Un petit chapitre aujourd'hui, sur une engueulade, et une réconciliation.


Mais alors que Sam leur offrait ses félicitations, souriant à sa nièce de toutes ses dents, le visage de son frère commença à changer, et pas de la bonne manière.

- "Pourquoi… Pourquoi tu ne m'as rien dit Emily. Pourquoi!

- J'ai essayé, crois-moi, mais je n'ai pas réussi.

- Tu as essayé? Vraiment? Tu n'as pas dû essayer beaucoup alors, je ne me cachais pas, tu as mon numéro et Bobby savait parfaitement où j'étais."

Elle aurait dû s'attendre à cette réaction, mais au souvenir de tout ce qu'elle avait fait pour tenter de lui apprendre la nouvelle, elle sentit la rage monter en elle, et son regard, si bienveillant d'habitude, devint dur comme du granit. Sa voix était polaire quand elle répondit, sans hausser le ton pour ne pas effrayer Kate :

- "Ecoute-moi bien Dean, le jour où j'ai appris que j'étais enceinte, votre copain Chuck le prophète a débarqué dans la minute pour me dire qu'il ne fallait pas que j'essaie de te contacter.

- "Et tu l'as écouté?"

Le ton de Dean était presque aussi glacial que le sien, mais moins maîtrisé, et Kate cessa de sourire, un peu effrayée par ce papa tout neuf tout à coup.

- "Tu parles, il avait à peine tourné les talons quand j'ai essayé de t'appeler, puis d'appeler Bobby. Sauf que personne n'a décroché. J'ai essayé internet, mais impossible de trouver la moindre trace de toi. Pour finir j'ai pratiqué un sort de recherche, qui m'a collé la migraine du siècle et n'a pas marché non plus.

- Donc tu as abandonné c'est ça?"

Le ton était toujours aussi venimeux.

- "Espèce d'âne bâté, tous les jours, sans exceptions, pendant ma grossesse et après la naissance de Kate, tous les jours j'ai essayé d'appeler tous ceux à qui je pouvais penser et qui pourraient m'aider à te contacter, ou de te trouver sur une base de données ou une autre, ou de lancer un nouveau sort de recherche. J'ai fini par avoir Bobby au téléphone, du moins je l'ai cru, jusqu'à ce que je comprenne qu'il ne me donnerait jamais ton adresse et ne ferait jamais passer de message comme il me le promettait, et que d'ailleurs, je ne l'avais sans doute jamais vraiment eu au bout du fil. Le lendemain, je suis montée dans ma voiture pour aller chez lui en personne, elle est tombée en panne à peine la grille passée. Tout comme la nouvelle que j'ai acheté ensuite, et dont j'ai dû faire changer le moteur après 500m. Les taxis que j'ai demandés ne sont jamais arrivés et ça fait presque deux ans que je dois tout me faire livrer ici vu que je n'ai plus de voiture pour aller en ville. J'ai engagé trois détectives privés, qui ont tous été incapable de retrouver ta trace, alors que l'un deux à localisé en deux jours et sans aucune difficulté un cousin au quatrième degré que je lui ai demandé de chercher pour voir s'il valait quelque chose. Les lettres que j'ai envoyées se sont soit perdues, soit sont revenues à l'envoyeur en mentionnant que le destinataire n'existait pas. J'ai même essayé de partir à pied, je suis arrivée jusqu'au départ des bus, et j'y ai cru jusqu'à ce qu'une alerte à la bombe ne m'oblige à descendre de celui dans lequel j'avais enfin réussi à monter. J'ai pensé passer par ma famille en Europe pour contourner le truc, mais je n'ai même pas réussi à leur dire que j'étais enceinte, chaque fois que j'essayais de leur en parler, les mots qui sortaient de ma bouche n'avaient plus rien à voir avec ce que je voulais dire. Et malgré tout, j'ai continué, de toutes mes forces, chaque jour, à tenter de te contacter. Alors ne me dis plus jamais, Dean Winchester, que j'ai cherché à te cacher la naissance de ta fille!"

Il resta muet de surprise et elle vit la colère et la peine quitter ses yeux à mesure que sa rage à elle se calmait. Elle ajouta, dernière pique dans la volée qu'elle venait de lui asséner :

- "Il y a même un jour il n'y a pas si longtemps où j'ai cru réussir. J'avais composé un de tes anciens numéros, et au lieu de sonner dans le vide, je suis tout à coup tombée sur ta boîte vocale. J'ai laissé un message te demandant de me rappeler, mais tu ne l'as jamais fait.

- C'était quand?"

Elle lui donna la date, et il réalisa que c'était le jour où Sam avait récupéré son âme. Soit également le jour où il avait été techniquement mort pendant plusieurs minutes, alors qu'il argumentait avec la faucheuse pour lui demander de l'aider à ce que son petit frère redevienne lui-même. Et il avait effectivement eu un message ce jour-là, mais quand il avait voulu l'écouter, il n'y avait que du silence sur la bande et le numéro était masqué.

Kate sembla sentir sa détresse et elle leva ses petites mains pour les poser sur son visage, avant de dire d'un ton inquiet, alors même qu'elle était censément bien trop jeune pour comprendre ce qu'il se passait.

- "Papa?"

Il baissa les yeux vers… sa fille? Bon sang… Il avait un enfant, son enfant, qui le regardait avec confiance. Il sentait le poids de la petite sur lui, et la chaleur qui se dégageait d'elle. Elle avait de grands yeux verts, de la même couleur que les siens. Il se sentit fondre enfin à la vue de cet adorable bébé et une larme coula sur sa joue sans qu'il puisse la retenir, avant qu'il ne serre Kate doucement tout contre lui pour la rassurer tandis qu'elle lui gazouillait à l'oreille un chapelet de "papapapapa" de plus en plus enthousiastes.

Emily et Sam regardaient Dean en train de pleurer, sa fille dans les bras, et arboraient tous les deux un sourire idiot à cette vision. Puis elle sortit son téléphone et pris une photo de cette première rencontre.

Elle laissa un peu de temps à Dean pour se reprendre, et prépara une boisson chaude pour tout le monde, et même un petit biberon pour Kate. Et ils se retrouvèrent tous les quatre assis à table. En famille.

Puis les deux frères voulurent tout savoir sur la petite, de la grossesse à l'anniversaire de la veille, comme s'ils pouvaient rattraper le temps perdu en une conversation. A commencer par les prénoms choisis. Elle leur expliqua que sa mère s'appelait Katherine, et que Mary venait de leur mère à eux. Les deux femmes avaient tentées l'une comme l'autre par tous les moyens de protéger leurs enfants, alors elle s'était dit que comme "marraines", sa fille méritait au moins ça.

Elle répondit ensuite au feu de questions de son mieux, mais évita pour le moment certains détails sur le jour de l'accouchement. Mais heureusement, il y avait beaucoup de choses à raconter quand même, et Kate était un sujet qui passionnait tout le monde et cela repoussait le moment de se lancer dans des discussions qui s'annonçaient plus difficiles, sur l'âme de Sam, l'absence de Dean ou une certaine prophétie sur la petite. Celle-ci s'était d'ailleurs endormie sur les genoux de son père, et Emily commençait à se demander comment elle pourrait séparer ces deux-là, ne serait-ce que pour que l'enfant passe sa nuit dans son lit.

Sans se concerter mais d'un commun accord, ils continuèrent sur les sujets les plus légers possibles, même si le nombre de questions en suspens faisaient ressembler la conversation à un slalom géant.

L'après-midi se passa donc à jouer tous ensemble avec la petite quand elle se réveilla de sa courte sieste. Puis à lui préparer à manger et à essayer de lui faire avaler sa purée, mission assurée à moitié par son père et à moitié par son oncle qui rivalisaient de bassesses pour tenir la cuillère, au grand amusement d'Emily. Enfin, Kate s'endormit à nouveau dans les bras de son père, épuisée par une journée plus riche que celles dont elle avait l'habitude. Et comme prévu, au moment de l'allonger dans son berceau, Emily vit Dean peiner à se séparer de celle qui avait fait une entrée fracassante dans son cœur le jour même.

De peur qu'il ne reste toute la nuit planté au-dessus du petit lit à barreau, elle enclencha le baby phone, vérifia les fenêtres et les protections comme tous les soirs puis pris la main de Dean dans la sienne.

- "Allez viens, on a encore beaucoup de choses à se dire et tu la verras aussi demain."

Il résista encore un instant, mais finit par la suivre dans les escaliers et c'est en arrivant en bas qu'il réalisa qu'il n'avait pas lâché sa main.

- "Emily… merci…

- Tout le plaisir est pour moi.

- Tu m'as offert le cadeau le plus incroyable que…, elle est…

- Je sais... "

A court de mots, il la prit dans ses bras et la serra fort contre lui. Tous les deux avaient les larmes aux yeux et Emily réalisa à quel point elle avait rêvé de ce moment, et à quel point elle était soulagée que la rencontre se soit faite alors que Kate était encore bébé. Il allait pouvoir vraiment connaître sa fille et la voir grandir, et celle-ci aurait un père présent et non une photo dans un cadre. Enfin, si Emily avait son mot à dire sur la question, c'est ce qui se passerait.