Coucou ! Oui je suis rapide xD ! Mais je voulais au moins mettre deux chap's pendant mon absence. Et j'avais complètement oublié, je l'ai écrit sur mon profil mais cette histoire m'a été inspirée par plein de choses dont la review de Mayuno pour Wakajini ! Elle se demandera bien comment j'en suis venue à cette histoire d'ailleurs. En tout cas merci à elle !

Disclaimer : Beelzebub n'a qu'à appartenir à son auteur si ça lui chante, mais qu'il nous mette du shonen-ai de temps en temps alors x) !

Genre : Rating T, yaoi soft.

Pairing : OgaFuru (pourquoi changer ?), d'autres à venir dans la première partie.

Musique : Je vous conseille Kiss me slowly pour le début. En réalité, j'écoutais River Of No Return, soundtrack de Red Cliff (Les Trois Royaumes) tout le long, alors normalement tout devrait coller avec xD !

Bonne lecture !


Mondes Parallèles

Première partie : Son Monde

La guerre qui les sépare

23 juin 2009 : le Japon entre en guerre contre la Corée du Nord. Les tensions internationales s'intensifient, des alliances se forment, des guerres sont déclarées, des massacres commencent. La marche à la mort est en route. Les bombes menacent et se jaugent du regard. Ce n'est plus qu'une question de temps avant qu'elles n'entrent en jeu.

30 juin 2009 : Tokyo est dévastée par une bombe biologique. La zone devient totalement inhabitable. De la population qui n'avait pas voulu évacuer il ne reste quasiment rien. À ce jour on compte plus de 60 millions de morts et disparus rien que dans la capitale.

Dans la nuit du 31 juin 2009 : un raid aérien japonais permet le bombardement de la plus grande base militaire coréenne. La Corée du Nord est désormais incapable d'envoyer ses bombes nucléaires.

Tout le reste s'enchaîne très vite, le rouage des alliances, secrètes ou non, entraîne des guerres partout dans le monde. Bientôt, ce ne sont pas moins de 137 pays qui entrent brutalement en guerre. La Troisième Guerre Mondiale commence, sans raison apparente, sans même prétexte valable, ne créant aucune coalition unie dans un même but. Les champs de batailles sont sur tous les fronts : l'air, l'eau et la terre. Les pays se renferment sur eux, l'économie plonge, les morts s'accumulent et l'espoir d'un retour vers la paix s'amenuise de jour en jour.

Suite aux trop grandes pertes militaires, les jeunes hommes à partir de 15 ans sont assignés au service militaire obligatoire, envoyant des adolescents au front.


Trois ans plus tard, Oga et Furuichi étaient toujours ensemble et étaient maintenant devenus de jeunes hommes prêts à combattre pour leur patrie. Quinze ans. Furuichi les aurait bientôt, dans quelques mois, mais Oga avait déjà franchi l'âge fatidique, le 31 août 2012. Il avait à peine eu le temps de fêter son anniversaire que déjà il était appelé à aller sur le front. Le papier étant devenue une denrée rare, ce fut une fine feuille de brouillon qu'Oga tenait entre ses mains alors que Furuichi s'efforçait de garder son sang-froid. Il savait qu'Oga était fort et qu'il saurait se débrouiller sans lui mais il ne pouvait pas s'empêcher d'avoir peur pour lui.

- Ne t'inquiète pas, l'extirpa de ses pensées la voix grave de son petit ami. Je terminerai cette guerre avant même que tu aies reçu ta convocation !, lui assura-t-il gentiment en souriant.

- Arrête de me couver Tatsumi, le réprimanda le plus jeune.

Furuichi avait bien lu l'inquiétude dans les yeux d'Oga alors qu'il tentait de le rassurer. Il n'était pas dupe ni naïf. Cette guerre durait depuis trop longtemps pour se terminer définitivement en quelques mois. Et elle avait fait trop de morts pour que certains acceptent une future paix. Les vengeurs devenaient courants en ces temps troublés et le rajeunissement des appelés ne faisaient qu'aggraver cette situation. La population était saignée à blanc même dans la tranche des jeunes.

Jusque là, les familles de Furuichi et d'Oga avaient été épargnées par l'âge et le sexe de leurs membres. Les deux garçons seraient les seuls à partir en guerre, la misogynie régnant toujours au Japon assurant une relative sécurité à leurs sœurs respectives. Ils avaient tous fui à temps avant que Tokyo ne deviennent un cimetière trois ans plus tôt et ils vivaient désormais dans des baraquements de fortunes pour rescapés.

Oga ne put empêcher un instant la peur de perdre l'être le plus cher qu'il avait au monde de l'envahir et serra Furuichi dans ses bras, enfouissant son nez dans le cou du plus petit. Ce dernier enroula ses bras autour du torse d'Oga, se concentrant sur le moment présent pour réfréner son angoisse montante. Ils restèrent plusieurs minutes ainsi, debout dans la chambre attribués aux enfants, sans bouger.

Les murs en bois grinçaient à chaque souffle de vent et la relative protection contre l'extérieur laissait filtrer de l'air dans la chambre. Deux futons étaient restés en place, l'un pour les filles et l'autre pour les garçons. Ils n'étaient pas rangés car l'espace attribuée à leurs deux familles leur réservait deux grandes chambres, une cuisine et même une salle d'eau. Tout ce maigre luxe, pourtant non négligeable en ces temps de crise, ne les réconfortait pas pour autant, seuls leurs bras étant capable de leur faire oublier leurs problèmes pendant quelques instants. Ce fut Oga qui se détacha en premier de l'étreinte rassurante et qui posa son front contre celui de Furuichi.

- Dans combien de temps ?, chuchota le plus petit. Dans combien de temps tu pars ?

- Demain.

- Demain ?

Oga acquiesça. C'était devenu chose courante. Plus d'un jeune adolescent de quinze ans partait dans les trois jours après son anniversaire. Et revenait quelques semaines plus tard dans un cercueil, lorsqu'il avait la chance d'être rapatrié. Mais Oga ne reviendrait pas dans un cercueil. Il s'en fit la promesse. Et il protégerait Furuichi de toutes ses forces. Mais ça, c'était moins sûr. Il ne pouvait pas garantir de se retrouver dans le même régiment que lui. Ils n'auraient même pas leur formation militaire en même temps.

Furuichi l'embrassa, d'abord timidement, puis fiévreusement. Les parents n'étaient pas encore revenus, leurs sœurs non plus. Ils étaient seuls pour encore quelques heures et Furuichi voulait en profiter. Ce soir, ils ne feraient plus qu'un. C'était son souhait le plus cher. Il ne voulait pas avoir de regrets plus tard, quoiqu'il arrive. Et Oga l'avait bien compris. Dans la clarté du soleil couchant, les vêtements tombèrent sans bruit et leurs corps s'allongèrent. Ils ne se sentirent jamais aussi vivants que dans les bras l'un de l'autre, connectant leurs cœurs par l'acte charnel de l'amour.

Après l'amour, alors qu'ils se berçaient tendrement, Furuichi posant sa tête contre le torse brûlant d'Oga, ils savaient que jamais ils n'oublieraient ce pur moment de bonheur. Ensemble et unis pour toujours, ils se pensaient suffisamment forts pour surmonter toutes les épreuves. Le moment de sérénité était court mais leur permit à tous les deux d'avoir l'espoir qu'un jour, la paix reviendrait.

- Tu comptes dormir, Furu ?, questionna Oga.

- Je veux pas, je veux profiter à fond de nous deux comme ça.

Oga sourit et caressa les cheveux trempés de sueur de son amant par la chaleur étouffante de l'été et leurs précédents ébats.

- Je t'aime Tatsumi.

Oga ne répondit pas. Il avait toujours autant de mal à exprimer ses sentiments et il était un peu étonné de cette déclaration. Furuichi ne lui avait encore jamais dit, leur relation se basant surtout par les actes qui disaient tout, du moins pour Oga. Il n'eut pas à s'inquiéter plus longtemps parce qu'il sentit la respiration du plus jeune ralentir signifiant qu'il s'était endormi.

- Et dire que tu voulais rester éveillé…, se moqua gentiment le brun.


- Grenade !

Aussitôt, Oga plongea pour éviter l'explosion. Il se releva aussitôt et fonça vers la ligne ennemie sans perdre de temps.

Il était devenu l'un des meilleurs soldats de l'armée de terre en quelques mois, se faisant remarquer par les officiers qui pensaient sérieusement à le faire monter en grade. Oga s'en fichait complètement de ces conneries, il faisait juste ce qu'il fallait pour survivre dans cet enfer de boue, d'explosions, de morts, de sang, et de toutes les horreurs du monde qu'il voyait. Il comptait juste les jours. Depuis qu'il avait rejoint l'armée, il comptait les jours qui restaient à Furuichi pour être appelé. Et depuis que le 11 novembre, jour de son anniversaire, était passé, il comptait les jours de la formation militaire que son petit ami allait endurer. Et ce n'était que la partie la plus rassurante.

Bientôt, Furuichi serait amené à patauger dans la boue comme lui et à lutter pour survivre. Il n'était même pas sûr d'être avec lui à ce moment-là. Et ça lui faisait horriblement peur.

La pluie torrentielle qui s'abattait sur le champ de bataille l'aveuglait. Il comptait sur ses sens aiguisés d'Ogre Déchainé pour éviter les balles, les grenades, les obus et les corps mutilés qui étaient lancés dans sa direction. Parfois, une mine épargnée par le bombardement continuel explosait sous le pied d'un de ses camarades et lui arrachait la jambe. Lui-même avait eu beaucoup de chance. Ça faisait plusieurs fois qu'on l'envoyait en première ligne et il était le seul à être revenu indemne. D'où cette soudaine curiosité envers lui de la part de ses supérieurs.

Ils étaient sur le sol japonais, l'île principale du Japon, Honshu, à quelques centaines de kilomètres au nord de Tokyo. Très près des refuges et surtout, près de chez Oga et Furuichi. En réalité, Oga faisait de cette bataille une affaire personnelle. Il se devait de protéger cet endroit coûte que coûte pour protéger sa famille et celle de son amant. Il devait tenir et même repousser les forces ennemies.

Il franchit une barrière de barbelés d'un saut et se jeta dans une crevasse pour éviter les tirs ennemis. Un soldat ami se les prit de plein fouet et il vit que le gilet pare balle ne suffirait pas à le sauver vu la taille des projectiles. C'était des balles perçantes pour tank et le corps humain ne pouvait décemment pas encaisser la puissance et le perçant de ces balles. Le corps du soldat finit par se déchirer dans des hurlements de douleur sous la mitraillette ennemie. Une balle finit par l'achever en pleine tête, éparpillant du sang et de la cervelle tout autour de lui, le tout se mélangeant avec la boue environnante. Pendant quelques secondes, le corps sembla encore vivant, seulement agité par quelques autres balles, maintenu debout par la puissance des coups. Les tirs se stoppèrent et Oga en profita pour sortir de sa crevasse, n'attendant pas de voir le corps de son camarade chuter dans la boue et s'immobiliser jusqu'à ce qu'une explosion anonyme ne vienne déchiqueter le reste de son corps.

Il s'élança, et tous ceux de son unité qui restaient encore en vie et relativement intacts le suivirent, le dernier gradé venant de périr sous leurs yeux. Ils pensaient qu'Oga pourrait les protéger, vu qu'il commençait déjà à faire parler de lui dans les rangs. Il survivait même dans les situations les plus terribles et malgré son jeune âge, il inspirait le respect d'un véritable sous-officier en pleine guerre. Alors ils le suivaient, un peu aveuglément, se baissant lorsqu'il se baissait, se plaquant au sol lorsqu'il se plaquait, se jetant désespérément dans une crevasse lorsqu'il le faisait. Ils cherchaient à ne pas trop le distancer mais la différence d'endurance, de force et de volonté n'était assurément pas les mêmes. Cependant, arrivés près du premier barrage ennemi, ils reprenaient espoir de survivre à cet enfer.

Oga sauta une nouvelle fois au-dessus des barbelés et atterrit dans la tranchée que les ennemis avaient creusée. Aussitôt, il tira sur celui qui tenait la mitraillette et les autres soldats à sa portée. D'autres de ses camarades le suivirent, se réceptionnant plus ou moins bien sur leurs pieds. Une petite équipe de dix se forma avec à leur tête Oga. Ils étaient la seule portion du régiment à avoir réussi à franchir les lignes ennemies et ils se devaient de démolir tout ce qui bougeait pour permettre au reste de l'unité de les rejoindre.

Oga tirait puis balançait la crosse de son arme dans la gueule des soldats ennemis, ne pensant qu'à survivre et à continuer à tuer, encore et encore. Ceux qui le suivaient se faisaient rapidement malmener par des répliques ennemies mais ils n'abandonnaient pas. Finalement, l'arme d'Oga s'enrailla et il dut parer une balle avec sa crosse. Il balança son poing contre l'ennemi, les étroites parois ne permettant finalement que des combats au corps à corps. Sa spécialité.

Il envoya un autre soldat encastrer le mur et redonna de l'espoir à ses camarades. Ces derniers n'étaient déjà plus que cinq. La terrible fureur d'Oga se déchaina et propulsait tous ceux qui se mettaient en travers de son chemin dans les parois de terre ou les barbelés les entourant, se servant des soldats ennemis comme moyen de décompresser, les utilisant comme punching-ball. Bientôt, son poing fut recouvert de sang et pas que du sien.

- Oga ! C'est la salle des officiers !, lui hurla l'un de ses camarades.

Impossible de le reconnaître sous toute cette crasse et de toute façon Oga ne retenait jamais bien les noms. Il acquiesça en fixant la misérable porte qui protégeait probablement les gradés. Même s'il n'était pas sûr qu'il y ait des gens à l'intérieur, il se devait de tenter quelque chose, au moins pour remonter le moral de sa troupe. La hutte de terre était à plusieurs centaines de mètres de là, loin de leur portée. Mais Oga eut une idée.

- Quelqu'un a encore une grenade ?

Les soldats acquiescèrent. Après tout, normalement ils n'auraient pas dû en avoir utilisé. C'était suicidaire dans leur situation et ça n'avait presque aucune utilité avant. Pourtant Oga les utilisait souvent pour faire exploser des obus en plein vol. Il n'y avait vraiment que lui pour penser à faire ce genre de choses…

- Passez m'en une. On va exploser cette hutte !, annonça férocement Oga en écrasant son poing contre un énième soldat qui se jetait sur lui.

Le soldat qui lui avait révélé la hutte des officiers en lança une dans sa direction et Oga ne perdit pas plus de temps à la dégoupiller. Un frisson de peur et d'excitation parcourut le corps des cinq soldats restés derrière lui quand ils le virent se positionner pour lancer la grenade vers la hutte. Oga la lança de toutes ses forces en expulsant toute sa rage en un long cri de rage et la grenade rebondit sur le toit de la hutte en terre. Une seconde plus tard, la hutte explosa, éventrée de toutes parts et s'effondrant sur elle-même. Les officiers s'y étaient bien réfugiés et n'allaient pas si facilement survivre à la détonation ainsi qu'à l'éboulement qui suivait.

De longues heures plus tard, épuisés mais encore alertes, Oga et le reste de son régiment parvinrent à conquérir toute la ligne ennemie. Les officiers ennemis étaient soit morts soit portés disparus. Les rares soldats survivants tentaient de fuir, sans succès. Il y avait bien longtemps qu'on évitait de faire des prisonniers, les vivres étant devenus trop précieux pour être gaspillés par des ennemis de la patrie.

Ils venaient de gagner une bataille mais c'était une victoire à la Pyrrhus : il y avait bien trop de victimes dans leur propre camp, de mutilés, de morts, de disparus, pour être appelée victoire. Elle avait un horrible arrière-goût amer. Cependant, pour les plus hauts gradés, cela n'avait plus d'importance. On revenait aux vieilles stratégies sacrificielles, envoyant les tanks sur les troupes mais ne risquant pas de les détruire dans un affrontement sur un champ de mines. On préférait envoyer des soldats à la place, jeunes et inexpérimentés de préférence.

C'était de cette manière qu'ils découvraient des perles rares. Le nom de Tigre Rouge raisonnait encore à chaque fois qu'il faisait une sortie sur le champ de bataille. Toujou Hidetora, 18 ans, était un combattant né et avait permis de gagner de grandes batailles. Déjà sergent-major de l'armée impériale japonaise, il restait une arme à double tranchant. Lorsqu'il était sur le champ de bataille, il ne se souciait pas de frapper ennemis ou alliés et partait souvent seul au combat. D'autres encore s'étaient fait un nom dans les rangs japonais mais le Japon n'était pas le seul pays à posséder de puissants soldats. Bien souvent, les officiers supérieurs de chaque nation cherchaient à confronter leurs poulains en pleine bataille afin d'affirmer leur pouvoir. Cela se terminait trop souvent en match nul sans possibilité de revanche lorsque les jeunes poulains périssaient.

Oga, le poing ensanglanté d'avoir tant frappé, traînait des pieds pour rentrer dans le camp fortifié. On avait enfin pris le temps de relever son unité pour qu'elle puisse se reposer et panser ses plaies. Les cinq soldats qui l'avaient accompagné dans la tranchée ennemie le suivaient d'un même pas las et abattu. Un officier, le colonel Sakamoto, les remarqua et les suivit des yeux. Il avait lu le rapport et savait que ces jeunes avaient accompli un prodige. Il se devait d'aller les féliciter en personne.

- Lieutenant, veuillez amener ces jeunes soldats dans ma tente ce soir. Ils dîneront avec moi.

- Bien monsieur, répondit en saluant l'homme d'une vingtaine d'années.

L'âge des soldats ne dépassait guère les vingt ans, les plus vieux ayant trop souvent déjà été fauchés par la mort. Seuls les plus hauts gradés dépassaient facilement les quarante ans. Le colonel Sakamoto avait bien atteint la trentaine mais il ne le devait qu'à son esprit vif et ses réflexes d'ancien sportif de haut niveau. Jamais il n'aurait pensé que le football américain aurait pu lui sauver la vie lorsqu'il s'entraînait et soulevait des poids dans la salle de gym.

Le lieutenant qui se dirigeait vers le petit groupe de soldats dont faisait partie Oga avait lui aussi survécu grâce à des capacités d'athlète. Ancien gymnaste, Hashida Shuichi avait rapidement grimpé les échelons, prenant la place vacante de ceux morts aux combats avant lui. La seule chose qui l'importait désormais était de subvenir aux besoins de ces quatre jeunes sœurs restées à l'arrière. Son grade de lieutenant ne lui offrait qu'un salaire un peu plus élevé et une relative sécurité dans le camp même s'il restait toujours sur ses gardes. On ne savait jamais quand ni où l'ennemi frapperait.

- Soldats Adachi, Chikusa, Kobori, Nagai, Oseki et Oga !, appela le jeune lieutenant.

Les jeunes soldats, dont le plus vieux était âgé seulement de 17 ans, se mirent au garde à vous. Tous, sauf Oga qui ignora son supérieur et continua sa route, les yeux un peu dans le vide. Le lieutenant se racla la gorge pour le rappeler à l'ordre. Il n'aimait pas trop tout ce protocole envers les officiers mais c'était bien souvent la seule occasion où il pouvait tenter de les faire revenir à la réalité. De leur rappeler qu'ils n'étaient pas les seuls à se battre dans cet enfer et qu'ils pouvaient compter les uns sur les autres. Oga s'arrêta finalement et se rendit compte qu'il venait d'ignorer outrageusement un officier. Ça pouvait lui coûter cher, surtout que celui-là était un lieutenant, pas de la gnognotte. Il allait se prendre des coups de fouet pour satisfaire le besoin d'affirmer sa supériorité de ce type, il en était sûr.

Il se mit finalement au garde à vous, se préparant à une réprimande usuelle mais le lieutenant n'en fit rien. Il sourit légèrement, l'un de ses sourires cassés de ceux qui ne savaient plus trop comment faire pour exprimer sa joie.

- Vous avez admirablement bien servi votre patrie et le colonel Sakamoto souhaite vous inviter à dîner ce soir dans sa tente privée.

Personne ne dit rien, attendant que l'un d'eux réponde au lieutenant. Habituellement, seul le plus gradé avait le droit de répondre aux officiers mais ils n'étaient tous que de simples soldats. Pourtant, ils attendaient qu'Oga prenne la parole. C'était bien grâce à lui qu'ils avaient survécu et remporté cette victoire. Les petits regards lancés dans sa direction apprirent au lieutenant que le soldat un peu trop déconnecté de la réalité était assez estimé des autres et il se posta devant Oga.

- Soldat Oga je présume ?

- Heu ouais…

Le jeune homme de quinze ans venait prodigieusement d'oublier la politesse et de parler comme un ado banal, amusant quelque peu le lieutenant.

- Je pense que c'est à vous que l'on doit cette victoire. Je me dois de vous féliciter personnellement. Je suis le lieutenant Hashida du 13ème régiment d'infanterie. Je serai au dîner de ce soir. Et si un jour je peux vous être utile, je serai ravi de vous aider.

Un peu impressionné d'être ainsi complimenté sans arrière-pensées, Oga se tut et se focalisa enfin sur son lieutenant. Il était légèrement plus grand que lui, une fine moustache surplombant ses lèvres fendues d'un léger sourire. Il ne sut pas bien pourquoi mais le regard chaleureux que cet homme lui adressait lui fit du bien. Quelque part, il sentait qu'il pouvait avoir confiance en cet homme, qu'il pouvait poser un peu de ce poids qui lui plombait les pieds et s'alourdissait un peu plus dès qu'il tuait quelqu'un.

- Merci mon lieutenant, finit-il par souffler à mi-voix.

Hashida acquiesça et permit aux jeunes soldats de disposer. Oga se surprit à le suivre un peu des yeux avant de rentrer dans les tentes faisant office de dortoir commun. Ignorant les paroles de ses compatriotes, il s'affala sur son lit de camp et s'endormit aussitôt, oubliant toute l'angoisse et l'épuisement des longs affrontements précédents. Le soldat Oseki donna un coup de coude au soldat Nagai en montrant le brun dormir comme un bébé, rigolant légèrement. Nagai sourit et posa une couverture qui traînait sur le dos d'Oga.

Grâce à lui, ils pouvaient s'estimer heureux d'être encore en vie. Ils leur en étaient reconnaissants et pouvaient enfin évacuer leur peur en se moquant légèrement de la bave dégoulinant sur le visage du brun.

Le soir, décrassé et reposé, Oga s'installa avec les autres soldats à la même table que le colonel, le lieutenant et d'autres officiers. Ils profitèrent alors d'une cuisine un peu plus raffinée que les bouillies dont ils étaient habitués et la nourriture chaude réchauffait leurs corps et leurs cœurs meurtris.

Le colonel ne manquait pas de leur faire des discours élogieux, la boisson alcoolisée aidant. Finalement, le lieutenant Hashida leva son verre tout en le faisant tinter avec sa fourchette pour obtenir toute l'attention que la nouvelle à annoncer méritait.

- Vus les exploits d'aujourd'hui du soldat Oga Tatsumi, nos supérieurs et moi-même ont pris la décision de le nommer au rang de caporal du 13ème régiment d'infanterie et de lui donner le surnom du Poing Sanglant. Félicitations !

Une grande ovation retentit et les soldats tapèrent amicalement sur les épaules d'Oga encore un peu perdu par cette soudaine attention. Finalement, ces foutus gradés avaient fait de lui ce qu'ils voulaient : un de ces poulains bons à effrayer les ennemis et à redonner du courage aux soldats. Il n'aimait pas trop être ainsi manipulé mais il n'avait finalement pas le choix : les ordres d'En-Haut étaient absolus.

Une semaine s'écoula, une semaine de nouveaux combats, de nouveaux morts, devenus si banals dans cet enfer. Les cinq soldats suivaient toujours leur désormais sous-officier même lorsque celui-ci refusait certains ordres totalement suicidaires de leur capitaine de régiment. Bien souvent, le lieutenant Hashida était en faveur d'Oga qui voyait en lui de plus en plus un allié véritablement puissant. Au final, le colonel Sakamoto tranchait et le capitaine Masuda pestait envers ce satané caporal qui ne savait pas rester à sa place.

Un transfert de sous-officiers allait bientôt avoir lieu, comblant les places rendues vacantes au fil des batailles. Un nouveau sergent-major et un nouveau sergent allaient rétablir un peu mieux la discipline et tamponner les ordres suicidaires du capitaine. Oga ne serait plus la seule voix au sein du corps d'infanterie à défendre les soldats.

Oga aiguisait son couteau de poche sur une pierre grise, l'une des rares à être assez grande pour s'asseoir dessus dans les environs. Un jeune homme s'approcha de lui d'un pas nonchalant et s'arrêta en face de lui, attendant d'avoir l'attention d'Oga qui l'ignora. Le jeune homme soupira et s'accroupit pour voir le visage du brun, les sourcils froncés par la concentration de son geste… ou plutôt s'attendant encore à des emmerdes.

- Caporal Oga Tatsumi, dit l'Ogre Déchainé…

La voix sembla familière aux oreilles d'Oga, et puis il n'avait plus entendu son vieux surnom depuis des années. Il leva la tête et vit Miki Hisaya, reconnaissable entre mille par ses deux cicatrices barrant la moitié de sa joue gauche.

- Ah non, c'est vrai. Aujourd'hui on t'appelle le Poing Sanglant !

Oga le fixa, se demandant s'il devait faire comme s'il ne le connaissait pas. Non franchement, il ne voyait pas pourquoi il devait reconnaître son vieil ami du collège. S'il mourrait, il n'avait pas envie d'encore alourdir son cœur déjà trop lourd par les morts de simples connaissances. Alors il baissa la tête et recommença à aiguiser son couteau.

- M'ignore pas !, s'exclama brusquement Miki en lui frappant le crâne.

Oga ne put s'empêcher d'essayer de répliquer, sans résultat. Miki l'esquivait totalement puis lassé de ce petit jeu, il empoigna son poignet et lui bloqua le bras dans son dos, empêchant du même temps de bouger les autres muscles de son corps. Le couteau tomba au sol dans un bruit métallique.

- Calme-toi, je suis pas là pour me battre avec toi !

- Hmph…

Miki le relâcha, appréciant le fait qu'Oga lui prêtait enfin attention. Il n'avait pas vraiment changé, toujours aussi impulsif qu'avant, il avait juste grandi et s'était endurci. Son corps bien musclé se distinguait même à travers l'uniforme large des soldats.

- Tu sais, logiquement, je suis ton supérieur hiérarchique, révéla Miki en tapotant son insigne de col révélant les deux étoiles argentées posées sur un tissu rouge barré d'une ligne jaune, signe distinctif des sergents. Mais comme on est de vieux potes, je vais rien dire pour cette attaque puérile.

Oga le fusilla du regard, n'appréciant pas le fait d'être sous-estimé par ce petit brun presque trop fragile pour porter un uniforme. Il ne se souvenait pas de ce côté suffisant de son ami ni qu'il était un brillant combattant.

- En fait, j'ai un message pour toi de la part d'un ami commun.

Oga écarquilla les yeux et se surprit à espérer que ce fameux ami commun soit Furuichi.

- Comme t'es devenu super connu, tout le monde sait que t'es dans le 13ème régiment d'infanterie alors quand j'ai reçu mon transfert ici, Furuichi m'a demandé de te donner ça de sa part.

Miki lui tendit un vieux tissu plié qu'Oga ouvrit délicatement. À l'intérieur, il reconnut aussitôt l'écriture fine de son petit ami et passa un doigt léger sur l'encre. Il avait envie de la lire tout de suite mais il sentait qu'il ne pourrait pas garder un visage impassible et l'idée de paraître faible face à Miki l'insupportait au plus haut point sans réellement savoir pourquoi. Il n'avait rien à lui cacher puisqu'il était déjà au courant de sa relation avec Furuichi depuis longtemps, mais ça le gênait quand même.

- Qu'est-ce que tu deviens ?, finit par demander Oga, surprenant d'autant plus Miki.

- Tu ne la lis pas ?

- Pas tout de suite.

Miki comprit qu'il voulait être seul pour ça mais c'était l'occasion pour lui de renouer avec Oga.

- Je me suis entraîné comme un forcené pour te battre un jour et finalement ça m'a plutôt bien servi dans l'armée. J'ai passé les tests pour être sous-off' et maintenant je viens remplacer ton sergent mort au front.

- Ah… Et Furu… -ichi ?

L'habitude de l'appeler Furu était aussitôt revenue mais montrer son attachement envers lui devant Miki lui semblait bizarre. Ce dernier le comprit mais ne dit rien, répondant simplement à la question d'Oga :

- Il tente d'être sous-off' aussi mais ses compétences physiques sont pas bonnes. C'est pendant un des tests qu'on s'est revu et qu'il m'a demandé de te donner ça, acheva-t-il en pointant du menton le chiffon que tenait précieusement le brun entre ses mains.

- Pourquoi il se fait chier avec les grades ? Ça sert à rien à part s'attirer des emmerdes.

- Tu sais pas ?, s'étonna franchement Miki. Les sous-off' ont le droit de prendre contact avec leurs familles et entre eux.

Oga se figea et quelques gouttes de sueur dégoulinèrent le long de son dos. Pourquoi il n'avait pas réalisé ça plus tôt ? Il pouvait communiquer avec Furuichi ! Les simples soldats en avaient théoriquement aussi le droit mais le manque de matériel faisait que les lettres étaient devenues impossibles à écrire. La preuve en était le morceau de tissu qu'avait dû utiliser Furuichi pour lui écrire.

- C'est pour ça que Furuichi cherchait désespérément à entrer chez les sous-offs', surtout que toi, t'y es déjà ! Ça le faisait enrager d'ailleurs, rigola gentiment le jeune sergent. Bon allez, je te laisse avec ton Furu-chan~ !

Miki se sauva aussitôt alors qu'Oga le menaçait d'un poing enragé. Il n'y avait que lui qui avait le droit de l'appeler Furu, non mais !

Il récupéra son couteau encore à terre, l'essuya sommairement et le rangea dans son étui. Il l'avait eu lorsqu'il avait reçu son grade de caporal ainsi que les écussons à scratch à coudre sur ses épaulettes et son col. Il avait dû demander à Chikusa de s'en occuper, incapable de coudre quoique ce soit. Il s'assit sur sa grosse pierre et commença à lire la lettre de Furuichi. Il lui racontait que la famille allait bien au moment de son départ et que lui-même s'en sortait assez bien. Il n'avait pas eu à aller en première ligne et s'occupait du transport de matériel et des blessés. Pour l'instant, il essayait surtout d'obtenir le grade de caporal et de prendre enfin des nouvelles d'Oga. Dans sa lettre, il ne le félicitait pas pour ce fameux grade et Oga lut entre les lignes que Furuichi avait parfaitement compris les sacrifices et les horreurs qu'il avait dû traverser pour en arriver là.

Le « Porte-toi bien Tatsumi. » à la fin de la lettrecomprima la poitrine d'Oga et il prit plusieurs grandes inspirations pour se calmer. Les mots de son amant le rassuraient bien plus qu'il ne l'aurait pensé. Il était vivant, en bonne santé et pour le moment, à l'abri. Il savait maintenant aussi que le régiment qu'il devait s'efforcer d'intégrer était le 3ème régiment d'infanterie. Il voulait rejoindre son amant le plus vite possible mais il savait que c'était impossible. Même s'il faisait une demande de transfert, rien ne lui assurait qu'il pourrait être dans ce régiment-là. On pouvait généralement facilement demander un transfert de division mais les régiments n'étaient pas forcément faciles à rejoindre. Une fois attribué dans un régiment, seuls les officiers supérieurs pouvaient facilement s'amuser à en changer.

Encore un truc injuste dans ce monde pourri d'adulte. On les séparait de leur famille, de leurs amis, et on les envoyait se faire massacrer sans avoir le droit de dire quoique ce soit. Oga, bien qu'encore jeune, comprenait déjà à quel point son point de vue de jeune adolescent tout droit sorti des langes n'avait aucun poids face aux adultes et encore moins face aux gradés. Ça ne l'avait pas empêché de s'élever contre le capitaine et ses histoires d'unités sacrifiées comme s'il jouait aux échecs. Pour mettre fin à la guerre, il se devait d'abord de défendre ses droits et sa vie à tout prix au sein même de son pays.

Les semaines s'enchaînèrent et l'hiver s'installa doucement. Le régiment d'Oga avait été décimé par une épidémie provenant probablement des vapeurs que Tokyo leur avait renvoyés depuis qu'ils avaient installés leur campement. Trois ans plus tôt, les scientifiques avaient expliqué que les vents ne permettaient pas la mise en place de refuges à cet endroit-là mais la guerre y avait mené des pelotons de soldats par centaines. Bien qu'ils avaient réussi à garder ce point stratégique et qu'un nouveau régiment, équipé de masques à gaz et de combinaisons, allait bientôt s'y rendre, le plus urgent était d'évacuer les survivants et abandonner le reste aux ennemis.

Les gradés s'en étaient tous sortis indemne, même Oga qui était contraint de dormir parmi les soldats, leurs dortoirs bien trop près des vapeurs mortelles. Adachi et Kobori par contre n'avaient pas été aussi chanceux et la toux dérangeante de Chikusa annonçait une fin tragique pour lui aussi. Seuls Nagai et Oseki furent capable de porter leur propre équipement et marcher d'un pas assuré vers un lieu plus sain.

Oga les accompagnait, peu rassuré de voir à quel point le poison était proche des refuges civils. Sa famille était-elle vraiment en sécurité ? Si ce n'était pas des soldats ennemis qui allaient les décimer, serait-ce cette vapeur pestilentielle ?


Ouhlala, mais que va-t-il se passer ? C'est flippant non ? xD En plus, j'en arrive même à tuer mes propres OC ! D'ailleurs, j'aime beaucoup mon lieutenant, pas vous ?

Alors, vous allez me dire : "Attends, ils font la guerre à 15 ans ?". Ben oui, c'est un monde parrallèle au nôtre, et puis croyez-le ou pas, des gars de 16 ans qui trichaient sur leur âge c'était courant pendant la Première et Deuxième Guerre Mondiale. Bon ici, c'est carrément ordonné par le gouvernement. Mais c'est parce que la plupart des adultes sont hors d'état de nuir. J'ai fait de cette guerre une bien plus meurtrière que toutes celles qu'on a connu. Avec des valeurs légèrement différentes de celles d'aujourd'hui (le mysogisme).

Pour les anniv', ce sont les dates données par l'auteur ! Et pour ce qui est du "Furu" et du "Tatsumi", dites-vous qu'ils sont devenus plus proches que dans le manga puisqu'ils sortent ensemble. Et non, je ne réécrirai pas la scène de sexe xD ! C'est très bien comme ça !

Merci de m'avoir lue jusqu'ici et... reviews ? Comme toujours, je répondrai aux reviews anonymes sur mon profil.