Coucou ! Le voici, le voilà, le tant attendu chap' de plus de 10 000 mots ! Là, vous ne pourrez pas dire que vous n'en aviez pas assez !
Je préviens tout de suite que le prochain chap' ne sortira que dans deux semaines, le week-end du 21 septembre 2013. J'ai prévu de sortir un OS pour mon anniversaire la semaine prochaine, en plus ça sera ma 20ème fic postée sur le site ! (Oui je fais de la pub et oui je m'offre un cadeau à moi-même xD !). Et ça sera sur Beelzebub ! Content ?
Disclaimer : Si j'étais l'auteur du manga, ne croyez-vous pas qu'on verrait plus souvent Furuichi ?
Genre : Rating T, yaoi soft.
Pairing : OgaFuru.
Musique : J'ai utilisé beaucoup de musiques car il y a plusieurs ambiances bien distinctes. D'abord ASAP et Armada de Two Steps From Hell. Je ne veux pas spoiler mais pour la fin, il y a The Heart Never Lies de McFly. C'est à vous de choisir le bon moment pour l'écouter.
Vous allez enfin découvrir la mission dont je vous parle depuis au moins 3 chap' ! Vous avez été nombreux à angoisser... Mouhahaha ! Je me réjouis d'avance de lire vos futurs reviews !
Bonne lecture !
Sa mission : le protéger
Le camion s'arrêta et le moteur fut coupé. La neige tombait abondamment mais fondait immédiatement au contact du sol. Les hommes munis de leurs masques à gaz et de leurs bombes à oxygène couvrant partiellement les combinaisons blanches descendirent en silence, vérifiant une quelconque menace dans la nuit noire. Oga les vit pointer leurs armes munies de lampe pour éclairer les alentours et soupira. La base des bases était de ne pas se faire repérer. Même lui qui n'était pas un pro de ce côté-là le savait. Furuichi aussi. D'ailleurs, celui-ci préférait attendre les ordres d'Oga, sentant que pour une fois, son expérience des combats serait plus utile que le bon sens brouillé de jeunes inexpérimentés.
- Coupez-moi ça, bande d'abrutis !, fulmina entre ses dents le brun.
Aussitôt, les jeunes soldats éteignirent leurs lampes, un peu nerveux de s'être déjà fait gronder.
Les masques étaient munis de radios internes pour permettre à l'unité de communiquer. Ils ne devaient pas dépasser une certaine distance par contre, sinon la transmission ne se faisait pas. Précaution ultime contre le captage des ondes par les ennemis ou bien juste matériel antique, de toute manière, ils devraient faire avec.
- Bien, écoutez-moi, reprit le brun plus calmement. Oubliez les ordres de ces adultes imbus d'eux-mêmes. À partir de maintenant, vous êtes sous mes ordres et vous ne devez écouter que moi. C'est bien compris ?
Il ne voyait pas bien dans le noir même si les combinaisons blanches s'entrevoyaient dans la lumière de la lune. Il devinait qu'ils avaient acquiescé mais ça ne lui plut pas. Il fallait qu'il soude cette équipe presque trop fragile.
- J'ai rien entendu ! C'est bien compris ?
- Oui lieutenant !, répondirent enfin ses soldats.
- Bien. Mettez-vous par deux, surveillez-les coins morts de l'autre et restez soudés. On va former deux groupes et le deuxième couvrira les arrières du premier qui partira en reconnaissance.
On lui avait donné carte blanche pour la formation à adopter mais de toute manière, il comptait faire à sa guise dès qu'il aurait pu. Ici, encore à l'abri des vapeurs de Tokyo, assez loin des lignes ennemies, il avait décidé de s'arrêter, de répartir ses hommes et de continuer à pied. Il hésita avant de nommer Asakura Eiji à la tête du deuxième groupe, préférant garder Furuichi à ses côtés.
- On ne peut pas être séparés de plus de trente mètres à cause des radios alors faites bien attention à ne pas trop vous éloigner. Si vous voyez quelque chose de suspect, surtout, ne tirez pas, n'allumez pas vos lampes, taisez-vous, planquez-vous et ne bougez plus. Et contactez-moi.
- Oui lieutenant !
- Arrêtez avec ça, râla le brun. Appelez-moi simplement Oga.
Sans plus prêter attention à la réponse de ses hommes, Oga vérifia une nouvelle fois son arme, la faisant claquer bruyamment, ce qui surprit les soldats qui le regardèrent faire. Même Furuichi trouvait qu'Oga était un peu trop habitué à manipuler son P90. Il démontrait par là à quel point elle ne faisait pas juste partie de l'uniforme comme celles que portaient les soldats du 3ème régiment. Il savait s'en servir et surtout, n'hésiterait pas une seule seconde pour le faire.
Oga ne se rendit pas compte des regards posés sur lui et se contenta de remettre son arme correctement contre lui, la sangle bien mise, avant d'ouvrir d'avance ses poches de munitions et d'autres engins explosifs. La rapidité était gage de survie. Un simple bouton fermé avait condamné tellement de soldats qu'à chaque bataille, il ouvrait toutes ses poches.
- Tatsumi ?, murmura Furuichi mais bien sûr tout le monde l'entendit.
Les autres se doutaient qu'ils se connaissaient avant la guerre même s'ils ne savaient rien de leur véritable relation. Ils furent quand même surpris quand Furuichi utilisa le prénom de leur lieutenant pour l'appeler.
- Appelle-moi Oga tant qu'on est en mission, le réprima légèrement le brun, sentant que montrer du favoritisme maintenant ne serait pas bienvenu. Qu'est-ce qu'il y a ?
- Pourquoi tu as ouvert toutes tes poches ?
Oga cligna plusieurs fois des paupières. Il devait vraiment répondre à ça ? Il soupira mais consentit à fournir une réponse :
- Pour éviter de perdre mon temps à les ouvrir quand on sera pris entre deux feux et qu'on aura besoin de munitions.
Furuichi déglutit, comprenant qu'il avait l'air bien bête. Cependant, à la vue des autres soldats répétant les gestes d'Oga, il sut qu'il n'était pas le seul. Il ouvrit ses poches et vérifia même son arme alors qu'il ne se sentait même pas capable de tirer sur quelqu'un. Sait-on jamais.
- Du coup, je vais peut-être vous donner quelques consignes de survie, au cas où, poursuivit Oga, plus sombre.
Il s'apprêtait à énumérer les pires lois de survie qu'il avait apprise au cours de la guerre et savait qu'après ça, ses hommes le regarderaient d'une toute autre manière. Le ton froid et détaché n'arrangerait probablement pas les choses mais Oga n'était pas du genre à se laisser s'apitoyer ni à aller par quatre chemins. Il serait direct et précis.
- Si jamais on vous tire dessus, baissez-vous le plus possible. N'allez jamais chercher un blessé sans être couvert et seulement si vous êtes sûrs de pouvoir le ramener avec vous. Ne ramassez pas les morts. Si vous êtes blessés et éloignés des autres, ne criez pas, ne pleurez pas et n'attendez pas d'être secourus. Essayez de rejoindre le reste de l'unité en vous baissant le plus possible. N'hésitez pas à tirer sur l'ennemi s'il vous attaque. Ne tuez pas les hommes de votre unité.
Pour Furuichi, cette phrase sembla un peu décalée par rapport aux autres, se demandant pourquoi ils s'amuseraient à s'entretuer. Ça semblait invraisemblable. Bien sûr, Oga faisait référence aux crans de sûreté mal fixés, ou même au noir trompeur ajouté à la frayeur d'un ennemi invisible qui pouvait faire faire n'importe quoi.
- Et gardez bien ça en tête… Seul vous garantira votre survie !, conclue Oga.
- Bien lieut-Oga !, répondirent-ils tous à peu près, encore un peu gênés de changer le protocole.
Le brun sentit que ses mots avaient juste mis un peu de tension au sein de son unité mais ça ne pouvait que lui faire du bien. Moins d'inconscients équivalaient à moins de morts. Il lança un « C'est parti ! » et entraîna son groupe vers Tokyo, suivi de près par Furuichi. Il lui avait dit de ne pas le lâcher durant toute la mission et Furuichi était bien d'accord. Au moins, il pourrait être capable de protéger un minimum le brun s'il avait des ennuis.
La neige, encore blanche près du camion, devint presque verte alors que l'unité s'infiltrait dans la ville. Selon Furuichi, il était mieux d'emprunter le métro souterrain afin d'éviter d'être remarqué. Ce fut approuvé par Oga et l'unité s'engouffra dans une station.
Ça leur semblait bizarre de revenir là. Certains avaient l'habitude d'emprunter le métro tous les jours pour aller au collège mais personne ne s'attendait vraiment à la vision d'horreur qui les attendait. Des squelettes restaient étalés au sol, d'autres recroquevillés sur eux-mêmes, laissant imaginer les derniers instants des personnes ayant empruntés le métro le jour de la catastrophe. Ces squelettes n'avaient pas dû être ramassés tout simplement à cause du manque de secours, de moyens et de l'urgence de la guerre. Puis, le poison avait retenu le gouvernement de revenir à Tokyo et des morts anonymes gisaient encore par-ci par-là dans l'ancienne capitale.
- Selon les derniers relevés de 2011, les sous-sols sont probablement les plus concentrés en produits chimiques, rappela enfin Furuichi. On ne doit pas rester ici trop longtemps, même avec les masques.
- Combien de temps ?, demanda Oga.
- Six heures maximum je dirai.
- Bien, l'aller-retour devrait nous prendre moins de cinq heures si on marche d'une allure soutenue. On y va !, ordonna le brun en ouvrant la marche.
Ils marchaient depuis deux bonnes heures quand ils croisèrent une vielle rame qui avait déraillée. Furuichi essaya de résister à l'envie de regarder à l'intérieur mais il ne put s'en empêcher. Il regretta aussitôt, découvrant le petit squelette d'un enfant encore assis à sa place à travers une fenêtre cassée. Le crâne avait disparu et il se douta qu'il avait dû rouler au sol. Un frisson désagréable le parcourut et il s'empressa de se remettre à la hauteur d'Oga, ayant ralenti légèrement sous cette vision cauchemardesque.
Celui-ci n'avait pas modéré son allure une seule seconde. Il voulait sortir le plus possible de là, finir cette mission rapidement, sans heurts. Fonceur, il forçait ses hommes à adopter son rythme, sachant pertinemment qu'ils commençaient à fatiguer, peu habitués à marcher aussi longtemps avec leur équipement. Le masque et les vapeurs nauséabondes les empêchaient de boire et certains se mettaient à ralentir progressivement, attendant une pause.
Asakura s'en aperçut et rattrapa Oga pour l'arrêter.
- Hein ? S'arrêter ? Ici ?, se mit-il à crier dans la radio. Vous vous fichez de moi ?!
Furuichi posa sa main sur l'épaule du brun, lui aussi épuisé mais s'accrochant inexorablement aux pas d'Oga.
- Tat- Oga, tout le monde n'a pas ton énergie.
- C'est pas une question d'énergie ! Vous voulez crever ? Vous voulez vraiment crevez ici ?
Oga savait bien qu'il était dur mais il avait raison, et tous le savaient. Ils ne pouvaient pas se reposer dans ce tunnel, ni dans la ville, ni même dans le labo. Ils seraient obligés d'endurer leur fatigue tout le long de leur mission, probablement sans boire, en forçant sur leurs réserves.
Et ce fut à ce moment-là que les soldats sélectionnés pour cette mission se dirent qu'il y avait vraiment quelque chose qui clochait. Pourquoi les recruter eux, bien que pas trop mauvais dans les épreuves physiques, plutôt qu'une équipe surentraînée et préparée à ce genre de mission ?
Oga se tourna vers son unité restée silencieuse. Lui savait pourquoi. Quoi que fusse cette arme qu'on les envoyait chercher, elle n'était sûrement qu'un mythe ou un bel appât bidon. Le brun ne savait pas ce que mijotaient leurs supérieurs et pourquoi avoir fait de cette mission un véritable suicide en n'engageant que des bleus mais il savait depuis le début qu'elle devait faire partie d'un plan bien plus élaboré. Il espérait juste qu'ils n'étaient pas qu'une simple diversion sacrificielle et que l'arme était quelque chose d'utile.
Il avait caché ça à Furuichi, sachant que l'espoir et la volonté d'avancer étaient la plus sûre façon de survivre. Mais maintenant qu'il sentait que son unité flanchait et qu'elle assimilait peu à peu à quel point leur opération était difficile, Oga se demanda s'il avait bien fait de le cacher. Il réussit à capter les yeux argentés de Furuichi et ceux-ci lui redonnèrent du courage.
- Je sais que c'est difficile, avoua-t-il enfin, plus calmement. Je sais que vous êtes fatigués et que vous n'êtes probablement pas très confiants. Mais il faut avancer sans s'arrêter. Et j'aimerai vous dire qu'on a fait le plus dur, mais c'est pas le cas. Le plus dur est devant nous. On sait pas s'il y a des ennemis près du labo, et s'il y en a, il faudra probablement les affronter. Mais ne vous découragez pas.
Oga suspendit sa voix, tergiversant entre leur mentir ou leur dire la vérité. Il préféra prendre sur lui et mentit :
- Je vous protégerai.
Des soupirs de soulagement furent renvoyés dans l'interphone de son masque à l'entente de cette simple phrase. Elle venait du Poing Sanglant et apparemment, elle avait eu l'effet escompté et en avait rassuré plus d'un. Cependant, tous n'étaient pas dupes. Et Furuichi faisait partie de ces exceptions. Il savait qu'Oga ne pourrait probablement pas tenir sa promesse, bien qu'il n'était pas non plus du genre à abandonner ceux qui comptaient sur lui. Mais il savait déjà que s'il avait à choisir entre un soldat quelconque et son petit ami, il n'hésiterait pas. Et Furuichi pensa qu'il ferait la même chose si Oga était en danger, et ce à son plus grand regret.
Le fait d'avoir dû redonner du courage à son unité avait permis à celle-ci de s'arrêter et se reposer deux minutes. Mais Oga ne comptait pas s'éterniser. Il regarda sa montre digitale fournie pour l'occasion et vérifia ce qui lui restait dans sa bombe à oxygène. Elle pesait une tonne d'après lui, pas étonnant que ses hommes soient épuisés. Cependant, elle leur était vitale s'ils voulaient survivre. Oga lança un « En route. » d'une voix tranchante, ne voulant pas s'attarder plus longtemps dans ce tunnel sombre et inquiétant.
Ils n'avaient même pas croisé le moindre signe de vie, même les rats étaient sous la forme de squelette. C'était d'autant plus angoissant. Chaque bruit paraissait provenir d'un ennemi, et il s'avérait bien souvent que ce n'était qu'une fuite d'eau polluée ou des cailloux shootés par les pieds des soldats qui résonnaient encore dans le tunnel.
Il ne leur fallut pas plus d'une demi-heure pour atteindre la station située près du laboratoire. À partir de ce moment, Oga ordonna de fonctionner au maximum avec les signes et de n'utiliser les lampes qu'en faisant attention de bien les recouvrir avec les mains pour éviter que les faisceaux lumineux ne les fassent repérer. Les deux groupes se reformèrent et montèrent prudemment les escaliers.
Caché derrière un muret, Furuichi vérifia une nouvelle fois la carte alors qu'Oga restait sur ses gardes. Il n'aimait vraiment pas cette mission. Elle ne lui correspondait pas du tout. Lui qu'on envoyait toujours en première ligne, il avait l'habitude d'esquiver les attaques répétitives venues de la tranchée d'en face et de foncer dans le tas. Ici, il devait surveiller chaque recoin et s'attendre à une attaque surprise à tout moment. Ses muscles restaient tendus et ses doigts pianotaient dangereusement sur la gâchette dont le cran de sécurité avait été enlevé. Il n'aimait pas ce cran d'ailleurs. Il avait toujours peur qu'il ne s'enlève pas au bon moment. Alors, sans rien dire et faisant fi des procédures, il l'avait retiré.
Furuichi lui tapota l'épaule et lui montra un bâtiment décrépi complètement entouré de grillages. Oga acquiesça, content que leur objectif soit enfin à leur portée. Il donna ses ordres et son groupe partit discrètement vers un coin sombre où il pourrait facilement découper le grillage et se faufiler à l'intérieur de l'enceinte sans être vu. Le groupe d'Asakura attendrait à l'extérieur pour couvrir leurs arrières et les prévenir s'il y avait quoi que ce soit de suspect à l'extérieur.
Arrivé devant le grillage, Oga sortit son couteau et scia de sa lame bien aiguisée les vieux fils de fer rouillés. Il créa un espace assez large pour une personne et dégagea l'entrée. Heureusement, la neige avait cessé de tomber et ne les gênerait pas pour voir devant eux. Calant son arme contre lui, Oga passa en premier, alerte. Un par un, ses hommes le suivirent, Furuichi en tête. C'était lui qui avait la carte du bâtiment et les codes après tout, même si ce n'était qu'un prétexte pour rester le plus près du brun.
Il leur restait encore à peu près six heures d'oxygène, largement suffisant pour se balader dans le labo et repartir, et même faire un petit tour à la fête foraine du coin s'ils voulaient, bien que celle-ci soit totalement laissée à l'abandon. De toute façon, Oga voulait quitter Tokyo le plus vite possible, alors il était hors de question d'agir comme des touristes dans cette ville dévastée.
Discrètement, le groupe d'Oga traversa l'ancien parterre de fleurs et se posta face à la porte de derrière. Bien sûr, elle était verrouillée à clé, mais elle ne resta pas un obstacle bien longtemps lorsque le pied d'Oga la défonça. Aussitôt, les soldats s'engouffrèrent dans le labo plongé dans le noir et Oga alluma sa lampe pour la diriger vers le sol. Il autorisa les autres à en faire de même et des raies de lumière éclairèrent le vieux carrelage blanc. Toujours sur leurs gardes, les soldats se déplaçaient rapidement, vérifiant les pièces au fur et à mesure, avant d'atteindre une volée d'escalier.
Oga sépara son groupe en deux : l'un monterait avec lui récupérer l'arme tandis que l'autre assurerait leurs arrières au rez-de-chaussée. Le brun était confiant, jusqu'ici, ils n'avaient rencontré aucune difficulté à part la fatigue et la soif qui commençaient à se faire de plus en plus sentir. Cependant, pour lui, c'était d'un banal affligeant. Il avait connu bien pire dans les tranchées et il avait presque envie de se détendre maintenant. Un simple regard sur la silhouette fine de Furuichi l'en dissuada. Il ne pouvait pas se laisser aller sous prétexte que ça lui semblait ennuyeux. Il devait se ressaisir.
L'escalier franchit, Oga se dirigea jusqu'à une porte blanche plus blindée que les autres. Son intuition lui disait que c'était la bonne et Furuichi le lui confirma quand il se mit à taper le code. Étonnamment, un déclic se fit entendre et Oga put ouvrir la porte. Le bâtiment devait encore être fourni en électricité sur une batterie de secours. Impressionnant, d'autant plus qu'elle avait tenu jusqu'à aujourd'hui et assurait encore la sécurité d'une arme inconnue.
Par un signe de la main, il posta deux de ses hommes à l'entrée de la porte tandis que lui, Furuichi et Saga se faufilaient à l'intérieur de la pièce, tout cran de sûreté levé. La pièce était comme le reste du bâtiment, vide et sombre. Il n'y avait pas de fenêtres et seulement des instruments dernier cri.
Sans un mot, les trois jeunes se séparèrent pour chercher le cube. Ils s'attendaient à ce qu'il soit bien en évidence, avec même un petit écriteau du genre « Attention, arme destructrice ! » comme description. Ils furent un peu désappointés de le chercher dans les armoires et les tiroirs des bureaux. Il y avait bien des objets mis sous verre, comme s'ils étaient tous importants, mais pas un seul cube à l'horizon. Le noir de la pièce ne les aidait pas non plus pour trouver un petit objet.
Sur le moment, Oga douta fortement de l'existence de ce cube. Finalement, il était fort probable qu'ils aient vraiment été envoyés dans le but de servir d'appât ou de diversion. Maintenant, restait plus qu'à savoir pourquoi et à tenter de rester en vie.
- Trouvé !, s'écria victorieux Furuichi.
Oga se retourna aussitôt vers lui, le voyant tenir un boitier d'où sortait une étrange lumière. Elle était fragmentée, montrant toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. En s'approchant, le brun vit qu'elle provenait effectivement d'un cube pas plus grand que le creux de sa main. C'était ça, l'arme secrète ?
Furuichi referma la boite et la lumière s'éteignit en même temps. Il la tendit à Oga qui refusa.
- Garde-là. À partir de maintenant, tu deviens notre priorité à protéger.
Les gants du plus petit se serrèrent autour du boitier et le cœur de Furuichi s'accéléra. Il comprit qu'à partir de maintenant, Oga ferait tout pour le protéger, même ordonner aux autres de se sacrifier pour sa survie. Ce côté d'Oga ne lui plaisait vraiment pas, et, en même temps, quelque part, il en était pourtant heureux. Oga faisait tout pour lui. Vraiment tout. Ça montrait bien à quel point il comptait à ses yeux non ? Et cette pensée l'avait rendu heureux autant qu'elle le répugnait. Ils devenaient peu à peu des hommes dépourvus d'honneur, d'abjects survivants sans principe créés par une guerre stupide. Et aussi, par cet amour incommensurable impossible à réfréner qu'ils ressentaient l'un envers l'autre.
Soudain, des coups de feu retentirent à l'extérieur du bâtiment. Incapable de savoir ce qu'il se passait Oga déboula précipitamment dans le couloir à la recherche d'une quelconque fenêtre. Les vitres sales l'empêchaient de distinguer quoique ce soit mais il n'hésita pas à la casser avec sa crosse, espérant sincèrement que le bruit serait couvert par les coups de feu.
- Eteignez tout !, ordonna-t-il et aussitôt les soldats présents dans le bâtiment s'exécutèrent.
Essayant de repérer ses hommes dans la nuit noire, il pesta intérieurement contre leur radio à portée limitée. Il aurait bien voulu savoir ce que faisait ses hommes et surtout, d'où provenait l'ennemi.
- Oga !, l'interpella l'un de ses subordonnées normalement posté au rez-de-chaussée. Asakura … chargé de… frr frr … monstre à l'entrée… frr…
- Hein ? Je vous entends mal, répétez !
Tout en disant ça, il se précipita vers l'escalier suivi des autres et retrouva le reste du groupe près de la porte de sortie en train d'observer quelque chose. En comptant bien, il en manquait un.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?, demanda-t-il à ses hommes.
- Kurosaki s'est précipité dehors dès qu'il a entendu les coups de feu parce qu'il pensait servir de relais pour la radio.
- Quel crétin !
Oga prit une légère inspiration pour se calmer. Il était quand même content que certains prennent des initiatives aussi utiles.
- Tout le monde, enlevez vos crans de sûreté et tenez-vous prêts à tirer ! Priorité au cube que porte Furuichi ! Mais d'abord, on va sauver Asakura et botter le cul de Kurosaki !
Un peu d'humour ne faisait jamais de mal et malgré la tension régnante, de minces sourires réussirent à se former, invisibles derrière les masques.
- Kurosaki ? Où êtes-vous ? Quelle est la situation ?
Oga se mit devant les autres, tentant encore une fois de distinguer quoi que ce soit. Les coups de feu s'étaient stoppés depuis une minute et le silence reprenait ses droits.
- Kurosaki ?!
- Chut !, répondit enfin le soldat.
Ce qui signifiait qu'il était planqué quelque part, très proche de l'ennemi. Pas bon. Vraiment pas bon. Oga fit signe de faire silence radio et montra du doigt Furuichi et les trois autres soldats qui l'avaient accompagné jusqu'à l'étage. Il prit les devants et courut jusqu'au trou dans le grillage, suivi de près par ceux qu'il avait désigné. Il pointa son arme vers la sortie mais ne vit rien de suspect. Il fit clignoter plusieurs fois sa lampe en direction du bâtiment afin que le reste du groupe ne les rejoigne.
- NOOOON !, hurla Kurosaki à faire grésiller les interphones des masques à gaz.
Ses cris et ses pleurs s'entendirent malgré les nombreux frr frr retransmis. Des coups de feu retentirent enfin et Oga se précipita aussitôt vers eux. Le dos courbé, tous couraient à la file indienne le long du grillage. Il s'arrêta au coin du grillage et vérifia les alentours. Les tirs continuaient à tonner dans la rue mais impossible de déterminer où exactement. La voix d'Asakura fut captée par la radio et Oga se concentra pour comprendre ce qu'il disait.
- Tout le monde à l'attaque ! Kurosaki, tiens bon !
De nouveaux tirs résonnèrent et cette fois-ci, Oga réussit à voir les éclats des canons des P90 entre deux murs.
Apparemment, le groupe d'Asakura s'était réfugié dans un cul de sac d'où il tirait. Oga fut tenté de les rejoindre puis se ravisa lorsqu'il vit détaler un Kurosaki paniqué complètement à découvert poursuivi par quelque chose d'immense. Quoique cela puisse être, il alluma sa lampe et sortit de sa planque. Il pressa enfin sa gâchette en visant derrière Kurosaki. Surpris par son initiative, personne de son groupe n'eut la présence d'esprit de le suivre tout de suite. Et tout le monde se figea lorsque toutes les lampes furent dirigées vers la chose qui était assurément leur ennemi.
Le monstre faisait bien trois mètres de hauteur et était aussi large que deux hommes bien baraqués. À côté de lui, Kurosaki semblait minuscule. Ce dernier continuait de courir et vint se réfugier près d'Asakura avant de vérifier sa blessure. Le monstre lui avait entaillé l'épaule de ses longues griffes aussi large que des dagues et la blessure saignait abondamment. Heureusement pour lui, sa bouteille d'oxygène n'avait pas été endommagée et s'il ne s'attardait pas trop ici, il survivrait aux gaz toxiques.
Oga reprit son assaut alors que les autres observaient encore la tête de taureau du monstre.
- REPLIEZ-VOUS !, ordonna le brun en constatant que ses balles ne faisaient pas d'effet contre la peau cuirassée du monstre. REPLIEZ-VOUS DANS LA STATION !
Le groupe d'Asakura s'exécuta immédiatement tout en continuant de tirer mais le monstre ne fut pas d'accord. Il rugit férocement et les soldats tentèrent de se boucher les oreilles avec leurs mains. Déstabilisés, certains du groupe d'Asakura tombèrent même à genoux alors que le monstre se dirigeait vers eux. Oga vit avec horreur qu'il était encore incapable de se reprendre et qu'il allait probablement voir ses hommes mourir sous ses yeux.
Furuichi se dégagea alors de sa cachette et tira sur le monstre. Heureusement, personne n'était dans son champ de tir et la cible était assez grosse pour ne pas la rater. Il ne savait pas trop pourquoi mais il n'avait été que très peu touché par le cri du monstre et semblait être le seul encore en état de bouger.
Les balles rebondirent et la tête de taureau pivota dans sa direction. Oga sentit que quelque chose avait changé dans son attitude et il en fut convaincu lorsque le monstre se détourna complètement d'Asakura et des autres pour venir vers Furuichi. Le brun réussit enfin à arrêter d'avoir la tête qui tourne et rejoignit Furuichi. Il l'empoigna par le bras, l'empêchant de tirer, et l'entraîna à sa suite.
- COUREZ !, hurla-t-il dans son micro. SI VOUS ÊTES POURSUIVIS PAR CE MONSTRE, N'ENTREZ PAS DANS LA STATION ! LES AUTRES, REPLIEZ-VOUS !
C'était le mieux qu'il puisse dire. Cette chose semblait invincible et elle voulait s'en prendre à Furuichi. Il savait qu'il aurait dû dire à tous de l'empêcher de les poursuivre, il s'était même promis de tout faire pour protéger Furuichi, mais il n'arrivait pas à sacrifier ses subordonnées.
Il entraînait Furuichi avec lui tandis que les autres de son groupe les suivaient et le monstre fermait la marche. Au moins, le groupe d'Asakura était sauf. C'était ce qu'Oga croyait jusqu'à ce qu'il entende la voix de ce dernier dans son masque.
- Qu'est-ce que vous comptez faire lieutenant ?
Le grade de lieutenant était revenu comme pour montrer à quel point le pauvre Asakura avait besoin de savoir qu'il avait quelqu'un au-dessus de lui pour lui donner des ordres. Oga ne répondit pas, réfléchissant lui-même à sa propre situation. Ils étaient totalement à découvert et, si ça tombe, ce monstre était à la botte de leurs ennemis qui ne devaient donc pas être loin. Il fallait qu'ils sèment leur poursuivant et qu'ils se planquent un moment quelque part avant de repartir. Pour une fois, Oga ne songea même pas à tuer ce monstre, son instinct le prévenant que c'était impossible. Et son instinct avait trop souvent raison pour qu'il l'ignore.
Il eut enfin une idée. Il chopa une grenade et enleva le goupillon avec l'index avant de la jeter aux pieds du monstre. Même si l'explosion ne lui ferait pas grand-chose, elle couvrirait au moins le son de leurs pas et si le monstre voyait bien dans le noir, la poussière se chargerait de l'aveugler quelques secondes.
Il poussa Furuichi dans une ruelle, suivi de ses hommes, et fut content de ne pas se trouver dans un cul-de-sac. Ils traversèrent la ruelle mais atterrirent sur une grande avenue, trop à découverte pour pouvoir servir de chemin. Pourtant, le monstre avait déjà retrouvé leur trace et s'engageait dans la ruelle. Ils n'avaient plus le choix. Ils s'engagèrent dans l'avenue et Oga les mena vers un grand parc.
Avant, il servait de terrain de jeu pour tous les gosses et la verdure y était présente tout au long de l'année. Maintenant, les plantes étaient toutes décrépies et ne pourraient même pas servir de cachette pour de jeunes enfants.
Oga avait omis ce détail et il commençait à s'éloigner beaucoup de la station. Bien sûr, ils pourraient s'engouffrer dans une autre mais il n'était pas sûr que le temps passé dans le tunnel ne dépassait pas la limite supportable de la combinaison. Il trouverait ça stupide de mourir à force d'avoir respiré trop de substances toxiques alors qu'ils auraient réussi à semer un monstre invincible de trois mètres.
- Lieutenant !, reprit Asakura qu'il vit au bout de l'avenue.
Qu'est-ce qu'il fichait là celui-ci ?! Eh, mais c'était pas les autres derrière lui ? Ils étaient suicidaires ou quoi ?!
Oga se dirigea quand même vers eux, entendant les pas lourds du monstre encore trop proches pour lui. Il ne lâchait pas le bras de Furuichi qui ne se plaignait pas malgré la douleur qu'il lui infligeait. Après tout, il savait que rien ne pourrait raisonner le brun tant que ce monstre était à portée de vue. Il était entré en mode survie, un mode que Furuichi avait parfois entrevu lors de ses bagarres de rue particulièrement difficiles, mais jamais encore le regard d'Oga ne lui avait semblé si sérieux. Et tous ceux qui avaient réussi à l'apercevoir avaient depuis l'intime conviction qu'il savait exactement quoi faire.
Ce n'était absolument pas le cas bien sûr, mais la peur et le stress pouvaient faire croire n'importe quoi et faire germer le plus stupide des espoirs.
Asakura lança une autre grenade sur le monstre qui l'éjecta d'une pichenette, la renvoyant droit sur le groupe d'Oga.
Trois secondes. C'était le reste de temps qu'il restait à Oga, Furuichi et les autres pour réagir et sauver leur vie. Trois petites secondes, uniques, où chacun pensait mourir. Sauf Oga. Non, pour lui, trois secondes, c'était suffisant pour faire une seule chose. En trois secondes, il avait été capable d'appuyer sur la gâchette, de frapper, de dégoupiller et lancer une grenade… de tuer, en somme. En trois secondes, il avait déjà couru plus vite, sauter plus loin, et mieux agis par instinct que tous les soldats qu'il avait connu. Et cette fois-ci, il n'avait qu'une seule chose en tête…
Protéger Furuichi.
Il le chopa par le col et plongea le plus loin possible de la grenade, le couvrant de son propre corps.
L'explosion retentit, assourdissante et brûlante. Des débris volèrent dans tous les sens, des corps sans vie s'écrasaient au sol, démembrés et noircis par la chaleur. Le vieux macadam n'avait pas non plus supporté la violence de la déflagration et un trou s'y était formé. On pouvait y voir les restes d'anciennes combinaisons blanches et les bouteilles d'oxygène éventrées qui avaient d'autant plus alimenté l'explosion.
Asakura resta figé par l'horreur de la scène qu'il avait lui-même causé. Il voyait presque le monstre sourire devant sa stupidité. Il avait tué ses camarades. Et une phrase lui revint alors subitement…
« Ne tuez pas les hommes de votre unité. »
Asakura blanchit à vue d'œil en voyant les corps calcinés de ses camarades. Ses jambes le lâchèrent et il s'effondra, genoux au sol. La puissance de la déflagration provenait vraisemblablement des bouteilles d'oxygène percées par la grenade. Personne n'avait pu survivre à cette explosion. Personne.
Les larmes montèrent à ses yeux tandis que ceux de son groupe commençaient à paniquer. Ils n'étaient pas préparés à affronter la mort ni l'horreur de corps mutilés sous leurs yeux. Ils n'avaient encore jamais vu la mort d'aussi près et ce fut la peur panique qui prit le dessus. Ils commencèrent à détaler devant le monstre, totalement perdus. Ils avaient perdu Le Poing Sanglant, le seul ayant de l'expérience et le seul capable de garder son calme dans une telle situation. Quoi de plus normal que d'abandonner tout espoir et de fuir le plus loin possible ?
Cependant, il ne fallait pas enterrer Oga si vite. Il était encore en vie. En piteux état mais en vie. Et le principal, c'était que Furuichi aussi.
Celui-ci était encore sonné par l'explosion mais respirait. Son corps était intact. La seule chose qui aurait pu le gêner, c'était cette migraine naissante et surtout ce poids qui l'écrasait. Face contre sol, il ne savait pas ce qu'il se passait. Ses pensées étaient encore trop confuses à part celle lui disant qu'il était vivant. Oui, vivant. Grâce à Oga.
- Tatsu… ?!, articula-t-il difficilement, mais sa gorge sèche le fit légèrement tousser.
Tout son être lui faisait mal. Son corps avait été secoué comme dans une essoreuse et apparemment, il n'aimait pas ça. Il n'entendait rien dans son interphone qui puisse le rassurer, mais il se dit qu'il devait être cassé. Il se força alors à se retourner en poussant le poids mort qui l'étouffait à moitié sur le côté. Il entendit le corps qui l'emprisonnait se laisser tomber et tourna enfin la tête vers lui.
Son cœur s'arrêta. Un brusque manque d'air le prit quand il reconnut Oga, inconscient. Il avait des brûlures sur les bras et les mains et quand il réussit à s'asseoir, interdit devant cette vision, il vit les plaies noires dans son dos. Sa bouteille paraissait encore intacte et c'était sûrement la seule raison pour laquelle ils n'avaient pas été pris dans l'explosion.
Oga avait fait le maximum pour le sauver. Il avait sauté assez loin pour éviter l'explosion et l'avait couvert de son corps pour le protéger du souffle brûlant. Un objet non identifié l'avait frappé sur le dessus du crâne, l'assommant violemment, tandis que du sang coulait de la blessure. Incapable de détacher son regard de son amant, Furuichi sentait ses mains trembler alors qu'il les approchait du masque à gaz fissuré.
Ce fut un beuglement du monstre qui l'extirpa de sa torpeur. Rapidement, il réussit à remettre correctement ses pensées en ordre et définir ses priorités. D'abord, vérifier qu'Oga était toujours en vie et l'éloigner le plus possible de ce monstre. Il osa enlever son gant pour poser sa main nue sur la poitrine du brun. Un battement de cœur faible le rassura enfin bien que la situation n'était vraiment pas à leur avantage.
Il remit son gant rapidement quand un sifflement inquiétant atteignit ses oreilles. Il pâlit lorsqu'il s'aperçut que le bruit provenait de la bouteille d'Oga. En effet, une fissure s'y était faite et l'oxygène s'en échappait. Brusquement, Furuichi prit le poignet d'Oga où il vit les chiffres du taux d'oxygène se décompter à une vitesse ahurissante. Oga ne pourrait pas survivre au retour, même en partant dans l'immédiat en courant sur tout le chemin, ce qui n'était absolument pas possible. Il était condamné.
Le pas lourd du monstre lui fit relever la tête vers lui et son cœur s'accéléra. Cette chose était responsable de tout ça. Si elle n'avait pas été ici, leur mission aurait été un franc succès !
Tout à coup, il se souvint du cube. Et surtout, de son utilité. C'était une arme destructrice. Même s'il ne savait pas s'en servir, Furuichi ferait tout pour qu'elle ne tombe pas entre les mains de ce taureau sur pattes. Tout, cela impliquait aussi de l'utiliser. Et puisqu'Oga était sûrement condamné…
Non, il ne pouvait pas condamner Oga. Il savait ce qu'il devait faire. Oga le tuerait sûrement s'il le faisait même si en réalité, le brun n'aurait probablement pas le temps de le faire.
De son côté, Asakura réalisa que le monstre ne se dirigeait pas vers lui mais vers deux silhouettes. Il papillonna des paupières et reprit son arme en main, pointant sa lampe sur la combinaison blanche de Furuichi. Il était assis mais il ne semblait pas rester seulement immobile. Il le vit passer la sangle de son arme par-dessus la tête et la poser au sol. Il devait avoir une idée derrière la tête, n'imaginant pas une seule seconde qu'il pouvait se rendre.
Ça redonna confiance à Asakura qui se releva et cria de toutes ses forces dans son masque tout en mitraillant la bête. Il expulsa toute sa rage, sa peur, sa honte, tous les sentiments confus qu'il ressentait à ce moment-là. Les balles rebondissaient mais cette fois, le monstre arrêta enfin de fixer Furuichi.
Ce dernier fut surpris de l'initiative audacieuse du jeune homme, d'autant plus qu'il était seul. Il vit quand même d'autres le rejoindre dans son élan alors que la bête semblait gêner d'être harcelée par tant de projectiles.
Furuichi se décida de faire vite. Il ne savait pas si son idée était bonne ni même si Oga survivrait vraiment mais il devait essayer. Il détacha d'abord les sangles de sa bouteille puis la posa à côté de lui. Il fit pareil avec celle d'Oga même si ce fut plus difficile qu'il eut cru, s'assurant qu'il avait encore de l'oxygène. Le sifflement agaçant ne s'arrêtait pas et Furuichi était incapable de déterminer l'endroit de la fissure. Tant pis. De toute manière, même colmatée, il ne restait plus beaucoup de temps avant que la bouteille ne soit totalement vide.
Il prit la plus grande inspiration que sa migraine lui permettait et retira son masque. Il enleva celui d'Oga puis plaça immédiatement le sien sur son visage qu'il s'interdit de s'attarder à regarder. Il enfila ensuite celui d'Oga. Bien que de l'oxygène passait encore, la fissure du masque avait laissé filtré l'air nauséabond de la ville. Oga avait dû en respirer aussi et Furuichi espéra que ça ne lui causerait pas de torts.
Le monstre se mit à poursuivre Asakura et les autres toujours en train de lui tirer dessus. Apparemment, ils avaient trouvé un endroit plus sensible que les autres. Il n'aimait pas du tout qu'on lui tire dans ses narines béantes et était entré dans une grande fureur, oubliant momentanément Furuichi. Cependant, ça ne le sauverait pas pour autant. Il commençait à s'en faire une raison.
L'oxygène avait été totalement épuisé et il se demandait s'il était mieux de mourir d'asphyxie ou empoisonné. Mais au moins, il avait fait tout son possible pour sauver Oga et l'idée de mourir était balayée par la pensée rassurante d'un Oga sain et sauf. Il voulait l'embrasser une dernière fois mais les masques les gênaient alors il se décida enfin à retirer le sien. Il posa son front sur le masque à gaz à l'emplacement du front du brun encore inconscient.
Il avait tellement envie de revoir son regard brut et sauvage le regarder... Peu à peu, il se mit à se souvenir des expressions d'Oga. Son sourire carnassier pendant les combats, celui qu'il faisait avant de dire une bêtise, celui qu'il faisait après avoir dit une bêtise, celui qu'il faisait quand il était gêné tout en se grattant le menton et en déviant son regard, celui qu'il lui réservait spécialement juste avant de l'embrasser… L'expression qu'il avait eue lorsqu'ils avaient fait l'amour restait pour lui si unique qu'il la gardait à l'esprit alors que ses doigts tentaient de caresser les cheveux bruns à travers le masque.
Il percuta enfin qu'il avait toujours le cube sur lui et il sortit lentement le boitier de sa poche. Il l'ouvrit, s'étonnant encore une fois de la beauté des couleurs que renvoyait ce petit objet. Il le mit au creux de sa main et laissa tomber le boitier par terre. Il voulait le mettre dans une des poches d'Oga et avança ses mains vers l'une d'elle.
Il sentait le poison s'infiltrer dans son corps au fur et à mesure qu'il respirait et il ne put retenir plus longtemps ses larmes. Elles vinrent brouiller peu à peu sa vue alors qu'il s'obstinait à laisser ses yeux fixer Oga, les mains tremblantes.
- Tatsumi…
Oga entrouvrit les yeux, ayant entendu une voix familière. Il n'arrivait pas bien à distinguer les choses et sentait que son corps était devenu trop lourd pour bouger d'un pouce. Un mal de crâne insupportable l'empêchait de penser correctement et son sang battait tellement fort dans ses tempes qu'il crut qu'il avait rêvé qu'on l'appelait.
- Tatsumi… s'il te plait… réveille-toi…, supplia Furuichi, les larmes dévalant son visage.
Ce fut ce visage ravagé par les larmes, les mèches argentées l'encadrant et les yeux aussi brillants que la lune qui réveilla totalement Oga et secoua son être entier. Furuichi pleurait, tenant dans ses mains blanches le cube qui diffusait ses couleurs sur la peau du garçon qu'il aimait. Le brun n'arrivait pas encore à réaliser pleinement la situation mais sa main agit d'elle-même pour venir essuyer l'eau salée sur les joues blanches de son petit ami. Il vit une lueur de soulagement traverser les yeux argentés et Furuichi prit la main d'Oga dans la sienne pour la serrer. Toujours sans percuter sur le fait que Furuichi ne portait plus de masque, Oga sourit, heureux de le voir en vie. Il avait dû mal à se souvenir de ce qu'il s'était passé pour qu'il se sente aussi mal mais l'important, c'était que Furuichi allait bien.
Furuichi se sentait de plus en plus mal. Heureusement, Oga s'était réveillé et il avait même pu voir son sourire sous son masque, mais il savait qu'il n'en avait plus pour très longtemps. Son corps commençait à se refroidir dangereusement tandis que sa peau blanchissait plus que la normale. Il tenait toujours le cube dans sa main et celui-ci diffusait une chaleur bienfaitrice qu'il avait du mal à quitter, d'où son obstination pour garder l'objet dans sa main plutôt que de le mettre dans une des poches d'Oga.
Alors que toute son attention était portée sur Oga, il ne s'aperçut pas que le cube réagissait bizarrement. La lumière multicolore clignotait de plus en plus vite et devenait progressivement plus forte.
Quand Furuichi porta une main à sa gorge, en manque de souffle, Oga se mit à s'inquiéter. Son esprit n'était pas encore totalement opérationnel mais les indices commençaient à former un puzzle inquiétant. Il se souvint enfin de l'explosion et du monstre et il savait que le danger n'avait pas pu être écarté si facilement. Ensuite, le fait de toucher la peau de Furuichi alors que lui-même était totalement équipé de la tête aux pieds le chiffonnait. Il réalisa bien tard qu'il respirait l'air putride de la ville.
Furuichi lâcha la main d'Oga qui tenta vainement de le retenir de s'effondrer. Le cube toujours serré dans sa main, Furuichi commençait peu à peu à perdre connaissance. Se forçant à se mettre sur ses coudes puis sur ses genoux, Oga tentait désespérément de relever Furuichi, sans succès. Sa voix ne voulait pas sortir et sa migraine l'empêchait de réfléchir à une quelconque solution. Il discernait l'expression de douleur sur le visage de son petit ami et le voir souffrir autant le mettait dans une panique telle que l'idée même de lui donner son masque ne put traverser son esprit.
Le cube s'éteignit brusquement avant de diffuser une lumière blanche trop brillante pour la regarder. D'abord juste minuscule, le faisceau s'élargit sans perdre de son intensité et engloba Furuichi tout entier, puis prit Oga dans sa lumière avant qu'elle ne vienne engloutir l'intégralité de la ville de Tokyo et de ses alentours. La lumière blanche s'affaiblit enfin pour disparaître totalement. Le cube reprit alors son aspect multicolore, comme si rien ne s'était passé.
Furuichi se sentit aussitôt mieux, n'ayant plus l'impression de manquer d'air ni même d'avoir du poison dans les veines. Il se releva doucement, encore surpris par son prompt rétablissement. Oga le regardait reprendre des couleurs et son cœur bondit de joie en voyant le petit sourire de soulagement se dessiner sur le visage de son petit ami.
Ils ne savaient pas trop comment, mais apparemment, le cube avait réussi à éradiquer toute la toxicité de la ville et avait ainsi sauvé la vie de Furuichi. L'air était devenu respirable, comme si le poison avait été balayé par un vent puissant. Furuichi vérifia le taux de toxicité de l'air sur sa montre digitale et n'en revint pas de constater qu'il n'y avait réellement plus aucune trace de produits chimiques. C'était un miracle.
- Furu… ?, appela timidement Oga.
Le brun ne comprenait rien du tout mais pour lui, le principal était que Furuichi était bel et bien vivant. Il ne souffrait plus et le regard confiant qu'il lui renvoyait le fit légèrement défaillir de soulagement.
- Tout va bien, répondit Furuichi.
Il posa le cube au sol pour enlever le masque du brun.
- On n'a plus besoin de ça, expliqua-t-il alors qu'il mettait le visage du brun à l'air libre. Je sais pas comment, mais ce cube a réussi à éradiquer toutes les vapeurs toxiques.
Oga sourit et ne put s'empêcher de serrer Furuichi dans ses bras. La peur de le perdre suivi du soulagement de le savoir en vie s'additionnaient dans son être et, alors que même la douleur de sa migraine et de tout son corps n'avait réussi à lui tirer une larme, là, il s'apprêtait presque à éclater en sanglot dans les bras de Furuichi, son cœur ne supportant pas bien les sentiments qui le chamboulaient. Furuichi le serra en retour, lui-même heureux de ne pas être mort.
Ils se séparèrent et Oga ne put s'empêcher de râler.
- Qu'est-ce qu'il t'a pris de faire ça ?! Je t'interdis de refaire ça ! Compris ?
- J'avais pas le choix et je savais ce que je faisais.
- Ah oui, vraiment ?, ne le crut pas un seul instant le brun.
Furuichi lui sourit timidement pour ne pas avouer qu'il mentait. Oga, quant à lui, bien qu'il essayait de ne rien laisser paraître, ne se sentait vraiment pas bien. Son adrénaline et sa peur s'évaporaient en même temps que ses blessures commençaient à hurler de douleur. Il avait même du mal à bien distinguer le visage de Furuichi et sa vue se floutait par périodes de plus en plus rapprochées. En réalité, il ne savait pas combien de temps il pourrait rester conscient. Rien que le fait de se mettre à genoux l'avait vidé de ses forces et il s'obligeait à ne pas perdre l'équilibre à chaque seconde qui passait. Mais le pire peut-être était d'être sûr qu'il ne pourrait pas se mettre debout et encore moins marcher seul. Cela signifiait aussi qu'il était incapable de protéger correctement Furuichi. Déjà qu'il avait failli mourir sous ses yeux, il ne pouvait pas le laisser recommencer à risquer sa vie pour lui.
Un rugissement furieux leur rappela leur situation. Le monstre était revenu sur ses pas en voyant la lumière blanche et avait décidé de retourner vers le cube. Parce qu'après tout, c'était lui qu'il voulait plus que tout. Il avait enfin ressenti sa puissance lorsque le boitier avait été ouvert pour la première fois dans le labo puis il avait perdu sa trace jusqu'à ce qu'il ressente à nouveau le cube sur Furuichi. Et maintenant, ce misérable humain avait osé l'utiliser pour éradiquer la puanteur stagnante de cet endroit. C'était impardonnable ! Il devait reprendre son dû !
Asakura et les autres tentaient en vain d'attirer à nouveau le monstre vers eux mais il les ignorait totalement. La bête se dirigeait droit sur Oga et Furuichi. Ce dernier se leva précipitamment et attrapa le cube, prêt à détaler, lorsqu'il s'aperçut qu'Oga ne bougeait pas. Il restait à genoux, de grosses gouttes de sueur dégoulinant sur son visage alors que tous ses membres tremblaient violemment. Le sang de sa blessure à la tête avait plaqué ses cheveux et coulait jusque dans son col, tâchant ce qui restait de la combinaison blanche. Furuichi comprit avec horreur qu'Oga avait fait semblant d'agir normalement pour qu'il ne s'inquiète pas alors qu'il était incapable de bouger.
Furieux, Furuichi prit le bras du brun et le posa sur son épaule pour le soulever. Oga se laissa faire, essayant même de pousser sur ses jambes pour se mettre debout, mais tout son corps était ankylosé et il lui était impossible de poser un pied devant l'autre. Furuichi persista, s'efforçant même de traîner le corps inerte de son petit ami mais le monstre était déjà bien trop proche. Alors qu'il était juste à un mètre d'eux, Oga s'écroula et Furuichi ne réussit pas à le soulever. Alors, en dernier recours, il se posta juste devant le monstre et écarta les bras pour protéger au maximum le brun. Il espérait sincèrement que le cube referait l'un de ses miracles et les sauverait de la bête.
Oga réussit à tourner la tête avec difficulté, le corps complètement perclus de douleur. Il avait froid et il avait même du mal à sentir encore le bout de ses doigts. La seule chose que sa migraine le laissait voir par ses yeux brumeux était le dos blanc de Furuichi. Un grand dos, protecteur et rassurant. Puis, l'énorme patte griffue du monstre s'abattit sur lui et le sang gicla au sol. Le cube échappa des mains de Furuichi et chuta presque paisiblement pendant ce qui sembla à Oga d'interminables secondes. Ses yeux s'écarquillèrent quand il vit le corps de son petit ami s'écrouler devant lui.
Il voulut tendre sa main vers lui mais elle ne bougea pas. Tout comme sa bouche resta close alors qu'il hurlait intérieurement. Une flaque de sang commençait à se former sous le petit corps blessé à mort et s'élargissait de plus en plus alors que le cube s'y écrasait violemment, rebondissant plusieurs fois et teintant un peu plus les cheveux argentés de sang écarlate. La lumière multicolore clignotait comme pour imiter un signal d'urgence quelconque et éclairait par intermittence le dos de plus en plus rougi de Furuichi. Le cœur d'Oga s'arrêta et sa respiration se bloqua. Il força sur son corps pour rejoindre son bien-aimé mais seule sa main se leva pour essayer de l'atteindre, geste inutile dans la détresse du moment.
Le monstre se pencha et attrapa le petit cube entre deux griffes, satisfait. Il avait enfin la puissance qu'il convoitait tant. Et la première chose qu'il en ferait, eh bien… pourquoi ne pas éradiquer ces misérables humains qui l'avaient gêné ? Il leva le bras et aussitôt, le cube s'éteignit comme la première fois. Mais cette fois-ci, ce ne fut pas une belle lumière blanche qui commença à se diffuser. Ce fut une affreuse et terrible boule noire qui apparut et grossit lentement. Puis, sous l'initiative du monstre, elle implosa pour former une vague noire qui se propagea tout autour de lui.
Tous sentirent que cette vague était mortelle. Alors, dans un sursaut de volonté, Oga réussit à attraper Furuichi et à le coller contre lui pour le protéger, oubliant la douleur, oubliant la peur, oubliant le sang qui coulait sur ses mains, ne se souciant que de lui, espérant sincèrement que cet acte irraisonné pouvait sauver celui qu'il aimait.
Le monstre ricana et vit les hommes d'Asakura tenter parfois de faire face, parfois de se réfugier, mais la vague les toucha de plein fouet et les désintégra, ne laissant que leurs combinaisons et leurs armes intactes au sol. Toute trace d'eux disparut complètement et aucun soldat de l'unité ne fut épargné.
- Rends-moi ce cube, démon !, ordonna une voix féminine à l'encontre du monstre.
Ce dernier se tourna vers celle qui osait s'adresser à lui. C'était une jeune femme dont la chevelure blanche attachée en demi-queue était assez longue pour atteindre le creux de ses reins. Elle ne fut absolument pas intimidée lorsque la bête grogna pour exprimer sa colère. Serrant le manche de son katana, elle se remit posément en garde, inspirant profondément. Derrière elle, à quelques pas, Oga serrait toujours Furuichi contre lui. Grâce à l'arrivée inopinée de la jeune femme et à sa dextérité surnaturelle, elle avait empêché la vague destructrice de les tuer.
Oga releva la tête et tout ce qu'il put voir fut la longue chevelure blanche qui volait derrière elle. Elle portait un long manteau blanc ouvert et des bottes toutes aussi blanches mais ce fut tout qu'il s'autorisa à regarder. Il se fichait complètement de cette fille. Tout ce qu'il voulait c'était sauver Furuichi.
- Furu ?!, l'appela-t-il en réussissant à se mettre sur ses genoux et à tourner son petit ami sur le dos.
La blessure était profonde, bien plus que ce qu'il aurait pu imaginer. Malgré sa vue troublée, il comprit que la quantité de sang éparpillée tout autour d'eux appartenait à Furuichi et qu'il en avait perdu tant que c'en était plus qu'effrayant. Ce dernier réussit quand même à ouvrir les yeux, un filet de sang coulant le long de son menton, et espérait sincèrement qu'Oga était près de lui, sain et sauf… avec peut-être une solution miracle.
- FURU !
Ce fut le signal de départ du combat entre la fille et la bête qui s'élancèrent l'un vers l'autre et enchaînèrent des coups rapides et puissants qui provoquaient de grands coups de vents tout autour d'eux.
Oga les avait totalement oubliés, obnubilé par le visage froid et vide d'expression de Furuichi. Il avait bien entrouvert les yeux mais rien n'indiquait qu'il était conscient. Cependant, il vit ses lèvres sèches remuer et il approcha son oreille de la bouche de Furuichi. Il entendait presque trop bien le sifflement douloureux de sa respiration mais aucun son ne réussissait à sortir. Un petit soupir familier le fit s'écarter et il vit Furuichi sourire comme il savait le faire. Il paraissait content, fier de lui aussi. Heureux qu'Oga aille bien. Et ses yeux brillants exprimaient tant d'amour qu'Oga ne put s'empêcher de sourire en retour. Il colla son front contre le sien, le bout de leurs nez se chatouillant. Cette position apaisait son cœur malgré la situation précaire dans laquelle ils étaient. Il sentit une dernière expiration d'air froid sur son nez puis ce fut tout.
Il s'écarta pour vérifier ce qu'il craignait tant. Même en tapotant ses joues blanches, Furuichi ne réagissait plus. Son sourire restait figé alors que ses yeux s'étaient fermés délicatement.
- Fur…
La voix enrouée du brun s'éteignit d'elle-même alors qu'il réalisait pleinement la dure réalité. Ses larmes s'ajoutèrent à sa vue déjà bien faible et il reposa son front contre celui froid de Furuichi, tenant fermement son crâne entre ses mains puissantes, fermant les yeux pour éviter de laisser couler les perles salées de ses yeux, secouant la tête pour réfréner les battements douloureux de son cœur, mais même en serrant les dents, les larmes lui échappèrent tout comme les lamentations qu'il sentait venir du plus profond de son être.
Un râle long et déchirant, entrecoupé parfois par l'extinction de voix du brun, sortit de sa gorge, et ses larmes dévalèrent son visage pour venir impunément s'écraser sur celui de son petit ami. Abattu, Oga se laissait aller à la souffrance de la perte de l'être si cher à son cœur qu'il serrait tout contre lui. Il perdait peu à peu pied, n'ayant plus que cette dernière vision du sourire de Furuichi en tête. Il avait du mal à respirer et son cœur était percé de coups de poignard à chaque inspiration. Jamais une telle douleur ne le fit autant souffrir, pas même celles dont il était atteint en ce moment même. Ses mains s'accrochaient désespérément à la combinaison blanche, cherchant encore un quelconque battement de cœur, mais la réalité ne semblait pas s'accorder à son souhait.
Furuichi était mort. Il n'avait pas pu le protéger. La seule personne qui avait osé s'approcher de lui, celui à qu'il s'était toujours confié, qui le connaissait mieux que lui-même… La seule personne qu'il aimait plus que tout était morte sous ses yeux. Pour le sauver, lui, Oga Tatsumi, un démon sanguinaire sans cœur, qui tuait sans concession, égoïste par-dessus tout, idiot et bon à rien. Pour le sauver d'un monstre venu tout droit d'un conte de fée… non, de l'enfer. Un monstre qui avait même exterminé toute son unité et qui osait encore être en vie.
Les larmes d'Oga cessèrent de couler et le brun prit plusieurs grandes inspirations de rage. Une vague de fureur venait de s'emparer de lui, lui faisant prendre conscience qu'il existait un responsable à toute sa peine. Ce monstre devait périr de ses mains, souffrir comme il souffrait, et le supplier de l'achever !
Il se releva, animé de cette nouvelle rage, et s'empara de son arme pour vider son chargeur vers les deux combattants, indifférent de savoir si la fille serait blessée. Heureusement, elle fut assez habile pour parer les balles mais comme la surprise les avait déstabilisés, le monstre et elle durent se séparer une seconde pour savoir d'où provenait cette subite attaque.
Les pan pan pan à répétition claquaient aux oreilles d'Oga comme une litanie presque apaisante bien que le recul de son arme trop puissant pour son corps affaibli était difficile à encaisser. Bizarrement anesthésié, les sens exacerbés par sa fureur, il vit clairement le cube échapper des griffes acérées du monstre et en une seconde, Oga l'attrapa au vol comme si cela lui semblait naturel, à presque trois mètres du sol. Il atterrit sur ses pieds devenus assez stables depuis qu'il ignorait les cris désespérants de son corps et reprit ses tirs.
Malheureusement, les munitions avaient une limite et il vint à l'atteindre alors que le monstre voulait reprendre son bien. La fille s'interposa entre eux et cria par-dessus son épaule un « Vas-y ! » autoritaire pour qu'Oga puisse fuir. Mais il n'en fit rien.
Non. Maintenant qu'il avait le cube entre ses mains, il ne pouvait pas juste fuir pour sa vie, et même exploser ce monstre ne lui semblait plus aussi vital qu'une seconde plus tôt. Il pouvait faire ce qui paraissait impossible, il pouvait sauver Furuichi. Ce cube pouvait faire des miracles ? Il en testerait ses capacités.
Il se traina vers le corps ensanglanté, encore anesthésié par la fureur qu'il éprouvait un peu avant, et l'atteignit. Ignorant délibérément les ordres de la fille et les meuglements de la bête qui s'affrontaient, l'une pour empêcher que l'autre récupère le cube, il se mit à genoux et, alors qu'il serrait fortement le cube dans sa main, il entoura le corps de Furuichi de ses bras en enfouissant son nez dans le creux de l'épaule du plus petit. Il sentait bien que son cœur ne battait plus du tout et il prit une grande inspiration pour tenter de se ressaisir, se persuadant qu'il y avait encore une solution.
« Sauvez-le… », supplia-t-il intérieurement. « Quoique ce truc puisse être, sauvez-le, quelqu'un… QUE QUELQU'UN LE SOIGNE ! »
La jeune femme fit un pas en arrière, les cheveux blancs volant au rythme de ses pas. Elle se plaignit de ce foutu démon qui lui donnait du fil à retordre. Et l'autre là, qui chialait comme un bébé… Il ne comprenait vraiment pas la situation. Il n'y avait pas de temps à perdre, il fallait éloigner au maximum le cube de ce monstre pour éviter qu'il s'en empare à nouveau. Elle jeta un coup d'œil vers les deux silhouettes, le brun enlaçant fortement celui aux cheveux argentés, quand elle reconnut la lumière blanche particulière qui commençait à les engloutir.
- Pas possible…, murmura-t-elle pour elle-même.
Elle n'en croyait pas ses yeux. Le cube réagissait et répondait à l'appel du brun. Comment était-ce possible ? Elle dut arrêter ses interrogations pour se protéger d'une attaque du monstre. Apparemment, lui aussi avait remarqué que le cube allait être utilisé et déjà qu'il n'était pas ravi qu'on lui ait volé ce qu'il voulait, il n'allait pas supporter de le voir utilisé impunément juste sous ses yeux. Cependant, c'était bien trop tard. Le cube étendit sa lumière comme la dernière fois puis s'éteignit brusquement, laissant la place vide à l'endroit où Oga et Furuichi se tenait précédemment.
Le monstre hurla, fou de rage. Quant à la jeune femme, elle se dit qu'au moins, le cube était loin de ce démon. Elle ferma les yeux et inspira profondément, concentrant son énergie dans sa poitrine afin de la faire circuler le long de ses bras, puis dans ses mains et ses doigts et la transféra dans son katana qui se mit à scintiller. L'éclat brillant fit paraître la lame plus épaisse et tranchante qu'elle ne l'était. Le démon se dit alors qu'il en avait assez de cette petite qui se mettait en travers de son chemin. Il leva sa grosse patte griffue et l'abattit sur elle.
La jeune femme ouvrit brusquement les yeux et relâcha toute la pression contenue en elle, s'élançant de tout son corps vers le démon. Les deux adversaires se retrouvèrent presque dos à dos, immobiles, leurs armes respectives figées dans leur dernier geste. Pendant quelques secondes, rien ne se passa. Aucun des deux n'osait respirer. Puis, une énorme giclée de sang surgit du torse du monstre qui s'effondra, mort.
La jeune femme reprit sa respiration, soulagée d'avoir terrassé ce démon. Maintenant, elle se devait de retrouver le cube. Dire qu'elle venait à peine de retrouver sa trace… Elle soupira, fatiguée d'avance. Elle se tourna vers l'ancienne place occupée par les deux jeunes hommes enlacés. Elle avait des questions à leur poser, à ces deux-là. Ils étaient spéciaux s'ils savaient utiliser le cube et elle devait s'assurer qu'ils n'étaient pas au service des démons.
#Se tourne et se retourne, ne voit que des gens furieux et tristes# Bon, je crois qu'il vaut mieux que je vous laisse m'incendier là hein ? Parce que, après tout, Furuichi a l'air de crever, tous mes OCs sont morts, y'a plein de trucs incompréhensibles dont "C'est qui cette fille/ce démon/ce cube ?!". Et je vous achève en vous disant que la suite sera dans deux semaines. Oh oui, je suis une fille morte !
Cependant, je vous lance au défi de découvrir qui est la fille qui sauve Oga et Furuichi de l'attaque du monstre ! Parce qe ce n'est pas un OC ! (Il m'en reste juste un dans le prochain chap'... oui, je sais, j'aime les OC xD)
J'aimerai savoir si certains ont écouté The Heart Never Lies de McFly au bon moment (ou pas xD). Moi, ça m'avait fait pleuré en écrivant, pour vous dire...
Merci pour votre soutien, vos reviews, vos favs et follows ! J'espère aussi que j'arriverai à inspirer de nouveaux auteurs (et d'anciens x3) afin de remplir le fandom de Beelzebub de plein de fics géniales !
Le titre du prochain chap' est "Son voeu le plus cher". À vous de spéculer ! Et dites-moi ce que vous avez pensé de ce chap' ! Comme d'habitude, je répondrai aux reviews anonymes sur mon profil !
