Merci LeFruit pour ton commentaire. Oui, c'est vrai, lire, c'est "facile", mais même si j'ai beaucoup de plaisir à écrire cette fic, savoir qu'elle plaît à d'autre, ça donne vraiment envie de continuer, et avoir des lecteurs est juste... formidable. Et si je sais où je vais avec cette histoire (qui est loin d'être finie, certaines de mes scènes préférés sont encore à venir), je ne peux pas m'empêcher de noter des idées pour d'autres. Ou pour une suite, une sorte de "10 ans plus tard", qui sait.
J'espère que le combat vous a plu, malgré la perte tragique de Castiel. On revient à du plus calme physiquement, mais pas mentalement.
Un petit comm? à vo't bon cœur m'sieur dame. ;)
Il leur fallu quatre jours pour récupérer suffisamment pour pouvoir tenir une conversation cohérente. De longues heures de cauchemars récurrents où ils voyaient Raphaël triompher et dans lesquels ils voyaient et surtout sentaient Castiel mourir sapaient l'énergie qu'ils essayaient de reconstituer. Finalement, on leur donna de fortes doses de somnifères pour qu'au moins leurs corps puissent se reposer, et qu'ils puissent dormir sans rêver.
Les autres chasseurs étaient presque tous repartis, remis sur pied par beaucoup de sommeil et de bons petits plats. On les avait abondamment remerciés de leur participation et Sam, remis avant les trois autres, les avait assurés de leur reconnaissance éternelle pour leur aide, ce qui venant d'un Winchester n'était pas à prendre à la légère. De plus, cette réunion inédite avait permis la création de quelques belles amitiés. Et de quelques non moins belles engueulades, mais heureusement sans conséquences. Quant au sort lui-même, en dehors de l'immense fatigue généralisée, il avait déclenché deux crises cardiaques et une crise d'asthme, heureusement rapidement prises en charge par l'équipe médicale. Toutefois, un des chasseurs devrait probablement renoncer à traquer des fantômes, son état de santé ne lui permettrait plus à l'avenir de creuser des tombes comme avant.
Seuls restaient les 5 anglaises (que plusieurs avaient surnommé les drôles de dames, rapport à leurs patrouilles incessantes durant lesquelles elles ne cessaient de réciter des sorts protecteurs), les 7 sentinelles, qui refusaient d'abandonner leur poste tant que tout le monde n'était pas reparti en toute sécurité et un des médecins. Ainsi que bien sûr, le quatuor à la base de cette idée de dingues.
Le soir du cinquième jour, tous se réunirent dans la grande salle à manger pour qu'enfin, les trois qui avaient servi de focale racontent les parties de l'histoire qu'ils étaient les seuls à connaître. Tous avaient su que l'enchantement avait marché et que Castiel avait gagné bien sûr, mais personne d'autre que les trois ne connaissaient les détails de l'affrontement. Ceux-ci avaient d'ailleurs été surpris à leur réveil d'avoir été les seuls à être connectés à l'ange durant tout son combat, mais surtout, le lien créé par le sort était apparemment plus profond que prévu.
C'est Bobby qui se chargea de l'essentiel du récit. Aidé ici ou là par Emily.
Dean lui n'avait presque pas ouvert la bouche durant ses phases d'éveil, il se contentait de quelques signes de tête pour se faire comprendre, et passait le plus clair de son temps seul dans une chambre, renvoyant tous ceux qui voulaient venir lui tenir compagnie, même son frère. On l'avait entendu appeler Castiel à plusieurs reprises, surtout durant ses cauchemars, mais l'ange n'était pas réapparu. Et tous étaient convaincus qu'il était mort dans le dernier combat. Au début, Dean refusa même de s'alimenter, mais après une grosse engueulade de Sam, il accepta de manger, sans aucune trace de l'enthousiasme qu'il y mettait habituellement. La disparition de Castiel l'avait visiblement profondément affecté et tous commençaient à craindre qu'il ne sombre dans une dépression.
Quand Bobby en arriva à la dernière partie du récit et raconta le sursaut victorieux de Castiel, ainsi que la désintégration de Raphaël, Emily vit Dean se lever et quitter la pièce. Elle hésita, puis vit Sam suivre son frère et décida qu'il était sans doute la seule personne présente capable d'aider Dean dans ces circonstances. Elle-même, tout comme Bobby, avait senti le moment où le lien s'était rompu, et elle savait qu'elle n'avait pas fini de le revivre dans ses cauchemars, même si ceux qui les avaient empêchés de dormir au début commençaient à s'estomper, mais elle n'avait jamais été aussi proche de Castiel que Dean.
Le lendemain, chacun reparti de son côté, Sam raccompagnant les anglaises à l'aéroport, à l'exception de Laureen, qui décida que le moment n'était pas si mal choisi pour un petit road trip à travers les Etats-Unis. Elle promit de passer au Fort à l'occasion et de donner des nouvelles régulièrement. Quelque chose dans sa façon de tourner ses phrases fit lever un sourcil à Emily, qui s'interrogea sur ce soudain intérêt pour le nouveau monde, mais l'envie brûlante de retrouver enfin Kate l'empêcha de creuser la question.
Après un dernier regard sur l'hôtel, qui semblait bien trop calme au soleil après tout ce qu'il s'y était passé, Emily monta dans la voiture de Bobby et rongea son frein tout le long du trajet, tant elle était impatiente de s'assurer que tout allait bien chez elle, même si elle avait eu Sandy au téléphone presque tous les jours.
Et c'est avec un soulagement d'une intensité inattendue qu'elle poussa la porte du fort, et put enfin serrer sa petite fille dans ses bras et s'enivrer de son odeur, besoin animal instinctif.
- "Tu m'as tellement manqué mon poussin, je te promets que plus jamais maman ne partira aussi longtemps.
- MAMAMAMAMAMAMA!"
Elle la couvrit de baiser, les yeux humides et la regarda encore et encore, réalisant une fois de plus à quel point elle lui avait manqué. Kate aussi semblait s'être ennuyée de sa mère, qu'elle serrait de toutes ses forces. Et quand Emily fit mine de la poser par terre, elle se mit à pleurer et hurler jusqu'à ce qu'elle la reprenne dans ses bras. C'est donc avec une sangsue de plusieurs kilos sur la hanche qu'elle échangea quelques mots avec Sandy :
-"Merci encore d'avoir veillé sur elle, je ne sais pas ce que j'aurais fait sans toi.
- C'est à ça que ça sert une marraine, non?
- Oui, mais crois-moi, je sais ce que c'est que d'être virtuellement prisonnière de cette maison, alors je suis désolé que notre absence ait été si longue.
- Ne t'en fais pas, ça faisait longtemps que je rêvais de prendre un peu de temps pour moi, et m'occuper de cette petite puce, c'est presque des vacances.
- Si tu le dis… ironisa Emily en décrochant pour la huitième fois au moins les petits doigts de sa fille emmêlés dans ses cheveux.
- Bon, ok, c'est surtout des vacances quand elle dort." Admit Sandy en riant.
- "Tu ne m'as dit tout le temps que tout allait bien, il ne s'est vraiment rien passé durant la semaine?
- Bah, pas grand-chose, hormis peut-être… "
Mais l'arrivée des frères empêcha Sandy de finir sa phrase. Si Kate avait indéniablement manqué à sa mère, son père semblait étrangement détaché pour la première fois depuis qu'ils avaient fait connaissance. Sam, lui, entra dans la maison et fit un gros câlin à Kate, heureux de la retrouver, mais Dean restait à l'écart. Et la petite, encore accrochée au cou de sa mère, ne semblait pas décidée à aller vers lui ou à le réclamer, à la surprise de tous.
C'est finalement Emily qui s'approcha de Dean, et, détachant les petites mains qui l'enserraient, mit d'autorité Kate dans les bras de son père. Qui les referma d'instinct sur le petit corps chaud. Et, toujours sans un mot, se mit à pleurer. L'enfant, par solidarité, éclata également en sanglots. D'un regard, Emily demanda aux trois autres de la laisser faire et, doucement, elle pilota Dean jusque dans la chambre d'amis à deux mètres de là. Elle l'obligea ensuite à s'asseoir sur le lit et alla chercher une serviette humide et des mouchoirs, pour pouvoir réparer les dégâts après.
Quand elle sortit de la salle de bains, Kate s'était étonnamment déjà calmée. Des larmes coulaient encore par contre sur les joues de Dean qui, les yeux clos, se balançait très légèrement d'avant en arrière, comme pour bercer la petite. Emily s'assit à côté de lui et le pris dans ses bras, accompagnant le mouvement. Elle savait qu'il fallait qu'il puisse enfin laisser libre court à son chagrin suite à la perte de Castiel, et elle attendit tranquillement qu'il se calme de lui-même. Coincée entre eux, Kate, rassurée par la présence de ses deux parents, finit même par s'endormir, centre chaud et doux de leur trio.
Une fois les dernières larmes taries, Dean leva des yeux rouges et encore hantés par le chagrin vers Emily. Qui soutint son regard et y mit toute la tendresse dont elle était capable.
- "Il serait sans doute temps de rejoindre les autres, Sandy voulait me parler de quelque chose." Dit-elle.
- "Sans doute oui, dit-il, peu convaincu.
- Prend le temps qu'il te faut Dean, et rejoins-nous quand tu seras prêt. Je te laisse Kate ou tu veux que je la prenne?
- Je m'en occupe, vas-y."
Elle avait bien vu son réflexe de recul et sentit qu'il resserrait les bras sur sa fille quand elle lui avait proposé de la prendre. Aussi, après une dernière caresse sur la joue de Kate, elle serra l'épaule de Dean un instant et sorti, sachant que pour la première fois depuis l'affrontement final, il n'était pas seul.
Elle retrouva les trois autres au salon, bien installé devant un verre de whisky pour Sam, Bobby et Sandy , et vit qu'un grand verre de thé glacé l'attendait déjà.
- "Comment va Dean?" Lui demanda Sam.
- "Je crois que retrouver sa fille était exactement ce qu'il lui fallait pour le moment. Mais il faudra du temps.
- Et planquer les bouteilles si on ne veut pas qu'il finisse alcoolique." Grogna Sam
- "Hé, qu'est-ce que t'as contre un peu de tord-boyaux, ça peut aider." Rétorqua Bobby en se resservant.
- "J'ai qu'il a tendance quand ça ne va pas à s'évader dans la boisson, et que c'est toujours une très mauvaise idée." Lui répondit Sam. "Déjà à la mort de papa, il s'est renfermé pendant des semaines avant de commencer à l'accepter. Et tu sais jusqu'où son obsession de tout faire pour ne pas perdre un autre membre de sa famille l'a déjà mené.
- Ouais, en enfer…
- Je suis étonné en fait qu'il n'ait pas encore commencé à remuer ciel et terre pour trouver un moyen d'accéder au paradis pour retrouver Castiel." Continua Sam.
- "Sam… on était liés à lui, et clairement, on l'a senti mourir… Dean également, et c'est sans doute ce qui le ronge." Dit Emily
- "Quand même, ça ne lui ressemble pas. Il n'est pas assez… pas assez en colère en fait. Et puis, quand on a perdu papa, ou quand il a cru m'avoir perdu à plusieurs reprises, il a surtout tenté de faire croire qu'il allait bien. Là, il n'essaie même pas.
- Tu sais Sam, le fait de focaliser toutes ces énergies, je pense que ça nous a passablement affecté tous les trois." Dit Emily.
Bobby hocha la tête, puis tenta une explication.
- "C'est difficile à formuler, mais je crois que d'avoir été lié à Castiel à un niveau aussi profond nous a fait partager quelque chose de sa nature angélique. Je sens que ça a changé des choses en moi, mais je n'arrive pas encore à savoir quoi. La seule chose dont je sois sûr, c'est que je me sens… différent.
- Pareil pour moi, dit Emily, pour l'instant, c'est un peu comme voir un tableau de trop près, je vois les couleurs, mais pas l'image. En gros, je n'arrive pas vraiment à mettre le doigt sur ce qui n'est plus pareil, mais je sais que je ne serai plus jamais tout à fait la même.
- Changé… en bien ou en mal?" Finit par demander Sam.
- "Si tu as peur que ça nous transforme en monstre, ou pire, en anges, rassure-toi, je ne le sens pas du tout comme ça." Répondit Emily.
- "Moi non plus, dit Bobby. Non, c'est plus comme d'avoir pris conscience à la fois de notre importance dans l'univers et de notre insignifiance en terme cosmique. Difficile de trouver un équilibre là-dedans.
- Ouais, on a le cul entre deux chaises quoi." Commenta Emily en commençant à rire.
- "Je n'aurais pas mieux dit." Affirma Bobby.
Avant que tous les quatre éclatent cette fois de rire franchement.
C'est à ce moment que Dean se décida à venir les rejoindre, Kate toujours blottie dans ses bras. Trouver sa famille en train de rire ainsi, bien installé dans le salon confortable de cette maison qu'il commençait à considérer comme la sienne lui fit du bien, même si le chemin serait encore long pour sortir du puits dans lequel il se débattait. Mais grâce à eux tous, il pouvait presque croire qu'il pourrait y arriver.
- "Bon" enchaîna Emily une fois calmée, "tu voulais me dire quelque chose tout à l'heure à propos de Kate Sandy?
- Oui, c'était il y a cinq jours maintenant, le jour où vous avez fait votre truc là…
- Le jour de la bataille." Résuma Sam
- "Si tu veux. Le jour de la bataille donc, j'étais en train de jouer avec Kate, c'était en fin de matinée, et tout à coup, sans que je sache pourquoi, elle s'est mise à trembler d'abord, puis à hurler comme si elle avait très mal. J'étais encore en train de chercher à voir si elle avait vraiment pu se blesser quand elle s'est arrêtée net de hurler et, je t'assure, elle m'a regardé comme si elle était elle-même surprise du bruit qu'elle venait de faire. Puis elle s'est mise à pleurer, normalement cette fois. Je l'ai calmée, j'ai vérifié au moins vingt fois qu'elle n'avait rien, mais le reste de la journée s'est déroulée sans incident, hormis le fait qu'elle a fait une très longue sieste et qu'elle était quand même fatiguée le soir."
Ils se regardèrent tous d'un air entendu. La fin de matinée correspondait à l'affrontement final, et à la mort de Castiel. Est-ce que Kate, apparemment liée à lui lors de leur échange des semaines plus tôt, avait senti quelque chose malgré la distance?
J'ai hésité à en parler à Frances, mais comme elle m'a dit que vous étiez mal en point tous les quatre, et que Kate semblait ne pas avoir de séquelles, j'ai préféré attendre votre retour et ne pas l'inquiéter pour rien. Et bien sûr, j'ai surveillée la petite deux fois plus depuis, mais je n'ai rien constaté d'autre.
- "Merci encore d'avoir veillé sur elle Sandy. Pour ce qui est de la réaction de Kate, tu as fait ce qu'il fallait. C'est une petite très sensible, et comme tu le sais maintenant, on navigue dans des eaux étranges, elle a donc probablement vécu un écho de ce que nous avons subis." Expliqua Emily.
- "A cette distance?
- On dirait bien oui. On est pas au bout de nos surprises avec cette petite puce, crois-moi."
Comme pour souligner ces mots, Kate en profita justement pour se réveiller, et pour faire savoir, en mode sirène, qu'il était temps de s'occuper d'elle et en premier, de la nourrir, et vite!
