Malefoy. Ce mec allait la rendre folle. Tout simplement folle. Ses doigts endoloris, que même la magie n'avait pas pu soigner –si elle avait su, elle aurait prévu de l'essence de dictame dans sa malle, par l'énorme coup de poing qu'elle avait donné dans le mur la veille au soir lui rappelèrent vivement ce qu'il avait osé lui dire, et quoi qu'elle lui ait répondu, même si elle avait joué la fière, ça l'avait blessée. Elle faisait des efforts pourtant. Ou du moins essayait. Elle passait un sort lissant chaque matin sur ses cheveux, réussissant à les rendre non pas totalement lisses, mais au moins plus ordonnés, s'efforçait d'effacer ses cernes grâce à un produit de maquillage qu'elle avait trouvé sur le Chemin de Traverse et tentait de s'ouvrir davantage à d'autres choses que ses cours. Pour elle, c'était déjà un énorme pas en avant. Elle ne comprenait pas cet abruti, que voulait-il de plus exactement ? Déboulant dans la salle de bain pour prendre une rapide douche, elle découvrit les trois flacons de shampoing à côté de la cabine et ne put s'empêcher de pouffer elle ne pouvait pas y croire, ce mec était un stéréotype à lui tout seul ! Elle sortit quelques minutes plus tard rouge écrevisse de sa douche bouillante, attrapa son cache-cernes sur le lavabo, qu'elle appliqua de deux petits coups autour des yeux, et sortit, la serviette autour de la poitrine, suivie d'une énorme nuée de vapeur d'eau.

« Tch. Pour ta gouverne Granger, l'eau aussi chaude, ça te ravage la peau. »

« De quoi tu te mêles, Malefoy ? »

« Ce n'est pas moi qui suis doté de brins de paille sur la tête. »

« Non mais je n'y crois pas ça ! C'est qui, la fille dans cet appartement ? »

« Pas toi, de ce que j'en vois. »

Ses poings se serrèrent et elle força le passage, le bousculant à l'épaule.

« Je me permets tout de même de te rappeler que des règles de vie ont été mises en place. Arrête de me prendre la tête et tout se passera bien. » lança-t-elle avant de claquer violemment la porte de sa chambre.

Il haussa un sourcil et entra à son tour dans la salle de bain fumante. Qu'est-ce qu'elle avait, à prendre des douches pareilles ? Il prit ses shampoings en main et se cacha dans la cabine de douche, lançant l'eau à une température qu'il estimait normale, et prit le temps de laisser ses muscles se détendre les uns après les autres avant de passer sa première couche.

Alors qu'elle entendit la porte de la salle de bain s'ouvrir, après plus d'une demi-heure, elle avisa sa tenue elle, elle était déjà prête à aller manger. Elle ne le comprenait pas comment pouvait-il passer autant de temps à se préparer ? Elle ouvrit discrètement sa porte et le prévint simplement qu'elle descendait pas de réponse, évidemment.

« Ah, Hermione ! » s'écria une tornade rousse qui lui atterrit dans les bras. « Alors, cette première nuit ? Comment ça s'est passé ? Il n'a pas été méchant avec toi ? Tu vas bien ? Pas de problèmes ? »

« Son nez a été correctement réparé après le coup que je lui ai asséné hier, oui. »

Un énorme sourire barra le visage de la jeune fille, qui s'empressa de lui demander pourquoi elle l'avait frappé et ce qui s'était passé.

« Cet abruti m'a coupé la parole pendant tout le temps où le professeur McGonagall nous laissait poser nos questions, puis m'a traitée encore et toujours de Sang-de-Bourbe, et j'ai tout simplement craqué quand il m'a clairement fait comprendre que je n'étais pas belle et que je ne prenais pas soin de moi. Je fais des efforts depuis la fin de la guerre, je trouvais ça vraiment gonflé de sa part de me dire ça. »

« Bah, tu le connais, tu crois vraiment qu'il ferait l'effort d'être sympathique avec toi ? »

« J'en avais le mince espoir oui, j'ai exprès tenté de mettre des règles de vie en place. »

« Je pense qu'il va finir par les respecter, mais le naturel doit être trop fort pour le moment. »

« Eh bien il a tout intérêt à vite s'en débarrasser. » marmonna la brune.

Sa meilleure amie lui fit un petit sourire, et se rassit à la table des Gryffondor, aux côtés de la préfète, qui se servait déjà en jus de citrouille et d'un toast. Elle aperçut du coin de l'œil le Serpentard entrer dans la salle et se poser à sa table, toujours à l'écart des autres qui le fixèrent d'un air mauvais. Il prit un simple café qu'il sirota tranquillement en jetant un regard circulaire et croisa les yeux de la brune, qui retourna immédiatement à son repas, ne voulant pas s'énerver davantage. Plus qu'une demi-heure avant le premier cours de l'année métamorphose. Elle avait toujours adoré les cours du professeur McGonagall, et elle ne doutait pas du tout des capacités de son ancienne camarade à gérer les élèves. En parlant de cette dernière, elle la vit s'avancer vers elle et tapoter sur un parchemin qui bientôt se remplit de ses horaires de cours pour cette année. La jeune femme sourit à sa nouvelle élève et le lui tendit :

« Une fois de plus, Hermione, tu m'étonnes par le nombre de cours que tu suis pendant l'année. » lui lança-t-elle avec un petit sourire aux lèvres.

Elle planta ses yeux vers l'emploi du temps, l'assimilant pour la journée, avant de le ranger dans son sac. Deux heures de métamorphose et deux heures de potions constituaient sa matinée, puis elle avait deux heures pour manger avant de reprendre avec une heure d'arithmancie et deux heures de Défense contre les Forces du Mal. Une journée qui s'annonçait chargée, si elle prenait en compte son rôle de préfète qui lui prendrait une partie de son temps libre. Les chouettes surgirent en un énorme amas de couleurs dans la Grande Salle, et elle vit une lettre tomber à côté de son verre de jus de citrouille. Une fois ouverte, elle découvrit la réponse de son meilleur ami, à qui elle avait envoyé des nouvelles de sa soirée :

Ma brunette préférée,

Je te souhaite bien du courage avec l'énergumène qui te servira de collègue cette année. Cependant, je pense que tu te souviens du tribunal. Je pense que l'insulte lui a simplement échappé sous le coup de la colère (tu sais bien que ce que tu lui as dit l'a toujours fait perdre son sang-froid), parce qu'il semble avoir gagné un certain respect pour toi (quoi qu'en dise Ron, qui est à côté de moi et conteste ce que je suis en train d'écrire, clamant haut et fort que Malefoy restera toujours une sale fouine arrogante et irrespectueuse). Laisse-lui juste le temps de se débarrasser de ses mauvaises habitudes, et je pense que la vie avec lui sera beaucoup plus simple. Il a parfaitement conscience de ce que tu as fait pendant que lui se cachait dans son manoir, et je suis presque sûr qu'il a compris l'an dernier que les Nés-Moldus méritent un minimum de respect. Bon courage tout de même, ça reste Malefoy et la vie avec lui n'est pas facile, je te l'accorde.

Ici, la formation continue, comme depuis un mois… Ron a perdu ses sourcils lors de l'explosion de son Veritaserum. Une fois le choc passé, on a bien ri tous les deux, au souvenir de Seamus et ses prédispositions à tout faire sauter. Enfin, en attendant que ses sourcils repoussent, Ron te dit qu'heureusement que tu n'es pas là pour voir le massacre, et je ne peux pas lui donner tort à vrai dire.

Avec tout ceci, je te souhaite une bonne rentrée, et transmets-nous les infos sur monsieur Granbec, ça m'intéresserait de savoir comment ma meilleure amie se fait enseigner la Défense contre les Forces du Mal pour sa dernière année.

Et Ron me dit de t'écrire qu'il t'aime et qu'il a hâte de te revoir une fois que ses sourcils auront repoussé.

Harry

Cette lettre lui arracha un sourire sur la fin elle ne pouvait pas le nier, voir Harry prendre la défense de Malefoy ne lui avait pas beaucoup plu, mais elle ne pouvait pas lui en vouloir, il n'avait pas tort après tout. Ils se souvenaient tous les trois très bien du regard qu'il lui avait lancé au tribunal et qui l'avait poussée à venir témoigner en sa faveur. Ces yeux qui la transperçaient d'une douleur et d'une supplication l'avaient réellement touchée. Elle avait vu, avant ça, l'air résigné qu'il portait, aussi elle savait parfaitement qu'il ne cherchait pas à trouver un appui quelque part. Non, elle avait comme l'impression qu'il s'en voulait pour quelque chose et qu'il s'excusait auprès d'elle avec ce regard. Il la suppliait de lui pardonner. Le pardon avait été accordé avec ce témoignage, et elle lui avait souri en réponse.

« C'était qui ? »

« Hm ? C'était Harry, il a répondu à la lettre que je lui ai envoyée hier, où je lui racontais la première soirée, il me souhaite bon courage avec Malefoy… et Ron a fait exploser un chaudron de Veritaserum en préparation ! » acheva-t-elle, provoquant les rires de sa meilleure amie, qui ne pouvait s'empêcher d'imaginer son frère, le visage carbonisé et les sourcils fumants.

Elle enfourna la dernière bouchée de son toast et se leva, saluant Ginny, pour partir en cours. Elle tapota discrètement son sac en bandoulière dans un réflexe acquis pendant la guerre et s'enfonça dans les couloirs du deuxième étage, en direction de la salle de métamorphose.

Dix minutes avant le début du cours, seules trois personnes attendaient déjà devant la porte, et elle reconnut la préfète de Serpentard, Daphnée Greengrass, qui lui jeta un regard mauvais, bien digne de sa maison, et les deux sœurs Patil, bras dessus bras dessous, qui la saluèrent d'un signe de main et d'un joli sourire. Les élèves débarquèrent dans le couloir les uns après les autres, et un brouhaha commença à se faire entendre, quand soudain toute parole stoppa. Elle se retourna et vit une chevelure blond platine coiffée savamment, certainement au cheveu près, des yeux métalliques à l'air indifférent et une tenue verte. Tiens donc, le serpent était enfin arrivé, jouant d'une main avec la pomme qu'il avait apportée et haussant presque imperceptiblement les sourcils, d'un air demandant pourquoi tant d'intérêt pour sa personne. Elle secoua la tête et revint à Neville, qui fut le premier à revenir à sa discussion, entraînant toute la classe à en faire de même. La seule chose qui troubla les voix fut le son distinctif de dents sur une pomme, déchirant sa chair dans un petit craquement significatif. Le jeune homme ne semblait pas affecté du tout du traitement que les élèves lui réservaient et gardait la grande prestance qu'elle lui avait toujours connue. Pourtant, elle savait que sa vie serait bien plus difficile que la sienne si elle se faisait admirer et dévorer des yeux, il recevait des brimades de tous les élèves, elle l'avait bien vu la veille et ce matin à son arrivée. Le pied d'Adrian Pucey sur sa route, qu'il avait élégamment écrasé du talon parfaitement ciré de sa chaussure, le coude de Cormac McLaggen qui avait presque fini dans le mur, esquivé de quelques millimètres, tout ça ne restait pas inaperçu. Et elle voyait surtout le dégoût apparent des filles redevenir, à chaque pas, une nouvelle admiration à son égard, et, à l'arrivée d'Angelina devant la salle, elle croisa le sourire du jeune homme à Greengrass, et vit du coin de l'œil une flamme de passion s'allumer immédiatement dans ses yeux. Ridicule. Vraiment ridicule. La nouvelle enseignante les invita tous à entrer, et elle alla se placer au premier rang en compagnie de Neville, et dès qu'elle fut assise, jeta un regard au fond de la salle. Drago restait tout de même seul, à la dernière table à gauche de la classe, et échangeait déjà un regard noir et chargé de défi à McLaggen, situé deux rangées plus loin. Franchement, les garçons devraient arrêter ces jeux-là.

« Bien. Bonjour à tous, je me présente, pour ceux qui ne me connaîtraient pas, je m'appelle Angelina Johnson, et je serai votre professeur de métamorphose pour cette dernière année à Poudlard. Nous allons cette année étudier le programme, qui est extrêmement chargé, des ASPICS. Aussi, je pense que nous allons immédiatement commencer le cours par la métamorphose poussée à son plus haut niveau : l'Animagus. Quelqu'un peut-il me dire ce qu'est un Animagus ? »

Presque toutes les mains se levèrent cette première question était d'une simplicité affligeante, qui avait déjà eu sa réponse en troisième année, lors du cours de Défense contre les Forces du Mal assuré par Rogue. La jeune femme en avait tout à fait conscience, mais cette partie du cours se devait d'être notée par les élèves. Elle ne faisait que son boulot après tout. Elle invita Neville à donner la réponse : oui, un Animagus est une personne pouvant se transformer en un animal à volonté, cinq points pour Gryffondor.

« Et maintenant, savez-vous comment on peut devenir Animagus ? »

Nettement moins de mains se levèrent. A vrai dire, seule une main surplomba la foule celle de Hermione. Angelina eu un petit sourire, guère surprise de voir la brunette toujours en tête de classe. Elle lui fit un signe l'autorisant à répondre.

« Les Animagus sont répertoriés dans un dossier du Ministère de la Magie, ce qui permet à celui-ci de surveiller les mouvements de ces personnes. Par ailleurs, l'Animagus ne peut se transformer qu'en un seul animal. Par exemple, le professeur McGonagall est une Animagus pouvant se transformer en chat, et elle ne pourrait pas se transformer en un autre animal même si elle le souhaitait. »

« Très bien, dix points pour Gryffondor. Maintenant que les bases ont été données, ce cours de deux heures va parler en détail des particularités des Animagus. Prenez vos plumes et notez. »

Les deux heures passèrent à une vitesse qui sembla ahurissante à Hermione. Angelina avait certainement encore quelques progrès à faire en matière d'explications, et devrait peut-être ralentir un petit peu le rythme, mais elle invitait régulièrement à jeter un œil au chapitre et à la page concernée par ses propos, ce qui permettait à la classe de suivre correctement ce qu'elle disait. Le cours fut terminé vint minutes avant la fin des deux heures, aussi elle décida d'en profiter pour proposer une session de questions ouvertes. Plusieurs mains se levèrent, et elle donna la parole à chaque personne, l'une après l'autre, répondant à chacune des questions calmement jusqu'à ce que l'heure touche à sa fin.

« Bien, rangez vos affaires et filez à votre prochain cours, on se retrouve mercredi pour une heure. Hermione. » souffla-t-elle à la brunette avant qu'elle ne quitte sa table. « Mon cours était-il correct ? »

« Oui, il était très bien. Je te conseille peut-être juste de ralentir un peu le rythme, c'est dur de suivre par moments, et peut-être que tu devrais un peu mieux expliquer ce que tu dis, parce que même si moi je comprends, je pense que certaines personnes auront du mal à savoir de quoi tu parles. »

« Merci beaucoup de ta franchise Hermione, je savais que je pouvais compter sur toi. Enfin, file maintenant, sinon tu vas être en retard au prochain cours. »

Elle acquiesça et salua la jeune femme en sortant de la salle, courant presque dans les couloirs pour se rendre au cours de potions, où elle entra la dernière et n'eut d'autre choix que de se mettre à la même table que Malefoy, qui lui jeta un regard amusé. Quoi, elle n'avait pas le droit d'arriver dernière, pour une fois ? Le professeur était encore en train de classer ses fiches, elle ne pouvait même pas considérer être en retard !

« Bonjour à tous, je suis bien heureux de vous voir aujourd'hui pour une nouvelle année. Prenez vos livres et ouvrez-les à la page 219. »

Amortensia. Ils allaient faire une potion d'amour ? C'était une blague ? Elle regarda autour d'elle et vit les regards des autres filles s'illuminer évidemment, elles savaient tout aussi bien qu'elle ce que c'était, et avaient certainement hâte de pouvoir en tester les effets sur un garçon.

« Comme vous avez dû le comprendre, ce sera votre tâche du jour nous avons un peu moins de deux heures, cela devrait suffire pour commencer la potion, nous la finirons demain. »

Elle jeta un œil aux ingrédients, en nota les quantités sur un petit bout de parchemin et alla les chercher dans la réserve, soufflant à Malefoy qu'elle s'occupait de prendre sa part en même temps. Aucune réaction, naturellement, mais elle ne s'en formalisa pas c'était Malefoy après tout. Elle revint, les bras chargés de petits paquets et les déposa difficilement sur la table, laissant le jeune homme se servir.

Aussitôt, les deux, qui avaient été les premiers à avoir ce qu'il fallait, commencèrent la première partie de la recette, qui consistait à couper des germes vivifiants de Bolborbus. Dès que la brunette plongea sa main dans le petit paquet qui contenait trois germes, celui qu'elle attrapa se débattit et glissa comme un savon. Elle réussit tant bien que mal à en coincer un qu'elle plaqua sur sa planche à découper. Du coin de l'œil, elle vit que le blond s'était emparé de son couteau et, maintenant le germe, s'apprêtait à le couper. Son propre ingrédient tentait de s'échapper par tous les moyens, se tortillant de tous les côtés, donnant de petites tapes sur son majeur, et elle avait même juré avoir senti de petites dents s'incruster dans sa chair le temps qu'elle prenne son arme et le coupe en deux, le calmant définitivement.

« Merde ! Ne bouge pas. Viens là, toi. Viens, saleté. Granger, tu bouges d'un cheveu et je te stupéfixe, ne te tourne pas vers moi bordel ! HA ! Je t'ai eu. » acheva-t-il en regardant ses deux mains scellées fièrement. « Tu ne vas pas faire long feu, c'est moi qui te le dis ! »

En effet, il ne lui fallut pas plus de cinq secondes pour plaquer le germe contre sa planche, saisir son couteau et l'abattre d'un coup sec, tranchant sans aucune pitié l'être qui se débattait. Elle revint à sa préparation et saisit chaque germe pour les couper en deux et laisser leur jus s'écouler. Elle prit ensuite chaque moitié pour les presser au-dessus de sa potion, qui prit immédiatement une jolie teinte bleu turquoise, comme c'était indiqué dans le livre. Elle augmenta un peu le feu et attendit qu'il entre à ébullition pour passer à la coupe des racines de mandragore –y avait-il vraiment besoin de racines libérant de la pétrification ?

« Tiens, de la mandragore. Ça doit te rappeler des souvenirs ça, Granger. »

« La ferme, Malefoy. »

« Il y a des rumeurs qui disent que notre esprit est encore totalement réveillé quand on est pétrifié. Tu en penses quoi Granger ? Tu ne t'es pas sentie trop conne, à voir les gens te passer à côté sans pouvoir leur dire que tu étais encore là ? »

« Malefoy, arrête tout de suite. »

« Oooh, mais regarde le prochain ingrédient Granger, ça c'est intéressant dis-moi. Allez, berce-nous donc de ta science infuse que tu aimes tant divulguer partout. »

De la poussière de feufolet. Elle était connue pour être l'ingrédient commun à toute potion d'amour, elle agissait comme le lien entre tout ce qui les composait et permettait de créer l'obsession. Consommée pure, elle était mortelle. Non, elle ne dirait rien, ça ferait trop plaisir à Malefoy.

« Tiens, la Miss Je-Sais-Tout ne dit rien ? Etrange. Serait-elle malade ? Aurait-elle mal dormi cette nuit en pensant trop fort à son chéri ? »

Plus les secondes passaient et plus elle sentait son calme s'envoler. Ne rien répondre et prendre deux poignées de poussière de feufolet. Les verser dans la potion, mélanger. Ajouter la dernière racine conservée à cet effet. Mélanger jusqu'à obtenir une teinte vert pomme et baisser le feu. Recevoir en pleine figure un tentacule de poulpe. Quoi ? Elle se tourna vivement vers le blond qui le regardait d'un air taquin.

« Oups, il m'a échappé. »

Elle retira rageusement le tentacule de son visage, lui donna un énorme coup sur l'épaule avec sa cuillère en bois, encore imbibée de potion loin d'être achevée et revint à sa préparation, une fois l'objet de discorde rendu à son propriétaire. Elle remarqua qu'il fallait prélever du sang de poulpe, aussi elle se saisit de son propre tentacule et lui fit une coupe sèche et précise au-dessus du chaudron, laissant le liquide s'écouler. Ici, il ne fallait pas mélanger, il se fondait tout seul dans la préparation, lui donnant une agréable couleur rose pâle. Laisser mijoter pendant vingt heures. Elle comprenait mieux à présent pourquoi cette potion pouvait être faite en deux parties.

« Bien, les deux heures sont passées, et j'ai cru remarquer que tout le monde est arrivé au point dix. Nous allons donc arrêter la préparation pour aujourd'hui, et nous reprendrons demain à la première heure. Allez les enfants, sortez manger ! »

Les ingrédients restant pour la potion furent consciencieusement remis dans la réserve par la brunette, alors que son homologue blond filait hors de la salle, sûrement en direction de la Grande Salle. Elle soupira et acheva de tout ranger avant de s'emparer de ses propres affaires et de partir manger. Au menu de ce midi, ils avaient visiblement droit à de la salade et de la tourte au bœuf, avec pour compléments des œufs durs, des champignons et des lardons joliment poêlés, et une sauce à la crème. Elle jeta un rapide regard vers la table des Serpentards et vit que Malefoy s'était déjà servi de quelques feuilles de salade couverte d'une très mince couche de sauce et d'un morceau de pain. Il ne mangeait visiblement pas énormément, et elle se demandait ce qui le poussait à s'alimenter aussi peu. Son interrogation ne dura pas plus longtemps, car Ginny s'assit en face d'elle et lui raconta aussitôt combien monsieur Granbec était un professeur étrange, sans être pour autant incompétent, et combien la divination lui tapait sur les nerfs.

« Si dès le début de l'année tu t'en plains déjà, tu vas avoir du mal à tenir dis-moi… »

« Ah, tu n'imagines même pas ! Tu as de la chance d'avoir arrêté, Hermione, parce que c'est une horreur ! »

Elle rit doucement et retourna à son repas léger et complet. Puis elle sortit L'arithmancie, science méconnue, un volume de près de deux milles pages de ce qu'en estima Ginny, et se plongea dans sa lecture, dont elle ne se détacha brièvement que pour saluer Ginny, qui devait aller en cours dès treize heures. Elle profita de la dernière heure pour avancer de dix énormes pages, puis rangea son ouvrage et se rendit à la salle de cours d'arithmancie elle venait de s'assurer de pouvoir répondre à toute question qui pourrait être posée par le professeur en s'avançant considérablement, comme toujours, dans le programme.


A la sortie en retard de son heure d'arithmancie, parce que le professeur voulait terminer ce qu'il disait à une vitesse rivalisant difficilement avec celle d'un escargot, elle courut jusqu'à la salle de Défense contre les Forces du Mal, trois étages plus bas, considérablement ralentie par ces foutus escaliers qui n'en faisaient toujours qu'à leur tête. Elle arriva ainsi, accompagnée de ses deux compères du cours précédent, avec dix minutes de retard dans la salle où elle passerait ses deux dernières heures de la journée, sous les regards intrigués des élèves et quelques rires discrets et moqueurs des Serpentards. Elle s'excusa auprès du professeur, interrompu dans ses explications à propos des Détraqueurs et de leur rôle auprès du Ministère, vint à son bureau pour lui tendre le petit papier d'excuse qu'avait rédigé l'enseignant d'arithmancie –leur faisant d'ailleurs encore perdre trois minutes- et s'assit à la place que Neville avait eu la gentillesse de lui garder.

« … Bon, maintenant que vous êtes tous les trois installés, nous allons pouvoir continuer. Où en étions-nous… ah, oui. Les Détraqueurs ont pour caractéristique qui les rend si effrayants d'aspirer l'âme de leurs victimes. »

La main de la brunette se leva presque automatiquement.

« Excusez-moi monsieur, mais la première chose qui les rend si terrifiants est le fait que leur approche fait remonter chez toute personne tous les souvenirs malheureux, et la fait plonger dans le désespoir. »

« Miss Granger, c'est bien ça ? Pourriez-vous je vous prie me laisser faire mon cours ? J'y venais, figurez-vous. »

Elle se tassa lentement dans sa chaise, et entendit un ricanement discret qu'elle reconnaîtrait entre mille. Foutu Malefoy. Et ce professeur, dont elle n'avait pas eu l'occasion d'entendre la présentation, jeta un regard noir au jeune blond, doucement exaspéré d'être interrompu, avant de continuer son cours.

« Donc, comme l'a si gentiment fait remarquer miss Granger, ce baiser du Détraqueur est seulement le dernier stade qui est atteint. Avant cela, leur nature même est profondément mauvaise, et ils se nourrissent de tout ce qui est bon en l'homme, ils aspirent tous les bons souvenirs pour ne laisser que le désespoir. »

Pour tout dire, ce premier cours ennuyait quelque peu Hermione ce sujet, elle le connaissait par cœur, même comparé à tout ce qu'elle savait par ailleurs. Les Détraqueurs, elle n'avait pas que lu dessus. Elle les avait expérimentés elle-même, comme tous les membres de sa classe. Elle savait exactement ce qu'ils pouvaient faire, et leur manque flagrant de morale. Elle les avait encore vus, un nombre incalculable de fois, au tribunal, pendant ses supposées vacances. Rien que de penser à eux lui donnait des frissons, et elle eut une pensée fulgurante pour Malefoy, assis au fond de la classe et s'ennuyant certainement autant qu'elle après tout, il était encore mieux placé qu'elle pour parler de l'effet qu'ils font, lui qui était passé si près du baiser du Détraqueur. Mais malgré cet état de fait, elle restait concentrée, notant consciencieusement ce qu'il racontait, à défaut de pouvoir répondre aux questions qu'il ne posait pas visiblement, il préférait exposer les faits plutôt que de laisser les élèves trop parler. Elle vit Neville lui poser un petit papier à côté de la main droite et elle y jeta un œil. 'Tu sembles t'ennuyer… Le prof a prévenu avant que tu n'arrives que le programme est trop chargé pour qu'il laisse les élèves participer, nous n'arriverions pas à tout faire d'ici la fin de l'année sinon.' 'Merci de me prévenir, c'est gentil.' 'Je t'en prie.' Elle leva la tête vers le professeur et vit ses sourcils légèrement froncés et son regard désapprobateur, lui faisant très vite comprendre qu'il avait vu l'échange et ne voulait pas que cela se reproduise dans sa classe, alors qu'il montrait plusieurs photographies de victimes du baiser du Détraqueur et expliquait les symptômes visibles d'une âme volée. Les deux heures suffirent à monsieur Granbec pour expliquer toutes les caractéristiques de ces créatures, les effets qu'ils produisaient, le rôle de contrôle qu'ils avaient à Azkaban, et il termina par les mesures de défenses utilisées contre eux :

« Le seul moyen qu'on connaisse pour éloigner –et non détruire- un Détraqueur est le Patronus, qui peut être invoqué par le sortilège Expecto Patronum, dont nous verrons la pratique la fois prochaine. Pour cela, il vous faut penser au souvenir le plus heureux que vous ayez. Et comme nous avons encore quelques minutes, je vais faire un petit tour de la classe. Miss Granger, savez-vous invoquer un Patronus ? »

« Oui, monsieur. » répondit la jeune femme, presque étonnée de le voir enfin laisser participer ses élèves. « Et… je sais que mon Patronus est une loutre. »

« Une loutre, vous dites ? Votre savez donc former un Patronus complet, voilà qui est étonnant pour une jeune fille de votre âge. D'autres en sont-ils capables parmi vous ? »

Aucun des autres membres de l'ancienne Armée de Dumbledore ne levèrent la main en effet, très peu parmi eux avaient réussi à en former un. En fait, aucune main ne vint rejoindre celle d'Hermione, qui se demanda pourquoi Malefoy ne se manifestait pas.

« Ah oui, monsieur Malefoy ? » la questionna le professeur, sans que quiconque ne comprenne réellement pourquoi il fixait la tête de classe. Le blond leva les yeux et l'interrogea du regard. « Ainsi donc monsieur Malefoy, vous savez former un Patronus ? » continua-t-il, faisant se retourner presque toute la classe de stupéfaction. Malefoy savait former un Patronus ? Mais comment avait-il appris ? Sûrement de ses sales Mangemorts de parents, commencèrent les chuchotis qu'il fit taire d'une voix forte, et invita le jeune homme qui s'était crispé à prendre la parole.

« Comment le savez-vous ? »

« Je ne peux qu'avouer que vous êtes un excellent occlumens, monsieur Malefoy, mais ce n'est absolument pas le cas de miss Granger. » La jeune fille hoqueta de consternation. « Alors, voulez-vous dire vous-même le Patronus qui est le vôtre, ou préférez-vous que je l'annonce à toute la classe moi-même ? »

Son élève le dévisagea un instant avant de déclarer forfait. « C'est… un phénix, monsieur. »

Une fois de plus, quelques murmures surpris s'élevèrent qui s'attendait au phénix de la part du Serpentard le plus évident de leur génération ? Cela ne devait-il pas être plutôt un serpent ou un dragon ? L'un des élèves eut l'effronterie de demander tout haut :

« Ah oui, un phénix ? Montre-le-nous tiens, sale serpent ! »

Hermione vit les yeux du blond se durcir à ces paroles, et monsieur Granbec tourna les yeux vers celui qui avait osé prendre la parole sans permission.

« Merci monsieur McLaggen, mais la prochaine fois nous nous passerons de vos subtiles remarques, voulez-vous ? Cependant, c'est une idée loin d'être mauvaise. Monsieur Malefoy, mademoiselle Granger, pourriez-vous vous mettre devant la classe et montrer vos Patronus ? »

Les deux jeunes gens hochèrent la tête et se rejoignirent devant le bureau du professeur se toisant du regard.

« Je vous en prie. »

Elle sentit le regard de Malefoy planté sur elle, alors que son Patronus sortait de sa baguette et commençait à nager dans l'air. Elle tourna la tête vers lui et l'intima à obtempérer à son tour. Il secoua la tête et chuchota Expecto Patronum. Un filet argenté sortit de sa baguette et se forma doucement en un oiseau majestueux, duquel les plumes s'embrasaient de petites flammes. L'animal survola la classe et revint docilement sur l'épaule de son créateur, alors que la loutre se frottait tendrement au mollet de la brunette.

« Superbe. Félicitations jeunes gens, je pense que je vais vous dispenser de votre heure de cours de dix heures à onze heures vendredi, puisque vous les maîtrisez si bien, et je donne dix points à Gryffondor et Serpentard. Maintenant, l'heure est arrivée, donc sortez vite de ma classe, nous nous reverrons en fin de semaine. »

Les deux Patronus disparurent, alors que leurs créateurs revenaient à leurs places et rangeaient leur livre, leur plume et leur rouleau de parchemin dans leurs sacs pour sortir au plus vite et se changer avant d'aller manger. Il leur fallait monter un étage et faire quelques centaines de mètres dans les couloirs pour parvenir à leurs appartements, et l'idée les épuisait déjà, après cette longue journée. Aussi, ils se mirent en route côte à côte et se rendirent devant l'immense tableau, peint grandeur nature, dont les personnages se chamaillaient durement.

« … Salazar, grandis, par Merlin ! On ne peut pas rester éternellement sur cette querelle ! »

« Preuve est faite que si, mille ans que j'arrive encore à te pousser sur ce sujet, et je ne compte pas m'arrêter de sitôt ! »

« Aeterna die. » dit Hermione avec toute la conviction dont elle était capable.

« Les garçons, contrôlez au moins vos animaux bon sang, ils sont en train de s'entretuer ! »

« Tant mieux, une vermine en moins à éliminer ! Essarecera kassirissiska. »

« Aeterna die. » répéta la brunette, après avoir donné au Malefoy hilare à ses côtés le meilleur regard noir qu'elle avait en réserve.

« Mais par Merlin les garçons, arrêtez donc deux secondes ! Vous devenez agaçants à la longue, vous ameutez tout l'étage en hurlant comme ça ! »

Alors que le serpent s'excitait de plus en plus et serrait son immense corps autour du cou du lion qui se débattait et grognait autant qu'il le pouvait, le blond prit une grande inspiration et ne se gêna pas pour hurler au-dessus des éclats de voix qu'ils voulaient passer. Les quatre fondateurs se figèrent et obéirent enfin lorsqu'Hermione clama pour la troisième fois le mot de passe.

« Ah, quand même ! » souffla-t-il. « Granger, c'est ça de s'imposer. Mais visiblement vous n'avez jamais appris ça, chez Gryffondor. Pourtant, la Grosse Dame a la réputation de ralentir assez souvent les gens qui veulent entrer. »

« Oh, ça va, j'ai du respect pour les fondateurs moi. »

« Granger, c'est un tableau qui ouvre l'accès à nos appartements, il est fait pour nous obéir quand on dit le mot de passe. »

Elle ne trouva plus quoi dire et se rua dans sa chambre, voulant se débarrasser au plus vite de sa robe de sorcière et enfiler des vêtements plus pratiques. Le jeune homme eut un sourire narquois et suivit le mouvement, partant dans sa propre pièce pour mettre un col roulé et une veste de costard, comme il en avait l'habitude. Il réarrangea un peu sa coiffure, se passa un peu de crème pour les mains et revint dans le salon, où Granger l'attendait sur un des poufs à leur disposition.

« On a un parchemin à ouvrir ensemble Malefoy, j'attendais que tu sortes pour le lire. »

« Eh bien je t'en prie, ouvre-le, maintenant que je suis là. »

Aussitôt dit, aussitôt fait, elle décacheta le rouleau, qui s'éloigna de quelques centimètres et récita avec la voix de la directrice une mission qu'elle disait être de la plus haute importance :

« Cette année, j'ai décidé, après avoir consulté les autres professeurs et le Ministère, que suite à la guerre et à ses nombreuses victimes, il était plus que temps de tenter de rapprocher les maisons entre elles. Aussi, il a été décidé que trois bals seront organisés cette année, en l'honneur d'Halloween, Noël et Pâques, durant lesquels vous devrez vous présenter ensemble lors de la danse d'ouverture avec vos cavaliers respectifs. Votre rôle dans ces bals sera de préparer chacun d'eux, en choisissant un thème, les décorations que portera la salle, et en prévenant les autres élèves des dispositions à prendre si votre thème nécessite une tenue particulière. Je compte sur vous pour montrer une entente exemplaire. Bonne soirée à vous. »

« … C'est une blague, c'est ça ? »

« Je… Je ne crois pas, Malefoy. »

« … Mais merlin, on n'a pas que ça à faire de nos journées ! »

« D'un autre côté Malefoy, nous sommes comptés parmi les élèves les plus doués de notre génération, nous travaillons suffisamment pour avoir nos ASPICS sans problèmes, et qui d'autre pourrait organiser le bal, si ce n'est pas nous ? »

« Je ne sais pas moi… les professeurs, non ? »

« Ils ont déjà tous leurs cours avec chaque classe à préparer, tu ne peux même pas imaginer la masse de travail que cela représente… »

« On dirait que ça ne t'embête pas de bosser avec moi, Granger… Je ne savais pas que je te plaisais. » lança Malefoy avec un clin d'œil, recevant en réponse un autre regard noir. Il y était définitivement abonné, apparemment.

« Non, je sais juste prendre sur moi et accepter ce qui nous est dit. Nous n'avons pas le choix de toute manière. Bon, partons manger. »