreille gauche, caressant amoureusement son menton par la même occasion. Il était content qu'elle ne s'obstine plus à les camoufler sous une teinture. Elle ne l'avait pas fait longtemps, d'ailleurs.

Au diable ce que les autres pouvaient penser. Il la préférait quand elle affirmait son tempérament et il n'était pas dans le style de Blair Waldorf de se laisser dicter sa conduite. Elle était celle qui imposait les règles et non le contraire.

Ses prunelles sombres croisèrent les siennes. Les petites rides aux coins de ses yeux n'avaient rien ôté à l'intensité de son regard noisette quand elle les posait sur lui où sur leurs enfants.

- Je t'aime Waldorf, déclara-t-il en l'embrassant.

- Je t'aime Bass, répondit-elle en posant le bout de ses phalanges sur sa pommette ridée.

Il n'avait rien perdu de sa prestance et de son assurance. Seul ses cheveux avaient pris la couleur de l'ardoise et s'accordaient encore plus parfaitement avec les tons lilas qu'il utilisait toujours pour ses cravates ou nœuds-papillons et pour ses chemises.

Il se fichait que ce soit à la mode ou non. Personne ne définissait qui était Chuck Bass à part lui ... et elle-même.

Car il n'y avait pas de Chuck Bass sans Blair Waldorf et inversement.

- Il est temps d'y aller si on ne veut pas être en retard, murmura-t-elle.

Il hocha la tête et ils revinrent sur leurs pas pour rejoindre la limousine.

Ce n'était plus celle où leurs corps adolescents s'étaient enflammés. Le véhicule avait fait son temps depuis longtemps. Elle n'appréciait pas autant ce nouveau modèle. L'ancien lui était bien plus familier.

Elle y pénétra la première et vint se blottir contre lui dés qu'il y fut assis à son tour, laissant sa tête aller dans le creux de son épaule comme elle le faisait depuis toujours, son esprit dérivant à nouveau vers ses souvenirs.

Elle savait que ce jour en serait rempli.


Mardi 15 juin 2060 : 10h28

- Monsieur et Madame Bass, c'est un réel honneur de vous accueillir parmi nous, aujourd'hui, s'exclama le recteur deSt Jude depuis l'estrade où il devait procéder à la cérémonie, en inclinant la tête.

La nouvelle aile dédiée aux étudiants en art n'était certes pas étrangère à son accueil chaleureux. Quoique, recevoir le couple prestigieux n'était jamais pour passer inaperçu dans les médias et aucun événement ne se privait de la bonne publicité qu'ils apportaient toujours sur leur passage.

Élite de l'élite parmi les personnalités importantes de l'Upper East Side. L'empire Bass s'étendait aujourd'hui sur tous les continents sans aucune exception et la fortune colossale du groupe familial se mesurait avec les plus grands noms internationaux.

Chuck afficha son petit rictus personnel, celui là non plus, il ne l'avait pas perdu. C'était toujours sa marque de fabrique. (En réalité, il avait été dupliqué par sa descendance) Il était loin le temps où il faisait le mur avec Nate pour aller fumer de la marijuana, ou toute autre substance qui pouvait passer à porter de leurs mains, dans une ruelle toute proche.

Monsieur Porter s'éclaircit la gorge avant de commencer son laïus. L'école était toujours jumelée avec celle de Constance et la remise des diplômes de fin d'études se faisait toujours conjointement.

Blair applaudit avec enthousiasme lorsque son petit-fils rejoignit le principal derrière le micro. Il avait été choisi pour faire le discours de fin d'année académique 2060 et ça la remplissait d'une fierté non dissimulée.

Son mari pouvait sentir la joie et l'excitation qui l'animaient depuis qu'elle s'était levée, ce matin. Elle était impatiente de voir Brad prendre la parole. Elle avait eu le privilège de lire l'exposé du jeune homme en exclusivité. L'aîné de leur petits-enfants était très proche d'elle.

Il vit Henry se rengorger et chuchoter quelques mots à l'oreille de Beverly alors que leur fils commençait la lecture de ses écrits.

Chuck était fier, lui aussi. Fier de tous ses héritiers, sans exception.

Henry travaillait avec lui, ici, à New-York et s'était installé dans le bureau adjacent au sien quand Bart, paix à son âme, l'avait laissé vacant.


Lundi 23 août 2038 : 16h41

Henry Bass dégringola prestement les marches de l'escalier escamotable du jet de BI. Il était heureux de retrouver sa ville après un été passé à bourlinguer.

Il avait décroché son master en économie en juin - Avec mention svp ! - et avait décidé de s'octroyer un peu de bon temps avec Beverly, loin du stress de la grosse pomme.

Sa jolie future fiancée avait pris la direction de Madrid où elle devait rejoindre ses parents avant de rentrer également, la semaine suivante.

Le jeune homme s'installa dans la limousine après avoir saluer Luigi tandis que ce dernier s'occupait de ses bagages.

- Déposer moi à BI, commanda-t-il au chauffeur.

Il n'était pas spécialement pressé de rejoindre leur appartement vide. Par contre, il avait besoin de voir son père. Premièrement, parce qu'il ne l'avait pas vu depuis qu'il avait empoché son diplôme et qu'il lui manquait beaucoup même s'ils s'étaient vus et entendus à plusieurs reprises. Deuxièmement, parce qu'il avait besoin de ses conseils avisés pour l'orchestration de sa demande à Beverly quand elle atterrirait sur le sol américain.

Henry passa la réception et se dirigea droit vers les ascenseurs pour atteindre l'étage de direction et le bureau de son père.

- Entrez, répondit ce dernier quand il frappa à la porte après avoir vérifié son agenda auprès d'Allan, le nouveau secrétaire.

Un immense sourire s'étala sur les traits de Chuck quand il vit se dessiner la silhouette de son fils dans l'embrasure de la porte.

- Papa, s'exclama-t-il avec chaleur comme il enlaçait celui-ci.

- Tu as fait bon voyage ?

- Excellent, répondit Henry.

Son père se dirigea vers le bar et sortit deux verres qu'il posa sur la table pour y verser une rasade de liquide ambré.

- Content de te revoir parmi nous, dit-il en en tendant un à son fils.

- Moi aussi, reconnut le jeune homme.

Ils s'assirent dans les fauteuils en cuir et échangèrent quelques banalités et informations sur l'été de l'un et de l'autre.

Bien entendu, sa mère était en pleine préparation pour la fashion week.

La conversation dévia vite sur Beverly et Henry en profita pour exposer ses idées à son paternel qui approuva pleinement et lui recommanda la bijouterie Harry Winston, sans la moindre hésitation.

La porte communicante du bureau de son grand-père s'ouvrit bientôt et le jeune homme changea de sujet, voulant garder le secret.

Les relations entre Bart et lui étaient revenues à la normale peu après la naissance de Benjamin et Henry en était très heureux. Son père avait raison, il aurait été stupide de se priver de bons moments en compagnie du vieil homme et de lui tenir rigueur pour des choses survenues longtemps auparavant et qui ne le concernaient pas directement.

D'autant qu'il se rendait parfaitement compte qu'effectivement, même le grand Bartholomew Bass ne serait pas éternel.

Il resta cependant un peu ébahi quand l'homme aux yeux d'acier lui annonça qu'il quittait la compagnie familiale.

- Mon bureau est à toi, conclut son grand-père.

Henry dévisagea tour à tour ce dernier et son paternel.

- Si tu as changé de perspective d'avenir ... entama Chuck devant l'attitude réservée de son fils.

Il avait toujours présumé qu'il viendrait travailler avec lui dans l'entreprise familiale, le jeune homme y avait d'ailleurs fait plusieurs stages pendant ses études mais, il avait peut-être réalisé qu'il voulait faire autre chose de sa vie, maintenant qu'il était au pied du mur.

- Bien sûr que non ! affirma Henry.

Il voulait travailler aux côtés de son père depuis aussi longtemps que remontait ses souvenirs d'enfant. Il n'avait juste pas intégrer que ce serait pour emménager dans le bureau de son grand-père.

- Tu ne croyais pas que tu aurais un bureau au sous-sol, tout de même ? s'étonna Chuck, déchiffrant à présent ce qui se tramait dans le cerveau de son fils aîné.

- Non, c'est juste que ...

- Tu ne me jettes pas dehors, le rassura son aïeul. Je quitte le navire parce qu'il est temps pour moi de tirer ma révérence.

Il ne précisa pas que depuis qu'Ève avait quitté cette terre, il n'avait plus vraiment goût à rien et encore moins aux affaires. Il avait continué à venir au bureau parce que ça lui donnait un but et une raison de se lever tous les matins, mais il avait dépassé ce stade à présent. Il n'aspirait plus qu'à se reposer.

- Et n'imagine pas que ça te dispense d'assister aux matchs des Rangers avec ton vieux grand-père, surtout ! plaisanta-t-il.


Mardi 15 juin 2060 : 10h34

Henry avait donc intégré BI à la place qui lui revenait de droit, mais n'avait malheureusement pas eu l'occasion d'aller voir une autre saison complète de la célèbre équipe de hockey sur glace New-Yorkaise car Bart était décédé avant la fin de l'année, emporté par un cancer qu'il avait soigneusement caché à sa famille.

Chuck lui en avait énormément voulu de ce dernier mensonge mais ça correspondait finalement bien au tempérament de son père, surtout sans sa mère biologique pour le pousser dans la bonne direction.

Benjamin avait également rejoint les rangs de BI des années plus tard mais avait choisi de partir vivre sur le continent Océanien pour succéder à Jack qui avait su profiter de la seconde chance qui lui avait été offerte avec un foie en bon état.

Le plus jeune de héritiers Bass avait été globe-trotter avant de finir par se fixer en Australie et d'y trouver l'amour. L'arrivée de la dernière de leurs petites-filles était prévue pour le mois d'octobre et Blair avait d'ores et déjà organisé leur voyage.


Samedi 6 octobre 2040 : 9h14

Benjamin Bass poussa une dernière fois l'eau sous son abdomen et le bout de ses phalanges toucha le rebord du bassin.

- 58'07, déclara son père en lisant le chrono.

Ben arbora un sourire en haletant. Il venait de battre son propre meilleur temps de deux centièmes de secondes.

- Bravo, le complimenta son frère qui se tenait aux côtés de leur paternel.

Le gamin pouvait lire la fierté dans leur yeux à tous les deux et ça gonfla encore son orgueil.

Ils venaient à la piscine tous les samedis matins depuis aussi longtemps qu'il s'en souvenait.

L'adolescent de treize ans aimait ces moments entre hommes. Ils étaient très complices tous les trois. Mais Henry ne vivait plus à la maison et, bien qu'il voit leur père tout les jours à BI depuis qu'il occupait le bureau qui était autrefois celui de grand-pa Bart, ce n'était pas le cas pour les deux frères.

Le gamin n'en n'appréciait que plus ces moments à trois où il ressentait pleinement le fait de faire partie intégrante du clan Bass.

Il en était un, pour sûr, mais il était aussi le petit dernier et partout où il allait, tout le monde savait déjà ce que ça voulait dire. Son père et son frère avaient déjà tracé le chemin pour lui.

Il avait quelque fois du mal à s'imposer en tant que Benjamin et cherchait souvent un moyen de se faire reconnaître par son seul prénom.

Le jeune garçon en avait parlé avec son père, un jour où celui-ci s'était aperçu que quelque chose ne tournait pas rond. Ils étaient assez proches mais rien de comparable à la complicité qui unissait son grand frère à leur géniteur. Le plus jeune avait d'abord craint de le désappointer ou qu'il ne se mette en colère devant sa confession.

Cependant, ce dernier lui avait expliqué qu'il était impossible qu'il soit jamais déçu par lui et que c'était à lui de trouver sa propre voix et de faire ses choix. En tant que Benjamin Bass et non Bass ou Benjamin tout court.

Il avait donc décidé d'appliquer ce conseil à la lettre et depuis, tout allait un peu mieux.


Mardi 15 juin 2060 : 10h42

Lisa, elle, s'était expatriée à Paris. Elle s'était installée dans la capitale française avec sa grand-mère, après le décès de Cyrus. Justin était allé la rejoindre au bout de six mois. Ils avaient rompu un nombre de fois incalculable mais quoi qu'ils fassent, ils revenaient au final l'un vers l'autre.

Chuck et Blair n'avaient décemment pas pu condamner leur union, seulement espérer qu'elle finirait de la même manière pour leur fille aînée que pour eux. Ce qui était le cas. Lisa avait donné naissance à deux enfants, Jonathan, quinze ans et Christopher, dix ans et nageait en plein bonheur conjugal.

Elle gérait Waldorf Designs depuis la capitale française tandis Lola le faisait depuis Manhattan.

Les jumelles avaient suivi des cours de stylisme à la prestigieuse école Parsons, la même qu'Eléanor. Ce qui avait ravi leurs parents car ils avaient pu les garder à la maison un peu plus longtemps puisque l'établissement était situé à New-York.

Lola avait été la dernière à partir bien qu'elle soit fiancée à Scott depuis plusieurs années. Elle avait refusé de l'épouser tant qu'elle n'avait pas terminé ses études et fait ses preuves. Elle voulait être Lola Bass avant d'être Madame Scott Thenborow.

Chuck s'était mordu la langue pour éviter tout commentaire alors que Blair dardait sur lui un regard d'avertissement flamboyant.

Leur cadette était elle-même maman de jumelles, (il y avait tout même une certaine forme de justice en ce bas monde !) Èvy et Léa auraient douze ans dans deux mois et Bart, huit ans à la rentrée.

Petit à petit, son épouse avait lâché les rennes de WD pour passer le flambeau à leurs filles, qui avaient décidé de perpétuer le nom de leurs grands-parents maternel à travers les générations.

Il comptait bien faire la même chose avec BI prochainement. D'ailleurs, c'était déjà fait dans la pratique. Il assistait toujours aux réunions du conseil d'administration mais c'était ses fils qui se chargeaient de tout le gros du travail réel.

Ils se demandait parfois pourquoi ils persistaient à lui soumettre leurs idées quand ils savaient pertinemment qu'il leur faisait pleine confiance pour gérer leur héritage. Sans doute par respect envers lui.

Benjamin, particulièrement, avait toujours cette tendance à vouloir connaître son avis et obtenir son consentement, comme s'il avait besoin d'être rassuré sur ses décisions. Chuck avait prévu d'avoir une discussion à ce sujet avec lui lorsqu'ils iraient voir la petite dernière.

Il ne supportait pas qu'un de ses enfants puisse douter de ses capacités. Surtout quand ils étaient tous si intelligents et avaient un potentiel rempli de promesses de réussite. Le patriarche souhaitait éclaircir les choses avec son cadet avant qu'il ne puisse peut-être plus le faire.

Il applaudit également à tout rompre quand Brad déplaça le pompon de son mortier de la droite vers la gauche, après avoir reçu le précieux document des mains du recteur. Le premier de ses petits-enfants viendraient bientôt enrichir Bass Industrie d'une nouvelle recrue.

Ce dernier avait choisi Yale, en honneur à son arrière grand-père Harold et Blair avait même ressorti le polo de son propre père des cartons qu'elle conservait soigneusement dans un grenier de l'atelier.

«Au cas où » avait-elle dit en souriant.

Le fait est que tous leurs enfants avait choisi de poursuivre leur vie professionnelle dans le sillage de leurs parents, même s'ils aspiraient tous, d'une manière ou d'une autre, à se démarquer. Ils voulaient tous contribuer à leur héritage et ajouter une pierre à l'édifice.

Chuck ne doutait pas un instant que leurs petits-enfants feraient pareil. Cependant, il n'exerçait aucune pression sur eux. Il souhaitait de tout son cœur qu'ils choisissent cette voie mais ne voulait rien leur imposer. Si certains d'entre eux préféraient faire autre chose, libre à eux. Il avait toujours refusé de les faire entrer dans un carcan qui les ligoteraient à BI.

Blair avait adopté la même tactique et les mêmes espérances et avait été plus que ravie quand Lisa et Lola avaient signifiées qu'elles désiraient intégrer WD.

Bien sûr, la distance était parfois difficile à supporter mais quand on s'appelait Bass, le monde vous appartenait, y compris les jets qui pouvaient vous faire faire le tour de la planète.

Quoi qu'il en soit, leurs enfants avaient été élevés en véritable New-Yorkais et, rite oblige, Blair veillait à ce que chacun soit présent lors du repas de Thanksgiving pour lequel elle mettait toujours un point d'honneur à préparer la tarte au potiron d'Harold avec l'un de ses enfants ou petits-enfants.

La recette faisait partie des secrets de famille les mieux gardés de Manhattan et ne se révélait que dans la stricte intimité de la cuisine de leur maison. Pour sa part, le patriarche, se contentait de l'engloutir pendant ces repas où tous étaient réuni à la même table, sous le même toit. La réunion familiale s'étirant généralement jusqu'à Noël.

Il en était venu à apprécier les fêtes de fin d'années autant que son épouse. Qui l'aurait jamais cru ? Rien ne le comblait plus de joie que de voir toute sa famille lors de ces assemblées.

Il sentit la paume de son épouse s'insinuer contre la sienne. Il était certain de savoir à quoi elle pensait en cet instant.

« Tu ne peux plus fuir, cette fois. Tu vas devoir rester et écouter ce que j'ai à te dire ... Chuck Bass, je t'aime ... Je t'aime à un tel point ... que ça me consume entièrement. Je t'aime tellement ... et je sais que tu m'aimes aussi ... Je t'en prie, dis-moi que tu m'aimes. Dis-mois que tout ce qu'on a vécu, que tout ce qu'on s'est infligés, tous ces mensonges, toutes ces trahisons, toutes ces disputes, avaient une raison d'être. Dis-moi que ce n'étaient pas pour rien. Dis-moi que tu m'aimes. »

- Je t'aime aussi, chuchota-t-il à son oreille.

Elle frissonna quand il murmura ses mots tout contre son lobe. Comme elle frissonnait à chaque fois qu'il les prononçait et entrelaça ses phalanges gauches aux siennes, touchant par réflexe du bout de son index droit, la broche en forme de papillon, composée de diamants et de deux rubis rose, qu'elle portait sur son cœur.

Chuck la lui avait offerte lors de la Saint Valentin qui avait suivi la naissance de Benjamin.

Elle avait bel et bien fait mentir l'adage, finalement !


Mardi 15 juin 2060 : 13h18

La salle du Palace était dressée pour accueillir la réception qui suivait la remise de diplôme de Bradley et Julia, la fille aînée de William Archibald.

Ils iraient tous deux dans le Connecticut à la rentrée. La jeune femme avait fait le forcing auprès de son grand-père mais n'avait pas eu à argumenter beaucoup.

Nathaniel Archibald se souvenait parfaitement d'avoir dû se démener comme un beau diable auprès du Capitaine pour aller dans l'université de son choix et ne tenait pas particulièrement à ce que le rituel familial soit scrupuleusement suivi, même si ses enfants avaient tous fréquenté Columbia comme lui-même et leur grand-mère.

- Grand-père, je peux te parler un instant ? demanda la jeune diplômée, sa chevelure blonde comme les blés reflétant les reflets du soleil de juin tout comme celle de Serena au même âge.

Elle tenait beaucoup de celle-ci, parmi tous leurs petits-enfants, elle était celle qui lui ressemblait le plus. A tel point qu'on aurait pu les confondre sur les photos.

Était-il présomptueux de croire qu'il était question d'un emménagement avec un certain petit-ami à la peau mat et aux yeux sombres ?

Il venait de lui offrir un appartement à New Haven, dans un jolie résidence privée, mais il avait eu la sensation que cela provoquait quelque gêne lorsque Julia avait ouvert l'enveloppe après la cérémonie.

Évidemment, un Bass n'avait nullement besoin d'un nouveau bien immobilier pour se loger quand sa famille possédait la moitié de la ville depuis qu'Henry y avait fait ses études.

Mais Nate était quelque peu loin du compte. Sa petite-fille avait bien décliné son offre avec la gentillesse et le tact qui la caractérisait mais il ne s'attendait pas à la suite.

Il fut, en fait, ébahi lorsqu'il vit Brad Bass s'agenouiller devant Julia et passer à son annulaire gauche la bague de fiançailles que Bart avait un jour glissé au doigt d'Évelyne.

Il regarda son meilleur ami, assis en face de lui, qui portait le petit sourire en coin estampillé « Chuck Bass » sur ses traits. Ce dernier lui fit un petit signe de tête et leva son verre pour le cogner contre le sien.

- Tu étais au courant ! s'exclama Serena.

- Brad est venu me voir, il y a plusieurs semaines, admit son frère adoptif.

- Et tu ne nous as rien dit ! se scandalisa-t-elle.

- Ce n'était pas à moi de le faire et puis ... mieux valait que la fiancée soit mise au courant par le fiancé et non pas par sa grand-mère, en premier lieu.

S étouffa un hoquet d'indignation.

- Serena, tout le monde sais que ni toi, ni Éric ne pouvez garder un secret bien longtemps quand il s'agit de ce genre de chose, relativisa Blair.

- On parle de moi ? questionna l'homme en question en arrivant à la fête avec un peu de retard, poussant le fauteuil roulant de sa mère, la seule des arrières-grands parents des diplômés encore de ce monde.

Cette dernière avait tenu à assister au repas de famille et avait quitté la maison de repos où elle résidait, dans les Hamptons, pour quelques jours.

- Lily, la salua tendrement son fils adoptif en déposant un baiser sur sa joue, alors que sa fille s'était levée pour l'embrassée, elle aussi.

La nonagénaire le dévisagea un instant avant de lui retourner un doux sourire.

- Charles, le reconnu-t-elle, ravie de se retrouver entourée par tous ses enfants, petits-enfants et arrières petits-enfants.

Éric l'installa à leur table, entre Chuck et Serena et prit sa place en face d'elle aux côtés de Sandro.

Blair posa sa main sur celle de son époux, tout en levant son verre à l'adresse de Dorota, installée avec Vanya à une table, non loin, qui y répondit par un geste identique et il tourna la tête vers elle.

- Tu aurais au moins pu me le dire à moi, s'offusqua-t-elle discrètement à son oreille.

- Brad m'a fait promettre le silence absolu quand il m'a demandé la bague, se défendit Chuck. Et je ne voulais rien faire qui aurait pu ruiner ses chances de la voir un jour au doigt de Julia, ou le retarder.

Il n'était pas superstitieux, cependant, il était bien placé pour savoir que les choses ne se déroulaient pas toujours comme prévu de prime abord.

Il joua un instant avec le diamant Harry Winston qui se trouvait à l'annulaire gauche de son épouse, passant l'extrémité de son index sur la pierre précieuse et elle répondit par une pression de ses phalanges sur les siennes tout en plantant son regard chocolat dans le sien.

Dieu qu'elle aimait cet homme ! Comment était-il seulement possible qu'elle l'aime chaque jours un peu plus que le précédent depuis tout ce temps ?

Elle souhaita que Brad soit aussi chanceux qu'eux en amour.

Le jeune homme était très, très proche d'elle. Elle se souvint qu'elle avait été émue aux larmes quand Henry lui avait annoncé le prénom de leur premier petit-fils.

Ses pensées s'envolèrent une seconde vers son homonyme, qu'elle n'avait jamais eu la chance de prendre dans ses bras et elle le remercia de veiller si bien sur eux tous depuis là ou il était.

FIN


Nous voici donc arrivé au terme de ce voyage un peu différent de mes autres récits.

Merci à toutes les personnes qui m'ont lue jusqu'au bout et encore un plus grand merci à toutes celles qui m'ont encouragé par un commentaire ou un petit geste en suivant ou classant mon histoire dans leurs favoris.

Cela éclairait ma journée, même si elle avait été difficile.

Comme expliqué en tout début, ainsi s'achève mon incursion dans la vie "privée" de mon couple préféré. La série est arrêtée depuis plus d'un an et demi, maintenant et je ne pensais pas qu'il y aurait encore tant de personnes intéressées à lire leurs tribulations à ce stade. Je n'imaginais pas non plus que je mettrais tout ce temps à sortir de "ma bulle Chair".

Mais voilà, toutes les bonnes choses ont une fin.

Je vous souhaite une belle vie, emplie de belles lectures pour combler votre imaginaire.

xoxo

Katido